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La vie de Vernon et Shirley Petten

Interpellation--Fin du débat

25 novembre 2025


Ayant donné préavis le 29 octobre 2025 :

Qu’il attirera l’attention du Sénat sur la vie de Vernon et Shirley Petten.

 — Honorables sénateurs :

Il y a de bons navires, des navires en bois, des navires qui sillonnent les mers, mais les meilleurs navires sont les amitiés, et puissent-elles toujours durer.

Avec ce célèbre proverbe irlandais en tête, je suis honoré aujourd’hui d’avoir l’occasion de rendre hommage à Vernon et Shirley Petten, deux de mes très proches amis qui vivent dans le village de pêcheurs historique et pittoresque de Port de Grave, à Terre-Neuve-et-Labrador. On dit souvent qu’on vit dans un monde où on peut être tout ce que l’on veut. Eh bien, Vern et Shirley Petten ont choisi de faire de la foi, de l’humilité, de la gentillesse et de l’amitié les piliers de leur vie, et j’ai eu la chance et le privilège de les avoir tous les deux dans ma vie.

Je souhaite aujourd’hui la bienvenue au Sénat du Canada à plusieurs membres de la famille de Vern et Shirley Petten : leur fils Ross et son épouse Christina, leur fille Ina et son mari Rick, leur fille Ivy et son mari Wayne, leur fille Leverna et son mari Tony, leur petit-fils Jason et son épouse Carolyn, et, bien sûr, la fille de Vern et Shirley, notre collègue la sénatrice Iris Petten.

Je vais commencer par rendre hommage à Vern, que j’ai rencontré pour la première fois lorsque je faisais du porte-à-porte pour obtenir du soutien lors de la campagne électorale fédérale de 2006.

Par une froide matinée de janvier, je me suis rendu à une réunion avec l’autorité portuaire de Port de Grave. Vern était un membre du conseil d’administration de manière bénévole depuis de nombreuses années. Le vent hivernal du nord me glaçait les os, mais j’ai immédiatement été frappé par la chaleur et l’hospitalité de cet homme très gentil et humble. Ce jour-là, je ne me suis pas rendu compte que j’étais en présence d’un homme ordinaire qui avait mené et menait toujours une vie extraordinaire. J’étais aussi loin de me douter que cette matinée marquerait le début d’une amitié sincère et durable.

Vern est né à Port de Grave, le 13 janvier 1935. Il était le fils de Henry et Emmie Petten. Dès son plus jeune âge, Vern a accompagné son père à la pêche et, au cours de sa vie, il a pêché toutes les espèces indigènes des eaux locales, de la toute-puissante morue au majestueux thon rouge.

Au début, la pêche avec son père dans les eaux de Terre-Neuve se limitait principalement à la morue salée, des prises qui rapportaient très peu par rapport au temps et à l’argent investis. Vern m’a raconté qu’ils travaillaient très fort chaque jour et qu’ils arrivaient à joindre les deux bouts, ce qui était difficile à croire en sachant qu’ils pouvaient seulement obtenir deux cents la livre pour leurs prises. Ce serait un euphémisme de dire que les pêcheurs de cette génération étaient la résilience incarnée. Sans aucun doute, ils étaient des hommes de fer dans des navires en bois.

Quand son père a commencé à évoquer la nécessité d’un bateau plus grand, Vern lui a proposé de construire eux-mêmes le nouveau bateau, car le coût d’une telle entreprise était préoccupant. Vern était très jeune à l’époque, et son père était un peu hésitant, mais il a accepté d’essayer, sachant très bien que c’était la seule solution possible à ce moment-là. Ils ont abattu des arbres, transporté les troncs hors de la forêt et construit un superbe bateau de mer qui a servi à la famille pendant des années. C’est pendant la construction de ce premier bateau que Vern a attrapé la piqure de la construction navale. Au cours de sa vie, il a construit 11 palangriers, en a réparé beaucoup d’autres et a finalement atteint le statut de maître constructeur de bateaux. Son souci du détail et la fierté qu’il tirait de son travail sur chaque navire se voyaient clairement chaque jour de mise à l’eau quand le produit fini était lancé sur l’océan Atlantique.

Si Vern était sans conteste un homme de la mer, il n’a jamais caché qu’il était aussi un homme de Dieu. L’Église a toujours occupé une place très importante dans la vie de Vern. Il a été membre du conseil d’administration et trésorier de l’Église pentecôtiste de Port de Grave durant plus de 50 ans. Pendant de nombreuses années, il a siégé au conseil d’administration de la société Gideons, où il a aidé à distribuer des bibles dans les écoles et les entreprises de toute la province.

