Accorder des droits légaux à la nature contribuera à protéger les écosystèmes vitaux du Canada : sénatrice Galvez

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Depuis des siècles, la nature est traitée comme une propriété en vertu de nos lois, politiques et économies. La croyance courante est que les terres doivent être possédées, que les rivières doivent être aménagées, que les forêts doivent être exploitées et que les ressources doivent être extraites. Cette vision du monde, profondément ancrée dans l’extra-activisme, le développement industriel et la croissance économique infinie, suppose que les humains sont distincts de la nature et peuvent la contrôler sans en subir les répercussions. Cependant, la crise climatique, l’effondrement de la biodiversité et le nombre accru de catastrophes environnementales suggèrent (en anglais seulement) que cette conception anthropocentrique du monde naturel ne fonctionne plus.
Le mouvement des droits de la nature vise à reconnaitre les écosystèmes tels que les rivières, les forêts, les montagnes et les bassins versants comme des entités vivantes dotées de droits légaux. Il s’agit d’une perspective qui reflète un changement profond dans la façon dont les sociétés comprennent la relation entre les personnes et les systèmes naturels qui soutiennent la vie. Après tout, si nous l’avons fait pour les sociétés, qui ne sont même pas réelles et qui ont pourtant, dans de nombreux cas, plus de droits qu’une personne, nous pouvons le faire pour la nature.
Au fond, l’octroi de droits à la nature permet de reconnaitre une vérité simple : les humains ne sont pas des entités séparées des écosystèmes. Ils dépendent plutôt entièrement sur ces derniers.
Depuis des générations, les lois sur la protection de l’environnement ont surtout visé à encadrer l’ampleur des dommages que les humains sont autorisés à causer. Les limites de pollution, les zones de conservation et les évaluations environnementales sont tous des outils importants. Toutefois, elles traitent souvent la nature comme quelque chose qui existe principalement pour répondre aux besoins actuels des humains, en faisant fi des besoins des générations à venir.
Reconnaitre les droits de la nature permet de reconnaitre les écosystèmes comme des entités juridiques dotées des droits d’exister, de se régénérer et de conserver leur fonction naturelle. Des gardiens, dans la plupart des cas des communautés autochtones, des gouvernements ou des organisations de la société civile, peuvent représenter ces écosystèmes dans les décisions juridiques et de gouvernance.
En novembre 2025, le Conseil de la Première Nation d’Alderville a approuvé à l’unanimité une résolution reconnaissant le statut juridique du lac Rice (en anglais seulement) dans le Sud de l’Ontario. Il s’agit de la première affaire en Ontario où un plan d’eau s’est vu accorder un statut juridique de personne morale. Cependant, un précédent avait été établi au Canada quatre ans auparavant.
Au Québec, une étape historique a été franchie en 2021 lorsque le Conseil des Innus d’Ekuanitshit et la municipalité régionale de comté de Minganie ont conjointement reconnu (en anglais seulement) la rivière Magpie (Muteshekau Shipu) comme une personne morale. La déclaration accorde à la rivière le droit d’exister, de s’écouler naturellement, de favoriser la biodiversité, d’être à l’abri de la pollution et d’intenter des poursuites par l’entremise de gardiens désignés.
La Nouvelle-Zélande est devenue une pionnière mondiale dans la reconnaissance du statut juridique de la nature. En 2014, le pays a accordé (en anglais seulement) le statut juridique de personne morale à Te Urewera, un ancien parc national. En 2017, la rivière Whanganui a reçu (en anglais seulement) une reconnaissance similaire à la suite de décennies de revendications de la part des communautés māories, qui considèrent la rivière comme un ancêtre. Plus récemment, le mont Taranaki Maunga s’est également vu accorder (en anglais seulement) des droits légaux, renforçant un modèle de gouvernance fondé sur un partenariat entre les systèmes juridiques autochtones et étatiques.
