Rapport
Résumé
De mars 2022 à avril 2023, le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants a mené une étude sur les questions relatives à la sécurité et à la défense dans l’Arctique, y compris l’infrastructure militaire et les capacités en matière de sécurité du Canada. À certains égards, cette étude était complémentaire à des études antérieures réalisées par d’autres comités parlementaires. Durant les audiences tenues à Ottawa et les missions d’étude dans l’Arctique canadien, de même qu’au quartier général du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), à Colorado Springs (Colorado), le comité a entendu parler de trois thèmes : le contexte international de sécurité et l’Arctique; la sécurité dans l’Arctique et l’accès accru à la région; ainsi que les capacités militaires et l’infrastructure de sécurité dans l’Arctique.
Chapitre un : Le contexte international de sécurité et l’Arctique
Selon des témoins, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a d’importantes conséquences pour la sécurité et la défense dans l’Arctique. S’ils ne croyaient pas qu’il y ait une menace militaire directe pour l’Arctique canadien à l’heure actuelle, les témoins ont dit craindre la modernisation militaire de la Russie dans la région, en particulier de ses bases dans l’Arctique. Malgré les pertes subies sur le champ de bataille à la suite de l’invasion de l’Ukraine, les capacités militaires de la Russie demeurent formidables.
Des témoins ont également discuté des visées et des activités de la Chine dans l’Arctique. Se qualifiant d’« État proche de l’Arctique », le pays a fait savoir qu’il a des intérêts stratégiques et économiques dans la région. Des témoins ont également dit croire que la collaboration entre la Russie et la Chine sur certaines questions pourrait élargir l’accès de la Chine aux ressources naturelles et aux emplacements stratégiques dans l’Arctique.
En outre, des témoins ont observé que l’une des conséquences pour l’Arctique de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a été l’interruption de certaines activités du Conseil de l’Arctique, le principal organe de coopération dans l’Arctique. Le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Suède et les États-Unis ont, dans une large mesure, suspendu leur coopération avec la Russie sur les questions concernant l’Arctique, mais coopèrent davantage entre eux en matière de sécurité et de défense.
Selon les témoins, l’Arctique européen et l’Arctique nord-américain font face à des menaces militaires différentes, plus élevées pour le premier que pour le second. L’adhésion de la Finlande à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le 4 avril 2023, a créé une nouvelle frontière entre l’OTAN et la Russie. Si la Suède adhère à l’OTAN, tous les États arctiques autres que la Russie seront membres de l’organisation.
Des témoins ont attiré particulièrement l’attention sur les menaces pour la sécurité que présentent les armes susceptibles de passer par l’Arctique pour cibler l’Amérique du Nord. Le NORAD, commandé conjointement par le Canada et les États-Unis, a pour mission de détecter certains types de menaces qui visent l’Amérique du Nord et d’assurer la défense contre ces menaces. Or, de nouveaux types de missiles – les missiles hypersoniques et les missiles de croisière à longue portée – pourraient présenter un défi pour les capacités de surveillance actuelles du NORAD.
Chapitre deux : La sécurité dans l’Arctique et l’accès accru à la région
Selon des témoins, l’interprétation du terme « sécurité dans l’Arctique » devrait être évaluée de manière continue. À leur avis, le concept devrait prévoir une approche plus intersectionnelle qui intègre des perspectives environnementales, sanitaires, sociales, économiques et autochtones, plutôt que de reposer sur une interprétation étroite axée sur la sécurité militaire. Par le passé, certaines mesures prises par le gouvernement canadien destinées à renforcer la sécurité militaire dans l’Arctique, comme la réinstallation forcée des Inuits afin de défendre la souveraineté du Canada dans l’Arctique pendant la Guerre froide, avaient causé du tort aux collectivités autochtones de la région. C’est pourquoi les décisions relatives à la sécurité et à la défense dans l’Arctique doivent être prises avec la participation pleine et entière des gouvernements locaux et autochtones.
