Le Sénat
Motion exhortant le gouvernement du Canada à demander la libération immédiate et inconditionnelle de la Dre Gulshan Abbas--Ajournement du débat
11 juin 2026
Conformément au préavis donné le 9 juin 2026, propose :
Que le Sénat exhorte le gouvernement du Canada à demander la libération immédiate et inconditionnelle de la Dre Gulshan Abbas, détenue arbitrairement par les autorités de la République populaire de Chine depuis 2018, et à se procurer des informations vérifiables concernant son état de santé et sa situation juridique, en coordination avec ses partenaires internationaux, ainsi que concernant la répression systématique et les détentions arbitraires dont sont victimes les Ouïghours et d’autres musulmans turcophones au Xinjiang.
— Honorables sénateurs, cette motion porte sur une femme, mais aussi sur l’intégrité et le courage moral des sénateurs. Demain, le 12 juin, la Dre Gulshan Abbas, médecin à la retraite, célébrera son 64e anniversaire, mais il n’y aura ni fête, ni réunion de famille, ni coup de fil de ses enfants, ni vœux chaleureux de la part de sa sœur.
Au lieu de cela, demain, la Dre Abbas passera son anniversaire exactement comme elle l’a passé chaque jour depuis près de huit ans, enfermée dans une cellule secrète sombre, coupée du monde, dépouillée de sa dignité et privée de son humanité fondamentale par le régime de Pékin. Nous pouvons nous demander pourquoi. Quel crime a-t-elle commis? Son crime ne vient pas de ce qu’elle a fait, mais de qui sa sœur est.
Récemment, j’ai eu l’immense honneur d’assister au lancement d’un livre, de poignantes mémoires intitulées Unbroken. J’y ai rencontré Rushan Abbas, la sœur de Gulshan. En rencontrant Rushan, en l’écoutant parler et en la regardant dans les yeux, on est immédiatement frappé par son incroyable résilience, mais on perçoit aussi le fardeau lourd et douloureux qu’elle porte chaque jour. En septembre 2018, à Washington, D.C., Rushan a fait ce que nous tenons trop souvent pour acquis dans ce pays : elle s’est exprimée; elle a dit la vérité. Elle a publiquement condamné la dictature du Parti communiste chinois ainsi que les atrocités abominables et la répression systématique qu’il fait subir au peuple ouïghour au Xinjiang. À peine six jours plus tard, de retour en Chine, sa sœur Gulshan a disparu. Gulshan a ensuite été soumise à un simulacre de procès à huis clos; un tribunal fantoche. Elle a été condamnée à 20 ans de prison pour des accusations absurdes et politiquement motivées de terrorisme et de rassemblement illégal. Depuis, elle est coupée du monde. Depuis près de huit ans, ses collègues et sa famille sont laissés dans l’ignorance totale : aucun accès, aucune communication et aucune représentation juridique. On leur refuse toute information sur le lieu exact où elle se trouve. Ils n’ont jamais vu les preuves fabriquées de toutes pièces utilisées pour la condamner. Plus alarmant encore, ils n’ont aucune idée de son état de santé actuel.
Chers collègues, nous en savons maintenant assez sur le régime chinois pour savoir qu’il s’agit d’un exemple classique de la campagne impitoyable de répression transnationale. Nous sommes au courant du génocide des Ouïghours. Nous sommes au courant des détentions arbitraires massives, des séparations familiales, du travail forcé, de la prévention coercitive des naissances, de la surveillance technologique et de l’effacement systémique de la culture et de l’expression religieuse ouïghoures.
Nous connaissons les faits et le monde connaît les faits; nous devons donc être honnêtes avec nous-mêmes dans cette enceinte. En 2021, lorsque la Chambre des communes a voté pour reconnaître le génocide des Ouïghours, le Sénat a fait figure d’exception parmi les démocraties occidentales. Nous avons voté contre une motion visant à reconnaître ce génocide. Nous avons choisi le silence plutôt que la clarté morale. Nous avons choisi de nous montrer bons joueurs avec un régime qui ne connaît pas le sens du mot.
