Le rôle essentiel de l’activité physique et du sport
Interpellation--Ajournement du débat
10 février 2026
Honorables sénateurs, c’est un privilège de prendre la parole aujourd’hui pour parler brièvement de l’importance de la santé physique et mentale pour nous-mêmes, pour nos proches, pour nos amis et pour tous les Canadiens.
Je me concentrerai sur la relation entre la santé physique et mentale, ainsi que sur les facteurs qui ont une incidence sur les deux.
Tout d’abord, il faut savoir que la santé mentale dépend de la santé du cerveau, et que la santé du cerveau et celle du reste du corps ne peuvent pas être séparées. Tout comme on ne peut pas être en bonne santé si on n’a pas une bonne santé mentale, on ne peut pas avoir une bonne santé mentale si on n’est pas en bonne santé. Autrement dit, ce qui est bon pour les biceps est bon pour le cerveau.
À partir de maintenant, quand je parlerai de « santé », je ferai référence à un esprit sain...
Honorables sénateurs, il est dépassé 19 heures. Conformément à l’article 3-3(1) du Règlement, je suis obligée de quitter le fauteuil jusqu’à 20 heures, moment où nous reprendrons nos travaux, à moins que vous souhaitiez ne pas tenir compte de l’heure.
Vous plaît-il, honorables sénateurs, de ne pas tenir compte de l’heure?
Des voix : D’accord.
Des voix : Non.
Son Honneur la Présidente : J’ai entendu un « non ».
Honorables sénateurs, le consentement n’a pas été accordé. Par conséquent, la séance est suspendue, et je quitterai le fauteuil jusqu’à 20 heures.
(La séance du Sénat est suspendue.)
Merci à tous ceux qui sont revenus pour m’écouter; ma mère aussi vous remercie.
Je reprendrai là où je m’étais arrêté : en termes simples, ce qui est bon pour les biceps est bon pour le cerveau. À partir de maintenant, quand je parlerai de « santé », je ferai référence à un esprit sain dans un corps sain ou, pour les latinistes parmi nous, à mens sana in corpore sano.
Cette expression a été inventée par le poète romain Juvénal, qui a remarqué le lien entre la forme physique et la santé mentale, constatant que ce qui est bon pour l’une est également bon pour l’autre. Comme Juvénal a vécu il y a environ 2000 ans, je ne vous apprends rien de nouveau.
Deuxièmement, nous devons également comprendre que le fait d’être en bonne santé relève à la fois de la responsabilité individuelle et de la responsabilité de la société dans son ensemble. Cela signifie qu’il y a des choses que nous pouvons faire à titre individuel pour optimiser notre santé, mais aussi des choses que la société peut faire, comme de nous faire fermer nos téléphones. Ces dernières sont appelées les déterminants sociaux de la santé et comprennent, entre autres, l’éradication de la pauvreté et des inégalités sociales, la garantie d’un accès rapide aux soins de santé nécessaires et la mise en place d’environnements sûrs dans lesquels les enfants peuvent s’épanouir.
Nous, les sénateurs, sommes dans une situation unique. Nous sommes à la fois responsables de notre propre santé et, en même temps, nous avons certaines responsabilités envers la santé des Canadiens. Nous nous acquittons de ces responsabilités en veillant à ce que les déterminants sociaux de la santé soient optimaux pour tous.
Je vais consacrer les prochaines minutes à nos responsabilités en matière de santé. Que pouvons-nous faire pour améliorer notre santé? C’est la question que je me suis posée lorsque j’ai créé le premier programme mondial de littératie en santé mentale destiné aux jeunes, il y a environ 20 ans.
Ce que j’ai créé à l’époque reste d’actualité aujourd’hui, sauf qu’il existe désormais davantage de données scientifiques. À l’origine, je les avais appelés « five to thrive plus one », ou cinq pour s’épanouir plus un. La raison en est que « six » ne rime pas avec « thrive ». J’ai affiné la liste depuis. Elle s’appelle désormais « cinq pour s’épanouir plus quatre ». Voilà qui montre la beauté de la science. À mesure que les connaissances s’améliorent, il faut peaufiner le message. Je n’ai aucune compétence en matière de publicité; personne n’utiliserait l’expression « cinq pour s’épanouir plus quatre » pour attirer l’attention.
