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Le rôle essentiel de l’activité physique et du sport

Interpellation--Débat

10 mars 2026


L’honorable Chantal Petitclerc [ + ]

Honorables sénateurs, c’est un grand plaisir pour moi de prendre la parole sur cette interpellation qui parle du rôle essentiel du sport et de l’activité physique.

Avant toute chose, je tiens à remercier les sénateurs qui ont déjà pris la parole dans le cadre de cette interpellation. Je profite de l’occasion pour inviter mes collègues à parler, eux aussi, du rôle que jouent l’activité physique et le sport dans la trame de leur vie.

Ce sujet n’a rien de marginal ni de pointu. Il concerne la santé, l’inclusion, la dignité et le genre de pays que nous voulons bâtir.

Le sport, c’est un mot simple, mais une réalité immense. C’est le sport pour tous, le sport chez les jeunes, le sport pour la santé, le sport de haute performance. Sous toutes ses formes, le sport est un moteur de changement de vie. Cela vaut pour tout le monde.

L’activité physique et les sports organisés ne sont pas exactement la même chose, mais ils partagent les mêmes fondements. Ils permettent aux gens d’habiter leur corps différemment. Ils améliorent l’endurance et la force. Ils ont le pouvoir d’améliorer la santé physique, bien sûr, mais aussi de favoriser le bien-être mental, l’inclusion sociale et le développement personnel. Ils peuvent réduire l’isolement et renforcer la confiance en soi. Ils créent non seulement du mouvement, mais aussi du sens.

Le rapport préliminaire de la Commission sur l’avenir du sport au Canada reconnaît explicitement que le sport est un vecteur de santé et de bien-être et qu’il peut offrir des possibilités transformatrices pour la croissance personnelle et l’inclusion sociale.

Je crois sincèrement que cette vérité est encore plus forte pour les personnes en situation de handicap.

Lorsque l’on compare le parcours de plusieurs athlètes olympiques et paralympiques, on peut rapidement constater que l’entrée dans le sport n’est pas toujours la même. Souvent, un athlète olympique découvre son sport très tôt. Il ou elle grandit dans un club, une équipe, une structure. Le chemin est exigeant, mais il est là, il existe, il est structuré et balisé.

Pour beaucoup d’athlètes paralympiques, le sport arrive dans la vie autrement. Il arrive parfois après un accident, une tragédie, une maladie, une rupture. Il n’est pas toujours l’aboutissement d’un rêve d’enfance. Il devient parfois la manière de reprendre contact avec soi-même, avec son corps, avec son avenir.

Je me permets de prendre un peu de temps pour parler de mon propre parcours sportif, car dans mon cas, il est vrai que le sport a changé ma vie. Certains d’entre vous le savent déjà, mais je viens d’une très petite ville, Saint-Marc-des-Carrières, et c’est là que j’ai eu mon accident, à l’âge de 13 ans. C’était le genre d’accident bien banal qui arrive encore trop souvent dans les collectivités rurales. Nous étions en visite chez des amis de la famille. Il y avait à cet endroit une ferme abandonnée, et les parents avaient bien dit que nous, les enfants, ne devions pas aller jouer dans cette ferme, mais nous étions des jeunes de 13 ans qui n’avaient pas d’écrans pour se distraire, alors nous sommes allés jouer dans cette ferme, ce qui n’était pas l’idée la plus brillante de ma vie.

Nous avons eu l’idée de soulever une porte de grange brisée et de mettre un genre de caisse en dessous afin d’en faire une rampe de saut pour une bicyclette. Encore une fois, ce n’était pas la meilleure des idées, mais nous n’avions que 13 ans. Comme je n’étais pas aussi musclée que pendant ma carrière sportive, j’étais incapable de tenir la porte, alors elle m’est tombée dessus, et c’est ainsi que je suis devenu paraplégique.

Vous savez, tout se déroule très vite. Même quand on est très jeune, il y a des choses dans la vie qu’on comprend. Je me souviens que j’étais sur le sol, incapable de bouger, incapable de me lever, incapable de sentir mes jambes. Je comprenais que la vie ne serait plus jamais exactement la même et que j’aurais besoin de m’adapter très rapidement à cette nouvelle réalité.

