Inviter le premier ministre de l’Inde au G7 entre en conflit avec les principes du Canada : sénateur Dhillon

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Je me rendais en voiture à une activité de rayonnement dans une école, à Surrey, en Colombie‑Britannique, lorsque j’ai entendu la nouvelle à la radio : le premier ministre Mark Carney a invité le premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, au sommet du G7 qui se tiendra à Kananaskis, en Alberta, en 2025.
Lorsqu’un événement traumatisant survient – un accident, un crime, une atteinte à la confiance du public –, on ressent souvent le besoin impérieux de mettre de l’ordre et de reprendre le cours normal de la vie. Mais la responsabilisation prend du temps. Policier pendant 35 ans, maintenant à la retraite, je peux vous dire que les enquêtes sont rarement faciles. Elles perturbent les routines, ralentissent les décisions et font ressortir des vérités dérangeantes. Néanmoins, nous leur accordons une place de choix, car la justice exige de la clarté et non de la précipitation.
En invitant le premier ministre Modi en ce moment, on abandonne de manière inquiétante nos principes. On donne la priorité à des calculs stratégiques à court terme plutôt qu’aux valeurs démocratiques à long terme. On envoie le message que les intérêts commerciaux et géopolitiques priment sur la souveraineté, la justice et la confiance du public. Pire encore, on risque de confirmer ce que beaucoup de Canadiens craignent : l’ingérence étrangère dans notre démocratie n’entraîne pas de véritables conséquences.
En 2023, le premier ministre, Justin Trudeau, a déclaré au Parlement (en anglais seulement) que le service canadien du renseignement enquêtait sur des allégations crédibles liant des agents du gouvernement de l’Inde au meurtre d’un citoyen canadien, Hardeep Singh Nijjar, qui a été abattu devant le Guru Nanak Gurdwara, un lieu de culte situé à Surrey, en juin de l’année précédente. Si elles s’avéraient fondées, ces allégations constitueraient une violation flagrante de la souveraineté canadienne et elles seraient d’autant plus choquantes qu’elles impliquent le gouvernement d’un pays que le Canada considère depuis longtemps comme un partenaire et un ami.
L’ascension politique de M. Modi est depuis longtemps liée à une vision de l’Inde qui exploite et approfondit les divisions intercommunautaires. Son mandat de ministre en chef du Gujarat a été assombri par de violentes émeutes sectaires en 2002 et des accusations d’inaction de l’État, des événements que de nombreuses organisations de défense des droits de la personne n’ont pas oubliés. Depuis, ses détracteurs ont mis en évidence une tendance : une idéologie nationaliste qui concentre le pouvoir en marginalisant les voix dissidentes, souvent selon des critères religieux et ethniques.
Cette idéologie ne se confine pas aux frontières de l’Inde. De manière subtile et manifeste, elle a atteint les communautés de la diaspora à l’étranger, y compris au Canada. Pour beaucoup, ce qui s’est passé n’était pas un acte de violence isolé, mais l’expression effrayante de cette répression exportée, un message destiné à semer la peur et à réduire au silence les détracteurs, même de l’autre côté de l’océan.
L’ingérence étrangère au Canada n’est plus qu’une simple spéculation. Le Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement a confirmé qu’il s’agit de mesures d’ingérence « omniprésentes » et « sophistiquées » qui ciblent nos institutions démocratiques et notre vie citoyenne. Des acteurs étrangers sapent délibérément les fondements de la démocratie canadienne au moyen d’opérations calculées.
La première obligation d’un gouvernement consiste à protéger ses citoyens sur son territoire. La sécurité des Canadiens en sol canadien n’est pas négociable, pas plus que leur droit de s’exprimer librement, de vivre sans crainte et de faire confiance à leur gouvernement pour qu’il fasse respecter la primauté du droit. Ce sont là les promesses d’une démocratie. En fermant les yeux sur des menaces crédibles ou en les minimisant au nom de la diplomatie, nous renions ces promesses.
Accueillir le premier ministre Modi donne à penser que si un pays est suffisamment grand ou utile sur le plan économique, le Canada est prêt à faire des concessions. Cela laisse entendre que le pouvoir confère une certaine impunité et que nos principes sont malléables lorsque les enjeux en valent la peine.