J’ai demandé à la sénatrice Deacon si je devais aborder les études scientifiques qui étayent chacun de ces éléments, et elle m’a répondu que non. Je lui ai ensuite demandé si je devais aborder la physiologie et la chimie de l’interaction entre le cerveau et le corps, en mettant l’accent sur l’impact de chaque élément sur la neurobiologie du développement de la membrane synaptique, l’amélioration de la neuroplasticité et de l’efficacité de la transmission des neuroamines, la production du facteur neurotrophique dérivé du cerveau, la libération d’endorphines et la synaptogenèse dans les matières grise et blanche — elle m’a répondu non.
Donc, si ces sujets vous intéressent, venez me voir plus tard et je me ferai un plaisir de vous fournir autant que possible des articles de recherche complexes.
Je ne vais parler que de quelques éléments de la liste : faire de l’exercice, avoir une alimentation équilibrée, bien dormir, entretenir des relations personnelles solides et durables, aider les autres, limiter la consommation de substances psychoactives telles que les drogues et l’alcool, certaines drogues étant à proscrire totalement, protéger votre cerveau en portant une ceinture de sécurité et un casque, laisser de côté votre téléphone et passer plus de temps à vous entretenir personnellement avec les gens; et ne vous laissez pas berner par les produits ou services vendus par l’industrie du bien-être.
Chacune de ces choses relève de notre responsabilité personnelle; personne ne peut les faire pour nous. Évitez l’industrie du bien-être et ses produits qui vous promettent sans effort santé, bonheur et paradis sur terre. Faites le travail difficile qui s’impose.
J’ai souvent entendu les sénatrices McBean et Petitclerc dire : « On n’a rien sans peine. » Et elles devraient le savoir.
Tout d’abord, je vais parler d’exercice. C’est probablement la chose la plus importante que nous puissions faire pour améliorer notre santé; c’est un outil de renforcement cognitif. Cela signifie qu’il améliore l’activité du cortex frontal.
C’est dans le cortex frontal que se trouvent la résolution de problèmes, la pensée abstraite, la pensée logique et le raisonnement moral et éthique. C’est la dernière partie de notre cerveau à arriver à maturité.
Habituellement, mais pas pour tout le monde, cette maturation est en grande partie terminée vers l’âge de 30 ans. Le cortex cérébral est également la partie du cerveau qui contrôle le système limbique, la partie qui réagit émotionnellement aux défis existentiels.
Il nous permet de ralentir, de réfléchir et de moduler nos réponses émotionnelles. Dans un langage qui trouvera écho dans cette enceinte, le cortex cérébral est l’endroit où s’exerce le second examen objectif.
L’exercice a une énorme incidence positive sur toutes les parties de notre corps. C’est un régulateur métabolique. Il améliore les fonctions cardiovasculaires. Il renforce les muscles, les os et la capacité de notre cervelet à coordonner nos mouvements.
Chers collègues, il y a même des preuves que l’exercice peut améliorer le fonctionnement sexuel et l’excitation, mais que pratiqué de manière excessive, il peut toutefois réduire la libido. Il faut être en mesure de trouver le juste milieu.
Chers collègues, s’il y a une chose que nous pouvons faire pour améliorer notre santé maintenant et nous aider à prévenir ou à ralentir la détérioration mentale et physique, c’est de faire de l’exercice. Autrement dit, il est bon d’en faire un peu, mais il est préférable d’en faire plus — je parle de l’exercice. Il y a deux fausses informations que j’ai entendues dans cette enceinte et que je dois signaler.
Premièrement, il y a un mythe qui circule selon lequel le fait de porter un verre de bon vin à nos lèvres est une forme d’exercice, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Le sénateur Varone, qui a le palais d’un sommelier expert, sera sans doute mécontent de cette nouvelle.
Deuxièmement, il y a une histoire qui se propage selon laquelle le fait de mâcher de la gomme sans sucre pendant 30 minutes par jour est un bon exercice parce que vous brûlez plus de calories que vous n’en absorbez. On m’assure que la sénatrice Osler peut nous aider à rétablir les faits à ce sujet.
