Aller au contenu

DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Le capitaine Job Barbour

7 décembre 2022


Honorables sénateurs, j’ai le plaisir de vous présenter le chapitre 68 de « Notre histoire ».

Dans le monde moderne d’aujourd’hui, rempli de tous les types de technologies imaginables, où presque tout le monde possède un téléphone intelligent avec une application Google Maps intégrée, en plus d’un GPS dans son véhicule, il est difficile d’imaginer comment quelqu’un pourrait se perdre totalement et n’avoir aucune idée de l’endroit où il se trouve, à n’importe quel moment.

Cela dit, il est presque impossible pour nous d’imaginer ce que l’on ressent lorsque l’on est à la dérive sur l’océan Atlantique pendant 48 jours sans aucun moyen de communiquer avec sa famille et ses amis. Or, c’est exactement ce qui s’est passé en 1929.

Job Barbour est né en 1898, à Newtown, un village de pêcheurs. Il a commencé à naviguer dès son enfance et, à l’âge de 21 ans, il a pris le commandement d’un navire pour la première fois. Pendant de nombreuses années, il a navigué dans les eaux dangereuses de la côte nord-est de Terre-Neuve, transportant des provisions de St. John’s à de nombreux petits ports isolés qui parsèment ce littoral accidenté.

À la fin de l’automne 1929, à bord de sa goélette à trois mâts, le Neptune II, le capitaine Barbour et son équipage ont livré un chargement de morue salée et d’huile de morue à la ville de St. John’s. Le 29 novembre, ils ont entamé leur voyage de retour avec une cargaison comprenant des pommes, des oranges et des raisins secs pour le magasin général de Newtown, dans la baie de Bonavista. Le capitaine Barbour connaissait très bien le trajet de 100 milles qui, dans des circonstances normales, ne prendrait que quelques jours, mais dame Nature en avait décidé autrement. Tôt le lendemain matin, le 30 novembre, les vents ont atteint la force d’un ouragan et le Neptune II, son équipage et ses passagers ont été déviés de leur route, et de loin. Ils étaient sur le point de traverser l’océan Atlantique.

Dans une entrevue accordée à la CBC en 1979, à l’âge de 81 ans, le capitaine Barbour a déclaré :

Comme un démon vivant affamé de nos vies, la mer se précipitait sur nos pavois et balayait le pont de la proue à la poupe. Elle vous fascinait dès qu’elle approchait. L’eau semblait avoir toutes les couleurs de l’arc-en-ciel lorsqu’elle arrivait dans ses cumulus fous et crêtés. Je n’avais jamais pensé que la mer pouvait être aussi haute. On aurait dit d’énormes icebergs qui auraient été soudainement liquéfiés et poussés par un démon de la mer à se précipiter sur nous pour nous écraser à mort.

Il a poursuivi ainsi :

Je pouvais lire toute l’angoisse sur le visage de Mme Humphries. Elle pensait certainement qu’elle vivait les derniers moments de sa vie.

Pendant la traversée, les vents violents et la mer agitée ont malmené la goélette; des conditions qui ont notamment fait en sorte que des membres de l’équipage ont été blessés et que la passagère, Mme Humphries, s’est sentie très malade, au point où on avait discuté des mesures qui seraient prises si elle devait mourir en mer. Les réserves d’eau, qui avaient été contaminées par l’eau salée, étaient devenues impropres à la consommation. La timonerie avait été emportée par-dessus bord, et l’habitacle, réduit en miettes. Alors que la mer se déchaînait, l’équipage n’était pas en mesure d’accéder aux provisions qui avaient été arrimées dans la coque de la goélette. En plus de tout cela, le voyant du compas s’était éteint. Ce ne sont là que quelques-uns des problèmes que le capitaine et l’équipage ont dû affronter. Or, comme l’a dit un jour le capitaine Barbour :

Les matelots de Terre-Neuve sont connus pour leur ingéniosité. Lorsque l’outil approprié est perdu ou ne fonctionne plus, ils essaient de créer quelque chose pour le remplacer.

C’est cette ingéniosité, conjuguée à la résilience et au courage de l’équipage, qui a permis au Neptune II de rester à flot. Le 16 janvier 1930, 48 jours après avoir quitté le port de St. John’s, à Terre-Neuve, le navire endommagé a été aperçu au large des côtes de l’Écosse. Un bateau à vapeur, le Hesperus, y a attaché un câble de remorquage et a toué la goélette et son équipage en lieu sûr.

À Terre-Neuve, les familles avaient commencé à se faire à l’idée qu’elles ne reverraient plus leurs êtres chers. Elles ont dû ressentir un grand soulagement lorsque la mère du capitaine Barbour a reçu un télégramme disant : « Arrivé sain et sauf, Tobermory, Écosse. Tout va bien. Job K. Barbour. »

Le capitaine Job Barbour a consigné son histoire par écrit. En 1932, Forty-eight Days Adrift, le récit de ses 48 jours à la dérive, a été publié à Londres, en Angleterre. La maison d’édition terre-neuvienne Breakwater Books a permis de redécouvrir cette histoire en la publiant en 1981, avec un deuxième tirage en 1983 et une réimpression en 2001. Le livre, qui fait le récit incroyable du courage, de la résilience et de l’humanité des Terre-Neuviens, ainsi que de leur capacité à surmonter les obstacles, demeure toujours très populaire.

Haut de page