déclarations de sénateurs — Hommages

L'honorable Murray Sinclair

16 février 2021


L’honorable Donald Neil Plett (leader de l’opposition)
[14:03]

Honorables sénateurs, le sénateur Sinclair a pris sa retraite le 31 janvier après avoir servi le Sénat pendant presque cinq ans. Il a notamment été le premier juge autochtone nommé au Manitoba, et pendant son mandat de sénateur, il a représenté notre province et les peuples autochtones du Canada avec diligence et compassion. Il a été l’un des précurseurs de la réconciliation avec les peuples autochtones du Canada. Malgré nos divergences d’opinions, je peux dire, au nom de tous les sénateurs, que nous avons le plus grand respect pour tout ce que le sénateur Sinclair a accompli.

Je veux prendre le temps de remercier le sénateur pour son travail au sein de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, créée en 2008. Son travail a conduit le gouvernement conservateur de Stephen Harper à présenter les premières excuses officielles pour la sombre histoire des pensionnats indiens au Canada. Nommé à la présidence de la Commission de vérité et de réconciliation par le premier ministre Stephen Harper en 2009, le sénateur Sinclair a servi la Commission de manière responsable et en faisant montre de leadership et de dévouement. La Commission a d’ailleurs rempli avec succès son objectif, qui était de documenter les retombées des pensionnats indiens au Canada, en mettant sur pied des centaines d’audiences de survivants et d’anciens employés des pensionnats. Le rapport final, publié en 2015, concrétisait non seulement l’objectif de la Commission, mais représentait un moment historique pour le Canada, un moment de réflexion publique sur cette partie troublée de notre histoire, mais aussi un moment d’espoir, celui de bâtir une vision commune pour un avenir axé sur la réconciliation entre tous les Canadiens.

Le sénateur Sinclair a fait preuve d’un profond attachement envers la réconciliation en tant que président de la Commission de vérité et réconciliation, et il a maintenu cet engagement tout au long de sa carrière de sénateur. J’admire la manière dont le sénateur Sinclair a continué avec brio et dévouement le travail qu’il considérait comme important.

Je suis reconnaissant du point de vue que le sénateur Sinclair a apporté à la Chambre rouge. Même si nous avons évidemment eu des désaccords politiques, j’approuve entièrement ces propos que le sénateur Sinclair a tenus lors de son premier discours en 2016 :

Il est difficile d’arriver à la vérité, mais ce l’est encore plus de parvenir à la réconciliation. Pour y réussir, nous devons travailler tous ensemble.

Sénateur Sinclair, merci de vos années de service au Sénat du Canada et merci des services rendus au Canada.

L’honorable Raymonde Gagné (coordonnatrice législative du représentant du gouvernement au Sénat)
[14:06]

Honorables sénateurs, comment peut-on en trois minutes parler d’un homme qui est l’un des réformateurs politiques les plus accomplis du Canada? Dans son travail d’avocat et de juge, puis de président de la Commission de vérité et réconciliation et, plus récemment, de collègue au Sénat, le sénateur Sinclair s’est appliqué à mettre au jour l’histoire de violence systémique perpétrée par l’État au Canada, violence qui persiste malheureusement aujourd’hui sous diverses formes. Cela dit, son travail visait aussi la guérison et la marche inébranlable vers le pont de la réconciliation, vers une terre promise que les prochaines générations, je l’espère sincèrement, connaîtront.

Au sujet de la Commission de vérité et réconciliation, le sénateur Sinclair a affirmé ceci :

[...] l’éducation a constitué le principal instrument d’oppression des peuples autochtones et de « méséducation » de tous les Canadiens que nous avons conclu qu’elle représente la clé de la réconciliation.

En tant qu’ancienne enseignante, je suis on ne peut plus d’accord.

Le fait d’être nommée au Sénat en 2016 aux côtés du sénateur Sinclair a rendu ma nomination encore plus spéciale. Pour la Manitobaine déterminée à contribuer au processus de réconciliation que je suis, il a joué un rôle central dans la façon avec laquelle ma famille s’y est attaquée. Mon défunt mari, qui était avocat dans des affaires ayant trait aux pensionnats autochtones, consultait fréquemment ses écrits pour y trouver des conseils. Aujourd’hui, un de mes fils fait de l’enseignement de ce sujet une priorité dans sa classe. Il va sans dire que les jeunes avocats qui l’auront comme mentor n’auraient pas pu demander un meilleur professeur.