Passons de la désinformation aux données probantes. Même si toute activité physique est bénéfique, il faut marcher rapidement pendant au moins 15 minutes consécutives chaque jour pour atteindre le quota minimum d’exercice physique. Pour avoir une démonstration, rendez-vous dans l’antichambre de l’édifice tous les mardis, mercredis et jeudis en fin de matinée pour voir le sénateur Ravalia faire ses 10 000 pas quotidiens.
Cela dit, ce n’est pas suffisant. Il faut aussi faire monter sa fréquence cardiaque à 80 % de sa capacité maximale et la maintenir à ce niveau pendant 30 minutes au moins trois fois par semaine. C’est ce qu’on appelle un exercice aérobique. Cela demande de la détermination et de l’endurance.
C’est ce que fait le sénateur Yussuff: il sort courir dehors presque tous les jours, beau temps mauvais temps, qu’il vente ou qu’il neige. Cette silhouette floue que vous voyez dévaler la rue Wellington, c’est le sénateur Yussuff.
Dans le même ordre d’idées — ou presque —, j’ai entendu certaines personnes dire que le curling et le hockey sur glace sont d’excellents moyens de se mettre en forme. Notre ancien collègue, le sénateur Cotter, était un fervent adepte du curling, et il réussissait à garder son sérieux lorsqu’il s’y adonnait.
Pour ce qui est du hockey sur glace, nous pouvons nous tourner vers notre expert en la matière, le sénateur Housakos, qui, j’en suis sûr, sera d’accord pour dire que le hockey sur glace est un exercice hautement anaérobie. Nous ne jouons pas au hockey pour nous mettre en forme; nous nous mettons en forme pour jouer au hockey.
Personnellement, j’ai cessé de jouer au hockey parce que j’ai reçu un double-échec en pleine poitrine pendant un match amical sans mise en échec, et que j’ai eu quelques côtes cassées.
Ce n’est pas tout. Mener une vie saine, c’est du travail. Allons-y. Il faut faire des exercices avec mise en charge au moins trois fois par semaine. Ça signifie souvent aller au gym ou à un endroit où on peut soulever ou déplacer des objets lourds. C’est ce que fait mon ami le sénateur Boehm. Il se rend à deux endroits différents chaque semaine. Il soulève des poids au gym et il déplace les meubles chez lui.
Avec toutes ces activités, si on fait de l’exercice avec d’autres personnes, on obtient des avantages supplémentaires pour la santé en raison de l’interaction sociale. Je fais de mon mieux pour me rendre au gym tous les jours quand je suis ici, à Ottawa. J’avais l’habitude de plaisanter avec le sénateur Smith tous les matins à 6 heures au gym du Château Laurier. Nous sommes devenus des compagnons de gym; c’était formidable. Parfois, à notre grand bonheur, le sénateur Loffreda se joignait à nous. Il était le seul au gym à porter un costume trois-pièces.
De plus, si nous pouvons combiner des activités physiques et l’apprentissage d’une nouvelle compétence, ce type d’exercice augmente la capacité à ralentir le déclin physique et cognitif qui nous attend inévitablement. Ça ne l’arrête pas, mais ça en ralentit le rythme.
Par conséquent, si on commence à danser, par exemple, avec un partenaire et d’autres personnes, on a l’avantage supplémentaire d’établir des relations sociales. Je sais qu’il y a beaucoup d’excellents danseurs dans cette enceinte, et, même si je souhaiterais saluer publiquement chacun d’entre vous, je ne le ferai pas au cas où j’oublierais quelqu’un.
Voilà. L’une des choses les plus importantes que nous puissions faire pour promouvoir notre santé, c’est de faire de l’exercice, mais c’est un travail difficile, et il faut le faire régulièrement. Nous sommes tous des gens occupés qui doivent suivre un horaire quotidien chargé. Donc, pour bénéficier des bienfaits de l’exercice sur la santé, nous devons l’intégrer à notre horaire quotidien. Sinon, nous n’y arriverons pas.
À ce sujet, selon le site Web appelé The Knot, même l’établissement d’un calendrier des rapports sexuels est recommandé par les thérapeutes conjugaux et les sexothérapeutes. Comme on dit : « Nous vous le promettons : c’est vraiment plus amusant que ça en a l’air. » Il y a eu une sorte de sondage pour le démontrer.
