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L'apport commercial et économique des entreprises autochtones à l'économie du Canada

Interpellation--Suite du débat

12 décembre 2023


Honorables sénateurs, je prends la parole au sujet de l’interpellation du sénateur Klyne sur les entreprises autochtones et la valeur qu’elles apportent au Canada. La découverte de différents exemples d’entrepreneuriat autochtone a été une source d’inspiration, et je remercie le sénateur Klyne d’avoir lancé cette interpellation. Je suis ravie d’avoir l’occasion de parler d’un sujet qui m’intéresse beaucoup : le tourisme autochtone.

Le tourisme autochtone est aussi diversifié que les communautés des Premières Nations, des Métis et des Inuits qui composent ce pays. Il englobe tout, des centres d’interprétation des lieux historiques aux grands événements tels que les pow-wows, les festivals de musique et les compétitions sportives, qui attirent des participants du monde entier.

Les entreprises touristiques autochtones proposent des aventures en plein air comme la chasse, la pêche et les promenades en traîneau à chiens; de l’agritourisme, comme à la ferme Madahoki ici, à Ottawa; et des spectacles, de la nourriture et des œuvres d’art incroyables.

De nombreux artistes autochtones du Canada ont été reconnus et acclamés à l’échelle internationale. Le public vient de partout pour assister à des concerts de musiciens tels que Tanya Tagaq, la nation Halluci et William Prince, à des pièces de théâtre et à des lectures de Cliff Cardinal et de Tomson Highway, ainsi qu’aux œuvres d’art impressionnantes de Kent Monkman et de Jason Carter.

Les chefs des restaurants autochtones comme Pei Pei Chei Ow à Edmonton ou Feast Café à Winnipeg préparent des plats contemporains étonnants à partir d’ingrédients traditionnels récoltés localement.

En outre, les touristes continuent de rechercher des articles faits à la main par des artisans autochtones, notamment des bijoux ornés de motifs de perles complexes, des sculptures réalisées avec des matériaux locaux, des poupées, des sacs à main et des articles de mode en fourrure et en peau de phoque. Les boutiques appartenant à des Autochtones, comme Adaawewigamig, au marché By d’Ottawa, et le Treaty Truckhouse, sur le front de mer d’Halifax, offrent aux artisans autochtones un espace pour vendre leurs créations; elles agissent comme des centres communautaires essentiels et elles sont extrêmement populaires auprès des visiteurs de partout dans le monde.

Bien sûr, le tourisme autochtone crée des emplois et des débouchés économiques dans les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis, ce qui contribue à atteindre l’objectif de la prospérité et de l’autodétermination. Les visiteurs que ces entreprises attirent ont des retombées positives sur les collectivités environnantes.

Ces retombées régionales sont particulièrement importantes, si l’on considère que plus de 60 % des entreprises touristiques autochtones au Canada mènent leurs activités dans des régions rurales et éloignées. La présence de ces entreprises touristiques favorise le développement économique et les investissements là où ils sont le plus nécessaires, tout en donnant un coup de pouce aux entreprises locales.

Pour illustrer comment cela fonctionne, les Jeux autochtones de l’Amérique du Nord de cet été ont rassemblé à Halifax des athlètes, des vendeurs et des spectateurs venus de tout le continent. En plus de présenter le meilleur de l’athlétisme, de l’art et de la culture autochtones, les participants aux jeux ont séjourné dans des hôtels locaux, fréquenté des boutiques et des restaurants locaux et découvert la beauté de la côte Est du Canada, et ce, pour la première fois pour beaucoup d’entre eux. Je suis sûre que beaucoup de ces gens sont tombés amoureux de la Nouvelle-Écosse et qu’ils y retourneront probablement.

