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L’Arctique se trouve à un tournant décisif – voici comment le Canada devrait répondre à cet enjeu : sénateurs Francis et Galvez

Un paysage nordique composé d’une vaste étendue d’herbe partiellement enneigée et de collines vallonnées à l’horizon.

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Ce qui se passe dans l’Arctique ne reste pas dans l’Arctique : cela redéfinit déjà la sécurité mondiale, les réseaux énergétiques et l’équilibre climatique de la planète.

Cette réalité s’est manifestée clairement lors de notre récente participation au Arctic Encounter Summit 2026. Le sommet a été l’occasion d’échanger avec des collègues de la Conférence des parlementaires de la région arctique et de visiter le Ted Stevens Center for Arctic Security Studies, en Alaska.

Une chose est claire : l’Arctique n’est plus une frontière lointaine. C’est la ligne de front du Canada.

Comme toutes les nations arctiques, le Canada subit déjà les conséquences du réchauffement climatique de la planète. Il n’est pas surprenant que les chercheurs spécialisés dans ce domaine concentrent leurs travaux sur l’Arctique : lorsque les données historiques ne permettent plus d’anticiper l’avenir, il faut se tourner vers les régions où les changements sont les plus rapides.

C’est dans le Nord que ces changements s’observent le plus rapidement, les températures y augmentant à un rythme près de trois fois supérieur (en anglais seulement) à la moyenne mondiale. Le pergélisol dégèle (en anglais seulement) sous les habitations et les pistes d’atterrissage. Les routes de glace, qui constituent des voies d’approvisionnement essentielles pour de nombreuses communautés, disparaissent (en anglais seulement) de plus en plus tôt chaque année. Les tendances de la faune se transforment (en anglais seulement), compromettant directement la sécurité alimentaire. Pour les communautés nordiques et autochtones, les changements climatiques ne représentent pas une menace future (en anglais seulement); ils constituent une réalité quotidienne.

Ces effets ne s’arrêtent pas là. Partout au pays, la population canadienne fait face à des incendies de forêt toujours plus intenses, à des inondations dévastatrices et à des phénomènes météorologiques extrêmes qui coûtent des milliards de dollars et forcent des personnes à quitter leur foyer. Mais dans l’Arctique, ces pressions convergent et s’intensifient.

Le recul de la glace de mer (en anglais seulement) ouvre de nouvelles routes maritimes et attise les ambitions géopolitiques. Comme l’a souligné un participant au sommet, les priorités mondiales convergent désormais dans le Nord.

La véritable question n’est plus de savoir si le Canada doit agir, mais s’il est prêt à le faire avec la clarté et l’urgence que la situation exige.

D’abord, nous devons reconnaitre les changements climatiques pour ce qu’ils sont : un défi fondamental en matière d’infrastructure. Cela exige d’investir dans des logements résilients aux changements climatiques, dans des énergies propres et fiables, ainsi que dans des solutions fondées sur la nature et dirigées par les peuples autochtones – des solutions qui protègent à la fois les communautés et les écosystèmes. Aujourd’hui, de nombreuses communautés nordiques et éloignées dépendent encore du diesel, malgré leur accès à d’abondantes ressources renouvelables. Cette dépendance est coûteuse, polluante et précaire. Le passage à une énergie locale et propre n’est pas seulement un objectif environnemental; il relève aussi de la souveraineté, de la sécurité et de la dignité.

Ensuite, nous devons cesser de considérer les peuples autochtones comme de simples participants à la gouvernance de l’Arctique et les reconnaitre comme des leaders. Ils ne sont pas de simples intervenants, mais des titulaires de droits, des gardiens du savoir et des protecteurs de ces terres et de ces eaux. Ce que nous avons entendu à maintes reprises de la part des chercheurs autochtones de l’Université de l’Alaska à Fairbanks n’était pas une opposition au développement, mais un appel à un meilleur développement : un développement qui respecte les écosystèmes, soutient le bien-être des communautés et crée des débouchés économiques durables.

Que ce soit dans les domaines de l’énergie renouvelable, des pêches durables ou des minéraux critiques, les Nations autochtones façonnent déjà des solutions conciliant croissance économique et protection de l’environnement. Lorsque les projets sont codéveloppés, ils deviennent plus solides, plus durables et bénéficient d’un appui plus large. La voie à suivre ne peut se limiter à une consultation symbolique; elle doit reposer sur un partenariat authentique et une véritable prise en charge.