Des témoins ont indiqué que les changements climatiques sont une préoccupation importante pour l’Arctique canadien et ses habitants. Ils aggravent les risques pour la sécurité dans la région et ont des impacts importants sur les peuples autochtones de l’Arctique. Le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes (FAC) déploient des efforts afin que l’infrastructure militaire puisse s’adapter aux changements climatiques dans la région, dont le dégel du pergélisol. Les changements climatiques font également augmenter la probabilité de catastrophes naturelles dans le Nord du Canada, ce qui accroît la fréquence des opérations militaires et pangouvernementales.
L’intensification de l’activité humaine dans l’Arctique résultant des changements climatiques présente un défi en matière de sécurité pour le Canada, notamment en ce qui concerne le contrôle des frontières et des eaux arctiques canadiennes, les catastrophes environnementales ainsi que les situations de recherche et de sauvetage. Le nombre annuel de voyages – ou passages – de navires dans l’Arctique a plus que triplé depuis 1990, ce qui comprend le trafic commercial et touristique. Plusieurs ministères et organismes fédéraux collaborent avec les populations locales afin de mettre en œuvre des mesures destinées à relever ce défi. Des témoins ont cependant identifié d’autres mesures que le gouvernement du Canada pourrait prendre afin de mieux réagir aux défis actuels et futurs en matière de sécurité.
Des témoins ont également parlé des impacts possibles du contexte géopolitique actuel et des changements climatiques sur les différends, les désaccords et les revendications liés à l’Arctique. Les différends territoriaux et maritimes impliquant le Canada sont bien gérés, comme en témoigne partiellement l’accord conclu en juin 2022 entre le Canada et le Danemark concernant le statut d’un îlot inhabité situé entre le Canada et le Groenland. Le dialogue fructueux entre la Russie, le Canada et d’autres États arctiques revendiquant un plateau continental étendu dans la région a cependant été suspendu à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Chapitre trois : Les capacités militaires et l’infrastructure de sécurité
La Force opérationnelle interarmées (Nord) des FAC, qui consiste en quelque 340 membres du personnel et qui a son quartier général à Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest), est responsable de la plupart des opérations militaires canadiennes au nord du 60e parallèle. Dans le cadre de leurs opérations dans l’Arctique, les FAC collaborent avec d’autres organisations fédérales, des gouvernements territoriaux et des alliés. Le NORAD se sert des capacités et de l’infrastructure des FAC dans l’Arctique, y compris leurs avions de chasse et leurs emplacements d’opérations avancés, pour maintenir la surveillance et le contrôle aérospatiaux dans le Nord canadien. Les Rangers canadiens, dont un grand nombre sont des Autochtones, sont un autre élément de la présence militaire de notre pays dans l’Arctique canadien. Des témoins ont insisté sur l’importance des Rangers canadiens pour la souveraineté et la sécurité du Canada dans l’Arctique.
Le Canada a plusieurs projets d’acquisition en défense actuels et proposés liés à la sécurité dans l’Arctique et à la défense du territoire. Des témoins ont noté divers aspects de l’annonce faite par le gouvernement du Canada en juin 2022 concernant l’engagement financier du Canada de 38,6 milliards de dollars sur 20 ans comme contribution à la modernisation du NORAD. Le plan de modernisation prévoit la mise en place de nouveaux systèmes de surveillance tels que des sites de radar « transhorizon », qui amélioreront la capacité des FAC et du NORAD de détecter les menaces aérospatiales – y compris les missiles hypersoniques et les missiles de croisière longue portée – approchant de l’Amérique du Nord. Des témoins ont toutefois aussi soulevé des préoccupations concernant une « période de transition » entre le moment où un adversaire pourrait déployer ces missiles et celui où les sites de radar transhorizon et d’autres nouveaux systèmes seront en place, ce qui laisse croire que le NORAD pourrait éprouver des difficultés à détecter les diverses menaces durant cette période.
