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DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — La cérémonie du « screech-in » à Terre-Neuve

18 octobre 2022


Honorables sénateurs, je suis heureux de vous présenter aujourd’hui le chapitre 65 de « Notre histoire ».

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un hommage satirique à l’histoire de Terre-Neuve-et-Labrador appelé le « Screech-in ». Cela pourrait vous donner une raison de plus pour visiter notre belle province.

Il y a longtemps, avant l’adoption de la moindre règle ou réglementation concernant la vente de spiritueux dans la province, on expédiait du poisson salé de Terre-Neuve vers les Antilles en échange de rhum. Le poisson est ainsi devenu le plat national de la Jamaïque, et le rhum foncé l’alcool traditionnel des Terre-Neuviens. À l’époque, il n’y avait pas de nom pour ce rhum à 80 % d’alcool, et cette merveilleuse boisson aurait pu rester sans nom particulier, n’eût été la présence de soldats américains à Terre-Neuve pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Selon la légende, lors d’une visite dans un pub, un militaire américain a vidé d’un trait son verre de rhum. Ses cris de détresse ont poussé un autre client à voler à son secours en s’exclamant : « Bon Dieu, quel était cet épouvantable cri — ou screech? » Un Terre-Neuvien assis près de là répondit simplement : « Le screech? C’est le rhum, mon garçon. »

La nouvelle de l’incident se répandit. De plus en plus de soldats en visite commencèrent à goûter à ce mystérieux rhum et l’adoptèrent. Une légende était née. Le nom « screech » est resté, et aujourd’hui ce rhum a sa place bien à lui dans la culture terre‑neuvienne.

Puis, en 1974, alors qu’il se préparait à une conférence de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants à St. John’s, Merle Vokey a eu l’idée de la cérémonie du « screech‑in » pour surpasser ce qui avait été fait l’année précédente dans une autre province. Aujourd’hui, il s’agit sans doute de la tradition la plus commercialisée de Terre-Neuve. Celui qui accomplit la cérémonie du « screech‑in » devient un Terre-Neuvien à titre honorifique. C’est le nec plus ultra.

Maintenant, pour ceux qui n’ont pas encore assisté à une telle cérémonie, et surtout pour ceux qui aimeraient le faire, laissez-moi vous parler des particularités de l’événement.

La cérémonie peut avoir lieu n’importe où dans la province, par exemple dans la cuisine de quelqu’un, sur un quai, dans le centre communautaire local ou dans l’un des pubs et des bars de la célèbre rue George à St. John’s; la seule condition étant qu’elle soit dirigée par un Terre-Neuvien d’origine. Il n’y a pas d’exception à cette règle.

Il existe des variantes de la cérémonie dans différentes régions de la province. L’événement commence généralement avec une bonne musique terre-neuvienne en fond sonore et l’entrée du maître de cérémonie, appelé « maître screecher », vêtu d’un imperméable de pêcheur ou au moins d’un suroît. Il ou elle annonce qu’il y a des gens venant de loin dans la salle — on les appelle les CFA ou « come from away » pour ceux qui ne le savent pas — et qu’ils veulent devenir Terre-Neuviens.

On invite les participants à se présenter en précisant d’où ils viennent, puis on leur remet un verre contenant un peu de screech qu’ils doivent tenir dans leurs mains. Les chanceux auront plus qu’un peu de screech dans leur verre, mais je m’écarte du sujet.

Les participants tiennent fermement leur verre de screech, et le maître screecher leur demande s’ils veulent devenir des Terre‑Neuviens, et ils doivent répondre par l’affirmative en prononçant avec enthousiasme : « Yes, by ».

Puis, on demande à chaque participant s’il est Terre-Neuvien, et la réponse est toute faite, mais je ne la prononcerai pas dans cette enceinte aujourd’hui. Par contre, en voici une traduction : « Oui, mon vieil ami, qu’il y ait toujours du vent dans tes voiles. »

La prochaine consiste à manger un « steak des Newfies », c’est‑à‑dire une tranche de saucisson de Bologne. Puis, on approche un poisson — le plus souvent, une morue — de la bouche du participant afin qu’il y dépose un baiser. Le poisson est parfois gelé, mais si vous êtes chanceux, ce sera une morue fraîchement pêchée qui agitera la queue au moment de recevoir son doux baiser.

L’étape finale de la cérémonie consiste à avaler d’un coup le verre de screech. Quand c’est fait, les participants reçoivent le titre de « Terre-Neuvien d’honneur » et un certificat officiel pour le prouver au retour à la maison.

Donc si vous prévoyez venir faire un tour dans ma province, faites-moi signe. Je vous aiderai avec plaisir à organiser une cérémonie de « Screech-in ». Je vous souhaite d’avoir encore longtemps le vent dans les voiles!

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