C’est pourquoi j’ai été ravie d’apprendre que les jeux de l’année prochaine se tiendront à Calgary, en Alberta, et que les organisateurs souhaitent mettre l’accent sur les activités artistiques et culturelles, en plus des sports. J’ai hâte de voir ce qu’ils font et comment ils mettent en valeur les cultures dynamiques des Pieds‑Noirs, des Tsuut’ina, des Stoney Nakoda et des Métis de la région.

Les avantages du tourisme autochtone vont cependant bien au‑delà de l’aspect économique.

L’industrie du tourisme autochtone est un moteur vital de la revitalisation culturelle des peuples autochtones. Elle soutient les conteurs, les artistes et les gardiens du savoir qui transmettent leurs traditions aux générations futures, y compris, il faut le dire, des coutumes qui ont presque été perdues à cause du colonialisme et de l’assimilation forcée.

De plus, ce secteur joue un rôle indispensable pour sensibiliser les non-Autochtones à l’histoire du Canada et de tous les gens qui y vivent. L’apprentissage du patrimoine dynamique des peuples autochtones — y compris leur spiritualité, leurs magnifiques œuvres d’art et leurs contes ainsi que leur mode de vie durable — favorise le respect mutuel et la compréhension. C’est l’aspect « vérité » de la vérité et de la réconciliation.

Depuis ma nomination au Sénat, j’ai eu l’occasion de visiter des lieux historiques partout au Canada, dont le précipice à bisons Head-Smashed-In et le parc historique de Blackfoot Crossing, dans le Sud de l’Alberta; Metis Crossing, à Smoky Lake; l’Indigenous Peoples Experience, au parc Fort Edmonton; et le centre d’interprétation mi’kmaw de la Forteresse de Louisbourg, en Nouvelle-Écosse. Bon nombre de ces centres sont gérés par des Autochtones. Par exemple, le directeur de la Forteresse de Louisbourg était fier de m’informer que tous les membres du personnel du centre d’interprétation étaient des Autochtones. Ces employés sont en première ligne de l’éducation en matière de réconciliation et sont formés pour faire face à toutes sortes de situations, des questions gênantes aux comportements indélicats et même, malheureusement, aux mauvais traitements.

Au Comité des peuples autochtones, nous parlons souvent du négationnisme au sujet du génocide. Je trouve cela exaspérant et je ne peux imaginer à quel point il doit être difficile d’y être confronté tous les jours dans le cadre de son travail lorsqu’on a un lien personnel avec cette histoire douloureuse. J’applaudis le dévouement de ces employés de l’industrie du tourisme et je peux témoigner que leurs efforts ne sont pas vains. De plus en plus de Canadiens ouvrent les yeux sur les conséquences persistantes du colonialisme et de la discrimination, et ils recherchent des sources d’information fiables et directes pour les aider à mieux comprendre.

Il y a quelques années, j’ai emmené ma mère, alors octogénaire, visiter le précipice à bisons Head-Smashed-In Buffalo Jump, où nous avons appris l’histoire des Pieds-Noirs en Alberta, y compris les épreuves qu’ils ont endurées à cause de la colonisation. Ma mère est née en 1930, 10 ans après que la fréquentation des pensionnats autochtones fut devenue obligatoire pour les enfants autochtones. Elle avait 21 ans lorsque le Canada a levé l’interdiction des cérémonies autochtones traditionnelles et elle avait 78 ans lorsqu’elle a regardé le premier ministre Stephen Harper présenter les excuses officielles du Canada pour le rôle joué par le gouvernement dans le système des pensionnats autochtones. Rien n’a été appris à sa génération sur les préjudices infligés par ces politiques.

Je peux vous dire que ma mère a été très émue de ce qu’elle a pu apprendre lors de sa visite de ce site historique, notamment en parlant aux guides autochtones. Elle a passé des jours par la suite à réfléchir à l’histoire honteuse du Canada. Apprendre la vérité qu’elle connaît maintenant a eu une influence énorme sur elle. Voilà ce qu’apporte le tourisme autochtone.