L’acquisition récemment annoncée de 88 chasseurs F-35 Lightning II par le Canada contribuera à accroître les capacités aérospatiales du Canada. L’annonce du financement accordé au plan de modernisation du NORAD comprend la mise à niveau de l’infrastructure aérienne dans l’Arctique, comme les emplacements d’opérations avancés. Par exemple, dans le cadre de la modernisation du NORAD, on prolongera la piste d’atterrissage d’Inuvik – qui est utilisée à des fins militaires et civiles. Des témoins ont aussi proposé l’acquisition de capacités aériennes additionnelles, notamment de recherche et de sauvetage.
Les nouveaux navires de patrouille extracôtiers et de l’Arctique pourraient renforcer les capacités de la Marine royale canadienne et de la Garde côtière canadienne lors de leurs opérations dans l’Arctique. Des témoins ont reconnu que ces navires pouvaient accroître la capacité du Canada à exercer sa souveraineté dans les eaux arctiques, mais se sont demandé si l’infrastructure – notamment pour le ravitaillement – est adéquate pour appuyer les opérations des navires. Des témoins ont décrit diverses technologies qui permettraient à de futurs sous-marins de fonctionner sous les glaces de l’Arctique, bien qu’ils aient admis que le Canada pourrait prendre des décennies à acquérir une telle capacité. Des témoins ont par ailleurs avancé l’idée d’utiliser des capteurs sous-marins sans équipage comme solution de rechange à l’acquisition de sous-marins.
En ce qui concerne le processus d’approvisionnement en défense, des témoins ont émis des points de vue divergents. Certains ont dit que le processus fonctionne bien, mais d’autres ont exprimé des préoccupations quant à la volonté et à l’aptitude du Canada d’acquérir des capacités militaires dans les délais et selon les budgets prévus.
Le gouvernement du Canada veut s’assurer que les collectivités autochtones et du Nord tirent parti des dépenses consacrées à la sécurité et à la défense dans l’Arctique, notamment en accordant des contrats à des entreprises appartenant à des Autochtones. Au sujet de l’infrastructure, des témoins ont mentionné les possibilités que présentaient les infrastructures à multiples usages de contribuer à la sécurité et à la défense tout en produisant des retombées pour les collectivités locales.
Conclusion
Un certain nombre de questions abordées par les témoins – dont le contexte géopolitique en constante évolution, l’accroissement de l’intérêt pour l’Arctique et de l’activité qui s’y déroule, les changements climatiques dans le Nord et leurs impacts, les défis en matière d’infrastructure et le processus d’approvisionnement en défense – ont également été examinées dans des rapports produits par d’autres comités parlementaires liés à l’Arctique ainsi qu’à la sécurité et à la défense du Canada. Le gouvernement du Canada a pris certaines mesures afin d’accroître la sécurité et la défense dans l’Arctique – comme la publication du Cadre stratégique pour l’Arctique et le Nord et du plan de modernisation du NORAD, de même que l’acquisition de navires de patrouille extracôtiers et de l’Arctique – mais il doit en faire davantage.
Ayant voyagé dans l’Arctique canadien, le Comité met l’accent sur les risques auxquels cette région est exposée et souligne qu’il est urgent pour le gouvernement du Canada d’investir dans les capacités en matière de sécurité et de défense, ainsi que dans les infrastructures sociales et économiques de la région. Nous ne devons pas laisser passer cette occasion.
Recommandations
RECOMMANDATION 1
Que le gouvernement du Canada inclue, dans la prochaine politique de défense, une section sur la sécurité et la défense dans l’Arctique. Reconnaissant que le contexte international de sécurité se détériore, cette section devrait souligner l’évolution des questions relatives à la sécurité et la défense dans l’Arctique depuis la publication de la politique de défense précédente, en 2017. Elle devrait également indiquer quels sont les projets du gouvernement pour s’attaquer le plus rapidement possible aux menaces qui pèsent sur le Canada, y compris sur l’Arctique, et aux nouvelles menaces qui pourraient atteindre l’Amérique du Nord en passant par l’Arctique.