Enfin, le Canada doit reconnaitre que l’Arctique occupe désormais une place centrale dans son avenir géopolitique. La région s’ouvre, et les rivalités s’intensifient. La souveraineté ne peut s’affirmer par la seule présence; elle doit être renforcée par des communautés résilientes, des infrastructures durables et une vision claire à long terme. La coopération avec les partenaires arctiques demeure néanmoins un impératif incontournable. La sécurité dans le Nord est indissociable de la stabilité climatique et du bien-être humain.

Nous sommes à un tournant décisif. Les décisions prises aujourd’hui en matière d’infrastructure, d’énergie et de mise en valeur des ressources dans l’Arctique façonneront l’avenir du Canada pour les décennies à venir. Si elles sont prises judicieusement, ces décisions ont le potentiel de renforcer les communautés, de faire progresser la réconciliation et de positionner le pays comme chef de file dans un monde en pleine transformation. Dans le cas contraire, ces décisions risquent de perpétuer les schémas extractivistes qui ont trop souvent causé des préjudices durables.

La voie à suivre n’est pas compliquée, mais elle exige une volonté politique. Nos actions doivent s’appuyer sur trois principes : la responsabilité climatique, le leadership autochtone et la durabilité à long terme. Investir judicieusement, écouter attentivement et agir avec détermination : voilà ce que cela exige.

L’Arctique se transforme plus rapidement que toute autre région du monde. La question est de savoir si le Canada saura s’élever à la hauteur de cette transformation ou s’il sera défini par ses conséquences.

Le Sénat du Canada disposait autrefois d’un comité spécial sur l’Arctique. Il est impératif de le rétablir sans tarder.

Car, dans l’Arctique, l’avenir n’est pas à venir : il est déjà là.


Le sénateur Brian Francis est le premier autochtone à représenter l’Île-du-Prince-Édouard (Epekwitk) au Sénat du Canada.

La sénatrice Rosa Galvez détient un doctorat en génie environnemental. Elle représente la division sénatoriale de Bedford, au Québec.

Cet article a été publié le 6 mai 2026 dans le journal The Hill Times (en anglais seulement).

Ce qui se passe dans l’Arctique ne reste pas dans l’Arctique : cela redéfinit déjà la sécurité mondiale, les réseaux énergétiques et l’équilibre climatique de la planète.

Cette réalité s’est manifestée clairement lors de notre récente participation au Arctic Encounter Summit 2026. Le sommet a été l’occasion d’échanger avec des collègues de la Conférence des parlementaires de la région arctique et de visiter le Ted Stevens Center for Arctic Security Studies, en Alaska.

Une chose est claire : l’Arctique n’est plus une frontière lointaine. C’est la ligne de front du Canada.

Comme toutes les nations arctiques, le Canada subit déjà les conséquences du réchauffement climatique de la planète. Il n’est pas surprenant que les chercheurs spécialisés dans ce domaine concentrent leurs travaux sur l’Arctique : lorsque les données historiques ne permettent plus d’anticiper l’avenir, il faut se tourner vers les régions où les changements sont les plus rapides.

C’est dans le Nord que ces changements s’observent le plus rapidement, les températures y augmentant à un rythme près de trois fois supérieur (en anglais seulement) à la moyenne mondiale. Le pergélisol dégèle (en anglais seulement) sous les habitations et les pistes d’atterrissage. Les routes de glace, qui constituent des voies d’approvisionnement essentielles pour de nombreuses communautés, disparaissent (en anglais seulement) de plus en plus tôt chaque année. Les tendances de la faune se transforment (en anglais seulement), compromettant directement la sécurité alimentaire. Pour les communautés nordiques et autochtones, les changements climatiques ne représentent pas une menace future (en anglais seulement); ils constituent une réalité quotidienne.

Ces effets ne s’arrêtent pas là. Partout au pays, la population canadienne fait face à des incendies de forêt toujours plus intenses, à des inondations dévastatrices et à des phénomènes météorologiques extrêmes qui coûtent des milliards de dollars et forcent des personnes à quitter leur foyer. Mais dans l’Arctique, ces pressions convergent et s’intensifient.

