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Le discours du Trône

Motion d'adoption de l'Adresse en réponse--Suite du débat

8 février 2021


Honorables sénateurs, je réponds ce soir au renouvellement, par le sénateur Sinclair, de sa vision du Sénat à titre de conseil des anciens. J’aimerais d’ailleurs en remercier le sénateur Sinclair.

Murray, vous nous manquerez tous terriblement en cette enceinte.

Ce qui a commencé par une vision il y a plusieurs années a fait beaucoup de chemin, mais il nous reste encore du chemin à faire. En parlant d’un conseil des anciens, le sénateur Sinclair a parlé d’un Sénat composé de sages qui agissent avec sagesse; un Sénat qui ne prend pas parti pour l’un ou l’autre des camps, mais qui aide ces derniers à trouver la meilleure voie à suivre dans l’intérêt de l’ensemble des Canadiens; un Sénat qui demeure à l’écoute, qui discute des enjeux et qui donne des conseils; un Sénat qui est plus diversifié; un Sénat qui aurait une culture interne plus respectueuse, qui lui permettrait d’adopter de meilleures politiques publiques. Qui pourrait s’opposer à une telle vision?

Entendre le Sénateur Sinclair décrire son concept d’un conseil des anciens en 2016 a été pour moi un facteur déterminant qui m’a attiré vers le Sénat. Je n’aurais pas accepté une nomination au Sénat anciennement majoritairement partisan. Je sais que je ne suis pas le seul de cet avis. Le Sénat a subi des changements spectaculaires, à commencer par la façon dont les sénateurs sont nommés et la façon dont nous nous organisons.

Bien entendu, il n’y a pas de caucus ministériel dans le sens traditionnel. La grande majorité d’entre nous sont indépendants des partis politiques de la Chambre des communes, nommés selon le principe voulant que si l’on ne promet rien à qui que ce soit, on n’a de dette envers personne.

Je trouve paradoxal que mes collègues sénateurs indépendants, qui sont maintenant répartis en trois groupes, soient souvent les critiques les plus féroces et, en fait, les plus efficaces du gouvernement, étant beaucoup plus susceptibles de tenir compte des preuves, des données, des meilleures politiques disponibles et du concept de valeur publique — d’avantages publics — que de se laisser aller à la partisanerie politique.

Les sénateurs indépendants ne se lassent pas de présenter des amendements aux projets de loi du gouvernement, amendements qui sont beaucoup plus fréquents depuis notre arrivée. Ces amendements visent souvent à rétrécir l’écart entre les différents points de vue et à faire avancer le processus de manière positive au lieu de simplement choisir un camp et d’essayer de réaliser des gains politiques. Chers collègues, nous assistons ici à l’émergence de façons de procéder dignes d’un conseil des anciens. Moins nous sommes partisans, plus nous pouvons être objectifs.

Je conviens également avec les sénateurs Sinclair et Dalphond qu’un conseil des anciens au sein d’un Sénat moins partisan doit se pencher sur des règles ancrées dans l’ancien duopole qui était en place depuis des décennies.

L’ancien modèle représentait le duopole qui régnait au Sénat, où les libéraux et les conservateurs se relayaient au pouvoir, reproduisant de façon caricaturale les rouages politiques de la Chambre des communes.

Pour réussir la transition vers un Sénat moins partisan et plus efficace, il faut s’attaquer aux retards endémiques de nos travaux et aux interruptions délibérées des affaires du Sénat, notamment des projets de loi d’intérêt public et les projets de loi d’initiative parlementaire du Sénat, sur lesquels les sénateurs méritent de pouvoir se prononcer dans un délai raisonnable.

Chers collègues, nous avançons lentement mais sûrement vers un Sénat nouveau genre. Il était plus que temps. Selon les recherches, c’est une évolution qu’appuie la population, celle-là même qui paie tout cela.

Comme l’a dit le sénateur Sinclair, à son meilleur, le Sénat est composé de personnes respectées, sages et expérimentées qui exercent leurs pouvoirs officiels avec retenue, en plus de guider notre fédération en demeurant à l’écoute, en discutant des enjeux nationaux importants, et en donnant des conseils. Il aide à trouver la meilleure voie à suivre pour le Canada, comme vous le faites aujourd’hui. Selon le sénateur Sinclair, si le Sénat cherche à fonctionner comme un conseil des anciens, il aura une culture interne plus respectueuse et il acquerra une plus grande crédibilité auprès des Canadiens et des députés. Cette crédibilité accrue lui permettra d’adopter de meilleures politiques publiques, tout comme la réputation des anciens dans les communautés autochtones influence la prise de décision.