Cela m’attriste de dire que ce vote demeure une tache dans le compte rendu du Sénat et quelque chose, honorables sénateurs, que j’ai mentionné à maintes reprises parce que je n’arriverai jamais à comprendre.
Cependant, l’histoire nous donne des moments de rédemption, et je crois que cette motion offre au Sénat une occasion cruciale de réparer les torts. Cette motion ne nous demande pas de changer le passé, mais exige que nous fassions face au présent. Elle demande au gouvernement du Canada de faire trois choses simples et nécessaires.
Premièrement, il faut exiger la libération immédiate et inconditionnelle de la Dre Gulshan Abbas. Deuxièmement, il faut insister pour obtenir des renseignements vérifiables sur son état de santé actuel et son statut juridique.
Troisièmement, nous devons coordonner nos efforts avec nos partenaires internationaux pour lutter contre la répression systématique et les détentions arbitraires massives que les autorités chinoises imposent aux Ouïghours et aux autres musulmans turcophones du Xinjiang.
Chers collègues, cette motion s’inscrit parfaitement dans la lignée des mesures prises par nos plus proches alliés à l’international, de nos propres précédents parlementaires au Canada, et de notre identité en tant que Canadiens.
En octobre 2024, le Parlement européen a adopté une résolution ferme appelant à la libération immédiate et inconditionnelle de la Dre Gulshan. Le mois dernier encore, en mai 2026, la Chambre des représentants et le Sénat des États-Unis ont adopté à l’unanimité des résolutions bipartites mentionnant explicitement la Dre Gulshan Abbas et exigeant sa libération. Cette motion ne se contente pas de suivre l’exemple de nos courageux alliés à l’étranger; elle est en accord avec notre identité canadienne, et elle s’inscrit dans la continuité de l’engagement global du Canada en faveur des droits de la personne.
Nous avons déjà agi de cette façon. En 2023, le Parlement a voté à l’unanimité pour exiger la libération de Jimmy Lai, un défenseur de la démocratie. Malheureusement, nous avons affaire à un régime qui ne se laisse guère impressionner par les motions que nous adoptons dans cette enceinte. Ces motions définissent qui nous sommes. L’histoire de l’humanité nous a montré que ces dictateurs autoritaires n’ont ni cœur, ni valeurs morales, ni principes.
Notre pays a une longue et glorieuse tradition de défense des prisonniers d’opinion et de lutte contre les détentions arbitraires par l’État. La Dre Gulshan Abbas mérite exactement la même défense.
Demain, Rushan Abbas jettera un œil au calendrier et saura que sa sœur va fêter ses 64 ans dans ce que nous supposons être une cellule de prison. Elle saura que Gulshan a déjà perdu huit ans de sa vie. Huit ans, c’est déjà huit ans de trop — pas une année de plus, pas un jour de plus.
Envoyons un message clair et unanime à Pékin : le Sénat du Canada ne fera plus bande à part et ne tolérera plus de tels agissements. Tenons bon, côte à côte avec Rushan Abbas et la communauté ouïghoure. Privilégions le courage plutôt que la facilité et la justice plutôt que le silence.
Chers collègues, je sais quelle est votre position en matière de principes et de valeurs morales. Certains d’entre vous se feront les défenseurs de ce régime brutal de Pékin. Dans quelques mois, ils se tiendront dans cette enceinte et tenteront de justifier l’injustifiable. Or, nous savons de quoi il s’agit. Nous savons comment nous devons en parler et nous savons quelles mesures le gouvernement doit prendre pour rester en phase avec les autres démocraties occidentales du monde entier qui défendront toujours les droits de la personne.
Honorables sénateurs, je vous exhorte tous à appuyer cette motion et à vous joindre à moi pour exiger la libération de la Dre Gulshan Abbas. C’est la bonne chose à faire. C’est dans la tradition canadienne de le faire.
Merci, chers collègues.