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« Mon amour du pays » : Le sénateur Kutcher évoque sa carrière dans le service public et le domaine de la santé mentale

Un homme se tient dans un bureau devant un mur décoré de peintures colorées réalisées par des enfants.

Spécialiste renommé de la santé mentale des jeunes et ardent défenseur des Ukrainiens, le sénateur Stan Kutcher, de la Nouvelle-Écosse, a passé ses derniers jours en tant que parlementaire à observer de près la résistance que l’Ukraine oppose à l’invasion russe.

En effet, le sénateur de la Nouvelle-Écosse a passé près de deux semaines à voyager entre Kyiv et Lviv afin de mieux comprendre les défis actuels du pays et de contribuer à l’élaboration d’un programme de formation destiné aux professionnels de la santé mentale en contact avec les jeunes.

Avant de prendre sa retraite le 24 mai 2026, le sénateur Kutcher a évoqué son séjour en Ukraine, son travail de lutte contre la désinformation et le dévouement de sa famille au service public.

Que pouvez-vous nous dire de plus sur votre expérience en Ukraine?

La résistance du peuple ukrainien est incroyable. Je me suis habitué aux alertes régulières signalant à la population de se mettre à l’abri des drones ou des missiles. Heureusement, aucun d’entre eux n’a touché les endroits où je me trouvais, mais cette réalité fait partie de la vie quotidienne là-bas. Les gens marchent dans la rue et, tout à coup, leurs alarmes se déclenchent. Ils consultent leur application pour savoir où vont les drones, puis ils se mettent à l’abri ou continuent leur chemin.

J’ai visité une organisation qui sauve et soigne les soldats blessés au combat. Je me suis assis avec un homme qui a passé une demi-heure à essayer de déplacer un bloc de Jenga à l’aide d’une prothèse de bras, jusqu’à ce qu’il y parvienne. C’était incroyable. J’ai également visité un centre ukrainien qui s’occupe de désinformation. Le Comité de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants achevait justement un rapport sur la désinformation russe; j’ai donc pu mieux comprendre comment l’Ukraine aborde cette question.

J’ai eu l’honneur de recevoir l’Ordre du mérite de l’Ukraine, troisième degré, et j’ai rencontré des membres de ma parenté ukrainienne, ce qui a été très agréable. J’ai non seulement rencontré des hauts responsables gouvernementaux et des professionnels de la santé mentale, mais j’ai également eu l’occasion d’échanger avec des gens ordinaires, notamment des chauffeurs de taxi, des employés de magasin et des passants dans la rue. Je pense que cette expérience m’a permis dans l’ensemble de mieux comprendre les enjeux auxquels l’Ukraine est confrontée, ce qui me sera utile pour informer le gouvernement.

Votre projet de loi S-210 désignerait le mois de septembre comme le Mois du patrimoine ukrainien. Pourquoi voudriez-vous que la population ukrainienne du Canada soit ainsi honorée?

Le sénateur Stan Kutcher visite un mémorial dédié aux soldats ukrainiens sur la place Maidan Nezalezhnosti à Kyiv, lors d’un séjour en Ukraine du 30 mars au 7 avril 2026. (Crédit photo : Bureau du sénateur Stan Kutcher)

Le Canada compte 1,5 million de Canadiens d’origine ukrainienne et, bien qu’ils aient joué un rôle déterminant dans le développement de ce pays, leur contribution n’est pas officiellement reconnue.

Nous disposons de plusieurs de ces désignations pour différentes cultures, et je pense qu’elles contribuent à faire prendre conscience que le Canada est un pays multiculturel. C’est lorsque nous respectons et valorisons la culture de chacun que nous donnons le meilleur de nous-mêmes.

Vous avez mentionné le récent rapport sur la désinformation russe. Quel est le principal enseignement que vous avez tiré de ce rapport?