Certains diront que le Canada doit être pragmatique, que dans un monde de plus en plus hostile et complexe, nous ne pouvons pas nous permettre de nous isoler. Certes, la politique étrangère du Canada n’a pas toujours donné les résultats escomptés ces dernières années. Dans notre volonté de jouer le rôle de boussole morale du monde, nous avons parfois parlé avec force sans exercer beaucoup d’influence.
Mais refuser de dérouler le tapis rouge à un dirigeant accusé de manière crédible d’avoir violé notre souveraineté ne signifie pas revenir au « Canada moralisateur ». Il s’agit d’affirmer notre intérêt national fondé sur des principes, la sécurité et le respect. Il s’agit d’asseoir notre crédibilité, de protéger nos citoyens et de renforcer la confiance qui doit exister entre un pays et sa population.
Il faut reconnaitre la complexité, c’est vrai. Il peut arriver que le Canada doive faire affaire avec des gouvernements dont il ne partage pas les valeurs. Il doit parfois engager un dialogue constructif avec des partenaires difficiles.
Nous en avons déjà fait l’expérience lorsque le premier ministre Carney a exprimé de sérieuses préoccupations au sujet des politiques du président américain Donald Trump, tout en continuant de rétablir des relations de coopération avec les États-Unis. Mais il y a une différence entre un engagement pragmatique avec un gouvernement et l’accueil sélectif de son dirigeant alors qu’une enquête est en cours.
Accueillir le premier ministre Modi alors que des communautés sont encore en deuil et craignent que des divisions sapent notre unité compromet la promesse que nous avons faite à tous les Canadiens, soit qu’ils comptent et que leurs droits ne sont pas à vendre.
Le sénateur Baltej S. Dhillon représente la Colombie-Britannique. Il est un policier de carrière à la retraite et est entré dans l’histoire en 1991 en devenant le premier agent de la GRC à porter un turban.
Une version de cet article a été publiée dans la revue Policy Magazine le 15 juin 2025 (en anglais seulement).
Je me rendais en voiture à une activité de rayonnement dans une école, à Surrey, en Colombie‑Britannique, lorsque j’ai entendu la nouvelle à la radio : le premier ministre Mark Carney a invité le premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, au sommet du G7 qui se tiendra à Kananaskis, en Alberta, en 2025.
Lorsqu’un événement traumatisant survient – un accident, un crime, une atteinte à la confiance du public –, on ressent souvent le besoin impérieux de mettre de l’ordre et de reprendre le cours normal de la vie. Mais la responsabilisation prend du temps. Policier pendant 35 ans, maintenant à la retraite, je peux vous dire que les enquêtes sont rarement faciles. Elles perturbent les routines, ralentissent les décisions et font ressortir des vérités dérangeantes. Néanmoins, nous leur accordons une place de choix, car la justice exige de la clarté et non de la précipitation.
En invitant le premier ministre Modi en ce moment, on abandonne de manière inquiétante nos principes. On donne la priorité à des calculs stratégiques à court terme plutôt qu’aux valeurs démocratiques à long terme. On envoie le message que les intérêts commerciaux et géopolitiques priment sur la souveraineté, la justice et la confiance du public. Pire encore, on risque de confirmer ce que beaucoup de Canadiens craignent : l’ingérence étrangère dans notre démocratie n’entraîne pas de véritables conséquences.
En 2023, le premier ministre, Justin Trudeau, a déclaré au Parlement (en anglais seulement) que le service canadien du renseignement enquêtait sur des allégations crédibles liant des agents du gouvernement de l’Inde au meurtre d’un citoyen canadien, Hardeep Singh Nijjar, qui a été abattu devant le Guru Nanak Gurdwara, un lieu de culte situé à Surrey, en juin de l’année précédente. Si elles s’avéraient fondées, ces allégations constitueraient une violation flagrante de la souveraineté canadienne et elles seraient d’autant plus choquantes qu’elles impliquent le gouvernement d’un pays que le Canada considère depuis longtemps comme un partenaire et un ami.
