Le plan d’infrastructure du Canada a un problème de connexions humaines : sénatrice Mohamed

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Le programme d’édification de la nation que prône le premier ministre Mark Carney est bien avisé. Sous l’égide de la Loi visant à bâtir le Canada et du Bureau des grands projets, des projets de ports, de mines, de réseaux énergétiques et de logements passent de la table à dessin à la mise en chantier. La mise à jour économique du printemps fait mention de 15 projets d’une valeur dépassant les 125 milliards de dollars.
Le Canada devrait réaliser ces projets.
Cela dit, mis à part les questions de couts, d’échéanciers et d’emplacements, une question encore plus fondamentale se pose : qui les réalisera?
Un permis de construction ne coule pas de dalle de béton. Une approbation ne connecte pas de poste électrique. Un projet ne se met pas en branle par lui-même.
Des possibilités extraordinaires en matière d’infrastructure s’ouvrent pour le Canada au moment même où beaucoup trop de jeunes Canadiens peinent à intégrer le marché du travail. Il ne s’agit pas seulement d’un défi, mais d’une occasion formidable de faire le lien entre deux besoins nationaux.
En aout, le taux de chômage chez les jeunes était de 12,9 %, bien au-dessus de la moyenne prépandémique. En même temps, il y a une pénurie de travailleurs au Canada. ConstruForce Canada prévoit que plus du cinquième de la main-d’œuvre dans le domaine de la construction résidentielle prendra sa retraite d’ici 2035, alors qu’Ottawa prévoit plus de 1,4 million d’emplois dans les métiers spécialisés entre 2024 et 2033.
Notre pays a besoin de travailleurs alors qu’une génération entière cherche du travail. Nous devrions élaborer des politiques qui reflètent cette situation.
L’initiative fédérale Une Équipe Canada forte, qui prévoit le recrutement, la formation et l’embauche de 80 000 à 100 000 travailleurs des métiers désignés Sceau rouge d’ici 2030-2031, est un premier pas important. Mais le recrutement à lui seul ne constitue pas une stratégie en matière de main-d’œuvre. Les jeunes ont besoin d’un canal pour entrer sur le marché du travail, être formés, être payés, être certifiés et y rester.
Pour ce faire, il faut que l’emploi des jeunes occupe une place centrale dans la stratégie du gouvernement. Plus de 100 000 apprentis se sont inscrits en 2024, mais seulement 34 000 environ ont terminé leur formation. Une inscription n’équivaut pas à une certification. Nous devons comprendre pourquoi les jeunes abandonnent en cours de route : les salaires versés pendant la formation, le transport, le logement, les places en garderie, l’accès aux formations en salle de classe, le mentorat et la culture du milieu de travail sont tous des facteurs qui entrent en ligne de compte.
Ces principes ne s’appliquent pas seulement aux métiers spécialisés.
Trop longtemps, le Canada a traité l’obtention d’un diplôme universitaire comme la seule mesure du succès et les métiers spécialisés comme des prix de consolation. Il ne faut pas répéter cette erreur, mais avec les rôles inversés.
L’infrastructure du Canada sera bâtie par des soudeurs et des électriciens, mais aussi par les ingénieurs qui vont planifier les réseaux électriques, les programmeurs qui vont rédiger le codage, les chercheurs qui vont développer de nouvelles technologies et les entrepreneurs qui vont commercialiser les innovations.
Il ne s’agit pas là de cheminements en opposition les uns par rapport aux autres. Ils forment un écosystème.
La question est de savoir s’il y a suffisamment de ponts au Canada entre l’éducation et les bons emplois.
Voici donc une suggestion bien simple pour le gouvernement Carney : tout grand projet d’infrastructure soutenu par le gouvernement fédéral devrait être accompagné d’un plan pour l’emploi des jeunes.
Avant de recevoir l’approbation finale du fédéral ou quelque financement que ce soit, les projets devraient indiquer quels corps de métiers seront requis, combien de postes d’apprentis seront créés, combien de jeunes seront embauchés et quels établissements d’enseignement et communautés joueront un rôle. Les plans devraient inclure des volets pour les Autochtones, les nouveaux arrivants, les femmes et les jeunes des régions rurales et éloignées.
