DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Le SS Florizel
23 novembre 2022
Honorables sénateurs, aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter le chapitre 67 de « Notre histoire ».
Compte tenu des menaces constantes que posent la glace de mer, les tempêtes et les récifs acérés qui mettent en danger la vie des marins qui affrontent des mers démontées, Terre-Neuve-et-Labrador connaît bien les catastrophes maritimes. Ces catastrophes sont la source d’actes d’héroïsme formidables et de terribles tragédies.
Une de ces tragédies est survenue pendant une nuit venteuse de février 1918, à bord d’un luxueux bateau à vapeur naviguant vers Halifax et New York. Le Florizel, sous les ordres du capitaine William Martin, était un navire qui avait déjà fait ses marques. Mis en service en 1909, le Florizel comptait parmi les premiers navires spécialement conçus pour naviguer dans les eaux glacées autour de Terre-Neuve et du Labrador. Il avait pris part au sauvetage des marins pris sur la glace lors de la grande tragédie ayant frappé les chasseurs de phoques en 1914, et il avait transporté les 500 premiers volontaires du Royal Newfoundland Regiment — les Blue Puttees — pendant la Première Guerre mondiale. En cette nuit d’hiver fatidique, toutefois, ce n’est pas pour des raisons semblables qu’on se souviendrait de son nom.
Le Florizel a quitté le port de St. John’s vers 20 h 30 le samedi 23 février. Le capitaine Martin avait donné l’ordre de filer à toute vapeur. Cependant, à l’insu du capitaine, J.V. Reader, le mécanicien en chef du navire, avait seulement lancé les moteurs à capacité modérée afin de retarder l’arrivée au port d’Halifax. M. Reader souhaitait forcer un arrêt pour la nuit afin de pouvoir aller visiter sa famille. Cette décision, quelle qu’en ait été l’intention, a entraîné des conséquences fatales. Jugeant que le navire avait parcouru une distance beaucoup plus grande qu’il ne l’avait fait en réalité, le capitaine Martin lui a fait faire un virage vers l’ouest bien avant d’avoir passé la péninsule d’Avalon.
Peu après 4 h 30, le Florizel a percuté de plein fouet et à pleine vitesse un récif au large des côtes de Cappahayden. Des dizaines de membres d’équipage et de passagers sont morts sous la force de l’impact. De nombreux autres se sont noyés ou sont décédés d’hypothermie après s’être retrouvés à la merci des vagues déchaînées qui faisaient voler en éclat l’épave du navire. Un signal de détresse a été envoyé, mais les secours ont été dirigés au mauvais endroit dans la foulée de l’erreur de navigation. Heureusement, les habitants de Cappahayden pouvaient voir l’épave du navire à partir de la plage et ils ont avisé les secours en conséquence. Ils ont essayé d’aller chercher les survivants au moyen d’une chaloupe, mais la tempête a rapidement renversé leur embarcation.
Pendant ce temps, le Florizel était désormais sans électricité, et la plupart des survivants s’étaient regroupés dans la petite salle radio. Comme on était en guerre et au beau milieu de l’hiver, l’organisation des secours était particulièrement difficile. Le lendemain de la collision, quelques navires de sauvetage ont annoncé, par erreur, qu’il n’y avait aucun survivant sur l’épave, ce qui a freiné les activités de sauvetage jusqu’à ce que cette mauvaise information soit corrigée. Autre facteur compliquant les choses, les grands navires de sauvetage ne pouvaient pas s’approcher de l’épave en raison du récif, et les petits navires ne pouvaient pas prendre la mer pendant la tempête.
Vingt-sept heures après la collision, le sauvetage a enfin eu lieu : 44 passagers et membres de l’équipage ont été sauvés. Le nombre de victimes était toutefois plus important : 93 personnes ont perdu la vie, parmi lesquelles une fillette de 3 ans, Betty Munn, qui voyageait avec son père. Elle a été arrachée de ses bras lors du désastre. En souvenir de son décès, on trouve dans le parc Bowring de St. John’s une statue de Peter Pan, héros du conte qu’elle adorait.
L’archevêque Edward Patrick Roche de St. John’s a réconforté la famille des disparus et prêché pour eux. Pendant un sermon prononcé pendant la cérémonie à la mémoire des victimes, il a dit ceci :
À l’exception, peut-être, de la grande tragédie qui a frappé les chasseurs de phoque il y a quelques années [celle du SS Newfoundland en 1914], de toute notre histoire, aussi remplie soit-elle de tragédies maritimes, grandes et petites, l’océan ne nous a jamais infligé une tragédie aussi horrifique et d’une force aussi épouvantable que celle du Florizel, qui plonge maintenant dans l’ombre notre ville et notre île.
Merci.