Le Canada et l’Australie peuvent s’inspirer mutuellement dans les débats sur le climat : sénatrice Galvez

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Le Canada et l’Australie sont tous deux des démocraties qui s’appuient sur des ressources abondantes, une biodiversité extraordinaire ainsi qu’un milieu scientifique de calibre mondial, leur prospérité reposant en grande partie sur l’exploitation minière, pétrolière et gazière. Nous sommes de grands exportateurs de combustibles fossiles dont le modèle économique est incompatible avec un climat stable, et nous en subissons les conséquences, comme en témoigne l’aggravation des feux de forêt, des inondations et des sécheresses.
Alors que je me prépare à assister au Sommet sur l’intégrité climatique à Sydney, ce n’est pas tant la distance qui sépare nos pays qui me frappe, mais plutôt tout ce que nous avons en commun. Nous sommes confrontés au même enjeu fondamental : comment peut-on délaisser les combustibles fossiles sans sacrifier la prospérité ni la nature?
Nos régimes politiques diffèrent, mais Australiens et Canadiens soulèvent les mêmes questions : les jeunes veulent voir les promesses traduites en mesures concrètes, les membres des communautés autochtones réclament une véritable reconnaissance de leurs droits, les scientifiques mettent en garde contre les points de basculement, et les dirigeants d’entreprises prennent conscience que l’économie de demain privilégiera l’innovation plutôt que la dépendance à l’égard des technologies d’hier.
Le problème auquel nos pays sont confrontés n’est pas d’ordre technologique. Il relève de la gouvernance.
Nous nous concentrons sur la réduction des émissions issues des combustibles fossiles, tout en évitant le débat plus délicat sur la réduction de notre dépendance à leur égard. Cette distinction est importante. Elle détermine si nous sommes à gérer notre déclin ou à transformer véritablement nos économies. Le monde se tourne déjà vers les énergies renouvelables. L’Australie a entamé cette transition; le Canada est en retard. Se tourner davantage vers les énergies renouvelables tout en continuant à exploiter les combustibles fossiles n’est pas une transition, c’est un ajout. Chaque tonne supplémentaire de gaz à effet de serre réchauffe la planète, quelle que soit la complexité de nos méthodes de comptabilité.
Ce débat fait particulièrement rage en Australie actuellement. Le Parlement est en train d’examiner des réformes à apporter au Safeguard Mechanism, le principal cadre national régissant les émissions industrielles. Voici la question centrale : les grands émetteurs devraient-ils s’acquitter de leurs obligations en achetant des crédits carbone plutôt qu’en réduisant leurs émissions sur place?
Le Canada est confronté à des débats quasi identiques concernant les marchés du captage du carbone et de crédits compensatoires. À mon avis, qui est fondé sur la science plutôt que sur l’idéologie, ces crédits ainsi que le captage du carbone ne jouent qu’un rôle limité, et ce, uniquement pour les émissions véritablement difficiles à réduire. Ils ne devraient jamais servir de prétexte au retardement de la transformation que les scientifiques jugent inévitable.
L’intégrité climatique consiste à faire preuve d’honnêteté quant à l’écart entre les émissions réduites sur papier et celles effectivement constatées dans l’atmosphère. Les recherches entraînent de plus en plus la remise en question du caractère véritablement « cumulatif » des crédits compensatoires, et on se demande si les acheteurs de ces crédits décarbonisent plus rapidement que les entités qui n’en achètent pas. Si les crédits compensatoires restent moins coûteux que l’innovation, nous ne faisons que récompenser le statu quo. Les feux de forêt qui ravagent le Canada contribuent à démontrer de manière flagrante que les forêts ne séquestrent pas le carbone de façon permanente.
Les finances sont un autre domaine de convergence. Le gouvernement de l’Australie a mis en place une taxonomie des finances durables fondée sur des données scientifiques, qui consiste à orienter les investissements vers des activités visant la carboneutralité. Celui du Canada cherche à rendre obligatoire la divulgation de données sur le climat et, grâce à mon projet de loi sur la finance alignée sur le climat, je tente d’orienter les marchés financiers vers nos engagements climatiques. La question n’est plus de savoir si les finances doivent soutenir la transition, mais si les politiques continuent de privilégier les industries d’hier. Le débat sur la taxonomie au Canada démontre à quel point ces choix restent difficiles : les finances durables ne fonctionnent que lorsqu’elles s’appuient sur des données scientifiques, et non sur le compromis politique.