Murray Sinclair a pris sa retraite du Sénat. Toutefois, il y demeure présent. Sa sagesse, son leadership, ses contributions et ses images dans le ciel ont enrichi le Sénat.

Le nom ojibwé du sénateur Sinclair signifie « celui qui parle des images dans le ciel ». Puisqu’il a étudié plusieurs traditions juridiques, européennes et autochtones, cela décrit parfaitement cet homme. Cela dit, ici au Sénat, dans ses relations quotidiennes, il a toujours su trouver un juste milieu en mettant à profit son intelligence vertigineuse tout en gardant les deux pieds sur terre. Le sénateur Sinclair est un modèle de délibération démocratique : toujours respectueux et toujours avenant, il ne laisse jamais les structures institutionnelles de rivalité porter ombrage à nos relations ni au projet commun de service que nous sommes ici pour exécuter.

Murray, je vous remercie pour tout. Votre œuvre a été marquante et le demeurera autant après votre retraite. Meegwetch. Merci.

L’honorable Brian Francis
[14:09]

Honorables sénateurs, j’aimerais prendre quelques instants pour rendre hommage à notre collègue et ami, le sénateur Sinclair.

Ardent défenseur des peuples autochtones, le sénateur Sinclair a abattu des obstacles pour les générations à venir. Son leadership et ses contributions à titre d’avocat, de juge, de commissaire et, plus récemment, de sénateur laissent une marque indélébile dans notre mémoire collective.

Je suis heureux d’avoir travaillé avec lui et d’avoir bénéficié de ses enseignements ces dernières années. Sa vivacité d’esprit, son merveilleux sens de l’humour et son grand cœur me manqueront. Cependant, sa retraite est bien méritée. Le sénateur Sinclair a donné beaucoup de lui-même, ce qui n’a pas toujours été facile. Les témoignages souvent déchirants rendus par les survivants du régime des pensionnats devant la Commission de vérité et réconciliation ont eu un impact profond sur son corps et son esprit. Le temps est venu pour lui de se consacrer à sa famille et à d’autres passions.

Chers collègues, je suis conscient que ceci n’est pas un adieu, mais plutôt un « au revoir », puisque nos chemins continueront de se croiser.

Le sénateur Sinclair a joué un rôle crucial pour éduquer le public sur la véritable histoire du Canada ainsi que sur la relation du Canada avec les peuples autochtones et le traitement qu’il a réservé à ces derniers. Ce faisant, Murray Sinclair a contribué à façonner notre cheminement commun vers la réconciliation.

En décembre dernier, lors du cinquième anniversaire du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, le sénateur Sinclair et les deux autres commissaires ont parlé de la mise en œuvre des appels à l’action, qui se fait attendre depuis trop longtemps. À ce moment-là, on nous a rappelé la responsabilité et l’obligation que nous avons de faire avancer la réconciliation, non pas en prononçant simplement de beaux discours, mais plutôt en prenant des mesures concrètes. C’est un message que nous devons garder au cœur de nos pensées et de nos actions.

Le sénateur Sinclair a aussi parlé du rôle que joue l’éducation dans la réconciliation, en déclarant un jour :

Les pensionnats ont existé pendant 130 ans, soit jusqu’en 1996. Sept générations d’enfants les ont fréquentés. Il faudra des générations pour corriger la situation.

En effet, l’ensemble des Canadiens et des gouvernements doivent prendre part à un long processus d’apprentissage et de désapprentissage. Les parlementaires ne sont pas à l’abri de ces problèmes. Nous devons nous pousser les uns les autres à être meilleurs et à faire mieux afin de pouvoir prêcher par l’exemple dans nos milieux de travail et nos collectivités. À mon humble avis, c’est la meilleure façon de rendre hommage aux efforts inlassables du sénateur Sinclair et des autres personnes déterminées à favoriser une réconciliation véritable et durable.

Sénateur Sinclair, au nom de tout le Groupe progressiste du Sénat, je vous souhaite la meilleure des chances dans ce nouveau chapitre de votre vie. Merci, wela’lin.

