Recommandations
RECOMMANDATION 1
Afin d’assurer la mise en œuvre complète des pêches fondées sur les droits des Mi’kmaq, des Wolastoqiyik et des Peskotomuhkati, le comité recommande un plan en trois points :
- Dans l’immédiat, le comité recommande que le gouvernement du Canada prenne des mesures, conjointement avec les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik et les Peskotomuhkati, pour examiner et modifier, au besoin, les lois, la réglementation, les politiques et les pratiques pertinentes qui touchent les pêches fondées sur les droits, afin de s’assurer qu’elles sont conformes aux obligations nationales et internationales du Canada, y compris la Loi constitutionnelle de 1982 et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
- De façon provisoire, le comité recommande que la ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne utilise l’article 4.1 de la Loi sur les pêches pour négocier et conclure, avec les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik et les Peskotomuhkati, des ententes de nation à nation qui permettront une véritable prise de décisions partagée.
- De façon permanente, le comité recommande que le gouvernement du Canada présente au Parlement, conjointement avec les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik et les Peskotomuhkati, un projet de loi visant la création d’un nouveau cadre législatif qui permettra la mise en œuvre complète des pêches fondées sur les droits.
RECOMMANDATION 2
Afin d’assurer plus de certitude pour les pêcheurs des Premières Nations et les pêcheurs non autochtones, de refléter la priorité des pêches fondées sur les droits et à la lumière de l'échec de l'approche actuelle de « rachat », le comité recommande que, pour mettre en œuvre les pêches fondées sur les droits, le gouvernement du Canada suive une approche de réaffectation plutôt que l’approche actuelle de « rachat ». Cette nouvelle approche réduirait le nombre de casiers ou le quota alloué aux pêcheurs non autochtones, et permettrait de transférer l’accès ainsi créé aux Mi’kmaq, aux Wolastoqiyik et aux Peskotomuhkati.
RECOMMANDATION 3
Le comité recommande que la réponse du Canada au Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale (en réponse à la référence : CERD/EWUAP/103rd Session/2021/MJ/CS/ks) soit rendue publique immédiatement et intégralement.
RECOMMENDATION 4
Le comité recommande que l’ensemble des agences et des ministères fédéraux prennent immédiatement des mesures efficaces pour contrer et éliminer le racisme institutionnel et systémique observé dans leurs lois, leurs règlements, leurs politiques et leurs pratiques.
Le comité recommande plus précisément au gouvernement du Canada de collaborer avec les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik et les Peskotomuhkati afin de nommer un groupe d’experts indépendants chargé de produire un rapport recommandant des mesures précises pour contrer le problème courant de racisme institutionnel et systémique à Pêches et Océans Canada, à la Gendarmerie royale du Canada ainsi qu’aux sein des autres agences et ministères responsables de l'application des règlements relatifs aux pêches fondées sur les droits des Mi’kmaq, des Wolastoqiyik et des Peskotomuhkati. Ce rapport doit décrire un plan de lutte contre le racisme systémique identifié. Ce rapport devrait être déposé devant les deux chambres du Parlement dans un délai qui n’est pas plus tard qu’un an après le dépôt du présent rapport et être renvoyé au Comité sénatorial permanent des pêches et des océans.
RECOMMENDATION 5
Le comité recommande que le gouvernement du Canada, en général, et Pêches et Océans Canada, en particulier, respectent les lois, les principes et le savoir autochtones – y compris les concepts de Netukulimk, de Msit No’kmaq (Toutes mes relations) et d’Etuaptmumk (Double perspective) et qu’ils les intègrent véritablement aux autres connaissances et aux données scientifiques dans le cadre de la prise de décisions sur les pêches.
Le comité estime également qu’il faut cesser d’imposer unilatéralement les limites de captures saisonnières et d’autres restrictions. Le gouvernement du Canada doit commencer immédiatement à élaborer des mesures de conservation conjointement avec les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik et les Peskotomuhkati et s’assurer qu’une valeur et une légitimité égales soient conférées aux lois, aux principes et au savoir traditionnel autochtones dans le cadre de la mise en œuvre des pêches fondées sur les droits.
RECOMMANDATION 6
Le comité recommande que le gouvernement du Canada donne aux Mi’kmaq, aux Wolastoqiyik et aux Peskotomuhkati la capacité (p. ex., en matière de financement, de droit et d’élaboration de politiques) dont ils ont besoin pour négocier la mise en œuvre complète de leurs pêches fondées sur les droits avec le gouvernement du Canada.
RECOMMANDATION 7
Le comité recommande que la responsabilité de la négociation de la mise en œuvre complète des pêches fondées sur les droits soit transférée de Pêches et Océans Canada à Relations Couronne Autochtones et Affaires du Nord Canada. Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada deviendrait donc le ministère responsable des négociations et Pêches et Océans Canada assumerait un rôle consultatif. Le comité demande également que ce changement soit apporté immédiatement et pas plus tard qu’un an après le dépôt du présent rapport.