RECOMMANDATION 2
Que le gouvernement du Canada fasse une mise à jour annuelle sur les priorités et les plans du Canada concernant la sécurité et la défense dans l’Arctique auprès des intervenants visés, notamment les premiers ministres des provinces et des territoires canadiens ainsi que les dirigeants des organisations et des gouvernements locaux autochtones. Au moment de la mise à jour, le gouvernement devrait veiller à ce que le dialogue avec les intervenants sur la sécurité et la défense dans l’Arctique soit ouvert et honnête.
RECOMMANDATION 3
Que le gouvernement du Canada continue de collaborer avec les gouvernements du Danemark, de la Finlande, de l’Islande, de la Norvège, de la Suède et des États-Unis afin de trouver des façons d’accroître la coopération dans les dossiers relatifs à la sécurité et à la défense dans l’Arctique.
RECOMMANDATION 4
Que le gouvernement du Canada, dans la prochaine politique de défense, décrive l’approche du Canada pour dissuader les adversaires dans l’Arctique, y compris pendant la « période de transition » prévue entre le moment où les adversaires pourraient déployer de nouveaux systèmes d’armes et celui où le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord disposera de la technologie nécessaire pour les détecter.
RECOMMANDATION 5
Que le gouvernement du Canada, lors de l’élaboration de la prochaine politique de défense, examine si des modifications à la politique du Canada en matière de défense contre les missiles balistiques sont requises.
RECOMMANDATION 6
Que le gouvernement du Canada se serve de mécanismes institutionnels existants ou nouveaux pour travailler en partenariat avec les peuples autochtones dans l’Arctique, notamment pour obtenir leurs points de vue sur la sécurité et la défense dans la région. Ces partenariats devraient être menés dans le respect des droits autochtones prévus dans les traités modernes en ce qui concerne l’utilisation et la gestion des terres et des ressources.
RECOMMANDATION 7
Que le gouvernement du Canada, par l’intermédiaire du Secrétariat national Recherche et sauvetage, établisse – d’ici le 31 mars 2024 – une table ronde permanente sur la recherche et le sauvetage dans l’Arctique. Cette table ronde devrait être composée de représentants des gouvernements fédéral, territoriaux et autochtones ainsi que d’organisations communautaires et d’entités gouvernementales participant aux activités de recherche et de sauvage, y compris les Rangers canadiens. Elle devrait avoir notamment pour objectif d’élaborer une stratégie globale de recherche et de sauvetage dans l’Arctique.
RECOMMANDATION 8
Que le gouvernement du Canada s’assure que les normes liées au secteur des navires de croisière dans l’Arctique canadien complètent les plans de gestion conçus par les gouvernements et les organisations autochtones et que ces normes sont respectueuses des terres, des eaux et des populations autochtones. De plus, le gouvernement devrait améliorer sa coopération avec les gouvernements et les organisations autochtones sur les questions qui ont trait à ce secteur dans l’Arctique, y compris les questions liées à la gestion des navires et à la protection du milieu marin.
RECOMMANDATION 9
Que le gouvernement du Canada, en l’absence d’installations désignées pour le dédouanement des navires de croisière dans l’Arctique, examine différentes options pour le traitement des voyageurs entrant au Canada dans l’Arctique. Outre la pratique actuelle consistant à envoyer des agents des services frontaliers au port d’arrivée, les options examinées devraient comprendre l’utilisation des télécommunications. Le gouvernement devrait publier les résultats de cet examen d’ici le 31 décembre 2024.
RECOMMANDATION 10
Que le gouvernement du Canada élabore, en collaboration avec les gouvernements territoriaux, locaux et autochtones et les détenteurs de droits issus de traités, un cadre et des mécanismes connexes qui permettraient d’améliorer la connaissance des impacts environnementaux, dans l’Arctique, des activités actuelles et planifiées qui sont liées à la sécurité et à la défense. Ce cadre devrait présenter des mesures visant à atténuer les effets du dégel du pergélisol sur les infrastructures, en envisageant notamment d’aménager les nouvelles infrastructures de sécurité et de défense dans des secteurs moins vulnérables au dégel du pergélisol. Le gouvernement devrait publier le cadre d’ici le 30 juin 2024.