L’honorable Mary Coyle
[14:12]

Honorables sénateurs, c’est un honneur pour moi de prendre la parole depuis le Mi’kma’ki afin de louanger notre collègue nouvellement retraité, l’honorable — et adorable — Murray Sinclair.

Chers collègues, pour moi, avoir pu passer les trois dernières années en compagnie d’un des plus grands leaders de l’histoire du Canada et de notre génération, un de mes héros, est un cadeau dont je serai éternellement reconnaissante.

L’honorable Murray Sinclair est un homme brillant qui a ouvert bien des portes, un collègue terre à terre et enjoué, une personne qui respecte l’ensemble de la Création et un professeur à l’autorité naturelle.

Tout au long de sa carrière, notre collègue Murray a été le premier à franchir de nombreux jalons. Il a été avocat, le premier juge autochtone du Manitoba, co-commissaire de l’enquête sur la justice autochtone, président de la Commission de vérité et réconciliation et un collègue que nous avons tous aimé, le sénateur Sinclair.

Collègue enjoué, Murray avait le don de nous désarçonner au moyen d’une blague, d’un quolibet plein d’esprit ou d’une remarque empreinte d’autodérision. Murray savait comment capter notre attention lorsqu’il commençait un discours avec une phrase du genre : « C’est avec un peu d’inquiétude que je commence mes remarques, sachant que vous devez attendre que j’aie terminé pour aller souper. »

Même s’il sait s’amuser, personne ne dirait du sénateur Sinclair qu’il est frivole. C’est un homme sérieux et sage qui a des convictions. Au sujet du projet de loi de Jane Goodall, il nous avait transmis un peu de sa sagesse lorsqu’il a affirmé ceci :

Dans bien des cultures autochtones, on emploie l’expression « toutes mes relations » pour désigner l’interdépendance et l’interrelation entre toutes les formes de vie ainsi que la relation mutuelle et la destinée commune des humains et des animaux. Quand on traite bien les animaux, on fait preuve de respect envers soi-même et on encourage le respect mutuel.

Le sénateur Sinclair est un enseignant né. À mes yeux, il n’y a pas de rôle plus noble. Dans ses audiences, il a amené des milliers de personnes à comprendre — à ressentir — la vérité fondamentale de la tragédie et de l’injustice causées par les pensionnats autochtones, en leur demandant de regarder des photos de leurs enfants, petits-enfants, nièces ou neveux sur leur cellulaire, et en les invitant à imaginer ces enfants enlevés de force de leur famille vers des écoles où on leur enseignerait que leur langue et leur culture sont mauvaises et honteuses. Le sénateur Sinclair a souvent dit: « L’éducation nous a mis dans ce pétrin, et c’est l’éducation qui nous en sortira. »

Merci, sénateur Sinclair, de votre sagacité, de votre leadership et de votre ténacité. Merci de nous avoir posé un défi. Murray, je vous offre mes meilleurs vœux de santé et de joie en famille. Que votre parcours se poursuive dans la réussite. Merci à mon enseignant, le sénateur Sinclair.

L’honorable Pierre J. Dalphond
[14:15]

Honorables sénateurs, permettez-moi de prendre quelques instants pour saluer un ancien collègue au sein de la magistrature canadienne, un ancien sénateur, mais toujours un ami.

Le sénateur Sinclair est un homme imposant pas juste physiquement, mais aussi intellectuellement et moralement. Quel parcours de vie remarquable que le sien! Premier juge autochtone à la Cour provinciale du Manitoba, il fut l’un des premiers juges nommés par le gouvernement fédéral à une cour supérieure. Devant ses grandes qualités, c’est à lui qu’on a confié la présidence de la Commission de vérité et réconciliation, qui a produit un rapport historique, dont les enseignements et les recommandations nous guideront encore longtemps.

Sur une note plus personnelle, je dois dire que je ne serais pas venu au Sénat s’il n’avait pas été de ce fameux groupe de six, nommé en mars 2016. Lorsque je fus nommé 18 mois plus tard, c’est lui que j’appelai le premier pour lui demander bien humblement d’être mon parrain au Sénat, car je l’avoue, je suis un fan de Murray Sinclair.

J’ai eu le grand plaisir de travailler avec lui à faire la promotion de certaines idées pour la réforme du fonctionnement du Sénat et la définition de son rôle comme chambre non élue désormais composée de personnes non partisanes.

