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Accueil et exclusion, lutte et survie – réflexions sur l’identité canadienne : sénatrice Bernard

Un homme noir et une femme noire, tous deux souriants et coiffés d’un chapeau, photographiés par une journée ensoleillée.

Crédit photo : Bureau de la sénatrice Wanda Thomas Bernard

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Ma compréhension de ce que signifie être Canadien n’a jamais été simple, figée ou facile à revendiquer.

Elle a été façonnée par l’histoire, par mon expérience personnelle, par les réalités du racisme envers les Noirs et par les liens profonds qui ont soutenu les communautés afro-néo-écossaises pendant des générations.

Bien que je puisse retracer mes origines en Nouvelle-Écosse sur huit générations et que je vive sur des terres d’East Preston qui ont été initialement accordées à des loyalistes noirs en reconnaissance de leur loyauté envers la Couronne britannique, je n’ai jamais pu considérer mon appartenance comme acquise.

Mon identité canadienne a toujours été intimement liée au fait de savoir que l’histoire de mon peuple dans ce pays a été marquée par l’accueil et l’exclusion, le rejet et la résilience, la lutte et la survie.

Pendant la majeure partie de ma vie, je me suis identifiée comme Canadienne d’origine africaine ou comme Afro-Néo-Écossaise. Ces termes me semblent plus justes, plus honnêtes et reflètent mieux la complexité de mon identité. Ils reconnaissent mes origines africaines, mes racines en Nouvelle-Écosse et l’histoire distincte des communautés noires de cette province — des communautés qui existaient avant la Confédération et qui ont pourtant souvent été marginalisées et traitées comme des étrangères perpétuelles.

La réalité du racisme envers les Noirs et les formes de violence manifestes et insidieuses qui l’accompagnent ont profondément façonné mon sentiment d’appartenance. Il est difficile de se sentir pleinement Canadien lorsque sa citoyenneté est constamment remise en question, non pas sur le plan juridique, mais dans les interactions quotidiennes, les présomptions, les microagressions et les exclusions.

L’un des rappels les plus persistants de cette appartenance conditionnelle prend la forme d’une question en apparence anodine : « D’où venez-vous? » Lorsque je réponds « de la Nouvelle-Écosse », la question suivante revient inévitablement : « Non, d’où venez-vous vraiment? D’où êtes-vous originaire? »

Ces questions — fondées uniquement sur la couleur de la peau — et répétées tout au long d’une vie transmettent un message clair : vous n’êtes, au sens propre, pas perçu comme appartenant à cet endroit. Vous n’êtes pas perçu comme faisant partie de l’histoire canadienne. Vous êtes vu comme un ajout, une exception, un astérisque ou un étranger, même si votre famille est enracinée sur cette terre depuis des siècles.

Même lorsque vous êtes membre du Sénat du Canada.

En toute honnêteté, la première fois où je me suis véritablement sentie Canadienne n’était pas du tout au Canada. C’était lors de mon premier voyage en Angleterre avec mon défunt mari, George. À notre grande surprise, les gens nous prenaient régulièrement pour des Américains. Nous nous retrouvions rapidement à les corriger : « Non, nous sommes Canadiens » — et, pour la première fois, nous n’avons pas ressenti le besoin de préciser « Canadiens d’origine africaine ».

Le fait d’être à l’étranger, d’être pris à tort pour des citoyens d’un autre pays et d’être amenés à affirmer notre identité nationale a éveillé en nous un sentiment d’appartenance au Canada qui ne nous avait jamais été reconnu dans notre propre pays.

Lorsque nous avons ensuite déménagé en Angleterre pour mes études doctorales, George portait une épinglette du Canada sur chacun de ses manteaux. C’était une affirmation discrète, mais puissante, de fierté, d’appartenance et d’identité — une identité qu’il semblait plus facile de revendiquer à l’étranger qu’en sol canadien.