RECOMMANDATION 11
Que le gouvernement du Canada mette en œuvre rapidement les recommandations 16 à 20 du rapport du Comité sénatorial spécial sur l’Arctique intitulé Le Grand Nord : Un appel à l’action pour l’avenir du Canada. D’ici le 31 mars 2024, le gouvernement devrait fournir au Sénat de l’information concernant les mesures prises pour donner suite à ces recommandations, qui concernent la science, le savoir autochtone et la conservation de l’environnement.
RECOMMANDATION 12
Que le gouvernement du Canada évalue si des changements à la taille, à l’emplacement ou à la nature de la présence des Forces armées canadiennes dans l’Arctique canadien sont requis. Le gouvernement devrait publier les résultats de cette évaluation d’ici le 30 septembre 2024.
RECOMMANDATION 13
Que le gouvernement du Canada fasse une évaluation approfondie des infrastructures des Forces armées canadiennes au nord du 60e parallèle et celles dans le Sud du Canada qui appuient les opérations dans l’Arctique. Cette évaluation devrait avoir pour objectif de déterminer quelles infrastructures doivent être réparées ou modernisées dans l’immédiat. Le gouvernement devrait rendre publics les résultats de cette évaluation d’ici le 30 juin 2025.
RECOMMANDATION 14
Que le gouvernement du Canada règle dans les plus brefs délais les problèmes qui nuisent au recrutement de Rangers canadiens et au maintien des effectifs. Dans le cadre de ces efforts, le gouvernement devrait à la fois s’assurer que les Rangers canadiens ont un accès adéquat à l’équipement nécessaire et apporter les changements requis à leur rémunération.
RECOMMANDATION 15
Que le gouvernement du Canada publie, d’ici le 30 juin 2024, une mise à jour concernant l’état du programme d’amélioration des Rangers canadiens.
RECOMMANDATION 16
Que le gouvernement du Canada élabore un plan pour soutenir le bien‑être des membres des forces de sécurité et de défense affectées dans l’Arctique, y compris les Forces armées canadiennes et la Gendarmerie royale du Canada. Le gouvernement devrait publier ce plan d’ici le 31 mars 2025.
RECOMMANDATION 17
Que le gouvernement du Canada informe régulièrement le Parlement de la modernisation du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. Transmise à une fréquence annuelle au minimum, l’information devrait porter sur les retards ou les difficultés possibles dans la réalisation des projets d’approvisionnement dans les délais et selon les budgets prévus ainsi que sur les mesures prises pour résoudre ces difficultés.
RECOMMANDATION 18
Que le gouvernement du Canada détermine si les deux navires de patrouille extracôtiers et de l’Arctique acquis pour la Garde côtière canadienne devraient être armés afin de pouvoir mieux affirmer la souveraineté du Canada et protéger le littoral et les eaux de l’Arctique canadien.
RECOMMANDATION 19
Que le gouvernement du Canada ajoute, dans sa prochaine politique de défense, une section sur la connaissance du domaine sous-marin et les menaces sous-marines. Cette section devrait présenter un plan visant à remplacer rapidement les sous‑marins canadiens actuels par des sous‑marins capables de mieux fonctionner dans l’Arctique.
RECOMMANDATION 20
Que le gouvernement du Canada déploie des efforts pour se joindre au partenariat trilatéral de sécurité entre l’Australie, le Royaume‑Uni et les États‑Unis, connu sous le nom d’AUKUS. Ce faisant, le gouvernement devrait faire connaître les façons dont le Canada pourrait contribuer à la collecte et au partage de renseignements.
RECOMMANDATION 21
Que le gouvernement du Canada élabore un plan pour améliorer la connectivité à Internet à large bande dans l’Arctique afin de répondre aux besoins militaires et civils. Les options examinées dans le cadre de l’élaboration du plan devraient comprendre l’utilisation de satellites et de câbles à fibres optiques. D’ici le 30 juin 2024, le gouvernement devrait publier des informations sur le montant des fonds nécessaires à la mise en œuvre du plan, ainsi que sur les échéances prévues par le plan.