Notre grande famille sénatoriale perd un membre important, mais cette perte sera le gain de sa famille immédiate, comme le disait si bien son fils Niigaan, que je cite :

Alors que mon père quitte la vie publique de sénateur — après avoir marqué l’histoire en tant que commissaire, juge et avocat —, ma famille pourra enfin passer du temps en sa compagnie. Bien qu’il s’agira d’un changement pour nous tous (et il ne fait même pas partie des cinq principaux décideurs de notre famille), ce sera un changement bien mérité, car nous l’attendons depuis longtemps [...]

Pourtant, nous sommes mieux lotis grâce à tout ce qu’il a fait pour nous mener jusqu’ici.

Miigwech, papa, et bon retour à la maison.

Merci, Murray. Meegwetch.

L’honorable Marilou McPhedran
[14:17]

Honorables sénateurs, je serai brève, mais chacun des mots que je prononcerai viendra tout droit de mon cœur.

Je me suis sentie très honorée et très touchée que le sénateur Murray Sinclair accepte d’être mon parrain dès mon accession au Sénat, en même temps que la sénatrice Gagné et que d’autres qui se sont déjà exprimés. Je ne répéterai pas toutes les louanges bien méritées qu’on a adressées au sénateur Sinclair, mais je veux citer brièvement le poète cri Billy-Ray Belcourt :

Qu’est-ce que vivre, souffrir et surtout aimer dans un monde émotionnellement inflexible, conçu pour produire des hommes qui avalent « une part trop grande du coucher de soleil »? Nous sommes hantés par ce tournant, on nous y ramène sans cesse. Mais il ne nous condamne pas une fois pour toutes à une vie dévastée. Il y a plus à dire. Il y a un autre mode de vie à incarner.

Personnellement, parmi la longue liste de réalisations du sénateur Sinclair depuis sa nomination, c’est la manière dont il vient en aide à chacun de nous que je retiendrai le plus. Il nous a aidés et il nous aidera à comprendre qu’il y a bel et bien un autre monde qui nous attend et que, si nous voulons assurer l’avenir du pays et agir comme les sages aînés que nous sommes, nous devons faire de notre mieux pour donner suite aux appels à l’action de la commission et suivre les nombreux conseils que le sénateur nous a offerts en près de cinq ans. Meegwetch.

L’honorable Patricia Bovey
[14:20]

Honorables sénateurs, notre estimé collègue, Manitobain et Canadien, le sénateur Sinclair, aura été la conscience de plusieurs d’entre nous et une inspiration pour la plupart. Les mots ne suffisent pas pour le remercier de tout ce qu’il a fait pour sa province, sa communauté et son pays, et ce, dans toutes sortes de domaines, mais je vais quand même me risquer, car mes mots auront au moins le mérite d’être sincères et de venir du plus profond de mon cœur.

La carrière judiciaire du sénateur Sinclair est un sujet de célébration en soi, car il a été le premier juge issu des Premières Nations du Manitoba. Cela dit, saviez-vous que, pendant son passage dans la magistrature, il a aussi brûlé les planches? Il incarnait la voix et la présence qui surgissait des coulisses dans la production d’Un violon sur le toît montée il y a une vingtaine d’années par des avocats du Manitoba afin de venir en aide au Royal Manitoba Theatre Centre. J’y étais — j’étais même assise dans la deuxième rangée — et je peux vous assurer qu’on savait qu’il était là. Pour tout vous dire, sa voix était celle qui portait le mieux de toute la distribution, et il s’agissait pourtant d’orateurs chevronnés. Assistera-t-on aux débuts d’une carrière théâtrale?

Son travail à titre de commissaire de la Commission de vérité et réconciliation est bien connu et a été mentionné par d’autres sénateurs. Je tiens à dire combien j’ai aimé la cérémonie spéciale organisée à l’Université du Manitoba, durant mon mandat de présidente du conseil, le jour où Murray a annoncé le transfert des documents et des dossiers de la commission au Centre national pour la vérité et réconciliation de l’université. L’émotion dans la salle était palpable. Murray, votre travail, votre passion et votre dévouement, ainsi que ceux de la commission, doivent être et seront un modèle que nous suivrons au cours des années à venir. Nos aspirations se concrétiseront, Murray.

