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Art et architecture

Banc de gare

Rarement la destination elle-même, un banc est un objet associé à l’attente. C’est un endroit pour se reposer les pieds, observer le monde qui nous entoure et faire une pause avant la prochaine étape du voyage. Tant de choses sont méditées sur un banc au fil des ans, des pensées sur d’où on vient et où on se dirige. Cela alimente un sentiment d’anticipation, qui est une forme active d’attente contenant l’espoir que quelque chose se produira. Dans de nombreux cas, il semble que l’anticipation du changement plutôt que le changement lui-même soit l’une des plus grandes sources de bonheur humain.

Le banc de l’édifice du Sénat du Canada est un banc de gare en bois à deux faces assez ordinaire. On en trouve des semblables dans les gares du monde entier. Ce qui rend celui-ci particulier, c’est qu’il a été conçu à l’origine pour la salle d’attente de la gare Union dans la capitale du Canada, qui abrite temporairement le Sénat du Canada. Les lignes épurées, les boiseries de qualité, les détails en bronze et les lampes de style Tiffany qui le surmontent indiquent la haute qualité de la conception et de l’exécution du banc. Cependant, le banc a été préservé pour son histoire et son symbolisme plutôt que pour la qualité de l’objet.

L’édifice du Sénat du Canada, initialement connu sous le nom de gare centrale Grand Trunk, est situé en bas de la rue de la Colline du Parlement et a été la gare centrale d’Ottawa depuis son ouverture au public le 1er juin 1912 jusqu’à sa fermeture en 1966, après un lent déclin. Ce simple banc aurait accueilli de nombreuses personnes – touristes, navetteurs, fonctionnaires – tous les voyageurs attendant l’arrivée ou le départ d’un train, un départ de chez soi ou un retour au foyer. Pour quelqu’un comme James Lougheed, le premier sénateur de la province de l’Alberta, le banc et la gare où il se trouvait auraient été une sorte d’espace liminal; un entre-deux qui contenait l’anticipation d’un retour à la maison, accentué par le geste le plus banal : attendre un train. Entre les importantes fonctions du sénateur à Ottawa et la petite mais florissante ville de Calgary, la gare marquait la transition entre deux mondes. 

Qu’est-ce que cela pourrait signifier pour un sénateur de l’Ouest de rentrer chez lui, quittant le siège du pouvoir pour le siège de sa concrétisation? À quoi ressembleraient ces idées et ces lois en action? L’attente ne se terminerait pas avec le départ du train. En 1912, lorsque la gare Union a ouvert ses portes, il fallait au moins trois jours pour voyager entre Ottawa et Calgary –beaucoup de temps pour se demander si les décisions prises au loin, après un long voyage en train depuis sa province d’origine, seraient les bonnes pour celle-ci. 

L’énergie d’une gare est une combinaison particulière de palpitation et d’ennui. L’enthousiasme pour le voyage est tempéré par l’impatience devant le temps qu’il faut pour y arriver. L’attente et la patience sont l’essence de la question. Quelles pensées, questions, reconsidérations auraient pu entrer dans l’esprit du sénateur? Mais anticiper, c’est avoir des attentes, et M. Lougheed avait de grandes attentes pour sa province bien-aimée, l’Alberta. Dans son cas, l’anticipation du changement était probablement une grande source de bonheur et de satisfaction.


Caroline Loewen est conservatrice à la Lougheed House à Calgary (Alberta).

Banc de gare

Détails de l'objet

Titre
Banc de gare

Date
v. 1912

Technique
Bois, métal et verre

Dimensions
H : 185 cm
L : 358 cm
P : 150 cm

Crédit
Collection d’œuvres d’art et de biens patrimoniaux du Sénat

Droits d’auteur sur l’image
Sénat du Canada

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