Au Pérou, une autre étape a été franchie en 2024 lorsqu’un tribunal a reconnu la rivière Marañón, l’une des principales sources du fleuve Amazone, comme une entité dotée de droits. Grâce à cette décision, les visions du monde des peuples autochtones, qui considèrent le fleuve comme un être vivant, ont été reconnues (en anglais seulement); de plus, le tribunal a exigé que les autorités gouvernementales élaborent des mesures de protection à la suite de déversements de pétrole répétés qui ont nui aux écosystèmes et aux communautés locales.
Ailleurs, la Cour suprême du Bangladesh a déclaré (en anglais seulement) que toutes les rivières du pays sont dotées de droits légaux.
Ensemble, ces exemples démontrent une reconnaissance croissante que la protection de l’environnement doit passer de la gestion des dommages à la préservation de l’intégrité des écosystèmes dans leur ensemble.
Accorder des droits à la nature ne signifie pas arrêter le développement ou l’activité économique. Au contraire, cela encourage une prise de décisions équilibrée qui tient compte de la durabilité et des avantages économiques. Des écosystèmes sains soutiennent des industries stables, des communautés résilientes et des économies plus fortes.
Reconnaitre les droits de la nature offre un outil juridique et de gouvernance novateur qui pourrait aider le Canada à protéger son patrimoine naturel tout en appuyant le développement durable et la réconciliation avec les peuples autochtones.
En reconnaissant que les rivières peuvent être dotées de droits, que les forêts peuvent avoir une capacité juridique et que les écosystèmes peuvent profiter des mêmes protections que les humains, nous nous rapprochons de l’harmonisation du droit humain avec les sciences écologiques et la sagesse autochtone. Nous reconnaissons que le bien-être humain dépend d’écosystèmes sains et que protéger la nature signifie ultimement nous protéger nous-mêmes.
Alors que nous célébrons le Jour de la Terre nous sommes appelés à nous rassembler pour défendre la planète que nous appelons tous notre foyer. Protéger la nature par le biais des lois est bénéfique pour tout le monde et pour tout. Il s’agit de la prochaine meilleure étape pour assurer un avenir sûr et habitable aux générations à venir.
La sénatrice Rosa Galvez détient un doctorat en génie environnemental. Elle représente la division sénatoriale de Bedford, au Québec.
Cet article a été publié dans le National Observer le 22 avril 2026 (en anglais seulement).
Depuis des siècles, la nature est traitée comme une propriété en vertu de nos lois, politiques et économies. La croyance courante est que les terres doivent être possédées, que les rivières doivent être aménagées, que les forêts doivent être exploitées et que les ressources doivent être extraites. Cette vision du monde, profondément ancrée dans l’extra-activisme, le développement industriel et la croissance économique infinie, suppose que les humains sont distincts de la nature et peuvent la contrôler sans en subir les répercussions. Cependant, la crise climatique, l’effondrement de la biodiversité et le nombre accru de catastrophes environnementales suggèrent (en anglais seulement) que cette conception anthropocentrique du monde naturel ne fonctionne plus.
Le mouvement des droits de la nature vise à reconnaitre les écosystèmes tels que les rivières, les forêts, les montagnes et les bassins versants comme des entités vivantes dotées de droits légaux. Il s’agit d’une perspective qui reflète un changement profond dans la façon dont les sociétés comprennent la relation entre les personnes et les systèmes naturels qui soutiennent la vie. Après tout, si nous l’avons fait pour les sociétés, qui ne sont même pas réelles et qui ont pourtant, dans de nombreux cas, plus de droits qu’une personne, nous pouvons le faire pour la nature.
Au fond, l’octroi de droits à la nature permet de reconnaitre une vérité simple : les humains ne sont pas des entités séparées des écosystèmes. Ils dépendent plutôt entièrement sur ces derniers.
Depuis des générations, les lois sur la protection de l’environnement ont surtout visé à encadrer l’ampleur des dommages que les humains sont autorisés à causer. Les limites de pollution, les zones de conservation et les évaluations environnementales sont tous des outils importants. Toutefois, elles traitent souvent la nature comme quelque chose qui existe principalement pour répondre aux besoins actuels des humains, en faisant fi des besoins des générations à venir.