Si tout ce que nous faisons est de nous défendre contre la désinformation, nous ne gagnerons jamais. Nous devons aussi attaquer. Nous devons trouver le moyen d’arrêter ou de réduire le flux de désinformation provenant de Russie vers le Canada. Nous savons que la désinformation est diffusée par des fermes de bots russes qui surveillent les réseaux sociaux. Nous savons également que la Russie rémunère des personnes pour diffuser de la propagande et que beaucoup se reconnaissent dans la désinformation russe, notamment ceux qui adhèrent au mouvement anti-vaccin. C’est l’essor de ce mouvement qui m’a incité à lancer LaSciencedAbord avec le chercheur Tim Caulfield afin de lutter contre la désinformation dans les domaines de la science et de la santé.

La lutte contre la désinformation russe demande beaucoup de travail, mais il faut espérer que les conclusions du rapport du comité sénatorial aideront le Canada à élaborer une stratégie.

Le sénateur Kutcher, à droite, s’adresse aux journalistes lors de la conférence de presse tenue pour le lancement du rapport du Comité des affaires sociales, des sciences et de la technologie sur la prévention du suicide. À ses côtés se trouvent l’ancienne sénatrice Ratna Omidva et le sénateur Patrick Brazeau.

Aux côtés de la sénatrice Kim Pate, au centre, le sénateur Kutcher évoque son expérience en tant que responsable des questions de santé mentale lors de l’événement « La santé mentale dans la capitale 2019 » organisé par le Conference Board du Canada à Ottawa.

Vous réclamez que le Canada redouble d’efforts afin d’attirer et de retenir les talents dans les domaines des sciences, de la médecine et de la recherche. Que devrait faire le gouvernement fédéral pour y parvenir?

Depuis de nombreuses années, je réclame un « double-double » – on ne peut pas faire plus canadien qu’un double-double –, mais ce que j’entends par là, c’est le doublement du financement accordé aux organismes de financement de la recherche au Canada et le doublement des bourses destinées aux chercheurs en doctorat et en postdoctorat.

Je pense que les gouvernements devraient s’engager davantage en faveur de la recherche fondamentale, qui ne débouche pas toujours sur la mise au point de nouveaux produits, mais qui permet d’approfondir nos connaissances. Par exemple, si nous comprenons comment les neurones communiquent entre eux, cette compréhension aura peut-être, ou peut-être pas, une valeur commerciale plus tard; elle pourrait déboucher sur la mise au point d’un nouveau médicament ou d’une nouvelle intervention thérapeutique, mais ce n’est pas certain. Cette découverte pourrait simplement nous apprendre comment fonctionne le cerveau, ce qui reste tout de même une connaissance utile.

Vous êtes à l’origine du rapport du Comité des affaires sociales, des sciences et des technologies sur la prévention du suicide. Qu’est-ce qui a inspiré ce rapport?

J’étais consterné par le Cadre fédéral de prévention du suicide, car il ne reposait pas sur des données probantes. Il regorgeait de belles paroles, mais il n’aidait pas à prévenir les suicides dans le pays, comme en témoignaient les taux de suicide, qui ne chutaient pas.

J’avais tenté de convaincre l’Agence de la santé publique du Canada d’adopter une approche fondée sur des données probantes, mais je n’y étais pas parvenu. J’ai décidé de présenter une motion au Sénat afin de lancer une étude sur le cadre canadien de prévention du suicide. Le comité des affaires sociales a mené une étude approfondie et a fait appel aux meilleurs experts pour répondre aux questions sur ce sujet. Dans la foulée, le gouvernement fédéral a mis en place un plan d’action pour la prévention du suicide, ce qui a constitué une avancée considérable.

Vous avez également demandé au gouvernement fédéral d’étendre les critères d’admissibilité à l’aide médicale à mourir aux personnes souffrant exclusivement de troubles mentaux. Pourquoi pensez‑vous que cela soit important?