Je veux vous remercier personnellement d’avoir joué un rôle clé comme mon parrain et guide, lors de la journée mémorable de mon entrée en fonction ici. Merci, Murray.

Sénateur Sinclair, les idées que vous avez véhiculées et la sensibilité dont vous avez fait preuve dans cette enceinte sont grandement appréciées. Je vous remercie à bien des égards. Vous m’avez beaucoup appris, et vous continuez de le faire. Vous avez mis au défi les musées canadiens de donner l’exemple en racontant notre véritable histoire et en favorisant la réconciliation. Votre plaidoyer était particulièrement poignant, et il a été entendu. Il est important de favoriser l’éducation dans les lieux fréquentés par les familles. Or, les familles ne vont pas à l’école ensemble, mais elles vont aux musées.

Je transmets, à vous et à Katherine, tous mes meilleurs vœux de succès pour le prochain chapitre de votre vie, à savoir le mentorat de jeunes avocats des Premières Nations, qui ont la chance de pouvoir compter sur votre aide et vos conseils. Je me réjouis à la perspective de lire votre autobiographie et de continuer à apprendre de vous, tant dans ma vie au Sénat que dans ma vie à l’extérieur du Sénat. Votre sens de l’humour me manquera, tout comme les cafés que l’on savourait ensemble le lundi matin à l’aéroport de Winnipeg avant de s’envoler vers Ottawa.

Faites attention à vous, cher ami, et bonne chance. Vous nous manquerez au Sénat, mais j’espère vous revoir bientôt. Merci.

L’honorable Yvonne Boyer
[14:23]

Honorables sénateurs, je me joins à vous pour rendre hommage au sénateur Murray Sinclair. Le sénateur Sinclair quitte le Sénat après avoir représenté pendant cinq ans la population du Manitoba, ainsi que tous les peuples autochtones, avec honneur et humilité. Tout au long de sa carrière, et surtout pendant son passage au Sénat, il s’est toujours montré digne de son nom ojibwé, Mizanay Gheezhik, qui veut dire « celui qui parle des images dans le ciel ».

Comme chacun d’entre vous, je sais que le sénateur Sinclair est loin d’avoir terminé de servir ses concitoyens, mais le moment est venu pour lui de se concentrer sur ce qui importe le plus : sa famille. Cela dit, fidèle à ses habitudes, il s’est déjà engagé à encadrer de jeunes avocats dans le domaine du droit autochtone et à rédiger un mémoire qui se penchera sur l’identité autochtone et sur l’importance de comprendre le passé pour pouvoir bâtir un avenir meilleur. Cela m’a tout l’air d’une retraite reposante.

Le sénateur Sinclair a été nommé au Sénat après avoir acquis sur la scène internationale la réputation d’être l’un des grands juristes du Canada. Il a été coprésident de l’Enquête publique sur l’administration de la justice et président de la Commission de vérité et de réconciliation. Il a été le premier juge autochtone nommé au Manitoba, soit le deuxième à travers tout le Canada. Sa carrière de 25 ans au sein du système judiciaire du Manitoba continue d’inspirer des générations de jeunes avocats autochtones partout dans le monde.

Pendant le temps qu’il a passé au Sénat, il a su mettre à contribution sa vaste expérience et sa connaissance intime et approfondie du domaine juridique dans l’examen de tous les projets de loi. Il a fait son travail en tenant compte du point de vue des Autochtones, et il s’est servi de son expérience concrète en tant que juge pour améliorer les projets de loi. Il a travaillé sans relâche pour protéger les langues autochtones, réformer le système d’aide à l’enfance et exposer le racisme systémique dans les institutions. Il a travaillé à la création d’une journée nationale de la vérité et de la réconciliation, il a parrainé le premier projet de loi pour la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, et il a récemment présenté le projet de loi de Jane Goodall.

Le sénateur Sinclair quitte le Sénat après avoir contribué à en faire une meilleure institution qui défend les intérêts des Autochtones, et son héritage exceptionnel inspirera tous ceux qui suivront son exemple. Je suis privilégiée d’avoir travaillé avec lui, et je lui souhaite énormément de succès dans ses nouveaux projets.

