Projet de loi sur le vote à seize ans
Projet de loi modificatif--Deuxième lecture--Suite du débat
24 février 2026
Honorables sénateurs, je prends la parole à l’étape de la deuxième lecture du projet de loi S-222, Loi modifiant la Loi électorale du Canada et le Règlement adaptant la Loi électorale du Canada aux fins d’un référendum. Ce projet de loi vise à élargir l’âge requis pour voter aux élections fédérales au Canada aux jeunes de 16 et 17 ans.
Comme je l’ai dit dans mon discours précédent sur ce projet de loi, lorsqu’on m’a pour la première fois parlé de ramener l’âge du droit de vote à 16 ans, j’ai eu du mal à comprendre la logique. Je craignais que, pour les adolescents, la participation démocratique puisse sembler être un fardeau plutôt qu’une occasion à saisir.
Je remercie la sénatrice McPhedran non seulement d’avoir parrainé ce projet de loi, mais aussi de m’avoir mise au défi d’aller au-delà de ma zone de confort, de mes préjugés et de ma conviction de savoir ce qui est le mieux pour les jeunes.
Lorsqu’on m’a mise au défi d’envisager l’élargissement de l’âge du droit de vote, j’ai pensé à ma mère et à mon père. Leur génération — et les nombreuses générations qui les ont précédés — travaillait déjà fort dès 12 ans en pêchant, en trappant et en vivant de la terre par -40 degrés, avec succès génération après génération, jusqu’à ce que les politiques et les lois fédérales de même que les organisations religieuses imposent unilatéralement leur oppression.
On s’attendait à ce que les gens de ces générations travaillent tout en contribuant au bon fonctionnement du ménage et de la collectivité. On leur enseignait des traditions, une éthique de travail, des valeurs ainsi que des connaissances pratiques qu’il fallait leur transmettre pour qu’ils puissent mener une bonne vie. C’était une forme d’autonomie gouvernementale tempérée par les lois du Créateur. La vie reposait sur la conservation, le plaisir, la vocation, l’humanité et la spiritualité.
J’aborde la question de l’abaissement de l’âge du droit de vote du point de vue de l’évolution démocratique. Notre système démocratique est une structure vivante et dynamique plutôt qu’un monument immuable et il devrait donc être traité comme tel.
La démocratie est essentielle au Canada, tout comme au Royaume-Uni. Les Canadiens sont fiers de son évolution et de la façon dont elle est depuis toujours une source d’inspiration. Au cours de l’histoire du Canada, des hommes et des femmes se sont battus longtemps et avec acharnement pour obtenir le droit de vote. Le Canada a reconnu, puis corrigé des injustices comme l’interdiction de voter pour les femmes, pour les Premières Nations et les Inuit, pour les Chinois, les Japonais et les Asiatiques, ainsi que pour les gens qui n’étaient pas propriétaires fonciers.
Chaque génération doit tenir un débat de société sur la façon de protéger notre système et notre culture démocratiques afin de tirer parti de nos progrès et d’éliminer les obstacles inutiles. Nous devons continuer à renforcer, à moderniser et à améliorer notre démocratie, en laissant cet endroit dans un meilleur état que celui dans lequel nous l’avons trouvé. Le Canada n’attire-t-il pas les gens parce qu’il est depuis toujours une source d’inspiration pour le reste du monde?
Le monde change, mais notre système politique évolue-t-il au même rythme? Si elles sont mises à profit de manière adéquate, les nouvelles technologies peuvent contribuer à renforcer et à simplifier notre démocratie afin que les électeurs se sentent connectés et confiants. À l’heure actuelle, de vastes régions dans le Nord du Canada sont laissées pour compte parce qu’elles n’ont pas accès aux avantages de la technologie.
Parallèlement, nous devons nous protéger contre des acteurs hostiles qui cherchent de nouvelles façons de perturber la vie au Canada.
Au cours de mes nombreuses visites dans les écoles, j’ai été témoin de conversations et de questions réfléchies. C’est la preuve que les adolescents canadiens utilisent leurs compétences pour réfléchir de manière critique et qu’ils sont non seulement capables de s’investir dans leur pays et dans le monde, mais qu’ils le font déjà.
Leurs projets portaient sur le large éventail de questions fondamentales qu’ils étudient, par exemple : Qu’entend-on par communauté? Quelle a été l’incidence du lobbying au pays? Quels sont les effets de l’immigration sur notre pays? De quel type d’environnement héritons-nous? Pourquoi le système de santé ne réagit-il pas?
Les jeunes d’aujourd’hui sont très conscients de la dégradation de l’environnement, de la destruction de la nature et des changements climatiques. Ils savent pertinemment que sans la Terre mère, avec ses terres, son air et son eau, les êtres humains ne survivront pas. Contrairement à bon nombre d’adultes qui sont à l’origine de cette destruction, ils portent un second regard objectif. Ils ne sont pas encore corrompus par la cupidité pour les terres et les ressources naturelles. Ils veulent une vie longue et agréable, avec le droit de respirer un air pur, de boire de l’eau potable et de vivre sur des terres non contaminées.