Enfin, en ce qui concerne le thème de l’exercice, dans cette enceinte, je dois parler du pickleball. Selon les cliniques Mayo et Cleveland, des données probantes indiquent qu’il aide à la santé cardiovasculaire, qu’il améliore l’équilibre et que son aspect social contribue à la santé mentale. Toutes les personnes à la retraite que je connais y jouent et elles en sont impressionnées, alors voilà.
Je l’ai essayé récemment. Un superbe coup avec effet latéral est ce qu’on appelle un amorti court dans la zone de non-volée. Vous m’en direz tant. Quoi qu’il en soit, je vais passer à l’industrie du bien-être.
L’industrie du bien-être est un énorme marché mondial de plusieurs billions de dollars qui croît plus rapidement que le PIB mondial et qui promet des solutions faciles à des problèmes que vous ne saviez pas que vous aviez. Il utilise un langage à saveur scientifique pour promouvoir la pseudo-science et inciter les gens à acheter des choses dont ils n’ont pas besoin. Avez-vous entendu parler d’« eau bien-être » ou de « guérison quantique »? De « nourriture pour chiens axée sur le bien-être » peut-être?
Sénateur Kutcher, je dois vous interrompre. Votre temps de parole est écoulé. Demandez-vous plus de temps pour terminer votre discours?
Moins d’une minute.
Le consentement est-il accordé, honorables sénateurs?
Le consentement est accordé.
Merci.
Avez-vous entendu parler de l’eau santé ou de la guérison quantique? Je n’invente rien. Qu’en est-il de la nourriture santé pour chiens — faites vos recherches — ou des « cures de désintoxication quantiques »? Si on ajoute simplement le mot « santé » ou un terme scientifique que presque personne ne comprend — comme « quantique » — dans le nom du produit qu’on veut vendre, les gens vont l’acheter. On peut même ajouter les deux mots, comme dans cette publicité qui nous recommande d’acheter le livre de Kathy Freston sur la méthode quantique de purification santé. C’est un vrai livre. Je l’ai vu à l’émission d’Oprah.
Chers collègues, comme mon temps de parole est écoulé, je ne pourrai pas discuter des autres éléments de la liste. Je vous remercie d’avoir pris le temps de m’écouter, et je remercie la sénatrice Deacon d’avoir lancé cette interpellation.
Oh, et en passant, le rire est un bon remède.
Honorables sénateurs, vous ne serez pas surpris d’apprendre que j’attache de l’importance à la construction de communautés interconnectées et saines qui sont inclusives et sûres pour tous. Je crois que nous avons tous une histoire ou un passé qui influence nos actions quotidiennes. Aujourd’hui, je vais vous parler un peu de mes jeunes années pour vous aider à mieux comprendre la valeur que j’accorde au sport et à l’activité physique.
Mon enfance a été imprévisible, instable et plutôt angoissante. J’ai grandi en acceptant des responsabilités très tôt. Quand j’étais en cinquième année, trois semaines avant Noël, la maison où ma famille était locataire a été ravagée par un incendie, et nous n’avons pas pu y retourner. Nous avons vécu dans un hôtel quelque temps, ce que j’ai d’ailleurs trouvé amusant pendant un certain temps. Nous avons déménagé dans une nouvelle ville, j’ai changé d’école et nous avons continué notre vie.
En cinquième année, j’ai vite compris que j’avais besoin de quelque chose à moi — quelque chose qui m’aiderait à me sentir mieux dans ma peau, qui me permettrait d’entrer en contact avec les autres et qui m’aiderait à forger ma propre expérience. Avec des moyens très limités, j’ai acheté une raquette de badminton et j’ai commencé à jouer dans un club local. J’ai adoré tout le temps que j’y ai passé. Des parents m’ont aidée en me donnant des conseils techniques au début. Le professionnel de tennis local pensait que le badminton était exactement comme le tennis, et il est devenu notre entraîneur. Rencontrer de nouvelles personnes, me dépenser sur le terrain et gérer mon temps était très important pour moi. Il y avait moi et huit garçons très doués. J’observais, j’écoutais et j’apprenais, heureuse d’être là.
