À l’ère de l’IA, le Canada doit protéger ses données critiques en matière de défense : sénatrice Hay

Étiquettes
Les marchés publics de défense peuvent sembler lents – parfois, c’est comme regarder la peinture sécher sur le NCSM Halifax. C’est voulu. La sécurité nationale est, par nature, un ensemble de négociations qui englobent des considérations commerciales bilatérales et multilatérales, ainsi que des contrats se chiffrant en milliards de dollars. Les enjeux – des avions de chasse aux frégates en passant par les drones – ne pourraient être plus élevés.
Pourtant, la rapidité de la prise de décision importe plus que jamais. Le Canada doit prendre les devants non seulement face à un paysage géopolitique en pleine mutation, mais aussi face à la quatrième révolution industrielle. L’intelligence artificielle (IA) évolue sur un cycle de trois mois, et non de trois ans.
Le Canada a publiquement déclaré que l’infrastructure et la capacité de calcul souveraines en matière d’IA constituaient une priorité stratégique de premier ordre. Le ministère de la Défense nationale (MDN) a indiqué que sa stratégie en matière d’IA serait « fondamentale pour la modernisation de la Défense » et a averti que le Canada risquait de perdre son avantage opérationnel s’il prenait du retard par rapport à ses alliés et à ses adversaires, qui accélèrent déjà l’adoption de l’IA. L’analyse prédictive, les capacités de surveillance, les systèmes opérationnels alimentés par l’IA et les outils d’aide à la décision sont essentiels à la préparation de la défense de demain.
Alors que les systèmes de défense dépendent de plus en plus de l’IA, les décisions d’approvisionnement doivent également devenir des décisions de souveraineté, de contrôle stratégique et de résilience nationale.
La Munk School of Global Affairs and Public Policy propose un cadre utile : la souveraineté à l’ère de l’IA n’est pas synonyme d’isolationnisme. Le Canada ne peut pas – et ne doit pas – maitriser seul chaque étage de l’édifice technologique de l’IA. L’objectif est de préserver sa « liberté face à la coercition » et sa capacité d’agir de manière indépendante sous pression.
Cela nous amène à la véritable question : qui gouverne les données les plus critiques du pays en matière de sécurité nationale et de défense? Ces données de premier ordre doivent rester sous contrôle canadien — à l’abri de tout autre État, à l’abri des nuages informatiques étrangers et à l’abri de toute coercition géopolitique.
Le défi dépasse la simple géographie. Même lorsque les données sont physiquement stockées au Canada, elles peuvent demeurer exposées si le fournisseur relève d’un État étranger, comme le stipule le CLOUD Act américain. Comme l’a souligné la Munk School, la résidence des données n’équivaut pas à la souveraineté des données.
La souveraineté ne se limite plus à l’emplacement des données. Il s’agit de savoir si le Canada conserve un contrôle réel sur les systèmes qui alimentent ses capacités nationales critiques, et si ces systèmes demeurent résilients en cas de changement des conditions géopolitiques, juridiques ou commerciales.
Les systèmes d’IA sont entraînés grâce aux données, façonnés par elles et dépendent d’elles. Dans le domaine de la défense, cela touche les drones, les plateformes de renseignement, les cyberopérations, les systèmes de navigation, la maintenance prédictive et les outils d’aide à la décision militaire. La stratégie du MDN insiste à maintes reprises sur le fait que les capacités en matière d’IA dépendent d’environnements de données sécurisés, bien gouvernés et bien conçus.
Le Canada considère déjà les minéraux critiques comme des actifs nationaux stratégiques liés à la sécurité économique et nationale. À l’ère de l’IA, les données constituent le nouveau minéral critique « hors sol », la ressource qui alimente les systèmes qui façonnent de plus en plus l’état de préparation opérationnelle et le pouvoir géopolitique.
Cela ne signifie pas que le Canada doive construire seul chaque étage de l’édifice de l’IA. Les centres de données à très grande échelle offrent capacité et espace. L’interopérabilité avec des alliés de confiance demeure essentielle. Mais la souveraineté exige que le Canada détermine clairement la partie non négociable du contrôle stratégique.