Chers collègues, l’idée d’un conseil des anciens signifie que nous ne nous contentons pas de répéter comme des perroquets les arguments politiques de la Chambre des communes, comme cela se fait parfois ici. Dans l’ancien Sénat, quand le premier ministre en poste se faisait dénigrer, comme cela arrive parfois, une riposte rapide venait souvent mettre en lumière les faiblesses d’un ancien premier ministre d’une autre allégeance politique. J’imagine que le matériel ne manquerait pas, mais ce n’est pas ce qui se produit.

Cela s’explique par le fait que nous délaissons l’ancienne pratique des soi-disant discours politiques, comme les appellent les défenseurs de certaines manifestations de sectarisme politique extrême dont nous avons été témoins dans cette enceinte.

Chers collègues, en ce moment, nul ne souhaite former un duopole pour ce type de discours politiques. Personne ne veut donner coup pour coup dans un duel où l’objectif est de ternir le plus possible la réputation du premier ministre issu de l’autre parti. Ce temps est révolu. La vieille idée de duopole au sein duquel les conservateurs et les libéraux devaient s’engager dans des discours politiques virulents a fait long feu. Ceux qui y participent le font dans une chambre d’écho : ils ne font que s’écouter parler.

Les sénateurs indépendants ne sont pas ici pour faire preuve de partisanerie. Je fais remarquer qu’au moins 80 % des sénateurs sont maintenant indépendants des caucus politiques de la Chambre des communes. Je crois que c’est très bien ainsi. À cet égard, j’applaudis le sénateur Tannas et la sénatrice Cordy qui, aux côtés du sénateur Woo et de la sénatrice Saint-Germain, font preuve d’un leadership organisationnel empreint de respect et travaillent à mettre en place un Sénat plus efficace et à garder une saine distance avec les jeux politiques partisans. Je salue également tous les leaders du Sénat, sans exception, pour leur volonté d’explorer ensemble les prochaines mesures prioritaires en vue de réformer le Sénat.

Nous traçons notre propre voie, en fonction de nos propres expériences, consultations et recherches. De plus, nous nous efforçons de nous conduire avec sagesse dans cette enceinte, comme le sénateur Sinclair nous avait enjoints. Chers collègues, le sénateur Sinclair nous invite à donner le meilleur de nous-mêmes, pas le pire. J’ai vu le meilleur des sénateurs lors du débat sur l’aide médicale à mourir en 2016. J’ai remarqué en particulier les interventions des sénateurs Baker, Carignan et Joyal, et deux d’entre eux ont de nouveau pris la parole au sujet du projet de loi C-7.

Comme je l’espérais, c’est de nouveau ce qui se passe dans le cadre du débat sur le projet de loi C-7 et avec les groupes et les caucus du Sénat. Honorables sénateurs, c’est certainement ce que nous avons vu aujourd’hui. Tous les sénateurs ont une mine de connaissances, d’expériences, de compétences et de sagesse. Ils sont assez sages pour savoir ce qui est juste et décent et ont la force de caractère nécessaire pour dénoncer l’intimidation qui règne parfois au Sénat, pour lutter contre le racisme flagrant et pour ne plus fermer les yeux sur le harcèlement.

Honorables sénateurs, l’époque de Don Meredith est révolue. Comme nous le rappelle le sénateur Sinclair, les personnes considérées comme des sages ont le devoir d’agir ainsi. Elles ne prennent pas parti. Elles aident les autres à trouver la meilleure voie. Elles écoutent attentivement, participent aux discussions et conseillent les autres. Lorsque nous reléguons la partisanerie au second plan, nous pouvons être plus objectifs et réfléchis.

Honorables sénateurs, je sais que nous réfléchirons tous sérieusement aux judicieux conseils du sénateur Sinclair, et je le remercie de nous avoir fait part de ses réflexions et transmis sa grande sagesse. Avançons ensemble pour bâtir un Sénat du Canada plus fort, plus sage, plus inclusif et plus efficace. Je souhaite que nous passions beaucoup d’autres journées comme celle-là. Merci.

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