Parce que le tourisme autochtone repose en grande partie sur l’art de raconter des histoires, c’est un moyen parfait pour faire connaître la vérité, alors que nous avançons sur la voie de la réconciliation. Je ne parle pas seulement des moments difficiles — même s’il est essentiel de les raconter —, mais aussi de la vie quotidienne des peuples autochtones avant et après l’arrivée des Européens. Il est extrêmement inspirant d’entendre des interprètes autochtones partager les histoires et les légendes de la création, d’expliquer la signification de la juge à rubans et autres tenues traditionnelles, de raconter les histoires derrière les chansons et les danses traditionnelles, et de raconter comment leurs ancêtres pratiquaient la chasse, la pêche et l’agriculture, ou encore comment ils ont élevé leurs enfants, bâti leur communauté et se sont adaptés aux changements au fil du temps.

On constate un grand intérêt pour apprendre la culture des Autochtones et en faire l’expérience, pas seulement chez les Canadiens, mais à l’échelle internationale. Selon un sondage de Destination Canada effectué en 2021, un touriste étranger sur trois veut participer à des expériences autochtones pendant son séjour au Canada. Le gouvernement du Canada a récemment publié la Stratégie fédérale pour la croissance du tourisme, qui précise que « les expériences autochtones authentiques » sont l’un des éléments importants de l’image de marque du Canada à l’échelle internationale, comme le sont les espaces naturels, l’intendance environnementale et les valeurs du Canada en matière de sécurité, d’inclusion et de droits de la personne.

Promouvoir et soutenir la croissance continue de ce secteur est une bonne stratégie, puisque le Canada souhaite attirer des touristes et développer l’industrie touristique. Le tourisme autochtone, comme tout le reste de ce secteur, a été durement touché par la pandémie de COVID-19. En tant que vice-présidente du Caucus parlementaire sur le tourisme, je peux vous affirmer que le secteur du tourisme fut le premier à être touché par les restrictions concernant les voyages et les rassemblements et celui qui le fut le plus durement. Cette industrie n’a toujours pas retrouvé son niveau d’activité d’avant la pandémie. C’est pourquoi nous avons plaidé en faveur d’une action forte pour appuyer ce secteur et l’aider non seulement à survivre, mais également à prospérer.

Je suis très reconnaissante d’avoir eu l’occasion de travailler avec l’Association touristique autochtone du Canada et d’autres organisations pour veiller à ce que le Canada ne passe pas à côté des possibilités illimitées que ce secteur a à offrir. L’Association touristique autochtone du Canada est un ardent défenseur de cette industrie et c’est impressionnant de voir tout ce qu’elle a fait pour maintenir le tourisme autochtone.

Ce secteur bénéficie également du travail d’organisations provinciales et territoriales comme Indigenous Tourism Alberta, Indigenous Destinations Saskatchewan, Indigenous Tourism Manitoba, Indigenous Tourism Ontario, Yukon First Nations Culture & Tourism Association, Tourisme autochtone Québec, Indigenous Tourism Association PEI, Nova Scotia Indigenous Tourism Enterprise Network, Indigenous Tourism Association of New Brunswick, Newfoundland & Labrador Indigenous Tourism Association, et Indigenous Tourism BC.

Le gouvernement doit continuer à investir dans le tourisme autochtone, car il contribue à l’épanouissement des communautés, stimule le développement économique et permet de créer des emplois et des carrières pour les Autochtones. Il favorise également la conservation de l’environnement, l’autodétermination économique et la revitalisation culturelle. Il nous aide à mieux connaître notre histoire et permet à des gens de tous horizons de tisser des liens et de bâtir des relations fondées sur la confiance et le respect mutuels.

Pour conclure la séance d’aujourd’hui, j’aimerais inviter tout le monde à vivre des expériences autochtones authentiques dans sa province ou dans son territoire. Vous n’en serez pas déçus.

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