La législation relative à l’aide médicale à mourir découle de l’arrêt rendu par la Cour suprême dans l’affaire Carter c. Canada. Cette décision n’excluait pas les personnes atteintes de troubles mentaux; c’est le gouvernement qui les a exclues par le biais du projet de loi C-7. J’estime que ce projet de loi stigmatise les personnes atteintes d’une maladie mentale et porte atteinte à la Charte des droits et libertés.

Cette question divise les Canadiens, et la manière dont le gouvernement aborde ce dossier par l’intermédiaire du Comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir ne fait qu’accentuer cette division. On n’écoute pas les personnes les plus touchées, et on assiste plutôt à un débat entre deux camps aux opinions bien arrêtées. Je crains que cette question ne puisse être résolue par la voie politique et qu’elle doive être renvoyée devant la Cour suprême.

Le service public est manifestement une affaire de famille, puisque votre fils, Dan Kutcher, est maire de Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard. Qu’est-ce que cela a représenté pour vous de le voir entrer dans la vie publique?

Je suis très fier de ce qu’il a accompli. Il s’efforce de résoudre le problème du logement et de promouvoir les énergies propres dans la ville. Il est plus en vue parce qu’il est sous les feux de la rampe, mais mes trois enfants ont tous choisi, chacun à leur manière, de se mettre au service de la communauté. Notre fille Leah est avocate et occupe le poste de conseillère juridique au sein du syndicat des enseignants de la Nouvelle-Écosse. Notre autre fils, Matt, est à la fois avocat et médecin; il exerce la médecine à l’Île-du-Prince-Édouard. Je suis très heureux que tous nos enfants aient choisi des métiers qui contribuent au bien commun.

Est-ce quelque chose que vous avez délibérément essayé de leur enseigner pendant leur enfance?

Je pense qu’ils l’ont appris par osmose. Ma femme était travailleuse sociale et enseignante; elle a travaillé pendant un certain temps avec des ONG et des immigrés.

Mes parents sont tous deux des réfugiés ukrainiens qui ont vécu des horreurs avant de venir ici et d’y trouver refuge. Ils aimaient le Canada de tout leur cœur. Ce pays leur a donné une chance, alors qu’ils avaient tout perdu. C’est d’eux que m’est venu mon amour pour mon pays.

Vous avez dit que vous preniez une retraite anticipée pour des raisons de santé. Comment en êtes‑vous venu à conclure que le moment était venu?

J’avais des problèmes de santé qui ont entrainé des douleurs neuropathiques, ce qui m’empêchait d’effectuer correctement mon travail. Ce fut une décision très difficile à prendre, car j’adorais siéger au Sénat. J’aimais relever des défis et me plonger dans des sujets variés. Je n’avais jamais autant appris sur le homard, les huîtres ou les courants marins avant de siéger au Comité des pêches et des océans.

Le Sénat connait une évolution nécessaire. Je ne sais pas comment cela va se terminer, et j’aurais aimé pouvoir y prendre part. En fin de compte, je considère que le rôle principal du Sénat consiste à défendre la Charte des droits et libertés et à veiller à ce que la tyrannie de la majorité ne nous empêche pas de protéger les droits des minorités.

Voir les hommages rendus au sénateur Stan Kutcher et son discours d’adieu au Sénat.

Pour en savoir plus sur le sénateur Kutcher, consultez cet article.

Le sénateur Kutcher prend la parole lors d’une réunion du Comité sénatorial des pêches et des océans en 2023.

Le sénateur Kutcher se joint, de gauche à droite, à Dan Christmas, sénateur à l’époque, et aux sénateurs Marilou McPhedran, Brian Francis, René Cormier et Fabian Manning, ainsi qu’à Jane Cordy, sénatrice à l’époque, lors d’une conférence de presse organisée au Musée maritime de l’Atlantique à Halifax pour présenter le rapport du Comité sénatorial des pêches et des océans sur les pêches fondées sur les droits des Autochtones en 2022.