Ensuite, le gouvernement devrait mesurer les résultats.
Combien de jeunes ont été embauchés? Combien ont entamé et, surtout, complété un programme de formation d’apprenti? Combien d’entre eux étaient toujours employés six et douze mois plus tard?
Si on souhaite sérieusement bâtir des projets d’infrastructure mieux et plus rapidement, les résultats sur le plan de la main-d’œuvre doivent être traités sur le même pied que les autres indicateurs clés de rendement.
Le même principe devrait s’appliquer à l’investissement de 2 milliards de dollars du gouvernement fédéral dans les capacités de formation des provinces et des territoires. Les accords de financement ne devraient pas seulement mesurer le taux d’inscriptions, mais aussi les taux d’achèvement et de certification.
Pour une jeune personne qui débute sa formation d’apprenti mais qui n’a pas les moyens de payer pour les outils, le transport ou le logement ou qui ne peut pas se permettre d’être sans emploi rémunéré pendant la durée de l’apprentissage, ce genre de programme n’est pas une porte ouverte, mais une porte tournante.
Nous devrions ouvrir des canaux entre les jeunes Canadiens et les grands projets avant le début de la phase de construction. Au moins 12 mois avant le lancement d’un projet, le gouvernement devrait soutenir des partenariats entre les employeurs, les écoles secondaires, les collèges, les communautés autochtones et les organisations locales afin d’offrir des visites sur place rémunérées, des placements professionnels, des programmes de préparation à la formation d’apprenti et des renseignements clairs sur les carrières qui sont créées.
Voilà comment une annonce de projet d’infrastructure devient un moteur de création d’emplois. Et aussi comment on fait en sorte que « bâtir le Canada » veuille dire plus que de l’acier et du béton.
Une jeune personne qui passe du chômage à une carrière dans les métiers spécialisés ne fait pas que profiter d’une occasion qui s’offre à elle. C’est aussi, pour le Canada, une personne de plus qui devient un contribuable, un consommateur, un propriétaire, un parent, un entrepreneur, un membre de la communauté et même un futur employeur en puissance.
Voilà un investissement qui donne des résultats exponentiels.
C’est une fenêtre incroyable qui s’ouvre pour le Canada. Nous pouvons construire des ports, des mines, des réseaux énergétiques et des logements. Nous pouvons bâtir l’infrastructure physique qui sera le pilier du pays pour les 100 prochaines années. Toutefois, nous devons aussi bâtir la génération qui va concevoir, construire, faire fonctionner et améliorer cette infrastructure.
La meilleure stratégie pour bâtir le Canada ferait les deux.
La sénatrice Farah Mohamed représente l’Ontario au Sénat.
Cet article a été publié le 7 octobre 2026 dans The Hill Times (en anglais seulement).
Le programme d’édification de la nation que prône le premier ministre Mark Carney est bien avisé. Sous l’égide de la Loi visant à bâtir le Canada et du Bureau des grands projets, des projets de ports, de mines, de réseaux énergétiques et de logements passent de la table à dessin à la mise en chantier. La mise à jour économique du printemps fait mention de 15 projets d’une valeur dépassant les 125 milliards de dollars.
Le Canada devrait réaliser ces projets.
Cela dit, mis à part les questions de couts, d’échéanciers et d’emplacements, une question encore plus fondamentale se pose : qui les réalisera?
Un permis de construction ne coule pas de dalle de béton. Une approbation ne connecte pas de poste électrique. Un projet ne se met pas en branle par lui-même.
Des possibilités extraordinaires en matière d’infrastructure s’ouvrent pour le Canada au moment même où beaucoup trop de jeunes Canadiens peinent à intégrer le marché du travail. Il ne s’agit pas seulement d’un défi, mais d’une occasion formidable de faire le lien entre deux besoins nationaux.