Le climat ne saurait être dissocié de la perte de biodiversité, des inégalités ou de la réconciliation avec les Autochtones. C’est en s’attaquant en même temps à ces problèmes que l’on parviendra à des solutions plus résilientes et plus équitables. L’intégration par l’Australie de mesures de sauvegarde autochtones dans son cadre financier offre au Canada de précieuses leçons. La législation canadienne en matière de surveillance parlementaire et de responsabilité pourrait offrir à l’Australie quelque chose en retour.
Le Canada et l’Australie ne disposent pas d’un modèle parfait, et la législation demeure fragmentée de part et d’autre. C’est pourquoi le dialogue entre démocraties est essentiel, et c’est la raison pour laquelle le réseau Parlementaires pour un avenir sans combustibles fossiles existe : les législateurs ne peuvent pas résoudre les problèmes mondiaux en restant enfermés dans leurs cloisonnements nationaux. Comme l’ont démontré les pourparlers en Colombie, partager nos réussites est utile, mais partager nos erreurs peut l’être encore davantage.
Les gouvernements du Canada et de l’Australie devraient considérer cette transition comme une occasion, et non un sacrifice. Les pays qui montreront la voie seront ceux qui investiront dans l’innovation, protégeront la nature et bâtiront des économies permettant de générer un bien-être à long terme, dans le respect des limites planétaires.
Nous en sommes capables. Il reste à voir si nous aurons le courage politique de faire en sorte que nos engagements climatiques ne restent pas de simples déclarations d’intention. Somme toute, l’intégrité climatique est une question de confiance : les citoyens doivent croire que les gouvernements et les dirigeants d’industries prendront leurs décisions en fonction des données scientifiques auxquelles ils adhèrent publiquement. La confiance est peut-être notre ressource nationale la plus précieuse.
En collaborant, comme deux puissances moyennes dotées d’une expérience complémentaire, nous pouvons contribuer à démontrer que la prospérité, la biodiversité, la réconciliation avec les Autochtones et le leadership en matière de lutte contre les changements climatiques ne sont pas des ambitions concurrentes. Elles constituent les fondements du même avenir.
La sénatrice Rosa Galvez était conférencière lors du Sommet sur l’intégrité climatique 2026, qui s’est tenu à Sydney, en Australie, le 15 septembre 2026. Elle représente la division de Bedford, au Québec, au Sénat.
Cet article a été publié dans le journal The Guardian le 11 septembre 2026 (en anglais seulement).
Le Canada et l’Australie sont tous deux des démocraties qui s’appuient sur des ressources abondantes, une biodiversité extraordinaire ainsi qu’un milieu scientifique de calibre mondial, leur prospérité reposant en grande partie sur l’exploitation minière, pétrolière et gazière. Nous sommes de grands exportateurs de combustibles fossiles dont le modèle économique est incompatible avec un climat stable, et nous en subissons les conséquences, comme en témoigne l’aggravation des feux de forêt, des inondations et des sécheresses.
Alors que je me prépare à assister au Sommet sur l’intégrité climatique à Sydney, ce n’est pas tant la distance qui sépare nos pays qui me frappe, mais plutôt tout ce que nous avons en commun. Nous sommes confrontés au même enjeu fondamental : comment peut-on délaisser les combustibles fossiles sans sacrifier la prospérité ni la nature?
Nos régimes politiques diffèrent, mais Australiens et Canadiens soulèvent les mêmes questions : les jeunes veulent voir les promesses traduites en mesures concrètes, les membres des communautés autochtones réclament une véritable reconnaissance de leurs droits, les scientifiques mettent en garde contre les points de basculement, et les dirigeants d’entreprises prennent conscience que l’économie de demain privilégiera l’innovation plutôt que la dépendance à l’égard des technologies d’hier.
Le problème auquel nos pays sont confrontés n’est pas d’ordre technologique. Il relève de la gouvernance.
Nous nous concentrons sur la réduction des émissions issues des combustibles fossiles, tout en évitant le débat plus délicat sur la réduction de notre dépendance à leur égard. Cette distinction est importante. Elle détermine si nous sommes à gérer notre déclin ou à transformer véritablement nos économies. Le monde se tourne déjà vers les énergies renouvelables. L’Australie a entamé cette transition; le Canada est en retard. Se tourner davantage vers les énergies renouvelables tout en continuant à exploiter les combustibles fossiles n’est pas une transition, c’est un ajout. Chaque tonne supplémentaire de gaz à effet de serre réchauffe la planète, quelle que soit la complexité de nos méthodes de comptabilité.