Le recul de la glace de mer (en anglais seulement) ouvre de nouvelles routes maritimes et attise les ambitions géopolitiques. Comme l’a souligné un participant au sommet, les priorités mondiales convergent désormais dans le Nord.

La véritable question n’est plus de savoir si le Canada doit agir, mais s’il est prêt à le faire avec la clarté et l’urgence que la situation exige.

D’abord, nous devons reconnaitre les changements climatiques pour ce qu’ils sont : un défi fondamental en matière d’infrastructure. Cela exige d’investir dans des logements résilients aux changements climatiques, dans des énergies propres et fiables, ainsi que dans des solutions fondées sur la nature et dirigées par les peuples autochtones – des solutions qui protègent à la fois les communautés et les écosystèmes. Aujourd’hui, de nombreuses communautés nordiques et éloignées dépendent encore du diesel, malgré leur accès à d’abondantes ressources renouvelables. Cette dépendance est coûteuse, polluante et précaire. Le passage à une énergie locale et propre n’est pas seulement un objectif environnemental; il relève aussi de la souveraineté, de la sécurité et de la dignité.

Ensuite, nous devons cesser de considérer les peuples autochtones comme de simples participants à la gouvernance de l’Arctique et les reconnaitre comme des leaders. Ils ne sont pas de simples intervenants, mais des titulaires de droits, des gardiens du savoir et des protecteurs de ces terres et de ces eaux. Ce que nous avons entendu à maintes reprises de la part des chercheurs autochtones de l’Université de l’Alaska à Fairbanks n’était pas une opposition au développement, mais un appel à un meilleur développement : un développement qui respecte les écosystèmes, soutient le bien-être des communautés et crée des débouchés économiques durables.

Que ce soit dans les domaines de l’énergie renouvelable, des pêches durables ou des minéraux critiques, les Nations autochtones façonnent déjà des solutions conciliant croissance économique et protection de l’environnement. Lorsque les projets sont codéveloppés, ils deviennent plus solides, plus durables et bénéficient d’un appui plus large. La voie à suivre ne peut se limiter à une consultation symbolique; elle doit reposer sur un partenariat authentique et une véritable prise en charge.

Enfin, le Canada doit reconnaitre que l’Arctique occupe désormais une place centrale dans son avenir géopolitique. La région s’ouvre, et les rivalités s’intensifient. La souveraineté ne peut s’affirmer par la seule présence; elle doit être renforcée par des communautés résilientes, des infrastructures durables et une vision claire à long terme. La coopération avec les partenaires arctiques demeure néanmoins un impératif incontournable. La sécurité dans le Nord est indissociable de la stabilité climatique et du bien-être humain.

Nous sommes à un tournant décisif. Les décisions prises aujourd’hui en matière d’infrastructure, d’énergie et de mise en valeur des ressources dans l’Arctique façonneront l’avenir du Canada pour les décennies à venir. Si elles sont prises judicieusement, ces décisions ont le potentiel de renforcer les communautés, de faire progresser la réconciliation et de positionner le pays comme chef de file dans un monde en pleine transformation. Dans le cas contraire, ces décisions risquent de perpétuer les schémas extractivistes qui ont trop souvent causé des préjudices durables.

La voie à suivre n’est pas compliquée, mais elle exige une volonté politique. Nos actions doivent s’appuyer sur trois principes : la responsabilité climatique, le leadership autochtone et la durabilité à long terme. Investir judicieusement, écouter attentivement et agir avec détermination : voilà ce que cela exige.

L’Arctique se transforme plus rapidement que toute autre région du monde. La question est de savoir si le Canada saura s’élever à la hauteur de cette transformation ou s’il sera défini par ses conséquences.

Le Sénat du Canada disposait autrefois d’un comité spécial sur l’Arctique. Il est impératif de le rétablir sans tarder.

Car, dans l’Arctique, l’avenir n’est pas à venir : il est déjà là.


Le sénateur Brian Francis est le premier autochtone à représenter l’Île-du-Prince-Édouard (Epekwitk) au Sénat du Canada.

La sénatrice Rosa Galvez détient un doctorat en génie environnemental. Elle représente la division sénatoriale de Bedford, au Québec.

Cet article a été publié le 6 mai 2026 dans le journal The Hill Times (en anglais seulement).

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