Alors que la plupart des jeunes étaient fébriles à propos de la rentrée à l’école secondaire, moi, j’avais déjà hâte que la journée se termine. C’était ce jour-là qu’un « vrai » entraîneur, quelqu’un qui avait entraîné des athlètes de niveau national, allait commencer à travailler avec nous.
Quand notre nouvel entraîneur, John Gilbert, est arrivé à notre club, nous étions tous nerveux. Il était calme et nous a immédiatement mis au travail. Nous faisions beaucoup d’exercices et d’entraînements. Les camps d’entraînement de Noël étaient ce que je préférais : nous étions sur les courts dès 8 heures du matin, du lendemain de Noël jusqu’au jour de l’An. C’étaient des journées de travail acharné. John, notre entraîneur, a joué un rôle essentiel pour moi à cette époque. Il ne saura peut-être jamais à quel point. Au cours des cinq années suivantes, nous nous sommes entraînés et nous avons participé à des compétitions. Je faisais du gardiennage pour pouvoir payer mes déplacements et mon équipement.
Je sais que John ne m’a pas facturé certains frais parce qu’il savait que je ne pouvais pas les payer. Encore aujourd’hui, je sais que c’est le badminton qui m’a sauvé la vie et qui m’a fait suivre une meilleure voie. Je savais qu’un jour, je voulais rendre cela possible pour beaucoup d’autres personnes.
L’un des moments qui m’ont marquée a été ma première participation aux championnats nationaux, ici, à Ottawa. J’ai dormi gratuitement à la gare — oui, la gare d’Ottawa — et dans une auberge de jeunesse, l’ancienne prison située en bas de la rue, ce que j’ai trouvé fantastique.
Je me souviens aussi de la veille de l’ouverture des Jeux olympiques de Montréal. Le badminton n’était pas encore un sport olympique, mais j’avais été choisie pour participer à ce qu’on appelait un « camp d’entraînement olympique de badminton pour jeunes » à Sudbury, en Ontario. C’était très important pour moi. Ce jour-là, dans le cadre de mon emploi régulier, nous avons initié des campeurs à l’équitation. Certains campeurs avaient peur parce que les chevaux semblaient agités et que quelques-uns se cabraient. J’ai aidé une jeune fille à descendre de son cheval, puis j’ai monté ce dernier pour le ramener à l’écurie. Le cheval s’est cabré et m’a fait tomber, et ma jambe a été fracturée à quatre endroits. Je me souviens encore d’avoir demandé au médecin : « Est-ce que je vais quand même pouvoir aller au camp d’entraînement aujourd’hui? » Il va sans dire que la réponse a été non. Ma convalescence a duré 16 semaines.
Je vous ai raconté cette histoire parce qu’au cours de ma convalescence, en 1976, j’ai suivi les Jeux olympiques pendant 14 heures tous les jours. J’ai regardé les jeux et j’ai retenu plus de statistiques que je ne le pensais possible. Avec le recul, ce que ces semaines m’ont vraiment fait comprendre, c’est que je voulais redonner à la collectivité et faire en sorte que le badminton soit inscrit au programme olympique. C’était très important pour moi.
En 1978, quelques années plus tard, des amis m’ont payé un billet d’avion pour que je puisse faire du bénévolat aux Jeux du Commonwealth à Edmonton, en Alberta, au Canada, et j’ai eu la piqûre.
J’ai recommencé à jouer pendant cinq ans, mais j’ai aussi commencé à entraîner des athlètes. À l’Université Western, pendant mes études supérieures, j’ai été invitée à participer à un programme pilote pour les entraîneurs. J’ai appris plus tard que j’étais la première femme à obtenir une certification nationale pour travailler avec des athlètes de l’équipe nationale. J’ai continué à entraîner des athlètes dans un club local pendant que j’enseignais et après être devenue maman. C’est à l’Île-du-Prince-Édouard que j’ai vécu mes premiers Jeux du Canada comme entraîneuse, et j’ai adoré l’expérience. Plus tard, l’organisation nationale m’a sollicitée comme entraîneuse stagiaire pour les Jeux du Commonwealth de 1994, un véritable moment fort de ma vie. Je n’oublierai jamais ces Jeux ni la réintégration de l’Afrique du Sud au Commonwealth après l’apartheid. Nous avons accueilli toute la délégation sud-africaine alors que nous nous préparions en vue de la cérémonie d’ouverture.