Dans le prolongement de son engagement au sein de l’église qu’il fréquentait, Vern a voyagé dans de nombreuses régions du monde pour apporter son aide, notamment ses talents en menuiserie, aux populations et aux lieux dévastés par des ouragans et autres catastrophes naturelles. Il s’est rendu à Montserrat dans les Antilles en 1990, à Sainte-Lucie et en Zambie en 1991, et en Afrique en 1997. Il n’était pas du genre à se vanter de ses voyages; au contraire, il s’intéressait beaucoup aux cultures originales et uniques qu’il découvrait. Il avait beaucoup d’histoires à raconter sur ses aventures lorsqu’il essayait de construire un bâtiment avec le peu de matériaux disponibles dans la région.

Pendant que Vern et les autres missionnaires étaient dans ces endroits pour effectuer des travaux de construction, ils apportaient des vêtements pour enfants et des fournitures scolaires qui avaient été recueillis par les femmes de leur église. Il s’agissait véritablement d’un effort communautaire. De nombreuses familles de ces régions lointaines ont bénéficié de la générosité bien connue des Terre-Neuviens. Vern était très fier des effets bénéfiques que lui et les autres avaient sur la vie de personnes moins fortunées qu’eux.

Vern était très impliqué dans d’autres aspects de sa communauté et faisait du bénévolat pour plusieurs organismes locaux, comme la Garde côtière auxiliaire canadienne, la société patrimoniale de la péninsule de Port de Grave et le musée local des pêcheurs, pour n’en citer que quelques-uns. Le bénévolat faisait autant partie de la vie de Vern Petten que l’air salin qui entourait sa maison à Port de Grave. Il n’apportait pas son aide pour être reconnu ou honoré; il agissait pour avoir la simple satisfaction et la joie de pouvoir aider les plus démunis.

Le pasteur pentecôtiste KM Bess a très bien résumé la personnalité de Vern quand il a raconté une anecdote qui témoigne de la générosité de l’homme :

Une famille de notre communauté avait besoin d’une maison, parce que celle qu’elle occupait n’était pas adéquate pour affronter l’hiver qui approchait. C’est alors que Vernon s’est porté volontaire en mettant à profit ses talents de menuisier tout l’automne, jour et nuit. Sans beaucoup d’aide, il a construit une maison pour cette famille, des fondations aux armoires de cuisine. Je l’ai vu personnellement y passer du temps chaque jour, y compris la veille de Noël, pour apporter la touche finale à la maison afin que la famille puisse y emménager pour Noël.

Le pasteur Bess a ajouté :

La maison a été achevée [...] et elle se dresse aujourd’hui comme un symbole d’altruisme, grâce à Vernon Petten.

Même s’il n’était pas du genre à rechercher la reconnaissance pour tout ce qu’il avait fait durant sa vie pour rendre notre monde meilleur, nous sommes reconnaissants que d’autres aient remarqué ses actes de gentillesse désintéressés et l’aient mis en nomination pour de nombreux prix prestigieux, qui lui ont été décernés. Vern a notamment reçu la médaille pour service bénévole de Terre-Neuve-et-Labrador en 2001, et il a été intronisé au Temple de la renommée des industries maritimes du magazine Navigator en 2008. Par ailleurs, j’ai eu l’honneur de remettre personnellement à Vern la Médaille du jubilé d’or de la reine en 2002, la Médaille du jubilé de diamant de la reine en 2012, et la Médaille du couronnement du roi Charles III en 2024.

Il est difficile de résumer en quelques mots l’incidence extrêmement positive que Vern Petten a eue sur notre monde, mais ses nombreuses contributions n’auraient pas été possibles sans l’amour et le soutien de son âme sœur, Shirley, son épouse pendant près de 70 ans.

Shirley Badcock est née à Mercer’s Cove, Bay Roberts, le 15 janvier 1936. Lorsque sa mère, Emmie, est morte prématurément, Shirley a dû s’occuper de ses jeunes frères et sœurs. Très tôt dans sa vie, Shirley a développé une solide éthique de travail lorsqu’elle a dû accompagner sa famille dans les zones de pêche du Labrador. Là-bas, elle cuisinait pour l’équipage du bateau et a appris à saler le poisson. Vern Petten a eu le coup de foudre lorsqu’il a rencontré pour la première fois la belle, gentille et compétente Shirley.

Vern et Shirley se sont mariés le 10 novembre 1955 et ils ont vécu une union solide et remplie d’amour qui a duré plus de 69 ans. Shirley a consacré toute sa vie à sa famille et, au début, elle travaillait aux côtés de Vern dans l’industrie de la pêche : sur le quai, elle vidait les morues, les salait, puis les étalait sur les vigneaux.

