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Comment le nouveau siège du Sénat a transformé Ottawa au tournant du siècle
COMMENT & POURQUOI
Comment le nouveau siège du Sénat a transformé Ottawa au tournant du siècle
31 août 2017

Cet article fait partie d’une série sur le déménagement du Sénat du Canada au Centre de conférences du gouvernement. En 2018, le Sénat sera relocalisé au Centre de conférences, une ancienne gare construite en 1912, alors que l’édifice du Centre du Parlement – l’emplacement permanent du Sénat – sera restauré.

La conversion de l’ancienne gare ferroviaire en lieu temporaire pour le Sénat devrait se faire conformément au budget et permettra aux contribuables d’économiser environ 200 millions de dollars comparativement à la proposition d’origine qui consistait à relocaliser le Sénat sur la Colline du Parlement.

On s’attend à ce que le Sénat occupe cet emplacement temporaire pendant dix ans.


Le Centre de conférences du gouvernement, le temple des temps moderne sur le bord du canal Rideau qui accueillera bientôt les locaux temporaires du Sénat du Canada, est un point d’intérêt précieux d’Ottawa.

À l’époque toutefois, l’ouverture de la gare centrale de la ville, en juin 1912, a été accueillie avec un mélange de stupéfaction et d’amusement. Que penser de ce colosse bâtiment de granite de 1,9 million de dollars ? Et que penser du Château Laurier, tout droit sorti d’un conte de fées, qui faisait face à la gare et qui a été dévoilé au même moment ? Un temple romain et un château français ! Certains se demandaient si c’était une blague; d’autres comprenaient l’ampleur et l’intention du plan.

Construits par la Compagnie du chemin de fer du Grand Trunk, une entreprise montréalaise qui a construit une grande partie des infrastructures ferroviaires du Canada, la station et l’hôtel ont été conçus comme un tout. L’entreprise a fait le pari d’investir dans une architecture monumentale, dans le but de transformer la banale ville d’Ottawa en une destination prestigieuse. Son rival, le Chemin de fer Canadien Pacifique, avait déjà construit une série d’hôtels semblables — le Château Frontenac à Québec (1893), l’Hôtel Banff Springs (1888) et l’Hôtel Empress à Victoria (1908) — et récoltait les fruits d’une industrie touristique florissante.

Le pari s’est révélé gagnant. La gare centrale Grand Trunk, rebaptisée la gare Union en 1920, est devenue la plaque tournante d’Ottawa pour ce qui est des transports et de la vie sociale. Pendant un demi-siècle, presque tous ceux qui visitaient la ville — les célébrités, les dirigeants mondiaux et les membres de la royauté — y transitaient. Le transport n’était toutefois pas le seul enjeu. Il s’agissait de transformer Ottawa en véritable capitale, afin que la ville puisse mieux porter son titre.

Le pays était en plein essor. De 1896 à 1914, le Canada a connu la croissance économique la plus rapide à l’échelle mondiale, grâce à une vague d’immigration, à la croissance industrielle et à l’expansion vers l’Ouest.

Plusieurs, dont Sir Wilfrid Laurier qui était alors premier ministre, estimaient que le statut du pays ne se reflétait pas dans sa capitale. Au-delà du trio d’édifices de style néogothique qui ceinturaient la Colline du Parlement, Ottawa demeurait le petit village forestier délabré qu’il était 50 ans plus tôt, lorsque la reine Victoria l’avait désignée comme siège du Parlement. Les usines et les quartiers résidentiels s’y entassaient. Les voies ferrées empruntaient des chemins désordonnés. Des cheminées obstruaient la vue vers la Colline du Parlement. Ottawa était loin d’être une capitale digne de ce que Laurier avait audacieusement qualifié de « siècle du Canada. »

Ottawa s’est tournée vers une architecture massive pour souligner son nouveau statut. Le mouvement architectural qui incarnait la bravoure du début du XXe siècle : le style Beaux‑Arts. Avec ses grands escaliers, ses plafonds voûtés, ses rotondes caverneuses et ses colonnes corinthiennes, aucun autre édifice n’illustrait mieux ce style que la station centrale d’Ottawa.

« Le bâtiment a connu beaucoup de changements au cours du siècle depuis, sans qu’ils ne soient tous bénéfiques, » explique le sénateur Scott Tannas, président du Sous-comité sénatorial de la Vision et du plan à long terme, qui supervise le déménagement du Sénat. « La rénovation actuelle est une occasion de restaurer le bâtiment à son élégance originale et le Sénat sert de catalyseur pour cela. »

Une architecture grandiose exigeait un aménagement tout aussi grandiose. Un plan urbain général reliait le complexe de Grand Trunk au complexe gouvernemental, situé 400 mètres à l’ouest via la place Connaught, pour former un vaste triangle de gazons verdoyants et de larges boulevards.

Cinq édifices imposants, maintenant disparus, ceinturaient la place : l’ancien bureau de poste, l’hôtel Russell House (le plus bel hôtel de la ville jusqu’à la construction du Château Laurier), le théâtre Russell, l’ancien hôtel de ville (à l’endroit où se trouve maintenant le Centre national des arts) et, à ses côtés, l’église presbytérienne Knox.

En 1939, ils étaient tous disparus, emportés par les flammes ou démolis pour faire place au nouveau Monument commémoratif de guerre. L’arche de granite de 21 mètres, d’abord conçue pour commémorer les Canadiens qui se sont battus et qui ont perdu la vie pendant la Première Guerre mondiale, représente aujourd’hui le centre solennel de la place de la Confédération.

Vue de la gare centrale Grand Trunk à partir de l’entrée du Château Laurier en 1916, quatre ans après leur ouverture conjointe. (Bibliothèque et Archives Canada)

Sur cette photographie de 1926, on voit la place Connaught et l’ancien bureau de poste d’Ottawa ainsi que le Château Laurier et la gare centrale à la droite du canal Rideau. (Bibliothèque et Archives Canada)

Au début des années 1900, Ottawa était aux prises avec des rues étroites et un problème de congestion routière. Un plan dessiné en 1915 par l’urbaniste Edward Bennett, jamais formellement adopté, prévoyait une place publique gigantesque, au bord du canal Rideau, flanquée d’édifices de style Beaux-Arts à l’ouest et d’une station centrale élargie à l’est. (Université Queen’s)

L’ancien bureau de poste d’Ottawa en 1903, avec la Colline parlementaire en arrière-plan. À l’avant-plan, le pont des Sapeurs, construit en 1827, et, derrière celui-ci, le pont Dufferin, construit dans les années 1870. Lors de la construction de la gare centrale, ces deux ponts ont été détruits et remplacés par une seule structure, qui se nomme aujourd’hui le pont Plaza. (Bibliothèque et Archives Canada)

L’ancien bureau de poste d’Ottawa en 1936, deux ans avant sa démolition. En arrière-plan, l’ancien hôtel de ville d’Ottawa. La gare centrale est visible à gauche. (Bibliothèque et Archives Canada)

Cette photo composite de 1938 montre la construction du Monument commémoratif de guerre et la place de la Confédération presque terminée. L’ancien bureau de poste a été démoli et la construction du nouveau bâtiment, que l’on aperçoit derrière le Monument commémoratif, va bon train. (Bibliothèque et Archives Canada)