Chers collègues, alors que nous débattons du projet de loi S-222, tournons-nous vers l’autre côté de l’Atlantique pour trouver des pistes de réflexion. Le Parlement du Canada est le fruit du modèle parlementaire britannique. Nous nous tournons souvent vers le Royaume-Uni pour ses traditions, mais nous devrions également nous inspirer de ses progrès.
Le 12 février 2026, le gouvernement britannique a présenté le projet de loi de 2026 sur la représentation du peuple qui étend le droit de vote aux jeunes de 16 et 17 ans. Dans le document d’orientation publié le 12 février 2026 par le ministère du Logement, des Collectivités et du Gouvernement local, on peut lire ceci :
Les jeunes représentent l’avenir de notre pays. Les décisions prises aujourd’hui par le gouvernement auront une incidence sur les jeunes non seulement aujourd’hui, mais aussi tout au long de leur vie. Il est donc juste et équitable que les jeunes puissent voter. De plus, mobiliser les électeurs à un jeune âge et leur donner l’occasion de se prononcer sur leur avenir nous permettra de jeter les bases d’une participation à vie aux processus électoraux [...]
Parallèlement aux mesures législatives prévues dans le projet de loi sur la représentation du peuple visant à abaisser l’âge de voter, il sera essentiel, pour mener à bien cette réforme, de munir les jeunes des connaissances et des compétences nécessaires pour participer au processus démocratique. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’ensemble de l’appareil gouvernemental, les gouvernements décentralisés et la société civile afin d’élaborer un ensemble de mesures supplémentaires axées sur l’éducation et l’engagement pratiques en matière de démocratie et de civisme.
[L]e ministère de l’Éducation s’est engagé à rendre l’éducation civique obligatoire dans les écoles primaires et à [...] veiller à ce que tous les élèves acquièrent des connaissances de base dans divers domaines, notamment la démocratie, le gouvernement et le droit. Une fois ces changements mis en place, les jeunes bénéficieront d’une éducation démocratique renforcée avant, pendant et dans le cadre de leur préparation à l’exercice de leur droit de vote. Il s’agit là d’une occasion de créer des liens véritablement transformateurs entre l’éducation et la démocratie.
Ce changement survenu dans le berceau même de notre régime parlementaire est très significatif. Il témoigne d’une reconnaissance mondiale du fait que l’âge requis pour participer à la vie démocratique doit correspondre aux responsabilités que ces jeunes assument déjà. Si le modèle des Parlements peut reconnaître que les jeunes de 16 ans sont prêts à contribuer à façonner l’avenir de leur pays, le Canada peut certainement en faire autant.
Les chercheurs canadiens se sont penchés sur la question. Dans sa thèse de maîtrise sur la question reçue en juillet 2021 à l’Université Western Ontario et intitulée From Classroom to Polling Station: A Cross-Canada Analysis of High School Civics Curricula, l’autrice Elizabeth Kozak s’est particulièrement intéressée à la récente baisse du taux de participation aux élections, notamment chez les jeunes. Elle écrit :
[C]ertains experts commencent à craindre un changement générationnel vers l’apathie politique, un changement qui pourrait conduire à une société fortement apolitique, les générations qui accordent de l’importance à la politique étant remplacées par celles qui n’y accordent aucune importance [...] Les chercheurs ont tenté de comprendre ce qui motive la participation aux élections, pourquoi la participation est importante, et de prédire l’attitude et les comportements de l’électorat canadien. Ces recherches ont permis de constater qu’il existe un lien direct entre la connaissance de la politique et la probabilité de voter.
Bien que les conclusions indiquent qu’il n’existe pas de lien évident entre le contenu du programme, sa mise en œuvre et les objectifs prévus, d’une part, et le taux de participation attendu des jeunes électeurs, d’autre part, nous ne pouvons pas nous arrêter là. J’en conviens, la participation électorale n’est pas la même chose que l’abaissement de l’âge du droit de vote, mais cela nous rappelle à quel point il est crucial de mobiliser les jeunes tôt, surtout dans un contexte marqué par l’apathie.
Voici ce que nous apprend le mémoire de recherche :
Des études qualitatives réalisées au Canada et à l’étranger ont montré que les classes de pédagogie ouverte, qui favorisent la participation des élèves et où l’on tient compte des réalités locales sont les plus efficaces pour former des citoyens engagés. Pourtant, malgré ces constats, de nombreux programmes d’enseignement au Canada sont critiqués parce qu’ils mettent l’accent sur la structure politique et ses détails techniques au lieu de valoriser le rôle des citoyens dans le fonctionnement de la démocratie nationale. [...] Si nous veillons à ce que les citoyens soient mieux outillés pour comprendre les processus politiques, habilités à agir comme citoyens avertis et capables de saisir comment leurs opinions se reflètent dans les décisions publiques, nous pourrions voir une jeunesse canadienne plus engagée et mieux informée politiquement.