Le sénateur Kutcher prend la parole lors d’une réception organisée en son honneur par la Présidente du Sénat à l’occasion de son dernier jour sur la Colline du Parlement, le 7 mai 2026. (Crédit photo : Bureau du sénateur Stan Kutcher)

Le sénateur Kutcher en compagnie de membres de sa famille, dont sa femme Jan Sheppard Kutcher, cinquième à partir de la droite, sa fille Leah, troisième à partir de la droite, sa belle-fille Nadia, deuxième à partir de la droite, et quatre de ses petits-enfants.

Lors de la mission d’étude menée en 2023 par le Comité sénatorial des affaires sociales, des sciences et de la technologie à l’Île-du-Prince-Édouard en vue d’un rapport sur le système de main-d’œuvre migrante au Canada, le sénateur Kutcher a rencontré son fils Dan Kutcher, maire de Summerside. On voit également sur la photo l’ancienne sénatrice Omidvar, alors présidente du comité.Lors de la mission d’étude menée en 2023 par le Comité sénatorial des affaires sociales, des sciences et de la technologie à l’Île-du-Prince-Édouard en vue d’un rapport sur le système de main-d’œuvre migrante au Canada, le sénateur Kutcher a rencontré son fils Dan Kutcher, maire de Summerside. On voit également sur la photo l’ancienne sénatrice Omidvar, alors présidente du comité.

Le sénateur Kutcher pose pour une photo aux côtés de son fils Matt, de son petit-fils Sebastian et de l’huissier du bâton noir, J. Greg Peters, devant les portes d’origine de l’antichambre du Sénat, dans l’édifice du Sénat du Canada. (Crédit photo : Bureau du sénateur Stan Kutcher)Le sénateur Kutcher pose pour une photo aux côtés de son fils Matt, de son petit-fils Sebastian et de l’huissier du bâton noir, J. Greg Peters, devant les portes d’origine de l’antichambre du Sénat, dans l’édifice du Sénat du Canada. (Crédit photo : Bureau du sénateur Stan Kutcher)

« Mon amour du pays » : Le sénateur Kutcher évoque sa carrière dans le service public et le domaine de la santé mentale

Un homme se tient dans un bureau devant un mur décoré de peintures colorées réalisées par des enfants.

Spécialiste renommé de la santé mentale des jeunes et ardent défenseur des Ukrainiens, le sénateur Stan Kutcher, de la Nouvelle-Écosse, a passé ses derniers jours en tant que parlementaire à observer de près la résistance que l’Ukraine oppose à l’invasion russe.

En effet, le sénateur de la Nouvelle-Écosse a passé près de deux semaines à voyager entre Kyiv et Lviv afin de mieux comprendre les défis actuels du pays et de contribuer à l’élaboration d’un programme de formation destiné aux professionnels de la santé mentale en contact avec les jeunes.

Avant de prendre sa retraite le 24 mai 2026, le sénateur Kutcher a évoqué son séjour en Ukraine, son travail de lutte contre la désinformation et le dévouement de sa famille au service public.

Que pouvez-vous nous dire de plus sur votre expérience en Ukraine?

La résistance du peuple ukrainien est incroyable. Je me suis habitué aux alertes régulières signalant à la population de se mettre à l’abri des drones ou des missiles. Heureusement, aucun d’entre eux n’a touché les endroits où je me trouvais, mais cette réalité fait partie de la vie quotidienne là-bas. Les gens marchent dans la rue et, tout à coup, leurs alarmes se déclenchent. Ils consultent leur application pour savoir où vont les drones, puis ils se mettent à l’abri ou continuent leur chemin.

J’ai visité une organisation qui sauve et soigne les soldats blessés au combat. Je me suis assis avec un homme qui a passé une demi-heure à essayer de déplacer un bloc de Jenga à l’aide d’une prothèse de bras, jusqu’à ce qu’il y parvienne. C’était incroyable. J’ai également visité un centre ukrainien qui s’occupe de désinformation. Le Comité de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants achevait justement un rapport sur la désinformation russe; j’ai donc pu mieux comprendre comment l’Ukraine aborde cette question.