Par ailleurs, j’ai été exposée très tôt à la complexité des jeux, à leurs rouages, aux enjeux de sécurité et à l’équipe derrière l’équipe. C’est aussi lors de ces jeux que j’ai mis sur pied « Canada Gives Back », un projet visant à recueillir de l’équipement de sport d’occasion en bon état et à l’envoyer dans des pays moins favorisés.
Depuis, j’essaie de vanter les bienfaits du sport dès que l’occasion se présente. L’endroit n’a pas d’importance. J’ai appris que le sport est bien plus qu’un jeu. Au cours des 10 premières années, j’ai forgé mon expérience comme entraîneuse et comme cheffe d’équipe. Au cours des 20 années qui ont suivi, mon rôle a évolué. J’ai participé à divers jeux comme membre de l’équipe de soutien d’Équipe Canada. J’ai fait partie de l’équipe de mission. J’ai été chef de mission pour Équipe Canada à Delhi. J’ai élaboré des politiques destinées à mieux épauler Équipe Canada. J’ai eu l’occasion de contribuer et d’assister à 19 jeux multisports internationaux. Mon désir d’offrir les meilleures conditions possibles à nos athlètes et à nos entraîneurs n’a jamais faibli.
Alors, qu’est-ce que le sport m’a appris? Pourquoi est-ce que je vous dis tout cela?
À tous les niveaux, les athlètes et les entraîneurs sont extraordinaires. Regarder des athlètes et des entraîneurs à leurs premiers Jeux olympiques est passionnant. Ils sont tellement excités qu’ils ne tiennent plus en place. C’est leur premier village des athlètes, leur premier sac rempli de vêtements d’Équipe Canada, leur première photo prise devant les véritables anneaux olympiques. Puis, tout le poids du point culminant de plusieurs années d’entraînement leur tombe soudainement dessus comme une tonne de briques. Notre travail en tant qu’entraîneurs n’est pas de tuer l’enthousiasme. Notre travail consiste à veiller à ce que les athlètes gardent les pieds sur terre afin de ne pas se faire avaler par ces moments.
Le sport rassemble également les familles, les communautés et les pays. C’est un bâtisseur. Lors de mes premiers Jeux olympiques, le deuxième jour de compétition, je suis sortie du gymnase pour me ressaisir. Je me suis arrêtée pour regarder un écran géant extérieur et, sous mes yeux, Simon Whitfield a terminé sa course pour remporter l’or au triathlon en Australie. C’était mémorable. Je bondissais et hurlais avec environ 500 autres personnes qui portaient toutes des couleurs différentes et des chandails de partout dans le monde. Notre pays d’origine n’avait pas d’importance. Cette camaraderie peut être perçue comme aléatoire, mais ce n’était pas si différent du FanFest au square Nathan Phillips, à Toronto, en fin de semaine, où des étrangers se sont réunis parce qu’ils le voulaient pour partager ces moments.
Comme pour tout événement d’envergure, une foule de gens travaillent dans l’ombre afin que l’événement soit une réussite. C’est exigeant. La plupart des jeux auxquels j’ai participé m’ont tenue loin de chez moi pendant trois à cinq semaines. Mais ça en vaut la peine quand on voit les athlètes et les entraîneurs défiler lors de la cérémonie d’ouverture — les drapeaux, les sourires, la fierté et toute l’émotion brute du moment.
Chaque édition des jeux a quelque chose d’unique. Il n’y a aucune promesse, aucune garantie, mais les athlètes s’efforcent d’être les meilleurs au monde au moment opportun. Nous avons vu des athlètes canadiens qui n’ont pas réussi à se qualifier pour les jeux de Milan-Cortina. C’est aussi une réalité.
La famille et les amis jouent un rôle essentiel dans les performances des athlètes, mais chacun a des besoins différents. En tant qu’entraîneurs, nous devons trouver la combinaison qui fonctionne le mieux. La pandémie et les gradins vides à Tokyo et à Pékin ont été très difficiles à vivre. En entrevue, les athlètes de Milan-Cortina qui étaient à Pékin répètent sans cesse à quel point c’est formidable d’avoir leur famille dans les gradins.