Le sénateur Sinclair est un juge, un avocat, un professeur de droit, un aîné, un mentor, un ami, et surtout un père et un grand-père. Sénateur Murray Sinclair, je vous remercie d’être qui vous êtes, de vos contributions au Sénat du Canada et ailleurs, et d’être une source intarissable d’inspiration pour nous, pour nos enfants et pour nos petits-enfants. Meegwetch, mon ami.

L’honorable Marty Klyne
[14:26]

Honorables sénateurs, je prends la parole pour rendre hommage à l’excellent sénateur Murray Sinclair. Maintenant à la retraite, notre ami compte servir de mentor à des avocats autochtones, écrire ses mémoires et, peut-être, les histoires qu’il a racontées à sa petite-fille. Il compte aussi éviter de devenir gouverneur général.

L’héritage national que laisse Murray est bien connu. C’est l’un des dirigeants autochtones les plus respectés, un juriste admiré et un courageux défenseur des droits des survivants des pensionnats autochtones. La plupart des Canadiens voient en lui un héros qui a su révéler la vraie histoire du Canada et nous montrer la voie à suivre pour arriver à la réconciliation et à un meilleur pays pour tous. Le travail qu’il accomplit à l’extérieur du Sénat est grandement apprécié et reconnu; il est aussi bien documenté pour les générations futures.

Je me concentrerai sur ce que Murray a apporté au Sénat. Personnellement, je chéris le souvenir du moment où il m’a escorté lors de mon assermentation ainsi que toute l’inspiration que j’ai trouvée dans sa façon de travailler. Murray a le don de reconnaître la présence et l’importance des autres, ce que je ne serai pas le seul à souligner. Il vous accueille dans le cercle et il écoute tout le monde avant de parler. Ses paroles font autorité et sont souvent accueillies en silence. Cela me rappelle une publicité qu’on voyait à la télévision dans les années 1970, alors que le silence tombait soudainement dans un restaurant parce que les gens voulaient entendre un conseil d’investissement, le message étant : « Quand E.F. Hutton parle, les gens écoutent. »

Murray affiche un bilan législatif impressionnant. Il a parrainé le projet de loi C-51 exigeant des déclarations de conformité à la Charte pour tous les projets de loi du gouvernement; le projet de loi C-75 visant la réforme du Code pénal et abolissant notamment la récusation péremptoire de jurés, après la mort de Colten Boushie; ainsi que le projet de loi C-91, visant à protéger et à revitaliser les langues autochtones. Il a parrainé le projet de loi C-262, Loi relative à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui a jeté les bases du projet de loi C-15 du gouvernement. Murray a qualifié la présentation de cette législation de « jalon historique sur la voie de la réconciliation ».

Murray laisse également un héritage remarquable en matière de défense de la nature puisqu’il a proposé des lois pour protéger les baleines et les dauphins de la captivité. L’année dernière, il a présenté la Loi Jane Goodall. Je suis très honoré de parrainer à mon tour ce projet de loi et je vous demande de m’aider à défendre les animaux. En outre, Murray a toujours défendu la cause des enfants et s’est notamment employé à faire abroger la loi qui autorise le recours aux châtiments corporels et à faire rétablir la compétence des gouvernements autochtones en matière de services à l’enfance et à la famille.

Mes collègues ont fait mention du nom ojibwé du sénateur Sinclair qui signifie « celui qui parle des images dans le ciel. » Il n’est donc pas étonnant que le sénateur Sinclair nous propose une réforme du Sénat axée sur le modèle du conseil des aînés. Murray, alors que vous partez à la retraite pour vous consacrer à votre famille et à d’autres passions, je vous offre mes meilleurs vœux et je vous remercie. Meegwetch.

L’honorable Dan Christmas
[14:29]

Honorables sénateurs, j’interviens aujourd’hui pour rendre hommage à notre sage collègue et ami, le sénateur Murray Sinclair. Ce n’est pas tâche facile que d’énumérer et de saluer les nombreux talents et réalisations du sénateur Murray, comme je l’appelle affectueusement. Il est difficile de savoir par où commencer pour faire l’éloge d’une personne qui possède tant de qualités et qui compte à son actif d’innombrables réalisations, notamment en termes de précédents, de victoires sur l’adversité et de gestes de compassion.