RECOMMANDATION 22
Que le gouvernement du Canada examine, pour tous les projets d’infrastructure liés à la sécurité dans l’Arctique canadien et à sa défense, si des bâtiments à multiples usages sont appropriés.
RECOMMANDATION 23
Que le gouvernement du Canada détermine, pour chaque projet de sécurité et de défense en cours ou proposé dans l’Arctique, les retombées sociales et économiques probables qui seraient créées pour les collectivités de l’Arctique. S’il s’avère que les projets du genre sont peu susceptibles d’avoir de telles retombées, le gouvernement devrait désigner d’autres sources de financement fédéral qui pourraient permettre de répondre aux besoins sociaux et économiques les plus urgents dans l’Arctique.
Ottawa – Le Nord du Canada est militairement vulnérable, économiquement sous-développé et menacé par le changement climatique – tout en étant convoité par les puissances mondiales pour ses riches ressources et ses voies navigables arctiques, a déclaré le Comité sénatorial de la sécurité nationale de la défense et des anciens combattants dans un rapport publié le mercredi 28 juin 2023.
Le rapport du comité, intitulé La sécurité de l’Arctique menacée : Des besoins urgents dans un paysage géopolitique et environnemental en évolution, aborde les questions relatives à la sécurité et à la défense dans l’Arctique canadien. Il est le fruit de plus d’une année de travail qui a amené le comité au nord du cercle arctique et au sud jusqu’au siège du NORAD.
La Russie reste une menace pour l’Arctique. Certaines bases militaires de l’Arctique russe qui datent de la guerre froide ont été rouvertes ou reconstruites au cours de la dernière décennie; plus de dix bases sont opérationnelles. Les capacités militaires russes dans l’Arctique demeurent très importantes.
La Chine, quant à elle, a de plus en plus de desseins sur le Nord et se qualifie d’« État proche de l’Arctique » dans un document de politique de 2018. Alors que le changement climatique rend l’océan Arctique toujours plus navigable, le désir de la Chine d’exploiter les ressources de l’Arctique la placera en conflit avec la souveraineté et les intérêts du Canada.
En revanche, l’infrastructure de défense de l’Arctique est gravement insuffisante. Par exemple, des sénateurs se sont rendus à l’emplacement d’opérations avancé du NORAD à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, qui peut à peine accueillir des chasseurs CF-18 et est inutilisable pendant certaines périodes de l’année. Les membres des Forces canadiennes, qui servent dans l’Arctique avec un dévouement, un professionnalisme et une débrouillardise remarquables, méritent davantage. Tous les Canadiens méritent davantage.
L’infrastructure civile et industrielle dans l’Arctique est également à court de ressources. Le Nord souffre toujours de logements inadéquats, de manque de connectivité à Internet et d’insécurité alimentaire, tandis que ses ressources – y compris le gaz naturel abondant et les éléments des terres rares qui sont essentiels pour les téléphones cellulaires et les technologies vertes – restent largement inaccessibles, ce qui entrave le développement économique qui pourrait revigorer les communautés nordiques.
Le comité a été frappé par la résilience, la détermination et l’ingéniosité des habitants du Nord, malgré les défis bien documentés auxquels ils sont confrontés et des décennies d’inaction du gouvernement fédéral. Les Inuits en particulier ont souffert des politiques cruelles de l’époque de la guerre froide qui les ont dispersés dans l’Arctique au nom de la souveraineté canadienne. Bien que les cicatrices de ces déplacements forcés et d’autres sévices demeurent, leur contribution au Canada n’a fait que croitre, que ce soit en tant que membres vigilants des Rangers canadiens ou grâce à l’expertise technique de la Nasittuq Corporation, dirigée par les Inuits, qui exploite et entretient le Système d’alerte du Nord.
L’Arctique est à un tournant. Le monde a besoin des ressources du Nord. Ses habitants sont déterminés à prospérer. Le Nord a besoin que le gouvernement fédéral l’entende et le soutienne, faute de quoi une partie profondément importante et stratégique du Canada restera en péril.