Cela inclut les jeunes de 16 et 17 ans. Dans ce contexte, nous ne pouvons pas prétendre que les jeunes ne sont pas assez informés. Si les écoles n’enseignent rien aux élèves, comment peut-on à s’attendre à ce qu’à 18 ans, soit un an ou deux plus tard, ils deviennent du jour au lendemain des citoyens politiquement avertis?
Les personnes qui s’opposent à l’idée d’abaisser l’âge du droit de vote se demandent si les jeunes de 16 ans possèdent suffisamment d’expérience de vie et de maturité pour voter. Les détracteurs affirment également que la décision d’abaisser l’âge du droit de vote est opportuniste, car les jeunes seraient plus susceptibles d’appuyer les partis de gauche.
Dans le cadre de mon travail, je ne vais pas brosser un tableau idyllique de la facilité avec laquelle le Royaume-Uni a pris la décision d’abaisser l’âge du droit de vote. Les sondages d’opinion réalisés au Royaume-Uni semblaient indiquer que le public n’était pas favorable à cette mesure. En juin 2024, un sondage révélait que 47 % de la population s’opposait à l’abaissement de l’âge du droit de vote, tandis que 28 % y était favorable. Seulement 10 % des personnes âgées de plus de 75 ans appuyaient ce changement, mais 49 % des personnes âgées de 18 à 26 ans y étaient favorables.
Un sondage réalisé auprès de 500 jeunes âgés de 16 et 17 ans a montré que les jeunes étaient divisés. Selon le sondage, 49 % d’entre eux ne pensaient pas que l’âge du droit de vote devrait être abaissé à 16 ans, tandis que 51 % pensaient le contraire. Un sondage réalisé en Écosse avant l’abaissement de l’âge du droit de vote pour les élections décentralisées indiquait que les deux tiers des personnes interrogées s’opposaient au droit de vote à 16 ans. En 2015, la proportion de personnes favorables au droit de vote à 16 ans était de 60 %. Malgré cette opposition, le gouvernement a décidé de présenter son projet de loi visant à abaisser l’âge du droit de vote.
Dans un autre rapport de recherche, on peut lire ce qui suit :
L’abaissement de l’âge électoral semble avoir une influence positive sur l’engagement des jeunes. Une étude menée auprès d’adolescents allemands a révélé que ceux qui avaient le droit de voter à 16 ans étaient plus enclins à discuter de politique avec leur famille et leurs amis et d’utiliser des applications proposant des conseils en matière de vote. L’étude indique que des recherches supplémentaires pourraient être nécessaires pour déterminer si l’abaissement de l’âge électoral a un effet initial, par exemple en raison de la couverture médiatique, du débat public ou des discussions dans les écoles, qui pourrait s’estomper avec le temps. [...] La plupart des jeunes (environ deux tiers) pensent qu’il est important de s’informer sur la politique britannique. Près des trois quarts estiment que la politique devrait être davantage enseignée dans les écoles ou les universités.
Il est essentiel que le Canada s’informe et s’adapte aux changements transformateurs qui se produisent dans le monde. Il est indispensable de transmettre ces compétences à nos jeunes. En tant qu’adulte issue des Premières Nations, j’ai constaté que la pensée critique qui accompagne la réflexion mûrement réfléchie est une compétence que nous possédions, mais qui nous a été retirée par le système « éducatif ». Nous devons maintenant revenir à nos enseignements ancestraux et nous recentrer sur les jeunes. C’est ainsi qu’on assure la pérennité de l’humanité.
Du point de vue...
Sénatrice McCallum, je suis désolée de vous interrompre, mais votre temps de parole est écoulé. Demandez-vous cinq minutes de plus?
Oui.
Le consentement est-il accordé?
Landon Sanderson est un jeune militant en faveur de la réconciliation, qui a récemment été agent de liaison jeunesse pour le Manitoba auprès de la sénatrice McPhedran. Il a dit :
L’élargissement du droit de vote au Canada est une étape essentielle dans la déconstruction active de la gouvernance coloniale. Les voix et les expériences des jeunes des Premières Nations, des Métis, des Inuits et des jeunes non inscrits ne doivent pas être perçues comme une ressource passive pour les apparences, mais plutôt comme un atout précieux dans l’avenir des institutions équitables.
Les voix des jeunes nous rappellent que la maturité ne survient pas soudainement à l’âge de 18 ans; c’est une qualité dont font preuve chaque jour les jeunes qui militent pour un changement fondamental, pour la prise en charge des aînés et pour la réalisation de travaux dans nos collectivités. En abaissant l’âge du droit de vote à 16 ans, nous ne faisons pas que changer un chiffre dans une loi; nous disons à des milliers de jeunes Canadiens : « Nous vous voyons, nous vous entendons et nous avons confiance en votre expérience. »
Je vous demande d’appuyer le renvoi du projet de loi S-222 au comité. Donnons à nos jeunes la possibilité d’apprendre, le respect qu’ils méritent et, enfin, le pouvoir de s’exprimer sur ce qui compte réellement pour eux.