J’ai eu l’honneur de recevoir l’Ordre du mérite de l’Ukraine, troisième degré, et j’ai rencontré des membres de ma parenté ukrainienne, ce qui a été très agréable. J’ai non seulement rencontré des hauts responsables gouvernementaux et des professionnels de la santé mentale, mais j’ai également eu l’occasion d’échanger avec des gens ordinaires, notamment des chauffeurs de taxi, des employés de magasin et des passants dans la rue. Je pense que cette expérience m’a permis dans l’ensemble de mieux comprendre les enjeux auxquels l’Ukraine est confrontée, ce qui me sera utile pour informer le gouvernement.

Votre projet de loi S-210 désignerait le mois de septembre comme le Mois du patrimoine ukrainien. Pourquoi voudriez-vous que la population ukrainienne du Canada soit ainsi honorée?

Le sénateur Stan Kutcher visite un mémorial dédié aux soldats ukrainiens sur la place Maidan Nezalezhnosti à Kyiv, lors d’un séjour en Ukraine du 30 mars au 7 avril 2026. (Crédit photo : Bureau du sénateur Stan Kutcher)

Le Canada compte 1,5 million de Canadiens d’origine ukrainienne et, bien qu’ils aient joué un rôle déterminant dans le développement de ce pays, leur contribution n’est pas officiellement reconnue.

Nous disposons de plusieurs de ces désignations pour différentes cultures, et je pense qu’elles contribuent à faire prendre conscience que le Canada est un pays multiculturel. C’est lorsque nous respectons et valorisons la culture de chacun que nous donnons le meilleur de nous-mêmes.

Vous avez mentionné le récent rapport sur la désinformation russe. Quel est le principal enseignement que vous avez tiré de ce rapport?

Si tout ce que nous faisons est de nous défendre contre la désinformation, nous ne gagnerons jamais. Nous devons aussi attaquer. Nous devons trouver le moyen d’arrêter ou de réduire le flux de désinformation provenant de Russie vers le Canada. Nous savons que la désinformation est diffusée par des fermes de bots russes qui surveillent les réseaux sociaux. Nous savons également que la Russie rémunère des personnes pour diffuser de la propagande et que beaucoup se reconnaissent dans la désinformation russe, notamment ceux qui adhèrent au mouvement anti-vaccin. C’est l’essor de ce mouvement qui m’a incité à lancer LaSciencedAbord avec le chercheur Tim Caulfield afin de lutter contre la désinformation dans les domaines de la science et de la santé.

La lutte contre la désinformation russe demande beaucoup de travail, mais il faut espérer que les conclusions du rapport du comité sénatorial aideront le Canada à élaborer une stratégie.

Le sénateur Kutcher, à droite, s’adresse aux journalistes lors de la conférence de presse tenue pour le lancement du rapport du Comité des affaires sociales, des sciences et de la technologie sur la prévention du suicide. À ses côtés se trouvent l’ancienne sénatrice Ratna Omidva et le sénateur Patrick Brazeau.

Aux côtés de la sénatrice Kim Pate, au centre, le sénateur Kutcher évoque son expérience en tant que responsable des questions de santé mentale lors de l’événement « La santé mentale dans la capitale 2019 » organisé par le Conference Board du Canada à Ottawa.

Vous réclamez que le Canada redouble d’efforts afin d’attirer et de retenir les talents dans les domaines des sciences, de la médecine et de la recherche. Que devrait faire le gouvernement fédéral pour y parvenir?

Depuis de nombreuses années, je réclame un « double-double » – on ne peut pas faire plus canadien qu’un double-double –, mais ce que j’entends par là, c’est le doublement du financement accordé aux organismes de financement de la recherche au Canada et le doublement des bourses destinées aux chercheurs en doctorat et en postdoctorat.

