Aller au contenu

Le Canada devrait offrir aux jeunes une année au service de leur pays et une raison de garder espoir : sénatrice Mohamed

Une jeune femme noire portant des lunettes et un col roulé orange, tenant un dossier dans un bureau.

Étiquettes

En période d’incertitude, c’est en bâtissant que les nations se redécouvrent. Le Canada se retrouvant en ce moment dans une telle période, la question est de savoir ce que nous choisirons de bâtir.

Le Canada devrait donc mettre en place une année de service national volontaire.

Dans un récent discours, le premier ministre Mark Carney a fait valoir que le Canada devait redécouvrir son identité de nation de bâtisseurs. Les générations précédentes ont réalisé le chemin de fer transcontinental, la voie maritime du Saint-Laurent et le système de soins de santé universel. En ce moment, dans un contexte de tensions géopolitiques, de concurrence économique et de risques liés aux changements climatiques, le défi consiste à déterminer quelle sera la prochaine étape. Une année de service national constituerait un excellent point de départ.

Le principe est simple. Les Canadiens de 18 à 30 ans pourraient effectuer une année de service national rémunérée d’une multitude de manières.

Les participants pourraient apporter leur soutien à des associations locales – en aidant les ainés, les nouveaux arrivants et les jeunes – ou s’engager dans des actions liées à la résilience climatique et à la préparation aux situations d’urgence. Certains pourraient choisir de s’engager au sein des Forces armées canadiennes.

En contrepartie, ils percevraient un salaire décent, acquerraient une formation pratique et bénéficieraient d’avantages concrets comme des bourses d’études, des diplômes reconnus, des parcours d’apprentissage ou des mesures d’aide au logement. La participation à ce programme serait volontaire.

L’objectif n’est pas de dicter ce que les jeunes Canadiens doivent à leur pays, mais de montrer l’engagement national envers leur potentiel. Il s’agit d’un modèle de réciprocité dans lequel le service s’accompagne de possibilités.

Les détracteurs peuvent présenter le service national comme une mesure coercitive ou abusive. Mais, un programme bien conçu aurait toutefois l’effet inverse. Il offrirait des possibilités de choix, de la souplesse et une accélération de la carrière grâce à une expérience concrète.

La situation de l’emploi chez les jeunes rend cette question urgente. Environ 13 % des Canadiens de 15 à 24 ans étaient au chômage en 2025 – soit près du double du taux national – et beaucoup d’autres étaient sous-employés ou coincés dans des emplois précaires. Une année de service leur offrirait un emploi valorisant et constituerait une passerelle vers le marché du travail à un moment crucial pour eux.

Un programme de service national pourrait former des milliers de jeunes aux métiers de la construction, à la gestion des situations d’urgence, à la prestation des soins de santé et aux technologies – des compétences indispensables pour bâtir des habitations, renforcer les capacités d’intervention en cas de catastrophe et développer le potentiel économique. Associé aux métiers spécialisés et à la formation d’apprenti, ce programme pourrait accélérer l’obtention de la certification Sceau rouge tout en remédiant aux pénuries de main-d’œuvre.

Un tel programme permettrait également de renforcer la résilience nationale. Alors que le Canada modernise ses forces armées et renforce ses capacités de défense, une année de service pourrait permettre de constituer un bassin de Canadiens formés à la logistique, aux cyberopérations et aux interventions d’urgence.

Cette question n’est pas seulement économique; elle est aussi sociale. Le Canada traverse une crise croissante de la solitude. Près d’un jeune sur quatre dit se sentir souvent ou toujours seul, ce qui a des conséquences bien documentées sur la santé mentale et physique. Les couts économiques sont considérables, puisque les maladies mentales coutent chaque année des milliards en soins de santé et en perte de productivité.

Une année de service national permettrait de lutter contre cet isolement en offrant aux jeunes Canadiens quelque chose qui se fait de plus en plus rare : une mission commune. Travailler ensemble à la préparation aux catastrophes, à la remise en état de l’environnement ou aux services communautaires tisse des liens que les activités numériques ne peuvent reproduire. Le sentiment d’avoir un but et de contribuer à la société reste l’un des facteurs les plus déterminants du bien-être à long terme.

