DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — La controverse entourant la frontière du Labrador
8 juin 2023
Honorables sénateurs, c’est avec plaisir que je vous présente aujourd’hui le chapitre 77 de « Notre histoire ».
D’une longueur de plus de 3 500 kilomètres, la limite territoriale entre le Québec et la portion labradorienne de notre province constitue la plus longue frontière interprovinciale du Canada. La controverse entourant cette frontière et le litige quant à savoir si le Labrador appartient au Québec ou à Terre-Neuve ont débuté en 1902 lorsque le gouvernement de Terre-Neuve a accordé à une société forestière un permis pour couper des arbres des deux côtés du fleuve Hamilton, qui s’appelle aujourd’hui Churchill.
Le gouvernement québécois considérait que le territoire situé au sud du fleuve faisait partie du Québec et il s’est plaint au secrétaire d’État du Canada. Terre-Neuve a refusé de révoquer le permis.
Deux ans plus tard, le Québec a demandé à Ottawa de soumettre le litige au Comité judiciaire du Conseil privé, à Londres. Ce renvoi à une instance externe et impartiale était justifié, puisque le Canada et Terre-Neuve étaient alors deux membres distincts de l’Empire britannique et que ni l’un ni l’autre n’aurait pu confier l’affaire à ses propres tribunaux.
En mars 1927, le Conseil privé a tranché en faveur de Terre‑Neuve et avalisé le tracé actuel de la frontière.
Au fil des ans, Terre-Neuve a tenté à au moins quatre reprises de vendre le Labrador au Canada, et c’est seulement parce que ce dernier a toujours refusé de payer le prix exigé par Terre-Neuve qu’il n’y a jamais eu d’entente.
La première offre a été faite en 1922, pendant le premier mandat de sir Richard Squires comme premier ministre. Un an plus tard, en 1923, le premier ministre nouvellement élu de Terre-Neuve, William Warren, a fait une nouvelle tentative.
Le 27 décembre 1923, le Daily News a écrit que le prix de vente du Labrador était, selon les rumeurs, de 60 millions de dollars.
Un autre premier ministre, Walter S. Monroe, estimait que le Labrador avait peu de potentiel. Il a déclaré à l’Assemblée législative : « Notre pays ne pourra jamais exploiter ce territoire. »
En 1928, sir Richard Squires est redevenu premier ministre de Terre-Neuve, dont la situation financière de Terre-Neuve se détériorait rapidement. À l’automne 1931, Squires et ses collègues se sont adressés de nouveau à Ottawa. Le ministre des Finances de Terre-Neuve, Peter Cashin, a alors rencontré le premier ministre du Canada, le très honorable R. B. Bennett, et lui a officiellement offert de vendre le Labrador au Canada pour 110 millions de dollars.
Bien qu’intéressé par l’offre et sensible au sort de Terre-Neuve, le premier ministre Bennett a envoyé quelques jours plus tard une lettre au gouvernement de Terre-Neuve pour l’informer qu’en raison des difficultés financières causées par la Grande Dépression, le Canada était dans l’impossibilité de conclure un marché.
Lorsque Terre-Neuve est entrée dans la Confédération, en 1949, les frontières du Labrador ont été confirmées dans les Conditions de l’union de Terre-Neuve au Canada, qui sont devenues depuis la Loi sur Terre-Neuve et qui ont été enchâssées dans la Loi constitutionnelle de 1982.
Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui serait arrivé si le Canada avait accepté l’offre de Terre-Neuve et acheté le Labrador.
L’immense quantité de ressources naturelles du Labrador, y compris le potentiel d’énergie hydroélectrique des chutes Churchill et du cours inférieur du fleuve Churchill, les vastes gisements minéraux dans l’Ouest du Labrador et la découverte d’une énorme réserve de nickel, de cuivre et de cobalt dans la baie Voisey, appartiendrait au Canada et à la province de Québec aujourd’hui. L’idée paraîtra inconcevable à certains, mais l’histoire est formelle : c’est presque devenu la réalité.
Le refus du Canada de payer le prix demandé par Terre-Neuve, à au moins quatre occasions distinctes, explique pourquoi à l’heure actuelle mes collègues — les sénateurs Marshall, Petten, Ravalia et Wells — et moi-même pouvons affirmer fièrement que nous sommes originaires de Terre-Neuve-et-Labrador. D’ailleurs, nous en sommes sincèrement très reconnaissants envers le Canada.