Reconnaitre les droits de la nature permet de reconnaitre les écosystèmes comme des entités juridiques dotées des droits d’exister, de se régénérer et de conserver leur fonction naturelle. Des gardiens, dans la plupart des cas des communautés autochtones, des gouvernements ou des organisations de la société civile, peuvent représenter ces écosystèmes dans les décisions juridiques et de gouvernance.
En novembre 2025, le Conseil de la Première Nation d’Alderville a approuvé à l’unanimité une résolution reconnaissant le statut juridique du lac Rice (en anglais seulement) dans le Sud de l’Ontario. Il s’agit de la première affaire en Ontario où un plan d’eau s’est vu accorder un statut juridique de personne morale. Cependant, un précédent avait été établi au Canada quatre ans auparavant.
Au Québec, une étape historique a été franchie en 2021 lorsque le Conseil des Innus d’Ekuanitshit et la municipalité régionale de comté de Minganie ont conjointement reconnu (en anglais seulement) la rivière Magpie (Muteshekau Shipu) comme une personne morale. La déclaration accorde à la rivière le droit d’exister, de s’écouler naturellement, de favoriser la biodiversité, d’être à l’abri de la pollution et d’intenter des poursuites par l’entremise de gardiens désignés.
La Nouvelle-Zélande est devenue une pionnière mondiale dans la reconnaissance du statut juridique de la nature. En 2014, le pays a accordé (en anglais seulement) le statut juridique de personne morale à Te Urewera, un ancien parc national. En 2017, la rivière Whanganui a reçu (en anglais seulement) une reconnaissance similaire à la suite de décennies de revendications de la part des communautés māories, qui considèrent la rivière comme un ancêtre. Plus récemment, le mont Taranaki Maunga s’est également vu accorder (en anglais seulement) des droits légaux, renforçant un modèle de gouvernance fondé sur un partenariat entre les systèmes juridiques autochtones et étatiques.
Au Pérou, une autre étape a été franchie en 2024 lorsqu’un tribunal a reconnu la rivière Marañón, l’une des principales sources du fleuve Amazone, comme une entité dotée de droits. Grâce à cette décision, les visions du monde des peuples autochtones, qui considèrent le fleuve comme un être vivant, ont été reconnues (en anglais seulement); de plus, le tribunal a exigé que les autorités gouvernementales élaborent des mesures de protection à la suite de déversements de pétrole répétés qui ont nui aux écosystèmes et aux communautés locales.
Ailleurs, la Cour suprême du Bangladesh a déclaré (en anglais seulement) que toutes les rivières du pays sont dotées de droits légaux.
Ensemble, ces exemples démontrent une reconnaissance croissante que la protection de l’environnement doit passer de la gestion des dommages à la préservation de l’intégrité des écosystèmes dans leur ensemble.
Accorder des droits à la nature ne signifie pas arrêter le développement ou l’activité économique. Au contraire, cela encourage une prise de décisions équilibrée qui tient compte de la durabilité et des avantages économiques. Des écosystèmes sains soutiennent des industries stables, des communautés résilientes et des économies plus fortes.
Reconnaitre les droits de la nature offre un outil juridique et de gouvernance novateur qui pourrait aider le Canada à protéger son patrimoine naturel tout en appuyant le développement durable et la réconciliation avec les peuples autochtones.
En reconnaissant que les rivières peuvent être dotées de droits, que les forêts peuvent avoir une capacité juridique et que les écosystèmes peuvent profiter des mêmes protections que les humains, nous nous rapprochons de l’harmonisation du droit humain avec les sciences écologiques et la sagesse autochtone. Nous reconnaissons que le bien-être humain dépend d’écosystèmes sains et que protéger la nature signifie ultimement nous protéger nous-mêmes.
Alors que nous célébrons le Jour de la Terre nous sommes appelés à nous rassembler pour défendre la planète que nous appelons tous notre foyer. Protéger la nature par le biais des lois est bénéfique pour tout le monde et pour tout. Il s’agit de la prochaine meilleure étape pour assurer un avenir sûr et habitable aux générations à venir.
La sénatrice Rosa Galvez détient un doctorat en génie environnemental. Elle représente la division sénatoriale de Bedford, au Québec.
Cet article a été publié dans le National Observer le 22 avril 2026 (en anglais seulement).