Cette tension entre l’identité et l’appartenance continue de refaire surface dans mes conversations avec mon petit-fils de quatorze ans, Gavin.

Il me demande souvent pourquoi je me définis comme Afro-canadienne. Il est douloureux de lui expliquer que ce choix découle d’une vie entière passée à me faire sentir que je n’appartiens pas pleinement à ce pays. Il est difficile d’exprimer le poids émotionnel que représente le fait d’être appelée, implicitement et explicitement, à justifier sa présence dans son propre pays.

Il est difficile d’expliquer à mon petit-fils les différentes dimensions du racisme envers les Noirs auquel je me suis activement opposée pendant plus de 50 ans. Pourtant, je lui réponds avec ouverture et honnêteté, car je veux qu’il comprenne à la fois l’histoire dont nous héritons et l’avenir plus juste sur le plan social que nous nous efforçons de bâtir.

Ma compréhension de ce que signifie être Canadien est également profondément façonnée par mon engagement envers la réconciliation et par le respect que je porte aux Premières Nations de ce territoire.

Je sais que la survie des communautés afro-néo-écossaises, particulièrement durant les premières années suivant l’arrivée de nos ancêtres, a été rendue possible grâce aux liens établis avec les Mi’kmaq. Leur générosité, leurs connaissances et leur solidarité ont contribué à soutenir les familles noires qui ont souvent été abandonnées par le gouvernement même qui leur avait promis des terres, la liberté et des possibilités d’avenir.

Je porte cette histoire avec gratitude et humilité. Pour moi, être Canadien signifie reconnaître ces liens, honorer les premiers peuples de ce territoire et œuvrer à la construction d’un avenir fondé sur la justice.

Au Canada, c’est un avenir auquel nous pouvons encore tous aspirer.


La sénatrice Wanda Thomas Bernard est la première femme afro-néo-écossaise à siéger au Sénat. Elle occupe le poste de vice-présidente du Comité sénatorial des droits de la personne et celui de vice-présidente du Groupe canado-africain du Sénat.

Cet article a été publié dans Policy Magazine le 28 juin 2026 (en anglais seulement) dans le cadre de la série « On Being Canadian » de la revue.

Ma compréhension de ce que signifie être Canadien n’a jamais été simple, figée ou facile à revendiquer.

Elle a été façonnée par l’histoire, par mon expérience personnelle, par les réalités du racisme envers les Noirs et par les liens profonds qui ont soutenu les communautés afro-néo-écossaises pendant des générations.

Bien que je puisse retracer mes origines en Nouvelle-Écosse sur huit générations et que je vive sur des terres d’East Preston qui ont été initialement accordées à des loyalistes noirs en reconnaissance de leur loyauté envers la Couronne britannique, je n’ai jamais pu considérer mon appartenance comme acquise.

Mon identité canadienne a toujours été intimement liée au fait de savoir que l’histoire de mon peuple dans ce pays a été marquée par l’accueil et l’exclusion, le rejet et la résilience, la lutte et la survie.

Pendant la majeure partie de ma vie, je me suis identifiée comme Canadienne d’origine africaine ou comme Afro-Néo-Écossaise. Ces termes me semblent plus justes, plus honnêtes et reflètent mieux la complexité de mon identité. Ils reconnaissent mes origines africaines, mes racines en Nouvelle-Écosse et l’histoire distincte des communautés noires de cette province — des communautés qui existaient avant la Confédération et qui ont pourtant souvent été marginalisées et traitées comme des étrangères perpétuelles.

La réalité du racisme envers les Noirs et les formes de violence manifestes et insidieuses qui l’accompagnent ont profondément façonné mon sentiment d’appartenance. Il est difficile de se sentir pleinement Canadien lorsque sa citoyenneté est constamment remise en question, non pas sur le plan juridique, mais dans les interactions quotidiennes, les présomptions, les microagressions et les exclusions.