RECOMMANDATION 8
Le comité recommande fortement que le gouvernement du Canada appuie et mette en œuvre entièrement les mesures et les recommandations présentées dans le rapport du représentant spécial fédéral, Allister Surette, intitulé Mise en œuvre du droit de pêcher pour assurer une subsistance convenable : rétablir la confiance et établir une voie constructive pour l’avenir, et tout particulièrement la troisième recommandation de son rapport.
RECOMMANDATION 9
Afin d’aller de l’avant et de veiller à ce que toutes les parties comprennent clairement les pêches fondées sur les droits :
- Le comité recommande que Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, Pêches et Océans Canada et la Gendarmerie royale du Canada, de concert avec les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik et les Peskotomuhkati, élabore des outils afin de nouer le dialogue avec le public et de l’informer sur les pêches fondées sur les droits, y compris sur l’origine de ces droits, la manière dont ils ont été confirmés et dont ils sont mis en œuvre, et la façon dont ils diffèrent de ceux applicables à d’autres types de pêches.
- Le comité recommande que les agences et les ministères fédéraux concernés, y compris Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, Pêches et Océans Canada et la Gendarmerie royale du Canada, offrent de l’éducation et de la formation efficaces et continues à leur personnel sur les réalités historiques et actuelles des peuples autochtones du Canada. Le comité recommande en outre que le personnel qui travaille directement et indirectement avec les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik et les Peskotomuhkati se voit offrir de l’éducation et de la formation efficaces et continues sur les pêches fondées sur les droits.
RECOMMANDATION 10
Afin d'assurer la mise en œuvre complète des recommandations de ce rapport, le comité demande au gouvernement du Canada de produire des examens des progrès. Ces examens des progrès fourniraient des mises à jour sur les progrès réalisés par les agences et les ministères, y compris Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, Pêches et Océans Canada et la Gendarmerie royale du Canada, envers la mise en œuvre de toutes les recommandations faites par le comité dans ce rapport. Le gouvernement du Canada devrait produire des examens des progrès chaque année pendant au moins cinq ans, et le premier examen des progrès devrait être produit au plus tard un an après le dépôt du présent rapport. Tous les examens des progrès devraient être déposés devant les deux chambres du Parlement et être renvoyés au Comité sénatorial permanent des pêches et des océans. De plus, le comité se réserve le droit de demander que les ministres fédéraux concernés comparaissent devant le comité pour discuter des examens annuels des progrès et pour répondre aux questions.
Halifax, 12 juillet 2022 — Plus de 20 ans après qu’une décision de la Cour suprême du Canada a confirmé les droits de pêche issus de traités de certaines Premières Nations, le gouvernement fédéral n’a pas réussi à mettre pleinement en œuvre des pêches fondées sur les droits des Autochtones, selon un nouveau rapport du Comité sénatorial des pêches et des océans.
Dans son rapport intitulé Paix sur l’eau : Faire progresser la mise en œuvre complète des pêches fondées sur les droits des Mi’kmaq, des Wolastoqiyik et des Peskotomuhkati, le comité examine la réponse du gouvernement fédéral à l’arrêt Marshall et la mise en œuvre des droits des communautés des Premières Nations du Canada atlantique et du Québec à pêcher pour s’assurer une subsistance convenable.
L’étude porte sur la décision prise par la Cour suprême du Canada en 1999 dans l’affaire R. c. Marshall, qui a confirmé les droits issus de traités des communautés des Premières Nations de pêcher pour s’assurer une « subsistance convenable » en pêchant et en vendant le poisson toute l’année. Cet arrêt a touché 34 Premières Nations Mi’kmaq, Wolastoqiyik et Peskotomuhkati du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse et de la région de Gaspé au Québec.
Des témoins ont dit au comité que l’échec des gouvernements fédéraux successifs à mettre pleinement en œuvre
les pêches fondées sur les droits ont entraîné des tensions, des désaccords et de la violence entre les pêcheurs autochtones et non autochtones du Canada atlantique et du Québec. Le comité a également entendu plusieurs allégations de racisme systémique au sein de ministères et d’organismes fédéraux, dont Pêches et Océans Canada et la Gendarmerie royale du Canada. Des témoins ont expliqué comment les autorités fédérales ont adopté une approche d’application de la loi visant à surveiller et criminaliser les pêcheurs des Premières nations, sans pour autant les protéger contre les actes d’intimidation et de violence. De plus, des témoins ont affirmé que Pêches et Océans Canada donne la priorité aux pêches commerciales au détriment des pêches fondées sur les droits.
