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1867 — naissance d’un pays : Sénateur Joyal
1867 — naissance d’un pays : Sénateur Joyal
5 juillet 2017
OPINIONS
Image of Serge Joyal
Serge Joyal, Québec

Comment gérer en commun la prospérité économique tout en protégeant des valeurs, des langues et des cultures distinctes ? C'est le défi auquel doivent répondre, en 1867, les hommes politiques qui ont donné naissance au Canada d'aujourd'hui.

Depuis que l'Amérique du Nord est devenue britannique, à la suite du traité d'Utrecht en 1713, puis au traité de Paris en 1763, Londres a établi des gouvernements distincts dans les six différents établissements coloniaux qui se sont développés sur le territoire, au fil des ans, à des rythmes différents. Ce morcellement ne favorise pas le développement des ressources d'autant que de nouveaux moyens de transport, les chemins de fer et les navires à vapeur plus rapides et efficaces, sont apparus et que l'objectif de mettre à profit ce potentiel s'impose.

L'industrialisation rapide ajoute à la pression d'en venir à une forme d'union.

Mais il y a plus encore : les États-Unis sont en guerre civile depuis 1861 et des bruits courent que les forces américaines, une fois victorieuses, pourraient se tourner vers le nord et s'emparer du Canada. Ils l'avaient déjà tenté en 1775, puis en 1812-1814, mais sans succès.

En 1864, les chefs politiques en provenance de l'Ontario, la colonie la plus peuplée, soutiennent la formation d'une union législative avec un parlement unique sur le modèle de Westminster, à Londres.

Les autres colonies y sont fortement opposées. Le Québec, avec sa majorité francophone et catholique, qui avait depuis toujours maintenu son droit civil français, craint d'être submergé par une majorité unilingue anglaise et protestante. Quant aux colonies des « maritimes, » agricoles et tournées vers la pêche, elles se voient marginalisées au détriment du centre du pays appelé à bénéficier en priorité des retombées de la nouvelle union.

Ces distinctions culturelles, religieuses et économiques seront finalement réconciliées dans une union « confédérale » bilingue, sous la couronne britannique, pour former une nouvelle nationalité canadienne fondée sur la différence des identités. Cette vision, exprimée dans la Constitution de 1867, a perduré depuis 150 ans malgré de multiples défis et revers.

Le sénateur Serge Joyal, c.p., représente Kennebec, au Québec. Il est vice-président du Comité sénatorial sur la modernisation du Sénat,  ainsi que membre du Comité sénatorial des affaires juridiques et constitutionnelles.

Cet article a été publié le 1er juin, 2017 dans le journal L’Express.