« Canada d’abord » à l’ère de l’IA ne doit pas signifier « Canada seul ». Cela doit signifier que le Canada choisit de manière délibérée quels systèmes, environnements de données et infrastructures exigent une gouvernance nationale, des protections souveraines ou des ententes avec des alliés de confiance. Le défi ne consiste pas à choisir entre dépendance totale et indépendance totale, mais à déterminer les cas où une dépendance maîtrisée est acceptable et les cas où le contrôle souverain est essentiel.
Que se passe-t-il lorsque des capacités nationales critiques dépendent d’une infrastructure que le Canada ne peut ni entièrement gouverner, ni remplacer, ni récupérer de façon indépendante? C’est précisément là que les protections souveraines du nuage, les clés de chiffrement détenues par le Canada, les outils d’approvisionnement relevant de l’exception de sécurité nationale et les seuils de souveraineté classifiés deviennent cruciaux.
L’avenir de la défense sera façonné non seulement par le matériel militaire, mais aussi par la résilience des environnements de données et des systèmes d’IA qui soutiennent les décisions critiques.
Le Canada n’a pas besoin de tout posséder. Mais il doit savoir ce sur quoi il ne peut se permettre de perdre le contrôle.
Les marchés publics doivent intégrer des questions, des critères et des stratégies sur la souveraineté des données dans leurs protocoles, tout en trouvant l’équilibre entre la rapidité de la prise de décisions et la protection de la sécurité nationale. Cet équilibre est possible, mais seulement si nous l’abordons de façon délibérée.
L’IA n’est rien sans données. Le mandat des marchés publics de la défense doit répondre à la véritable question de souveraineté : les systèmes qui alimentent les capacités nationales les plus critiques du pays resteront-ils régis par des intérêts canadiens, protégés selon les normes canadiennes et résilients face aux pressions?
Cela est non négociable.
La sénatrice Katherine Hay s’engage à promouvoir une politique transformatrice et axée sur l’innovation qui renforce le leadership du Canada en matière d’intelligence artificielle. Elle représente l’Ontario au Sénat.
Cet article a été publié dans l’édition du 25 mai 2026 du Hill Times (en anglais seulement).
Les marchés publics de défense peuvent sembler lents – parfois, c’est comme regarder la peinture sécher sur le NCSM Halifax. C’est voulu. La sécurité nationale est, par nature, un ensemble de négociations qui englobent des considérations commerciales bilatérales et multilatérales, ainsi que des contrats se chiffrant en milliards de dollars. Les enjeux – des avions de chasse aux frégates en passant par les drones – ne pourraient être plus élevés.
Pourtant, la rapidité de la prise de décision importe plus que jamais. Le Canada doit prendre les devants non seulement face à un paysage géopolitique en pleine mutation, mais aussi face à la quatrième révolution industrielle. L’intelligence artificielle (IA) évolue sur un cycle de trois mois, et non de trois ans.
Le Canada a publiquement déclaré que l’infrastructure et la capacité de calcul souveraines en matière d’IA constituaient une priorité stratégique de premier ordre. Le ministère de la Défense nationale (MDN) a indiqué que sa stratégie en matière d’IA serait « fondamentale pour la modernisation de la Défense » et a averti que le Canada risquait de perdre son avantage opérationnel s’il prenait du retard par rapport à ses alliés et à ses adversaires, qui accélèrent déjà l’adoption de l’IA. L’analyse prédictive, les capacités de surveillance, les systèmes opérationnels alimentés par l’IA et les outils d’aide à la décision sont essentiels à la préparation de la défense de demain.
Alors que les systèmes de défense dépendent de plus en plus de l’IA, les décisions d’approvisionnement doivent également devenir des décisions de souveraineté, de contrôle stratégique et de résilience nationale.
La Munk School of Global Affairs and Public Policy propose un cadre utile : la souveraineté à l’ère de l’IA n’est pas synonyme d’isolationnisme. Le Canada ne peut pas – et ne doit pas – maitriser seul chaque étage de l’édifice technologique de l’IA. L’objectif est de préserver sa « liberté face à la coercition » et sa capacité d’agir de manière indépendante sous pression.