Nous connaissons toutes les étapes marquantes de la carrière distinguée du sénateur Sinclair : il a été le premier Autochtone à être nommé juge au Manitoba, il a aidé à diriger l’Enquête publique sur l’administration de la justice et les peuples autochtones au Manitoba, et il ne faut certainement pas oublier son travail historique en tant que président de la Commission de vérité et réconciliation. Il est important de souligner que toutes ces étapes marquantes ont été franchies avant qu’il ne soit nommé à cette auguste Chambre.

Depuis son arrivée au Sénat, il y a près de cinq ans, le sénateur Sinclair est devenu un phare pour la communauté autochtone, non seulement dans les couloirs du pouvoir sur la Colline du Parlement, mais aussi dans l’ensemble du Canada.

Dans l’un de ses premiers discours au Sénat, où il a assimilé le Sénat à un conseil des anciens, il nous a rappelé ce qui suit :

Les anciens sont les gens qu’on consulte à propos des problèmes les plus importants de la communauté et de leurs membres. On leur demande conseil pour aider les gens qui doivent gouverner la communauté et prendre des décisions finales en ce qui concerne la vie de ses membres.

En cas de différend, les anciens ne prennent pas parti pour l’un ou l’autre des camps, mais les aident plutôt à surmonter leurs différends. Les anciens aident la communauté, y compris les jeunes chefs, à trouver la meilleure voie à suivre.

Le sénateur Sinclair a conclu son discours comme suit :

Lorsqu’il fonctionne comme il se doit, le Sénat du Canada est le conseil des aînés du pays. Avec vous tous, avec votre sagesse, votre expérience et vos connaissances, je sais que le Sénat pourra souvent faire un travail exceptionnel.

Le sénateur Murray Sinclair a su servir le Sénat avec brio en tant qu’aîné officieux.

Honorables sénateurs, je conclurai mon intervention par une citation de Walter Reuther, un Américain ayant milité pour les droits syndicaux et les droits civils :

Il n’y a pas de plus grande vocation que de servir son semblable. Il n’y a pas de plus grande contribution que de venir en aide aux plus vulnérables. Il n’y a pas de plus grande satisfaction que de bien accomplir cette mission.

Voilà qui décrit à merveille l’apport du sénateur Murray.

À mon honorable collègue, mon cher ami, mon aîné au Sénat, j’offre ma profonde reconnaissance, ma gratitude et mes meilleurs souhaits au moment où vous entamez la prochaine étape de votre remarquable parcours, c’est-à-dire offrir des services de mentorat auprès de jeunes avocats autochtones.

Ce fut une expérience fort instructive et remplie d’humilité que de siéger à vos côtés, et je m’engage à faire progresser la cause de la défense des affaires autochtones et de la réconciliation avec le même dévouement dont vous avez su faire preuve durant les délibérations du Sénat. À cet égard, vous nous avez énormément appris, et le Canada en sort grandement enrichi.

Wela’lin. Je vous remercie.

L’honorable Raymonde Saint-Germain
[14:32]

Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui pour rendre hommage à l’honorable sénateur Murray Sinclair.

Je me suis souvenue d’une conversation que le sénateur Sinclair a engagée avec moi en français. Alors que je m’attendais à quelques mots de courtoisie, la conversation a duré environ cinq minutes pendant lesquelles le sénateur m’a démontré son excellente compréhension du français. Il m’a ensuite dit que sa grand-mère lui avait appris le français lorsqu’elle s’était occupée de lui et de ses frères et sœurs après le décès de sa mère peu après sa naissance.

Pour moi, cela témoigne de sa modestie et du fait qu’il est perfectionniste. Il ne discutera d’un sujet ou ne parlera une langue en public que s’il les maîtrise.

Le sénateur Sinclair est arrivé au Sénat au printemps 2016 et il a décidé de siéger en tant qu’indépendant. Il personnifie parfaitement l’indépendance, et il l’a démontré tout au long de son mandat dans cette Chambre haute par son impartialité, son franc-parler et son aversion pour la pensée unique et pour les préjugés. Il n’est pas surprenant qu’il ait été un sénateur aussi impressionnant. En effet, ses succès sont le fruit de son expérience et de son expertise.

Ses qualités personnelles sont également étroitement liées à son influence. Le respect avec lequel il traitait tout le monde, sa compassion, ses aptitudes à communiquer et son sens de l’humour très subtil ont également contribué à son influence sur nous. Chaque fois que Murray Sinclair a pris la parole dans cette enceinte, il a été écouté avec déférence pour ses connaissances ainsi que pour son dévouement inébranlable envers le peuple.