En bref
- L’Arctique canadien représente 40 % de la masse terrestre du Canada, 75 % de son littoral et moins de 1 % de sa population. La plupart des résidents de l’Arctique sont des Inuits; la population des trois territoires est constituée à plus de 50 % d’Autochtones.
- Le comité a effectué deux missions d’étude au cours de son travail : au Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest, et au siège du NORAD à Colorado Springs (Colorado).
- Lorsqu’un ballon de surveillance chinois a pénétré dans le Yukon par l’Arctique en février 2023, les chasseurs canadiens les plus proches étaient cloués au sol en raison de la pluie verglaçante à Cold Lake (Alberta). Un chasseur américain l’a abattu.
Citations
« L’Arctique fait face à de nombreuses menaces imminentes : le changement climatique, le vieillissement des infrastructures de défense et la concurrence géopolitique croissante. Cependant, il abrite aussi des personnes fortes et innovantes – les peuples autochtones, nos forces de défense et les Rangers canadiens – qui accomplissent beaucoup avec très peu de ressources. Ces gens sont en première ligne d’une bataille pour l’avenir. Avec les ressources adéquates, je suis convaincu que les sérieux enjeux auxquels fait face le Nord canadien peuvent être relevés. »
- Sénateur Tony Dean, président du comité
« L’Arctique canadien offre un vaste potentiel économique inexploité; sans l’infrastructure nécessaire pour accéder à ses ressources et les transporter, nous laissons d’énormes richesses dans le sol. Si nous ne commençons pas à utiliser les ressources dont le monde a besoin, il ne faudra pas longtemps avant que d’autres pays tentent de les exploiter. »
- Sénateur Jean-Guy Dagenais, vice-président du comité
« Nous ne pouvons plus ignorer les menaces qui pèsent sur notre souveraineté. Des puissances étrangères sondent déjà notre détermination, que ce soit dans les airs par le biais de ballons-espions ou sur l’eau grâce à des bouées de surveillances. Nous sommes trop dépendants des États-Unis pour la défense de l’Arctique – nous devons assumer nos responsabilités en tant que pays nordique. »
- Sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, membre du Sous-comité du programme et de la procédure
« L’Arctique est ma patrie. Lorsque le comité s’est rendu à Tuktoyaktuk, je lui ai montré l’endroit où se trouvaient des maisons qui ont dû être déplacées en raison de l’érosion de notre littoral arctique. La situation est plus qu’urgente, elle est désespérée. Le Canada nous a déjà tellement pris au nom de la souveraineté sur l’Arctique. À défaut de mesures concrètes, je crains ce que l’avenir nous réserve. »
- Sénatrice Dawn Anderson, membre du Sous-comité du programme et de la procédure
Liens connexes
- Lisez le rapport : La sécurité de l’Arctique menacée : Des besoins urgents dans un paysage géopolitique et environnemental en évolution.
- Lisez d’anciens rapports du Sénat sur l’Arctique :
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Pour plus de renseignements :
Amely Coulombe
Agente de communications | Sénat du Canada
343-575-7553| amely.coulombe@sen.parl.gc.ca
Multimédia
Transcription
Notre rapport souligne l’importance pour le gouvernement du Canada de collaborer avec les gouvernements territoriaux et autochtones pour combler les graves lacunes en matière d’infrastructures dans les communautés de l’Arctique. Les mises à niveau de l’infrastructure militaire critiques dans l’Arctique devraient inclure des avantages à double utilisation, comme la technologie à large bande, l’eau propre, l’énergie propre.
Toutefois, les dépenses de défense militaires ne suffiront pas exclusivement à répondre à la myriade de besoins socio-économiques des communautés arctiques. Ces lacunes doivent être identifiées et comblées conjointement par des mécanismes de financement spécifiques.