L’ascension politique de M. Modi est depuis longtemps liée à une vision de l’Inde qui exploite et approfondit les divisions intercommunautaires. Son mandat de ministre en chef du Gujarat a été assombri par de violentes émeutes sectaires en 2002 et des accusations d’inaction de l’État, des événements que de nombreuses organisations de défense des droits de la personne n’ont pas oubliés. Depuis, ses détracteurs ont mis en évidence une tendance : une idéologie nationaliste qui concentre le pouvoir en marginalisant les voix dissidentes, souvent selon des critères religieux et ethniques.
Cette idéologie ne se confine pas aux frontières de l’Inde. De manière subtile et manifeste, elle a atteint les communautés de la diaspora à l’étranger, y compris au Canada. Pour beaucoup, ce qui s’est passé n’était pas un acte de violence isolé, mais l’expression effrayante de cette répression exportée, un message destiné à semer la peur et à réduire au silence les détracteurs, même de l’autre côté de l’océan.
L’ingérence étrangère au Canada n’est plus qu’une simple spéculation. Le Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement a confirmé qu’il s’agit de mesures d’ingérence « omniprésentes » et « sophistiquées » qui ciblent nos institutions démocratiques et notre vie citoyenne. Des acteurs étrangers sapent délibérément les fondements de la démocratie canadienne au moyen d’opérations calculées.
La première obligation d’un gouvernement consiste à protéger ses citoyens sur son territoire. La sécurité des Canadiens en sol canadien n’est pas négociable, pas plus que leur droit de s’exprimer librement, de vivre sans crainte et de faire confiance à leur gouvernement pour qu’il fasse respecter la primauté du droit. Ce sont là les promesses d’une démocratie. En fermant les yeux sur des menaces crédibles ou en les minimisant au nom de la diplomatie, nous renions ces promesses.
Accueillir le premier ministre Modi donne à penser que si un pays est suffisamment grand ou utile sur le plan économique, le Canada est prêt à faire des concessions. Cela laisse entendre que le pouvoir confère une certaine impunité et que nos principes sont malléables lorsque les enjeux en valent la peine.
Certains diront que le Canada doit être pragmatique, que dans un monde de plus en plus hostile et complexe, nous ne pouvons pas nous permettre de nous isoler. Certes, la politique étrangère du Canada n’a pas toujours donné les résultats escomptés ces dernières années. Dans notre volonté de jouer le rôle de boussole morale du monde, nous avons parfois parlé avec force sans exercer beaucoup d’influence.
Mais refuser de dérouler le tapis rouge à un dirigeant accusé de manière crédible d’avoir violé notre souveraineté ne signifie pas revenir au « Canada moralisateur ». Il s’agit d’affirmer notre intérêt national fondé sur des principes, la sécurité et le respect. Il s’agit d’asseoir notre crédibilité, de protéger nos citoyens et de renforcer la confiance qui doit exister entre un pays et sa population.
Il faut reconnaitre la complexité, c’est vrai. Il peut arriver que le Canada doive faire affaire avec des gouvernements dont il ne partage pas les valeurs. Il doit parfois engager un dialogue constructif avec des partenaires difficiles.
Nous en avons déjà fait l’expérience lorsque le premier ministre Carney a exprimé de sérieuses préoccupations au sujet des politiques du président américain Donald Trump, tout en continuant de rétablir des relations de coopération avec les États-Unis. Mais il y a une différence entre un engagement pragmatique avec un gouvernement et l’accueil sélectif de son dirigeant alors qu’une enquête est en cours.
Accueillir le premier ministre Modi alors que des communautés sont encore en deuil et craignent que des divisions sapent notre unité compromet la promesse que nous avons faite à tous les Canadiens, soit qu’ils comptent et que leurs droits ne sont pas à vendre.
Le sénateur Baltej S. Dhillon représente la Colombie-Britannique. Il est un policier de carrière à la retraite et est entré dans l’histoire en 1991 en devenant le premier agent de la GRC à porter un turban.
Une version de cet article a été publiée dans la revue Policy Magazine le 15 juin 2025 (en anglais seulement).