Shirley était une excellente femme au foyer. Elle était réputée pour ses talents culinaires et pour sa créativité unique et particulière dans la préparation des repas. J’ai eu le plaisir de m’asseoir à la table de cuisine de Vern et de Shirley à Hibbs Cove à de nombreuses reprises. Là, j’ai dégusté de nombreuses tasses de thé, accompagnées d’une brioche maison ou, lors des froids après-midis d’hiver, d’un bol de soupe maison. Cependant, je suis tout à fait d’accord avec Vern sur ce qu’il m’a dit un jour à propos de la cuisine de sa femme. Il m’a dit en souriant : « Fabian, mon garçon, tant que tu n’as pas mangé la morue poêlée de Shirley Petten, tu n’as jamais mangé du bon poisson. » Comment refuser une telle offre? J’ai donc eu le plaisir de déguster à plusieurs reprises un délicieux repas composé de morue, de pommes de terre et de scrunchions. Une fois de plus, Vern avait raison : c’était un festin digne d’un roi.

Je repense souvent aux nombreuses conversations que nous avons eues autour de cette table de cuisine et à tout ce que j’ai appris sur la vie en observant et en écoutant Vern et Shirley.

Bien que Shirley fût une femme discrète et extrêmement humble, c’était une bénévole communautaire hors pair. De nombreux habitants la tenaient en haute estime et on la surnommait respectueusement « tante Shirley » dans toute la collectivité. Si quelqu’un de la ville ou à l’église avait besoin d’aide, un gros chaudron de soupe et plusieurs pains frais faits maison arrivaient de la cuisine de Shirley. Lors des assemblées religieuses, le pasteur invité était souvent hébergé chez Vern et Shirley. C’était une maison que Vern avait construite lui-même et où lui et Shirley avaient élevé leurs six enfants et passé leur vie. À n’importe quel moment, peu importe le nombre de personnes présentes dans leur maison, Vern avait l’habitude de dire : « Il y a toujours de la place pour une personne de plus. »

Shirley a comblé ses enfants d’amour et d’affection, et leur a donné des bases solides en étant un modèle de discrétion et d’humilité. Je peux affirmer avec certitude que Shirley Petten était vraiment unique en son genre.

Dans sa jeunesse, Vern a commencé à tenir un journal manuscrit de ses activités quotidiennes. Doté d’une mémoire infaillible et aidé par ses journaux, Vern a rédigé ses mémoires en 2018 et a intitulé son incroyable histoire Things that Forever Linger in Your Mind. Dans les premières pages de l’ouvrage, on peut lire ces mots de Vern :

La vie est un livre d’histoires

Que l’on écrit jour après jour.

Hier n’est plus qu’un souvenir,

Demain nous attend l’inconnu.

Prépare demain sans détour

Et vis aisément dès ce jour.

Alors les mots de ton histoire

Seront écrit dans l’espoir.

Je suis honoré à la fois d’avoir été mentionné dans le livre de Vern et de posséder mon propre exemplaire dédicacé. Pour moi, il s’agit d’un souvenir précieux d’un homme ordinaire qui a assurément mené une vie extraordinaire. Je suis aussi extrêmement reconnaissant à la famille Petten de m’avoir offert l’une des cravates de Vern, que je porte fièrement ici aujourd’hui, ainsi que son épinglette en forme de morue que j’ai posée à mon revers. Ces deux objets me rappellent un véritable ami.

En arrivant à la fin de cet hommage à Vern et Shirley, je repense à la première fois où j’ai rencontré Vern Petten, en 2006, à Port de Grave. Port de Grave était bien connu dans la sphère politique de Terre-Neuve-et-Labrador comme « un village libéral pur et dur ». Après tout, c’est la ville natale de l’honorable John Efford, un ministre des Pêches bien connu et très actif, tant au provincial qu’au fédéral.

En tant que candidat conservateur, vous comprendrez mon appréhension à faire campagne dans ce bastion libéral. Le bureau de l’administration portuaire de Port de Grave est situé sur une colline rocheuse surplombant un havre majestueux et il comporte un long escalier raide qui mène au quai. Plusieurs de mes collègues de cette Chambre qui ont siégé au Comité des pêches lors de notre étude sur les phoques il y a quelques années ont eu le privilège de visiter Port de Grave, et ils ont tous eu l’occasion de rencontrer Vern. Il a été un hôte idéal.