Transcription
Notre étude a été réalisée dans un environnement géopolitique en constante évolution. Peu après le début de notre étude, la Russie a envahi l’Ukraine, ce qui a provoqué des bouleversements en Europe, sans précédent depuis la Deuxième Guerre mondiale. Nous avons appris que cette invasion, malgré le cout humain et matériel élevé, n’a pas affaibli les capacités de la Russie dans l’Arctique.
Transcription
Nous traversons une période volatile et turbulente. On ne saurait trop insister sur l’importance de l’Arctique pour la défense et la sécurité militaire. Toutefois, il est tout aussi important de noter que si l’Arctique est considéré comme un lieu stratégique, c’est aussi ma maison et celle du peuple inuit. Nous vivons ici. Il est donc essentiel de veiller à ce que les décisions prises à l’avenir tiennent compte des avis des personnes les plus concernées, de la situation stratégique de l’Arctique et des ressources naturelles, a l’accessibilité du passage du Nord-Ouest et de la Cour maritime du Nord, en passant par la souveraineté, les revendications territoriales, la sécurité environnementale, la présence militaire et la dissuasion. Ces facteurs contribuent à l’importance croissante de la région dans le paysage mondial de la sécurité.
Transcription
Il est temps de reconnaitre que notre Arctique est une frontière qui nécessite notre attention, notre investissement et notre protection. L’Arctique n’est plus un territoire isolé. Il est de plus en plus fréquenté et nous devons y être plus présents. À défaut de l’occuper, d’autres l’occuperont. Nos Rangers canadiennes, sont une force première de première ligne dans l’Arctique. Cependant, ils sont confrontés à de tels défis que des équipements sont insuffisants et les faibles rémunérations. Pour leur permettre de continuer à servir de manière efficace, nous devons améliorer leurs équipements et leurs rémunérations tout en atténuant les obstacles de recrutement et de rétention.
De gauche à droite, les sénateurs Pierre-Hugues Boisvenu, Jean-Guy Dagenais, Tony Dean et Margaret Dawn Anderson, membres du Comité sénatorial de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants, présentent le rapport sur la sécurité et la défense de l’Arctique lors d’une conférence de presse.
Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu discute du rapport du Comité sénatorial de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants sur la sécurité et la défense de l’Arctique lors d’une conférence de presse.
Le sénateur Tony Dean, président du comité, parle du rapport du Comité sénatorial de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants sur la sécurité et la défense de l’Arctique lors d’une conférence de presse.
De gauche à droite, les sénateurs Jean-Guy Dagenais, Pierre-Hugues Boisvenu, Tony Dean et Margaret Dawn Anderson présentent des exemplaires du rapport du Comité sénatorial de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants intitulé, « La sécurité de l’Arctique menacée : Des besoins urgents dans un paysage géopolitique et environnemental en évolution », rendu public aujourd’hui.
Les sénateurs qui ont participé à cette étude
Tony Dean
GSI - Ontario
Jean-Guy Dagenais
GSC - Québec (Victoria)
Dawn Anderson
C - Territoires du Nord-Ouest
Peter M. Boehm
GSI - Ontario
Pierre-Hugues Boisvenu
C - Québec (La Salle)
Donna Dasko
GSI - Ontario
Marty Deacon
GSI - Ontario (Région de Waterloo)
Clément Gignac
GSC - Québec (Kennebec)
Victor Oh
C - Ontario (Ontario)
David Richards
C - Nouveau-Brunswick
Hassan Yussuff
GSI - Ontario
Membres d’office du comité : L’honorable sénateur Marc Gold, c.p., ou l’honorable sénatrice Patti LaBoucane-Benson; L’honorable sénateur Donald Neil Plett, ou l’honorable sénatrice Yonah Martin
Autres sénateurs ayant participé à cette étude : L’honorable sénatrice Mobina Jaffer, l’honorable sénateur Marty Klyne, l’honorable sénateur Mohamed-Iqbal Ravalia, l’honorable sénatrice Pat Duncan, l’honorable sénateur Andrew Cardozo, l’honorable sénateur Larry Smith, l’honorable sénatrice Michèle Audette, l’honorable sénatrice Karen Sorensen