Cela nous amène à la véritable question : qui gouverne les données les plus critiques du pays en matière de sécurité nationale et de défense? Ces données de premier ordre doivent rester sous contrôle canadien — à l’abri de tout autre État, à l’abri des nuages informatiques étrangers et à l’abri de toute coercition géopolitique.
Le défi dépasse la simple géographie. Même lorsque les données sont physiquement stockées au Canada, elles peuvent demeurer exposées si le fournisseur relève d’un État étranger, comme le stipule le CLOUD Act américain. Comme l’a souligné la Munk School, la résidence des données n’équivaut pas à la souveraineté des données.
La souveraineté ne se limite plus à l’emplacement des données. Il s’agit de savoir si le Canada conserve un contrôle réel sur les systèmes qui alimentent ses capacités nationales critiques, et si ces systèmes demeurent résilients en cas de changement des conditions géopolitiques, juridiques ou commerciales.
Les systèmes d’IA sont entraînés grâce aux données, façonnés par elles et dépendent d’elles. Dans le domaine de la défense, cela touche les drones, les plateformes de renseignement, les cyberopérations, les systèmes de navigation, la maintenance prédictive et les outils d’aide à la décision militaire. La stratégie du MDN insiste à maintes reprises sur le fait que les capacités en matière d’IA dépendent d’environnements de données sécurisés, bien gouvernés et bien conçus.
Le Canada considère déjà les minéraux critiques comme des actifs nationaux stratégiques liés à la sécurité économique et nationale. À l’ère de l’IA, les données constituent le nouveau minéral critique « hors sol », la ressource qui alimente les systèmes qui façonnent de plus en plus l’état de préparation opérationnelle et le pouvoir géopolitique.
Cela ne signifie pas que le Canada doive construire seul chaque étage de l’édifice de l’IA. Les centres de données à très grande échelle offrent capacité et espace. L’interopérabilité avec des alliés de confiance demeure essentielle. Mais la souveraineté exige que le Canada détermine clairement la partie non négociable du contrôle stratégique.
« Canada d’abord » à l’ère de l’IA ne doit pas signifier « Canada seul ». Cela doit signifier que le Canada choisit de manière délibérée quels systèmes, environnements de données et infrastructures exigent une gouvernance nationale, des protections souveraines ou des ententes avec des alliés de confiance. Le défi ne consiste pas à choisir entre dépendance totale et indépendance totale, mais à déterminer les cas où une dépendance maîtrisée est acceptable et les cas où le contrôle souverain est essentiel.
Que se passe-t-il lorsque des capacités nationales critiques dépendent d’une infrastructure que le Canada ne peut ni entièrement gouverner, ni remplacer, ni récupérer de façon indépendante? C’est précisément là que les protections souveraines du nuage, les clés de chiffrement détenues par le Canada, les outils d’approvisionnement relevant de l’exception de sécurité nationale et les seuils de souveraineté classifiés deviennent cruciaux.
L’avenir de la défense sera façonné non seulement par le matériel militaire, mais aussi par la résilience des environnements de données et des systèmes d’IA qui soutiennent les décisions critiques.
Le Canada n’a pas besoin de tout posséder. Mais il doit savoir ce sur quoi il ne peut se permettre de perdre le contrôle.
Les marchés publics doivent intégrer des questions, des critères et des stratégies sur la souveraineté des données dans leurs protocoles, tout en trouvant l’équilibre entre la rapidité de la prise de décisions et la protection de la sécurité nationale. Cet équilibre est possible, mais seulement si nous l’abordons de façon délibérée.
L’IA n’est rien sans données. Le mandat des marchés publics de la défense doit répondre à la véritable question de souveraineté : les systèmes qui alimentent les capacités nationales les plus critiques du pays resteront-ils régis par des intérêts canadiens, protégés selon les normes canadiennes et résilients face aux pressions?
Cela est non négociable.
La sénatrice Katherine Hay s’engage à promouvoir une politique transformatrice et axée sur l’innovation qui renforce le leadership du Canada en matière d’intelligence artificielle. Elle représente l’Ontario au Sénat.
Cet article a été publié dans l’édition du 25 mai 2026 du Hill Times (en anglais seulement).