Tout se déroule très vite. Il y a l’hôpital et le centre de réadaptation, puis on rentre chez soi. Je suis retournée chez moi, à Saint-Marc-des-Carrières. Je suis partie en ambulance au printemps et je suis revenue en fauteuil roulant dans ma très petite ville. Une personne a vraiment changé le cours de ma vie. Son nom est Gaston Jacques et il était mon professeur d’éducation physique. En me voyant dans mon fauteuil roulant, il m’a dit : « Je ne sais pas trop quoi faire avec toi. »

Ce n’était pas l’époque des grandes conversations sur l’inclusion, l’équité et la diversité. Je me suis plutôt demandé ce que je pouvais faire et comment nous pouvions trouver une solution. Il était là et il a dit : « Nous ne savons pas quoi faire, mais faisons quelque chose. C’est trop important. Essayons la natation. »

C’est ainsi que le sport est entré dans ma vie et qu’il a changé ma vie, car je n’étais pas une athlète avant mon accident. Je ne viens pas d’une famille d’athlètes. Je ne savais pas que j’avais ce potentiel, mais j’ai fait confiance à une personne à travers le sport. J’ai accepté, et pendant cinq ans, nous avons fait beaucoup de natation.

Après cinq ans, d’une part, j’étais dans la meilleure forme de ma vie. Pour une personne en fauteuil roulant, être en forme, cela veut dire être autonome et indépendante. C’est une question de liberté. C’est être capable de se déplacer et de se transférer, comme je le fais de mon fauteuil à mon siège.

Le sport a tout changé.

Cela m’a donné de l’autonomie.

Néanmoins, l’effet le plus profond n’a pas été seulement physique. Cela a vraiment envoyé un message à tout le monde — surtout à moi —, comme quoi même si j’avais eu cet accident, même si j’étais en fauteuil roulant, ma vie ne s’était pas arrêtée. Elle prenait manifestement une nouvelle direction. D’une certaine manière, grâce au sport, j’étais convaincue que même si j’avais encore de nombreux obstacles à surmonter, beaucoup de possibilités s’offraient encore à moi. C’est là le pouvoir du sport. C’est à ce moment-là que j’ai compris quelque chose que je n’ai jamais oublié: tout le monde, chaque athlète et chaque personne handicapée, a toujours plus de potentiel que de limites. Pour moi, le sport faisait partie de ce potentiel.

C’est tellement vrai, car, pour beaucoup d’enfants handicapés, le sport n’est pas seulement une question de mouvement, mais aussi d’identité, d’amitié et d’appartenance à un groupe. C’est cesser de se sentir comme étant le seul enfant handicapé, pour devenir un coéquipier, un concurrent et simplement un enfant.

Je pense au jeune Milan. Je vous en ai déjà parlé. C’est le fils de ma cousine, qui est né avec une paralysie cérébrale. Aujourd’hui, Milan est un adolescent fantastique. Lui aussi vient de Saint-Marc-des-Carrières. Quand il était plus jeune, malgré une belle communauté et des parents exceptionnels, il est évident que les possibilités de participer à un sport adapté n’étaient pas très nombreuses à Saint-Marc-des-Carrières. Toutefois, il a découvert le parahockey grâce au Défi sportif AlterGo, à Montréal. Ils sont partout au Québec. Ce sport a fait beaucoup plus que lui fournir une activité.

Il lui a donné une passion, des objectifs et une conviction, et l’a mené au niveau provincial, mais ce qui m’a le plus frappée, c’est qu’il lui a donné un sentiment d’appartenance. À l’école, dans sa collectivité, dans le village, il n’est plus seulement connu comme l’enfant différent et handicapé. Il est connu comme un athlète. Le sport a contribué à renforcer son intégration, car il a donné aux autres une nouvelle façon de voir Milan et il a donné à ce dernier une autre façon de se voir.

La dernière fois que j’ai vu Milan, c’était vraiment incroyable, car je visitais Saint-Marc avec mon fils. Milan a demandé à mon fils d’essayer le hockey sur luge. Ils ont joué au hockey sur luge ensemble, et c’était vraiment un tableau formidable.

Ce fut un moment très simple, mais on voyait que le sport est aussi un moyen d’être ensemble, d’unifier, de partager des passions et d’avoir le même sentiment d’appartenir à quelque chose qui est plus grand que soi.