Après ma première rencontre là-bas en 2006, alors que je quittais le bureau pour descendre les escaliers afin de parler à certains journalistes locaux qui attendaient sur le quai, Vern m’a proposé de m’accompagner. Je venais tout juste de le rencontrer et je lui ai dit en plaisantant : « M. Petten, si vous descendez ces escaliers avec moi, les journalistes vont penser que vous me soutenez dans cette élection. » Sans la moindre hésitation dans la voix, il m’a répondu : « Bien sûr que je vous soutiens, Fabian, parce que vous êtes l’un des nôtres. »

C’était alors, et c’est encore aujourd’hui, un plaisir à entendre. Ce fut le début d’une amitié que je considère vraiment comme l’une des plus grandes bénédictions de ma vie.

Le dimanche 12 janvier dernier, j’étais parmi les centaines de personnes qui se sont réunies dans la salle communautaire du Pentecostal Tabernacle à Port de Grave avec Vern, Shirley et leur famille pour célébrer le 90e anniversaire de Vern, le 13 janvier, et le 89e anniversaire de Shirley, le 15 janvier. Ce fut un moment joyeux, riche en anecdotes et en vœux de bonheur de la part de tous les participants. C’est désormais un autre souvenir précieux.

Deux jours plus tard, le 14 janvier, nous avons appris que Vern avait été victime d’un grave accident vasculaire cérébral et avait été transporté d’urgence à l’hôpital. Malheureusement, Vern est décédé quelques jours plus tard, le jeudi 17 janvier. Il est toujours difficile de croire que notre monde peut changer autant en moins de 48 heures.

Shirley Petten n’a pas survécu longtemps à Vern. Environ six semaines plus tard, le jeudi 6 mars, elle a quitté ce monde pour retourner auprès de son mari.

Ayant été témoin de l’amour immense que ces deux personnes formidables avaient l’une pour l’autre, je suis sûr que Vern attendait Shirley aux portes du paradis pour l’accueillir à bras ouverts.

Il y a quelques années, pour la Saint-Valentin, Vern a écrit un poème à Shirley intitulé Un amour éternel :

C’est à nouveau le temps de fêter

La Saint-Valentin, qui n’arrive qu’une fois par année.

C’est le temps de te dire que je t’aime, ma chérie,

Tout comme aux premiers jours, et qu’encore aujourd’hui,

Tu restes ma valentine, l’élue de mon cœur,

De jour en jour, et d’heure en heure,

Car après la Saint-Valentin, l’amour ne s’arrête pas.

Il dure toute l’année encore une fois.

Vern et Shirley laissent un legs dont leur famille et leurs amis peuvent être fiers. Ils ont mené une vie de générosité, de partage et d’amour. Ils représentaient parfaitement ce que c’est que de mener une vie bien remplie, et ils manquent à leur famille et à ceux d’entre nous qui ont eu la chance de les compter parmi leurs amis.

Ils ont achevé leur séjour sur cette terre et ils ont atteint la ligne d’arrivée. Les leçons qu’ils nous ont enseignées, les histoires qu’ils nous ont racontées et l’amour et la gentillesse qu’ils ont partagés resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Que leurs âmes paisibles reposent en paix.

L’honorable Iris G. Petten [ + ]

Honorables sénateurs, comme vous pouvez l’imaginer, l’absence de mes parents se fait sentir chaque jour, mais leur présence aussi. Leurs valeurs, leur force, leur humilité et leur sens du devoir font partie intégrante de ma personnalité et de ma façon d’exercer mes fonctions au Sénat.

Vern et Shirley auraient été surpris d’être honorés au Sénat du Canada, car ils n’ont jamais cherché à obtenir une telle attention ni estimé la mériter. Ils travaillaient chaque jour à la sueur de leur front pour subvenir aux besoins de leur famille, et leur souhait était que leurs descendants continuent à travailler dans le secteur de la pêche, dans la province et le pays qui leur avaient permis de vivre dignement.

Comme je l’ai fait jusqu’à présent, je continuerai à incarner leurs meilleures valeurs dans cette enceinte, car en tant que Terre-Neuviens, notre éducation nous a appris à travailler fort, à parler franchement, à rire souvent et, surtout, à nous entraider, en particulier lorsque les temps sont difficiles.

Mes parents m’ont enseigné qu’on ne se met pas au service de ses semblables pour récolter des honneurs, mais parce qu’on a le sens des responsabilités. Ce n’est pas une question de statut, mais plutôt de solidarité avec son voisin. C’est dans cet esprit que je perpétue leur héritage à travers mon travail au Sénat du Canada.

Je remercie mon honorable collègue et ami, le sénateur Manning, de cette interpellation et de son immense gentillesse. Je remercie également les membres de ma famille, qui ont fait un long voyage depuis notre région pour être ici avec moi aujourd’hui. Enfin, je vous remercie, chers collègues, de votre gentillesse et de l’attention que vous m’avez accordée au cours des dernières minutes.

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