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La promotion des droits de la personne :
l’approche du Canada à l’égard du secteur des exportations

Les lois canadiennes sur l’exportation permettent au gouvernement fédéral de faire passer les intérêts économiques et de politique étrangère avant les droits de la personne, a déclaré le Comité sénatorial permanent des droits de la personne jeudi.

Recommandations

RECOMMANDATION 1 :
Le comité recommande que le ministre des Affaires étrangères propose des modifications à la Loi sur les licences d’exportation et d’importation , qui feront explicitement mention du respect des droits de la personne internationalement reconnus et du droit international humanitaire, au paragraphe 3(1) de la Loi , lequel établit les fins auxquelles les exportations peuvent être contrôlées aux termes de la Liste des marchandises et technologies d’exportation contrôlées.

Le ministre des Affaires étrangères devrait également proposer des modifications à la Loi sur les licences d’exportation et d’importation afin d’exiger, en ce qui concerne les marchandises et les technologies militaires et stratégiques inscrites sur la Liste des marchandises et technologies d’exporta tion contrôlée , y compris les marchandises, les technologies et les services connexes, que le ministre détermine s’il y a un risque sérieux que les exportations pourrait servir à la commission ou à faciliter la commission de violations graves des droits de la personne internationalement reconnus, de graves atteintes aux droits de la personne d’autrui par des acteurs non étatiques ou de violations graves du droit international humanitaire lorsqu’il décidera s’il convient ou non de délivrer une licence aux termes de l’article 7 de la Loi .

RECOMMANDATION 2 :
Le comité recommande qu’Affaires mondiales Canada consulte les intervenants, y compris des membres de la société civile et des universitaires, afin d’élaborer des outils visant à évaluer la probabilité que des violations des droits de la personne internationalement reconnus et du droit international humanitaire soient commises et la nature de ces violations dans le cadre du processus de demande de licence d’exportation prévu aux termes de la Liste des marchandises et technologies d’exportation contrôlée établie en application de la Loi sur les licences d’exportation et d’importation.

RECOMMANDATION 3 :
Le comité recommande qu’ Affaires mondiales Canada crée des occasions permettant de consulter régulièrement les intervenants afin qu’ils fournissent des renseignements sur la situation des droits de la personne dans divers pays, de même que des moyens officiels permettant aux inte rvenants de fournir des renseignements relatifs aux utilisations finales et aux utilisateurs finaux de marchandises et de technologies militaires et stratégiques inscrites sur la Liste des marchandises et technologies d’exportation contrôlée, qui suscitent des préoccupations en ce qui concerne les droits de la personne ou le droit international humanitaire.

RECOMMANDATION 4 :
Le comité recommande à Affaires mondiales Canada de travailler avec des représentants de l’industrie, des groupes de la société civile, des universitaires et d’autres intervenants en vue d’examiner des mécanismes contractuels et d’autres moyens permettant de mieux surveiller les utilisations finales et les utilisateurs finaux des marchandises et des technologies militaires et stratégiques figurant sur la Liste des marchandises et technologies d’exportation contrôlée qui ont été exportées à partir du Canada. Cette surveillance devrait viser avant tout à cerner les possibilités de violations graves des droits de la personne internationalement reconnus , de graves atteintes aux droits de la personne d’autrui par des acteurs non étatiques ou de violations graves du droit international humanitaire. Le gouvernement du Canada devrait jouer un rôle dans cette surveillance.

RECOMMANDATION 5 :
Le comité recommande que le ministre des Affaires étrangères propose des modifications visant à mettre à jour la Loi sur les licences d’exportation et d’importation et mette à jour la Liste des marchandises et technologies d’exportation contrôlée et le régime de licences d’exportation afin d’éviter que des technologies canadiennes exportées soient rendues accessibles dans des endroits où il y a un risque sérieux qu’ils pourraient servir à la commission ou à faciliter la commission de violations graves des droits de la personne internationalement reconnus, de graves atteintes aux droits de la personne d’autrui par des acteurs non étatiques ou de violations graves du droit international humanitaire. Ces contrôles devraient être axés sur les utilisations finales et les utilisateurs finaux, plutôt que sur les catégories de technologie.