C’est aussi pourquoi les athlètes sont des modèles importants. Mon premier grand modèle a été Rick Hansen. Sa tournée s’est arrêtée à mon école secondaire. Comme j’étais la seule en fauteuil roulant, on m’a dit : « Va le rencontrer. Tu es la seule en fauteuil roulant. » La première chose qu’il m’a dite a été : « Mon Dieu, tu as besoin d’un meilleur fauteuil roulant. » Cela a changé ma vie. Nous sommes toujours amis et je lui rappelle toujours cette anecdote.

Comme l’a dit la sénatrice Clement, la représentation et la visibilité jouent un rôle. Non seulement d’un point de vue symbolique, mais aussi d’un point de vue très concret, car les modèles élargissent l’imagination et l’imagination change ce que les jeunes osent espérer.

Malgré tous ces progrès des dernières décennies, l’accès au sport et à l’activité physique est toujours loin d’être égal. Bien souvent, le premier obstacle, c’est l’environnement lui-même. On peut se trouver devant une piscine sans avoir réellement accès à l’eau si l’installation n’offre pas de rampe, de fauteuil ou de vestiaire adapté. Même lorsqu’on est dehors, un sentier qualifié d’« accessible » ne l’est pas nécessairement si la surface est instable, si la pente est trop forte ou si les points d’entrée sont moins accessibles.

Parfois, je me retrouve à me poser une question très simple : si mon propre enfant était en fauteuil roulant, que ferais-je exactement? Où l’emmènerais-je après l’école pour qu’il fasse du sport et s’entraîne? Nous savons tous que ses options seraient bien plus limitées que ce qui est acceptable. Si cette question peut déjà être difficile dans une grande ville, on imagine à quel point elle le devient dans les petites municipalités rurales, où les options accessibles peuvent être rares et inégales.

Même ici, en raison de mon travail à Ottawa, je croise beaucoup de mes collègues lève-tôt à la salle de sport le matin. La salle de sport se trouve dans mon hôtel, mais elle ne dispose pas de vélo à main. Elle dispose d’une piscine, mais je dois franchir sept marches pour y accéder. Ce genre d’expérience peut sembler insignifiante de l’extérieur, mais, lorsque vous le vivez encore et encore, ces petits obstacles s’accumulent. Ils sont frustrants et deviennent, en fait, un système d’exclusion.

Le coût représente un obstacle majeur à la pratique sportive pour les personnes handicapées. Je n’entrerai pas dans les détails, mais nous suivons actuellement les athlètes canadiens aux Jeux. Chaque fois que vous voyez un appareil de ski assis, pensez à un coût de 20 000 $ à 30 000 $. Chaque fois que vous voyez un coureur en fauteuil roulant, pensez à un coût de 10 000 $. Les coûts sont élevés et les fonds attribués sont faibles, alors faites le calcul.

Quand on constate des difficultés liées à la participation — et à la représentation, comme vous l’avez dit, sénatrice Clement —, on doit veiller à ne pas confondre exclusion et manque d’intérêt. Très souvent, les gens ne restent pas en marge parce qu’ils ne veulent pas être actifs; ils restent en marge parce que la participation est devenue trop coûteuse, trop compliquée et trop difficile.

J’aimerais parler de certaines avancées. Le Comité paralympique canadien a mis en place un programme de reconnaissance de la performance qui verse aux médaillés paralympiques — ceux que l’on voit actuellement — les mêmes montants qu’aux médaillés olympiques, soit 20 000 $ pour une médaille d’or, 15 000 $ pour une médaille d’argent et 10 000 $ pour une médaille de bronze. Nos médaillés olympiques reçoivent ce bonus à la performance depuis 2008, mais les médaillés paralympiques ne le reçoivent que depuis 2024. Nos médaillés paralympiques de cette semaine sont les premiers paralympiens des Jeux d’hiver qui recevront cette reconnaissance si méritée. Il s’agit d’une mesure concrète. Elle est aussi symboliquement importante, parce qu’elle sert à affirmer qu’un athlète est un athlète.