En tant qu’entraîneurs et chefs d’équipe, nous préparons habituellement nos entraînements à la minute près. Nous devons toutefois surveiller et écouter attentivement les pensées de nos athlètes, car elles peuvent avoir une incidence sur leur meilleure performance. Protéger l’énergie, s’en tenir au plan, s’en remettre à une personne de confiance, rester fidèle à ses valeurs et à ses habitudes, voilà comment les athlètes arrivent prêts, et c’est pareil pour les sénateurs.
Puis, il y a l’échec. Je pense que le cheminement des athlètes s’applique à la vie quotidienne. Si un athlète ne connaît jamais l’échec, soit il se fixe des objectifs trop timides, soit il ne s’entraîne pas assez fort. L’échec n’est pas une faiblesse, mais un processus. Un échec, c’est une rétroaction. L’objectif est d’échouer durant les pratiques, de tirer des leçons de ce qui s’est passé, de corriger le tir et d’être en meilleure posture le lendemain. En tant qu’entraîneurs, nous ne considérons pas cela comme une crise, mais comme une occasion à saisir.
Le sport est aussi une question d’inclusion. En 2004, à Athènes, je me suis retrouvée dans un café Starbucks avec sept athlètes de badminton de quatre délégations. Chacun d’entre eux s’identifiait comme membre de la communauté LGBTQ. Nous avons eu une discussion incroyablement ouverte sur les défis auxquels ils étaient confrontés pendant les Jeux olympiques et dans leur pays. Je n’oublierai jamais cette discussion, car elle a guidé mon travail et m’a motivée à donner le meilleur de moi-même. J’ai également aidé mes athlètes lorsqu’ils étaient prêts à sortir du placard auprès de leur famille. Cela m’a amenée à présenter un rapport à notre fédération internationale et à notre comité olympique. En fin de compte, si les athlètes ne se sentent pas en sécurité, inclus et valorisés, ils ne peuvent tout simplement pas donner le meilleur d’eux-mêmes.
Soit dit en passant, sénatrice Peticlerc, ces sept athlètes se sont joints à moi pour vous regarder ce jour-là, et ce sont également eux qui sont allés vous voir remporter l’or dans la course de 800 mètres en fauteuil roulant, qui était un sport de démonstration à Athènes.
Qui dit sport dit aussi éducation et communauté. Vous ne le saviez peut-être pas, mais les premiers Jeux olympiques de la jeunesse ont eu lieu en 2010. J’ai assisté aux Jeux olympiques de la jeunesse d’hiver et d’été et j’ai joué un rôle de conseillère. Ce qu’il y a d’extraordinaire dans ces jeux, c’est que les athlètes compétitionnent au sommet de leur forme pendant une semaine, puis participent à un programme de formation. Imaginez des athlètes de moins de 18 ans qui prennent part à diverses activités pour se familiariser avec les valeurs olympiques et les cultures du monde entier. Certains se rencontrent et s’affrontent de nouveau aux Jeux olympiques. Le niveau d’énergie est incroyable. Les prochains Jeux olympiques de la jeunesse auront lieu cet été à Dakar, au Sénégal. Ce seront les premiers à se tenir en Afrique.
Pour les jeunes filles en particulier, le sport joue un rôle essentiel. D’après mon expérience, si nous perdons des filles avant le Noël de leur 4e année, c’est très difficile de les ramener. J’ai supervisé des projets de programmes scolaires où le modèle axé sur le sport a été remplacé par un modèle axé sur le conditionnement physique, ce qui favorise la participation de toutes les filles jusqu’à la 12e année. Nous avons offert des programmes universitaires pour débutantes où on ne retranchait personne et qui permettaient à n’importe quelle fille de jouer dans une équipe de basketball ou de volleyball. Dans ces équipes, nous avions entre 60 et 70 filles qui étaient ravies d’enfiler un maillot de l’école, qu’il soit tout neuf ou vieux de 20 ans, et de passer du temps sur le terrain.
À l’étranger, j’ai adoré encadrer des femmes en Afrique et en Amérique du Sud. Soutenir les filles et les femmes dans le sport représente une occasion extraordinaire au Canada. Lorsque les filles jouent et prennent les devants dans le sport, elles réalisent leur plein potentiel et élargissent leurs contributions à la collectivité et au pays.