RECOMMANDATION 6 :
Le comité recommande qu’Affaires mondiale s Canada examine les moyens d’accroître la transparence et la responsabilisation des entreprises en ce qui concerne les utilisations finales et les utilisateurs finaux des technologies canadiennes exportées susceptibles d’être utilisées pour violer les dro its de la personne internationalement reconnus, pour porter atteinte aux droits de la personne d’autrui par des acteurs non étatiques, ou pour violer le droit international humanitaire dans le pays qui constitue la destination finale.

RECOMMANDATION 7 :
Le comité recommande que le gouvernement du Canada, de concert avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, examine d’autres mesures susceptibles d’inciter les exportateurs et les institutions financières du Canada à harmoniser leurs pratiques commerciales avec les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, et envisage des moyens d’accroître la responsabilisation s’ils ne prennent pas les mesures nécessaires en ce sens.

RECOMMANDATION 8 :
Le comité recommande que les sociétés d’État canadiennes, y compris Exportation et développement Canada, prennent des mesures supplémentaires pour veiller à ce que leurs pratiques commerciales respectent les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.

RECOMMANDATION 9 :
Le comité recommande que le gouvernement du Canada propose des modifications à la Loi sur le développement des exportations afin d’exiger qu’Exportation et développement Canada détermine s’il y a un risque sérieux qu’une opération pourrait servir à la commission ou à faciliter la commission de violations graves des droits de la personne internationalement reconnus, de graves atteintes aux droits de la personne d’autrui par des acteurs non étatiques ou de violations gr aves du droit international humanitaire et, le cas échéant, si ce risque peut être suffisamment atténué pour justifier la participation d’Exportation et développement Canada à l’opération.

RECOMMANDATION 10 :
Le comité recommande que le gouvernement du Canada propose des modifications à la Loi sur le développement des exportations afin d’exiger d’Exportation et développement Canada qu’elle présente chaque année, dans le cadre de ses obligations actuelles en matière de production de rapports, un rapport au Parlement sur les moyens qu’elle utilise pour tenir compte des droits de la personne et du droit international humanitaire dans son processus d’évaluation des risques. Les rapports au Parlement d’Exportation et développement Canada devraient aussi comprendre des données statistiques sur le nombre d’opérations auxquelles un appui a été refusé en raison des risques liés aux droits de la personne et au droit international humanitaire.

Communiqué

Ottawa – Les lois canadiennes sur l’exportation permettent au gouvernement fédéral de faire passer les intérêts économiques et de politique étrangère avant les droits de la personne, a déclaré le Comité sénatorial permanent des droits de la personne jeudi.

Dans son rapport intitulé La promotion des droits de la personne : l’approche du Canada à l’égard du secteur des exportations, le comité a examiné comment le Canada peut utiliser les leviers économiques pour améliorer le respect des droits de la personne, particulièrement en ce qui concerne la Loi sur les licences d’exportation et d’importation du Canada.

Adoptée en 1947, la loi est le principal outil dont dispose le Canada pour gérer l’importation et l’exportation de biens et de technologies. Elle donne également au ministre des Affaires étrangères un large pouvoir discrétionnaire pour peser le potentiel de violations des droits de la personne par rapport à d’autres considérations de politique étrangère, de défense et de commerce.

Même si le Canada préconise la promotion et la protection des droits de la personne, le comité a constaté que le gouvernement semble trop souvent disposé à faire des compromis sur ces valeurs afin de promouvoir les intérêts de politique étrangère et économique.

Les technologies nouvelles et émergentes posent leurs propres problèmes, car certains pays utilisent la technologie — incluant des logiciels exportés par le Canada — pour contrôler et surveiller l’accès à Internet, l’expression et la circulation des idées. Des témoins ont décrit comment des gouvernements répressifs ont utilisé ces technologies pour violer les droits de la personne.