Je l’ai toujours considéré, et je le considère toujours, comme une figure unificatrice de notre pays. Il est véritablement venu au Sénat du Canada pour servir ses concitoyens et bâtir des ponts entre les peuples autochtones et l’ensemble des Canadiens, ce qu’il a fait avec humilité et de manière constructive, l’esprit ouvert et axé sur la réconciliation.

Honorable sénateur Murray Sinclair, merci de nous avoir donné, ainsi qu’à tous nos concitoyens, l’honneur d’entendre vos propos judicieux et forts de conciliateur et de bâtisseur de ponts. Merci de nous avoir guidés vers un pays plus juste et plus inclusif.

En mon nom et au nom des membres du Groupe des sénateurs indépendants, je vous remercie de partager votre sagesse avec nous. Nous vous souhaitons réussite, santé et bonheur. Chi-miigwech.

L’honorable Kim Pate
[14:36]

Honorables sénateurs, je joins ma voix à celle des nombreux sénateurs qui ont rendu hommage au sénateur Sinclair. Nous le remercions pour tout ce qu’il est et tout ce qu’il a contribué au Sénat, au pays et au monde.

Le sénateur Sinclair est un époux, un père et un grand-père aimant, ainsi qu’un mentor, un collègue et un ami. J’ai été invitée à la cérémonie où il s’est vu remettre la clé de la Ville d’Ottawa — il m’a informée qu’elle déverrouillait aussi la porte de la prison locale —, et à des conférences qu’il a données à titre d’invité dans des cours de droit. Il a passé des moments tranquilles avec ma famille et a assisté à la prestation de serment de ma partenaire Pam en tant que juge de la province nommée par le gouvernement fédéral. C’est dire que j’ai eu l’honneur et le privilège de compter parmi les nombreuses personnes qu’il a appuyées, encadrées et inspirées.

Le sénateur Sinclair a récolté les plus grands honneurs, a tracé la voie et a ouvert des portes tout au long de sa vie, d’abord en se rendant dans les prisons en tant qu’avocat spécialisé dans les problèmes juridiques des Autochtones, puis en tant que premier juge autochtone du Manitoba — et le deuxième du Canada —, ensuite en tant que co-commissaire de l’Enquête publique sur l’administration de la justice et les peuples autochtones au Manitoba, puis en tant que président de la Commission de vérité et réconciliation, jusqu’à son poste au Sénat du Canada, où il a été un magnifique fauteur de troubles.

Alors que le sénateur Sinclair passera du temps auprès de sa merveilleuse épouse Katherine, de ses enfants et de ses petits-enfants, et qu’il encadrera les futures générations de jeunes avocats autochtones créatifs, courageux et brillants, je n’ai aucun doute que leur travail et leur leadership enrichiront la profession juridique, la poursuite de la justice, de l’équité et de l’égalité pour tous les habitants de l’île de la Tortue et du monde entier. Étant donné son amour pour les chaussures, je n’ai aucun doute qu’ils contribueront aussi à la prospérité des souliers de la marque canadienne Fluevog.

Sénateur Sinclair, nous vous remercions de continuer à soutenir et à orienter notre travail avec votre intelligence brillante et votre esprit vif et, surtout, votre courage inégalé pour forcer le Canada et le Sénat à se remettre en question en les confrontant à leur héritage marqué par le racisme et le colonialisme et à aller de l’avant, alors que nous nous efforçons de mettre en œuvre tous les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation pour pleinement adhérer à votre vision de la vérité et de la réconciliation. Je vous remercie de votre foi et de votre entêtement à ce que nous tous et l’ensemble des Canadiens soyons à la hauteur des défis à relever.

Sénateur Sinclair, ce fut une responsabilité collective, mais surtout un immense privilège de siéger à vos côtés en cette enceinte. Nous nous efforcerons de marcher à vos côtés et d’honorer l’œuvre de votre vie ainsi que votre engagement sans faille à procurer un meilleur avenir aux peuples autochtones et, ultimement, à la population canadienne.

Chi-miigwech, sénateur, juge et « docteur » Sinclair.