De nombreux jeunes prennent déjà une année de transition, souvent pour se remettre d’un épuisement professionnel ou pour faire des économies. Pourtant, cette période est généralement peu structurée et n’apporte que peu d’avantages à long terme. Certains pays ont su transformer cette pause en possibilités grâce à des programmes de service structurés qui offrent une expérience, un objectif et des liens sociaux. Le Canada pourrait faire de même en transformant cette transition en un pont entre les études et un travail épanouissant.

Les communautés en tireraient également profit. Les organismes de bienfaisance, les banques alimentaires, les organismes de logement et les groupes environnementaux sont à bout de souffle. Un programme de service national apporterait un regain d’énergie et de talents là où on en a le plus besoin, tout en renforçant la vie civique.

Il permettrait également de créer des liens entre les Canadiens de toutes les régions. Les participants pourraient contribuer à la reconstruction après les inondations dans le Canada atlantique, soutenir la prévention des feux de forêt en Colombie-Britannique, participer à des projets de logement dans des villes en pleine expansion ou apporter leur aide à des initiatives sanitaires dans les communautés nordiques et autochtones. Dans un pays aussi vaste que le nôtre, le partage des services pourrait renforcer la cohésion nationale.

Le Canada ne partirait pas de zéro. Des initiatives existantes, comme le programme Service jeunesse Canada, constituent une base solide, mais, ce qui fait défaut, c’est l’envergure et la cohérence.

Le Canada n’est pas un projet achevé. Il se bâtit grâce à la volonté de chaque génération d’y apporter sa contribution. Si nous voulons que les jeunes croient en l’avenir de notre pays, nous devons les inviter à participer à le bâtir.

Une année de service national volontaire donnerait aux jeunes Canadiens un but, des possibilités et un sentiment d’appartenance tout en aidant le Canada à relever les défis économiques, sociaux et environnementaux qui l’attendent.


La sénatrice Farah Mohamed est une ancienne cadre du secteur caritatif qui compte plus de 30 années d’expérience dans la lutte contre les inégalités systémiques. Elle représente l’Ontario au Sénat.

Cet article a été publié le 10 juin 2026 dans The Hill Times (en anglais seulement).

En période d’incertitude, c’est en bâtissant que les nations se redécouvrent. Le Canada se retrouvant en ce moment dans une telle période, la question est de savoir ce que nous choisirons de bâtir.

Le Canada devrait donc mettre en place une année de service national volontaire.

Dans un récent discours, le premier ministre Mark Carney a fait valoir que le Canada devait redécouvrir son identité de nation de bâtisseurs. Les générations précédentes ont réalisé le chemin de fer transcontinental, la voie maritime du Saint-Laurent et le système de soins de santé universel. En ce moment, dans un contexte de tensions géopolitiques, de concurrence économique et de risques liés aux changements climatiques, le défi consiste à déterminer quelle sera la prochaine étape. Une année de service national constituerait un excellent point de départ.

Le principe est simple. Les Canadiens de 18 à 30 ans pourraient effectuer une année de service national rémunérée d’une multitude de manières.

Les participants pourraient apporter leur soutien à des associations locales – en aidant les ainés, les nouveaux arrivants et les jeunes – ou s’engager dans des actions liées à la résilience climatique et à la préparation aux situations d’urgence. Certains pourraient choisir de s’engager au sein des Forces armées canadiennes.

En contrepartie, ils percevraient un salaire décent, acquerraient une formation pratique et bénéficieraient d’avantages concrets comme des bourses d’études, des diplômes reconnus, des parcours d’apprentissage ou des mesures d’aide au logement. La participation à ce programme serait volontaire.

L’objectif n’est pas de dicter ce que les jeunes Canadiens doivent à leur pays, mais de montrer l’engagement national envers leur potentiel. Il s’agit d’un modèle de réciprocité dans lequel le service s’accompagne de possibilités.

Les détracteurs peuvent présenter le service national comme une mesure coercitive ou abusive. Mais, un programme bien conçu aurait toutefois l’effet inverse. Il offrirait des possibilités de choix, de la souplesse et une accélération de la carrière grâce à une expérience concrète.