Les entreprises canadiennes ne devraient pas tirer profit de l’abus des droits de la personne. Il faut accorder plus d’importance à la promotion et à la protection des droits de la personne dans le régime d’exportation du Canada. Le comité estime que les permis d’exportation devraient faire partie intégrante de la stratégie de promotion et de protection des droits de la personne à l’étranger.

Faits en bref

  • Le comité a commencé son étude à la suite de la décision d’Affaires mondiales Canada d’accorder des licences d’exportation pour la vente de véhicules blindés légers à l’Arabie saoudite. Peu après la comparution des représentants d’Affaires mondiales devant le comité, des comptes rendus ont fait état d’une vidéo montrant les forces de sécurité saoudiennes qui utilisaient ces véhicules canadiens contre leurs propres citoyens.
  • Une entreprise canadienne a reçu l’appui d’une société d’État pour exporter une technologie à Bahreïn. La technologie a ensuite été utilisée pour filtrer les discours politiques, les sites Web d’information et les sites Web des groupes d’opposition.
  • Le comité recommande que les sociétés d’État prennent des mesures supplémentaires pour s’assurer que leurs pratiques commerciales sont conformes aux principes actuels en matière de droits de la personne.
  • Le comité recommande que le gouvernement mette à jour la Loi sur les licences d’exportation et d’importation et d’autres régimes afin d’empêcher l’exportation de technologies canadiennes vers des destinations où il existe un risque important qu’elles soient utilisées pour commettre ou faciliter des violations des droits de la personne. Ces contrôles devraient être axés sur les utilisations finales et les utilisateurs finaux.

Citations

« L’engagement du Canada à l’égard des droits de la personne ne signifie pas grand-chose s’il n’y a pas d’action pour l’appuyer. Il est temps de renforcer la Loi sur les licences d’exportation et d’importation. »

– La sénatrice Wanda Thomas Bernard, présidente du comité

« Le gouvernement a la responsabilité de contrôler l’exportation de technologies et de biens canadiens qui pourraient être utilisés pour violer les droits de la personne. Il n’est pas à la hauteur des attentes. »

– La sénatrice Salma Ataullahjan, vice-présidente du comité

« J’ai été consternée d’apprendre que l’on accorde souvent peu de poids aux préoccupations relatives aux droits de la personne dans l’approbation des permis d’exportation. Le Canada doit faire mieux. »

– La sénatrice Jane Cordy, vice-présidente du comité

Liens connexes

Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec :
Sonia Noreau
Agente, Relations publiques
Direction des communications
Sénat du Canada
613-614-1180 | sonia.noreau@sen.parl.gc.ca

Les sénateurs qui ont participé à cette étude

Wanda Thomas Bernard

Wanda Thomas Bernard
GPS - Nouvelle-Écosse (East Preston)

Salma Ataullahjan

Salma Ataullahjan
C - Ontario (Toronto)

Jane Cordy

Jane Cordy
GPS - Nouvelle-Écosse

A. Raynell Andreychuk

A. Raynell Andreychuk
C - Saskatchewan

Patrick Brazeau

Patrick Brazeau
Non affilié(e) - Québec (Repentigny)

Nancy J. Hartling

Nancy J. Hartling
GSI - Nouveau-Brunswick

Yonah Martin

Yonah Martin
C - Colombie-Britannique

Thanh Hai Ngo

Thanh Hai Ngo
C - Ontario

Kim Pate

Kim Pate
GSI - Ontario

Membres d’office du comité : Les honorables sénateurs Peter Harder, P.C. (ou Diane Bellemare ou Grant Mitchell), Larry Smith (ou Yonah Martin), Joseph Day (ou Terry Mercer) et Yuen Pau Woo (ou Raymonde Saint - Germain)

Autres sénateurs qui ont, à l’occasion, participé à l’étude : Les honorables sénateurs Nicole Eaton, Raymonde Gagné, Elizabeth Hubley, Marilou McPhedran, Jim Munson, Nancy Ruth et Ratna Omidvar

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