Ce débat fait particulièrement rage en Australie actuellement. Le Parlement est en train d’examiner des réformes à apporter au Safeguard Mechanism, le principal cadre national régissant les émissions industrielles. Voici la question centrale : les grands émetteurs devraient-ils s’acquitter de leurs obligations en achetant des crédits carbone plutôt qu’en réduisant leurs émissions sur place?
Le Canada est confronté à des débats quasi identiques concernant les marchés du captage du carbone et de crédits compensatoires. À mon avis, qui est fondé sur la science plutôt que sur l’idéologie, ces crédits ainsi que le captage du carbone ne jouent qu’un rôle limité, et ce, uniquement pour les émissions véritablement difficiles à réduire. Ils ne devraient jamais servir de prétexte au retardement de la transformation que les scientifiques jugent inévitable.
L’intégrité climatique consiste à faire preuve d’honnêteté quant à l’écart entre les émissions réduites sur papier et celles effectivement constatées dans l’atmosphère. Les recherches entraînent de plus en plus la remise en question du caractère véritablement « cumulatif » des crédits compensatoires, et on se demande si les acheteurs de ces crédits décarbonisent plus rapidement que les entités qui n’en achètent pas. Si les crédits compensatoires restent moins coûteux que l’innovation, nous ne faisons que récompenser le statu quo. Les feux de forêt qui ravagent le Canada contribuent à démontrer de manière flagrante que les forêts ne séquestrent pas le carbone de façon permanente.
Les finances sont un autre domaine de convergence. Le gouvernement de l’Australie a mis en place une taxonomie des finances durables fondée sur des données scientifiques, qui consiste à orienter les investissements vers des activités visant la carboneutralité. Celui du Canada cherche à rendre obligatoire la divulgation de données sur le climat et, grâce à mon projet de loi sur la finance alignée sur le climat, je tente d’orienter les marchés financiers vers nos engagements climatiques. La question n’est plus de savoir si les finances doivent soutenir la transition, mais si les politiques continuent de privilégier les industries d’hier. Le débat sur la taxonomie au Canada démontre à quel point ces choix restent difficiles : les finances durables ne fonctionnent que lorsqu’elles s’appuient sur des données scientifiques, et non sur le compromis politique.
Le climat ne saurait être dissocié de la perte de biodiversité, des inégalités ou de la réconciliation avec les Autochtones. C’est en s’attaquant en même temps à ces problèmes que l’on parviendra à des solutions plus résilientes et plus équitables. L’intégration par l’Australie de mesures de sauvegarde autochtones dans son cadre financier offre au Canada de précieuses leçons. La législation canadienne en matière de surveillance parlementaire et de responsabilité pourrait offrir à l’Australie quelque chose en retour.
Le Canada et l’Australie ne disposent pas d’un modèle parfait, et la législation demeure fragmentée de part et d’autre. C’est pourquoi le dialogue entre démocraties est essentiel, et c’est la raison pour laquelle le réseau Parlementaires pour un avenir sans combustibles fossiles existe : les législateurs ne peuvent pas résoudre les problèmes mondiaux en restant enfermés dans leurs cloisonnements nationaux. Comme l’ont démontré les pourparlers en Colombie, partager nos réussites est utile, mais partager nos erreurs peut l’être encore davantage.
Les gouvernements du Canada et de l’Australie devraient considérer cette transition comme une occasion, et non un sacrifice. Les pays qui montreront la voie seront ceux qui investiront dans l’innovation, protégeront la nature et bâtiront des économies permettant de générer un bien-être à long terme, dans le respect des limites planétaires.
Nous en sommes capables. Il reste à voir si nous aurons le courage politique de faire en sorte que nos engagements climatiques ne restent pas de simples déclarations d’intention. Somme toute, l’intégrité climatique est une question de confiance : les citoyens doivent croire que les gouvernements et les dirigeants d’industries prendront leurs décisions en fonction des données scientifiques auxquelles ils adhèrent publiquement. La confiance est peut-être notre ressource nationale la plus précieuse.
En collaborant, comme deux puissances moyennes dotées d’une expérience complémentaire, nous pouvons contribuer à démontrer que la prospérité, la biodiversité, la réconciliation avec les Autochtones et le leadership en matière de lutte contre les changements climatiques ne sont pas des ambitions concurrentes. Elles constituent les fondements du même avenir.
La sénatrice Rosa Galvez était conférencière lors du Sommet sur l’intégrité climatique 2026, qui s’est tenu à Sydney, en Australie, le 15 septembre 2026. Elle représente la division de Bedford, au Québec, au Sénat.
Cet article a été publié dans le journal The Guardian le 11 septembre 2026 (en anglais seulement).