Je pense que les gouvernements devraient s’engager davantage en faveur de la recherche fondamentale, qui ne débouche pas toujours sur la mise au point de nouveaux produits, mais qui permet d’approfondir nos connaissances. Par exemple, si nous comprenons comment les neurones communiquent entre eux, cette compréhension aura peut-être, ou peut-être pas, une valeur commerciale plus tard; elle pourrait déboucher sur la mise au point d’un nouveau médicament ou d’une nouvelle intervention thérapeutique, mais ce n’est pas certain. Cette découverte pourrait simplement nous apprendre comment fonctionne le cerveau, ce qui reste tout de même une connaissance utile.

Vous êtes à l’origine du rapport du Comité des affaires sociales, des sciences et des technologies sur la prévention du suicide. Qu’est-ce qui a inspiré ce rapport?

J’étais consterné par le Cadre fédéral de prévention du suicide, car il ne reposait pas sur des données probantes. Il regorgeait de belles paroles, mais il n’aidait pas à prévenir les suicides dans le pays, comme en témoignaient les taux de suicide, qui ne chutaient pas.

J’avais tenté de convaincre l’Agence de la santé publique du Canada d’adopter une approche fondée sur des données probantes, mais je n’y étais pas parvenu. J’ai décidé de présenter une motion au Sénat afin de lancer une étude sur le cadre canadien de prévention du suicide. Le comité des affaires sociales a mené une étude approfondie et a fait appel aux meilleurs experts pour répondre aux questions sur ce sujet. Dans la foulée, le gouvernement fédéral a mis en place un plan d’action pour la prévention du suicide, ce qui a constitué une avancée considérable.

Vous avez également demandé au gouvernement fédéral d’étendre les critères d’admissibilité à l’aide médicale à mourir aux personnes souffrant exclusivement de troubles mentaux. Pourquoi pensez‑vous que cela soit important?

La législation relative à l’aide médicale à mourir découle de l’arrêt rendu par la Cour suprême dans l’affaire Carter c. Canada. Cette décision n’excluait pas les personnes atteintes de troubles mentaux; c’est le gouvernement qui les a exclues par le biais du projet de loi C-7. J’estime que ce projet de loi stigmatise les personnes atteintes d’une maladie mentale et porte atteinte à la Charte des droits et libertés.

Cette question divise les Canadiens, et la manière dont le gouvernement aborde ce dossier par l’intermédiaire du Comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir ne fait qu’accentuer cette division. On n’écoute pas les personnes les plus touchées, et on assiste plutôt à un débat entre deux camps aux opinions bien arrêtées. Je crains que cette question ne puisse être résolue par la voie politique et qu’elle doive être renvoyée devant la Cour suprême.

Le service public est manifestement une affaire de famille, puisque votre fils, Dan Kutcher, est maire de Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard. Qu’est-ce que cela a représenté pour vous de le voir entrer dans la vie publique?

Je suis très fier de ce qu’il a accompli. Il s’efforce de résoudre le problème du logement et de promouvoir les énergies propres dans la ville. Il est plus en vue parce qu’il est sous les feux de la rampe, mais mes trois enfants ont tous choisi, chacun à leur manière, de se mettre au service de la communauté. Notre fille Leah est avocate et occupe le poste de conseillère juridique au sein du syndicat des enseignants de la Nouvelle-Écosse. Notre autre fils, Matt, est à la fois avocat et médecin; il exerce la médecine à l’Île-du-Prince-Édouard. Je suis très heureux que tous nos enfants aient choisi des métiers qui contribuent au bien commun.

Est-ce quelque chose que vous avez délibérément essayé de leur enseigner pendant leur enfance?

Je pense qu’ils l’ont appris par osmose. Ma femme était travailleuse sociale et enseignante; elle a travaillé pendant un certain temps avec des ONG et des immigrés.