L’étude présente 10 recommandations sur la façon dont le gouvernement fédéral peut mettre pleinement en œuvre des pêches fondées sur les droits des Autochtones, notamment en réattribuant les casiers commerciaux aux Mi’kmaq, aux Wolastoqiyik et aux Peskotomuhkati, en élaborant des outils pour informer le public des pêches fondées sur les droits et en intégrant les lois, les principes et les connaissances autochtones aux données scientifiques dans les processus décisionnels. Le rapport conclut qu’il n’existe pas de méthode unique pour mettre en œuvre des pêches fondées sur les droits des Autochtones et que toute solution doit être trouvée en collaboration avec les communautés des Premières Nations.
Faits en bref
- Les pêches au Canada se divisent en deux catégories. Les pêches fondées sur les droits reposent sur les droits des Autochtones ou les droits issus de traités énoncés dans les traités historiques et modernes conclus entre la Couronne et les peuples autochtones. Les pêches fondées sur les privilèges, comme les pêches commerciales ou récréatives, font souvent l’objet de frais et sont soumises à des restrictions au moyen de permis et de règlements.
- S’exprimant au nom de la majorité, le juge Ian Binnie de la Cour suprême avait conclu que les traités de paix et d’amitié négociés entre la Couronne britannique et les communautés des Premières Nations en 1760 et 1761 confirmaient « le droit des Mi’kmaq de continuer à assurer leur subsistance en se servant du produit de leurs activités de chasse, de pêche et de cueillette pour se procurer ce qu’on appelait en 1760 les “biens nécessaires” ».
Citations
« Les témoins des Premières Nations nous ont dit haut et fort qu’il n’existe pas de méthode unique pour mettre en œuvre des pêches fondées sur les droits des Autochtones. Le gouvernement fédéral doit absolument travailler avec les communautés des Premières Nations pour cogérer les pêches fondées sur les droits dans tout le pays. »
– Sénateur Fabian Manning, président du comité
« La décision Marshall a été rendue il y a 23 longues années. Les communautés Mi’kmaq, Wolastoqiyik et Peskotomuhkati attendent toujours que leurs droits de pêche soient pleinement mis en œuvre. Il ne faut pas les faire attendre plus longtemps. »
– Sénatrice Bev Busson, vice-présidente du comité
« Nous devons nous concentrer sur une démarche de réconciliation pour distribuer les permis de pêche plutôt que sur une démarche de “rachat”. L’exercice des droits des Autochtones ne peut pas, et ne doit pas, dépendre de la capacité du gouvernement fédéral à racheter les permis des pêcheurs commerciaux. »
– Sénateur Brian Francis, membre du Sous-comité du programme et de la procédure
Liens connexes
- Lisez le rapport Paix sur l’eau : Faire progresser la mise en œuvre complète des pêches fondées sur les droits des Mi’kmaq, des Wolastoqiyik et des Peskotomuhkati.
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Pour de plus amples renseignements :
Ben Silverman
Agent de communications | Sénat du Canada
343-574-4950 | ben.silverman@sen.parl.gc.ca
Multimédia

Les sénateurs Dan Christmas, Marilou McPhedran, Brian Francis, René Cormier, Fabian Manning, Jane Cordy et Stan Kutcher tiennent des copies du rapport du Comité sénatorial des pêches et des océans après la conférence de presse au Musée maritime de l’Atlantique à Halifax.

Le grand chef Norman Sylliboy (Grand conseil des Mi’kmaq) et l’ainée Catherine Martin ont présenté un discours d’ouverture, une prière traditionnelle et une chanson avant la conférence de presse du Comité sénatorial des pêches et des océans au Musée maritime de l’Atlantique à Halifax.

Les sénateurs Dan Christmas, René Cormier, Brian Francis et Fabian Manning et les sénatrices Marilou McPhedran et Jane Cordy lors de la conférence de presse du Comité sénatorial des pêches et des océans au Musée maritime de l’Atlantique à Halifax.

Le sénateur Manning se prononce lors de la conférence de presse du Comité sénatorial des pêches et des océans au Musée maritime de l’Atlantique à Halifax.
Les sénateurs qui ont participé à cette étude
Fabian Manning
C - Terre-Neuve-et-Labrador
Bev Busson
GSI - Colombie-Britannique
Salma Ataullahjan
C - Ontario (Toronto)
Dan Christmas
GSI - Nouvelle-Écosse
Jane Cordy
GPS - Nouvelle-Écosse
René Cormier
GSI - Nouveau-Brunswick
Brian Francis
GPS - Île-du-Prince-Édouard
Stan Kutcher
GSI - Nouvelle-Écosse
Marilou McPhedran
Non affilié(e) - Manitoba
Jim Quinn
C - Nouveau-Brunswick
Mohamed-Iqbal Ravalia
GSI - Terre-Neuve-et-Labrador
Membres d’office du comité : L’honorable sénateur Marc Gold, c.p. (ou Raymonde Gagné), L’honorable sénateur Donald Neil Plett (ou Yonah Martin)
Autres sénateurs ayant participé à l’étude : L’honorable sénateur Campbell et les honorables sénatrices McCallum et Ringuette
Réponse du gouvernement