L’un des rappels les plus persistants de cette appartenance conditionnelle prend la forme d’une question en apparence anodine : « D’où venez-vous? » Lorsque je réponds « de la Nouvelle-Écosse », la question suivante revient inévitablement : « Non, d’où venez-vous vraiment? D’où êtes-vous originaire? »

Ces questions — fondées uniquement sur la couleur de la peau — et répétées tout au long d’une vie transmettent un message clair : vous n’êtes, au sens propre, pas perçu comme appartenant à cet endroit. Vous n’êtes pas perçu comme faisant partie de l’histoire canadienne. Vous êtes vu comme un ajout, une exception, un astérisque ou un étranger, même si votre famille est enracinée sur cette terre depuis des siècles.

Même lorsque vous êtes membre du Sénat du Canada.

En toute honnêteté, la première fois où je me suis véritablement sentie Canadienne n’était pas du tout au Canada. C’était lors de mon premier voyage en Angleterre avec mon défunt mari, George. À notre grande surprise, les gens nous prenaient régulièrement pour des Américains. Nous nous retrouvions rapidement à les corriger : « Non, nous sommes Canadiens » — et, pour la première fois, nous n’avons pas ressenti le besoin de préciser « Canadiens d’origine africaine ».

Le fait d’être à l’étranger, d’être pris à tort pour des citoyens d’un autre pays et d’être amenés à affirmer notre identité nationale a éveillé en nous un sentiment d’appartenance au Canada qui ne nous avait jamais été reconnu dans notre propre pays.

Lorsque nous avons ensuite déménagé en Angleterre pour mes études doctorales, George portait une épinglette du Canada sur chacun de ses manteaux. C’était une affirmation discrète, mais puissante, de fierté, d’appartenance et d’identité — une identité qu’il semblait plus facile de revendiquer à l’étranger qu’en sol canadien.

Cette tension entre l’identité et l’appartenance continue de refaire surface dans mes conversations avec mon petit-fils de quatorze ans, Gavin.

Il me demande souvent pourquoi je me définis comme Afro-canadienne. Il est douloureux de lui expliquer que ce choix découle d’une vie entière passée à me faire sentir que je n’appartiens pas pleinement à ce pays. Il est difficile d’exprimer le poids émotionnel que représente le fait d’être appelée, implicitement et explicitement, à justifier sa présence dans son propre pays.

Il est difficile d’expliquer à mon petit-fils les différentes dimensions du racisme envers les Noirs auquel je me suis activement opposée pendant plus de 50 ans. Pourtant, je lui réponds avec ouverture et honnêteté, car je veux qu’il comprenne à la fois l’histoire dont nous héritons et l’avenir plus juste sur le plan social que nous nous efforçons de bâtir.

Ma compréhension de ce que signifie être Canadien est également profondément façonnée par mon engagement envers la réconciliation et par le respect que je porte aux Premières Nations de ce territoire.

Je sais que la survie des communautés afro-néo-écossaises, particulièrement durant les premières années suivant l’arrivée de nos ancêtres, a été rendue possible grâce aux liens établis avec les Mi’kmaq. Leur générosité, leurs connaissances et leur solidarité ont contribué à soutenir les familles noires qui ont souvent été abandonnées par le gouvernement même qui leur avait promis des terres, la liberté et des possibilités d’avenir.

Je porte cette histoire avec gratitude et humilité. Pour moi, être Canadien signifie reconnaître ces liens, honorer les premiers peuples de ce territoire et œuvrer à la construction d’un avenir fondé sur la justice.

Au Canada, c’est un avenir auquel nous pouvons encore tous aspirer.


La sénatrice Wanda Thomas Bernard est la première femme afro-néo-écossaise à siéger au Sénat. Elle occupe le poste de vice-présidente du Comité sénatorial des droits de la personne et celui de vice-présidente du Groupe canado-africain du Sénat.

Cet article a été publié dans Policy Magazine le 28 juin 2026 (en anglais seulement) dans le cadre de la série « On Being Canadian » de la revue.

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