Mes parents sont tous deux des réfugiés ukrainiens qui ont vécu des horreurs avant de venir ici et d’y trouver refuge. Ils aimaient le Canada de tout leur cœur. Ce pays leur a donné une chance, alors qu’ils avaient tout perdu. C’est d’eux que m’est venu mon amour pour mon pays.

Vous avez dit que vous preniez une retraite anticipée pour des raisons de santé. Comment en êtes‑vous venu à conclure que le moment était venu?

J’avais des problèmes de santé qui ont entrainé des douleurs neuropathiques, ce qui m’empêchait d’effectuer correctement mon travail. Ce fut une décision très difficile à prendre, car j’adorais siéger au Sénat. J’aimais relever des défis et me plonger dans des sujets variés. Je n’avais jamais autant appris sur le homard, les huîtres ou les courants marins avant de siéger au Comité des pêches et des océans.

Le Sénat connait une évolution nécessaire. Je ne sais pas comment cela va se terminer, et j’aurais aimé pouvoir y prendre part. En fin de compte, je considère que le rôle principal du Sénat consiste à défendre la Charte des droits et libertés et à veiller à ce que la tyrannie de la majorité ne nous empêche pas de protéger les droits des minorités.

Voir les hommages rendus au sénateur Stan Kutcher et son discours d’adieu au Sénat.

Pour en savoir plus sur le sénateur Kutcher, consultez cet article.

Le sénateur Kutcher prend la parole lors d’une réunion du Comité sénatorial des pêches et des océans en 2023.

Le sénateur Kutcher se joint, de gauche à droite, à Dan Christmas, sénateur à l’époque, et aux sénateurs Marilou McPhedran, Brian Francis, René Cormier et Fabian Manning, ainsi qu’à Jane Cordy, sénatrice à l’époque, lors d’une conférence de presse organisée au Musée maritime de l’Atlantique à Halifax pour présenter le rapport du Comité sénatorial des pêches et des océans sur les pêches fondées sur les droits des Autochtones en 2022.

Le sénateur Kutcher prend la parole lors d’une réception organisée en son honneur par la Présidente du Sénat à l’occasion de son dernier jour sur la Colline du Parlement, le 7 mai 2026. (Crédit photo : Bureau du sénateur Stan Kutcher)

Le sénateur Kutcher en compagnie de membres de sa famille, dont sa femme Jan Sheppard Kutcher, cinquième à partir de la droite, sa fille Leah, troisième à partir de la droite, sa belle-fille Nadia, deuxième à partir de la droite, et quatre de ses petits-enfants.

Lors de la mission d’étude menée en 2023 par le Comité sénatorial des affaires sociales, des sciences et de la technologie à l’Île-du-Prince-Édouard en vue d’un rapport sur le système de main-d’œuvre migrante au Canada, le sénateur Kutcher a rencontré son fils Dan Kutcher, maire de Summerside. On voit également sur la photo l’ancienne sénatrice Omidvar, alors présidente du comité.Lors de la mission d’étude menée en 2023 par le Comité sénatorial des affaires sociales, des sciences et de la technologie à l’Île-du-Prince-Édouard en vue d’un rapport sur le système de main-d’œuvre migrante au Canada, le sénateur Kutcher a rencontré son fils Dan Kutcher, maire de Summerside. On voit également sur la photo l’ancienne sénatrice Omidvar, alors présidente du comité.

Le sénateur Kutcher pose pour une photo aux côtés de son fils Matt, de son petit-fils Sebastian et de l’huissier du bâton noir, J. Greg Peters, devant les portes d’origine de l’antichambre du Sénat, dans l’édifice du Sénat du Canada. (Crédit photo : Bureau du sénateur Stan Kutcher)Le sénateur Kutcher pose pour une photo aux côtés de son fils Matt, de son petit-fils Sebastian et de l’huissier du bâton noir, J. Greg Peters, devant les portes d’origine de l’antichambre du Sénat, dans l’édifice du Sénat du Canada. (Crédit photo : Bureau du sénateur Stan Kutcher)

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