L’argent ne réglera pas tout à lui seul, car il existe un obstacle plus fondamental et il est plus difficile à identifier parce qu’il est en quelque sorte normalisé : le capacitisme. Selon les recherches menées par l’Université de la Colombie-Britannique dans le cadre des travaux d’Andrea Bundon, le capacitisme continue d’influencer le sport canadien à tous les niveaux, de la participation au leadership. Lorsque le sport est conçu autour de telles hypothèses concernant un corps normal ou valide, les personnes handicapées sont trop souvent traitées comme des exceptions à prendre en compte ultérieurement, plutôt que comme des participants qui auraient dû être inclus dès le début.

J’aimerais conclure rapidement. Je vais demander tout de suite à mes collègues s’ils me permettraient de prolonger mon allocution de cinq minutes.

Son Honneur le Président intérimaire [ + ]

Le consentement est-il accordé?

La sénatrice Petitclerc [ + ]

Je vous remercie, chers collègues.

Je vais terminer en partageant une expérience inoubliable que je me suis remémorée en écrivant ce discours.

En 1990, lors des Jeux du Commonwealth à Auckland, l’athlétisme en fauteuil roulant était présenté pour la toute première fois en tant que sport de démonstration. C’était un moment historique. Nous étions fiers et heureux d’être là. Nous avions l’impression que les portes s’ouvraient pour nous, et pourtant, c’est devenu l’une des expériences les plus difficiles de ma vie.

Nous sommes arrivés à Auckland. Comme le village n’était pas accessible, nous ne logions pas au même endroit que les autres membres d’Équipe Canada. Nous n’avions pas de vestes et de trousses d’Équipe Canada. En arrivant à la piste, nous nous sommes rendu compte que les organisateurs n’avaient même pas songé au fait que, comme n’importe quel autre athlète, nous devions pouvoir accéder aux installations pour nous entraîner avant la compétition. On nous a dit carrément de ne pas aller sur la piste, sous prétexte que les pneus pouvaient l’endommager, mais mon entraîneur était têtu. Nous sommes restés, et nous y sommes retournés.

Le lendemain matin, il y avait une affiche montrant un fauteuil roulant et un symbole d’accès interdit. Nous avons dû insister constamment, mais je peux vous dire que j’étais sous le choc et que ce fut l’expérience d’exclusion la plus difficile de ma vie.

Je raconte cette histoire aujourd’hui non pas pour m’attarder sur le passé, mais pour montrer qu’il y a du progrès. Cela ne va pas assez vite, cela ne se produit pas partout ni pour tout le monde, mais il y a quand même un réel progrès.

Alors, regardons nos athlètes aux Jeux paralympiques. Célébrons leurs exploits et leur excellence. Encourageons-les pour qu’ils remportent des médailles. Soyons fiers d’eux. Mais visons plus haut que de simples applaudissements. Bâtissons un Canada où davantage d’enfants, d’adultes et de personnes âgées vivant avec un handicap peuvent profiter de l’expérience simple, puissante et transformatrice qu’est le mouvement. En effet, lorsque les obstacles tombent, le potentiel augmente, et lorsque l’inclusion est réelle, le sport devient plus qu’une activité et plus qu’une performance. Il devient liberté, appartenance et dignité en mouvement. Merci. Meegwetch.

L’honorable Leo Housakos (leader de l’opposition)

Honorables sénateurs, je prends moi aussi brièvement la parole sur cette interpellation. Il ne fait aucun doute qu’elle englobe certains des éléments les plus importants dans le développement d’une société. L’activité physique, le sport et le goût de la pratique sportive contribuent non seulement à l’épanouissement de la société et des jeunes gens, mais ils leur apprennent aussi à communiquer, à donner le meilleur d’eux-mêmes, à se dépasser et à persévérer. En fin de compte, les aspects les plus importants de la pratique sportive sont la persévérance et le fait de pousser les jeunes à donner le meilleur d’eux-mêmes. Il n’y a aucune limite à ce qu’on peut accomplir.

Tout d’abord, je vous remercie, sénatrice Petitclerc, d’être une source d’inspiration pour tant de Québécois et tant de Canadiens.

Non seulement votre histoire est une source d’inspiration, mais, comme je l’ai dit, elle nous donne à tous l’espoir de pouvoir être les meilleurs tant que nous persévérons. J’aimerais donc conclure sur cette note positive.

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