La situation de l’emploi chez les jeunes rend cette question urgente. Environ 13 % des Canadiens de 15 à 24 ans étaient au chômage en 2025 – soit près du double du taux national – et beaucoup d’autres étaient sous-employés ou coincés dans des emplois précaires. Une année de service leur offrirait un emploi valorisant et constituerait une passerelle vers le marché du travail à un moment crucial pour eux.

Un programme de service national pourrait former des milliers de jeunes aux métiers de la construction, à la gestion des situations d’urgence, à la prestation des soins de santé et aux technologies – des compétences indispensables pour bâtir des habitations, renforcer les capacités d’intervention en cas de catastrophe et développer le potentiel économique. Associé aux métiers spécialisés et à la formation d’apprenti, ce programme pourrait accélérer l’obtention de la certification Sceau rouge tout en remédiant aux pénuries de main-d’œuvre.

Un tel programme permettrait également de renforcer la résilience nationale. Alors que le Canada modernise ses forces armées et renforce ses capacités de défense, une année de service pourrait permettre de constituer un bassin de Canadiens formés à la logistique, aux cyberopérations et aux interventions d’urgence.

Cette question n’est pas seulement économique; elle est aussi sociale. Le Canada traverse une crise croissante de la solitude. Près d’un jeune sur quatre dit se sentir souvent ou toujours seul, ce qui a des conséquences bien documentées sur la santé mentale et physique. Les couts économiques sont considérables, puisque les maladies mentales coutent chaque année des milliards en soins de santé et en perte de productivité.

Une année de service national permettrait de lutter contre cet isolement en offrant aux jeunes Canadiens quelque chose qui se fait de plus en plus rare : une mission commune. Travailler ensemble à la préparation aux catastrophes, à la remise en état de l’environnement ou aux services communautaires tisse des liens que les activités numériques ne peuvent reproduire. Le sentiment d’avoir un but et de contribuer à la société reste l’un des facteurs les plus déterminants du bien-être à long terme.

De nombreux jeunes prennent déjà une année de transition, souvent pour se remettre d’un épuisement professionnel ou pour faire des économies. Pourtant, cette période est généralement peu structurée et n’apporte que peu d’avantages à long terme. Certains pays ont su transformer cette pause en possibilités grâce à des programmes de service structurés qui offrent une expérience, un objectif et des liens sociaux. Le Canada pourrait faire de même en transformant cette transition en un pont entre les études et un travail épanouissant.

Les communautés en tireraient également profit. Les organismes de bienfaisance, les banques alimentaires, les organismes de logement et les groupes environnementaux sont à bout de souffle. Un programme de service national apporterait un regain d’énergie et de talents là où on en a le plus besoin, tout en renforçant la vie civique.

Il permettrait également de créer des liens entre les Canadiens de toutes les régions. Les participants pourraient contribuer à la reconstruction après les inondations dans le Canada atlantique, soutenir la prévention des feux de forêt en Colombie-Britannique, participer à des projets de logement dans des villes en pleine expansion ou apporter leur aide à des initiatives sanitaires dans les communautés nordiques et autochtones. Dans un pays aussi vaste que le nôtre, le partage des services pourrait renforcer la cohésion nationale.

Le Canada ne partirait pas de zéro. Des initiatives existantes, comme le programme Service jeunesse Canada, constituent une base solide, mais, ce qui fait défaut, c’est l’envergure et la cohérence.

Le Canada n’est pas un projet achevé. Il se bâtit grâce à la volonté de chaque génération d’y apporter sa contribution. Si nous voulons que les jeunes croient en l’avenir de notre pays, nous devons les inviter à participer à le bâtir.

Une année de service national volontaire donnerait aux jeunes Canadiens un but, des possibilités et un sentiment d’appartenance tout en aidant le Canada à relever les défis économiques, sociaux et environnementaux qui l’attendent.


La sénatrice Farah Mohamed est une ancienne cadre du secteur caritatif qui compte plus de 30 années d’expérience dans la lutte contre les inégalités systémiques. Elle représente l’Ontario au Sénat.

Cet article a été publié le 10 juin 2026 dans The Hill Times (en anglais seulement).

Étiquettes

Encore plus sur SenCA+

Haut de page