En ce moment, dans le sport, les filles et les femmes sont sur une excellente lancée. C’est en partie grâce à l’attention et au soutien continu du gouvernement, à un leadership organisationnel engagé et à des investissements. L’expansion rapide des sports professionnels féminins au Canada change la donne. Nous avons maintenant du sport féminin sur nos écrans tout au long de l’année. La croissance de la visibilité, de la valeur et du respect du sport féminin qui en résulte aura un effet positif sur tout l’écosystème féminin, et en particulier sur les occasions dans la communauté.
En tant que femme évoluant dans une sphère de leadership dominée par les hommes, j’ai été la cible directe de nombreuses formes de harcèlement dans de nombreux milieux. J’ai participé à des réunions internationales où j’étais la seule femme. Je suis déterminée à faire en sorte que les choses soient mieux pour la génération montante.
Bien sûr, chers collègues, le sport coûte de l’argent. Dans une école où les familles n’avaient pas les moyens d’équiper leurs enfants pour jouer au hockey, le concierge et moi avons déniché de l’équipement, négocié pour pouvoir jouer sur la glace et trouvé des bénévoles et un autobus pour amener les élèves à une patinoire locale à 7 heures du matin. Je n’oublierai jamais les visages de ces élèves — et de leurs parents — quand ils ont enfilé leur équipement et qu’ils ont mis le pied sur la glace pour la première fois. Les sports communautaires doivent être accessibles à tous les jeunes.
Le rapport de Bon départ sur la situation des sports destinés aux jeunes au Canada, publié récemment, mérite d’être lu. Il met en lumière le coût du sport et les obstacles importants à sa pratique. Investir dans le sport et l’activité physique n’est pas seulement une question de santé et de bien-être. Nous savons que le sport peut transformer des vies, favoriser la création de liens communautaires et susciter des changements sociaux positifs.
Le sport est également une activité lucrative. Que ce soit grâce aux retombées de 7,6 milliards de dollars sur le PIB dans le domaine du sport amateur ou aux retombées de la Coupe du monde de la FIFA, estimées à 2 milliards de dollars, le sport est un moteur économique puissant et un outil important pour bâtir le pays. Nous devrons travailler ensemble pour tirer pleinement parti du pouvoir du sport.
Chers collègues, du terrain de jeu jusqu’au podium et partout ailleurs, je rêve que le coût du sport soit plus abordable pour un plus grand nombre de Canadiens, que les installations scolaires et récréatives puissent être accessibles tous les jours de la semaine, que toutes les écoles puissent offrir une activité physique de qualité au quotidien, que notre réseau sportif gagne en efficacité à l’échelle des municipalités, des provinces, des territoires et des organisations sportives nationales, et que la question du financement soit réglée dans tous les ministères. Cela nécessitera une transformation des structures actuelles. J’espère que tous les Canadiens pourront profiter des possibilités et des bienfaits offerts par le sport.
Enfin, et surtout, j’espère que toute la société saura vivre et agir en s’inspirant du texte qu’on peut lire sur une affiche d’Équipe Canada créée en 2018 et de nouveau placée à divers endroits au pays pendant les jeux. Sur cette affiche, on peut lire ceci :
Dans cette enceinte, vous êtes accueillis, acceptés et respectés, qui que vous soyez, d’où que vous veniez.
Vous êtes Équipe Canada, peu importe votre [...] orientation sexuelle, race, situation familiale ou matrimoniale, identité ou expression de genre, âge, couleur, capacité ou incapacité, langues et quelles que soient vos caractéristiques sexuelles, croyances et convictions politiques ou religieuses ou votre culture.
Sénatrice, je veux vous informer que votre temps est écoulé. Demandez-vous plus de temps?
Oui.
Le consentement est-il accordé, honorables sénateurs?
Merci. Je termine la citation :
Ici, vous êtes libres de poursuivre vos rêves [...] Tout ce que nous vous demandons, c’est de faire preuve de respect et de bienveillance envers les autres et de les traiter avec justice et dignité et de vous efforcer d’être les meilleurs coéquipiers possibles.
Ensemble, nous formons une communauté, un pays[,] une équipe.
Merci. Meegwetch