En aout, le taux de chômage chez les jeunes était de 12,9 %, bien au-dessus de la moyenne prépandémique. En même temps, il y a une pénurie de travailleurs au Canada. ConstruForce Canada prévoit que plus du cinquième de la main-d’œuvre dans le domaine de la construction résidentielle prendra sa retraite d’ici 2035, alors qu’Ottawa prévoit plus de 1,4 million d’emplois dans les métiers spécialisés entre 2024 et 2033.
Notre pays a besoin de travailleurs alors qu’une génération entière cherche du travail. Nous devrions élaborer des politiques qui reflètent cette situation.
L’initiative fédérale Une Équipe Canada forte, qui prévoit le recrutement, la formation et l’embauche de 80 000 à 100 000 travailleurs des métiers désignés Sceau rouge d’ici 2030-2031, est un premier pas important. Mais le recrutement à lui seul ne constitue pas une stratégie en matière de main-d’œuvre. Les jeunes ont besoin d’un canal pour entrer sur le marché du travail, être formés, être payés, être certifiés et y rester.
Pour ce faire, il faut que l’emploi des jeunes occupe une place centrale dans la stratégie du gouvernement. Plus de 100 000 apprentis se sont inscrits en 2024, mais seulement 34 000 environ ont terminé leur formation. Une inscription n’équivaut pas à une certification. Nous devons comprendre pourquoi les jeunes abandonnent en cours de route : les salaires versés pendant la formation, le transport, le logement, les places en garderie, l’accès aux formations en salle de classe, le mentorat et la culture du milieu de travail sont tous des facteurs qui entrent en ligne de compte.
Ces principes ne s’appliquent pas seulement aux métiers spécialisés.
Trop longtemps, le Canada a traité l’obtention d’un diplôme universitaire comme la seule mesure du succès et les métiers spécialisés comme des prix de consolation. Il ne faut pas répéter cette erreur, mais avec les rôles inversés.
L’infrastructure du Canada sera bâtie par des soudeurs et des électriciens, mais aussi par les ingénieurs qui vont planifier les réseaux électriques, les programmeurs qui vont rédiger le codage, les chercheurs qui vont développer de nouvelles technologies et les entrepreneurs qui vont commercialiser les innovations.
Il ne s’agit pas là de cheminements en opposition les uns par rapport aux autres. Ils forment un écosystème.
La question est de savoir s’il y a suffisamment de ponts au Canada entre l’éducation et les bons emplois.
Voici donc une suggestion bien simple pour le gouvernement Carney : tout grand projet d’infrastructure soutenu par le gouvernement fédéral devrait être accompagné d’un plan pour l’emploi des jeunes.
Avant de recevoir l’approbation finale du fédéral ou quelque financement que ce soit, les projets devraient indiquer quels corps de métiers seront requis, combien de postes d’apprentis seront créés, combien de jeunes seront embauchés et quels établissements d’enseignement et communautés joueront un rôle. Les plans devraient inclure des volets pour les Autochtones, les nouveaux arrivants, les femmes et les jeunes des régions rurales et éloignées.
Ensuite, le gouvernement devrait mesurer les résultats.
Combien de jeunes ont été embauchés? Combien ont entamé et, surtout, complété un programme de formation d’apprenti? Combien d’entre eux étaient toujours employés six et douze mois plus tard?
Si on souhaite sérieusement bâtir des projets d’infrastructure mieux et plus rapidement, les résultats sur le plan de la main-d’œuvre doivent être traités sur le même pied que les autres indicateurs clés de rendement.
Le même principe devrait s’appliquer à l’investissement de 2 milliards de dollars du gouvernement fédéral dans les capacités de formation des provinces et des territoires. Les accords de financement ne devraient pas seulement mesurer le taux d’inscriptions, mais aussi les taux d’achèvement et de certification.
Pour une jeune personne qui débute sa formation d’apprenti mais qui n’a pas les moyens de payer pour les outils, le transport ou le logement ou qui ne peut pas se permettre d’être sans emploi rémunéré pendant la durée de l’apprentissage, ce genre de programme n’est pas une porte ouverte, mais une porte tournante.
Nous devrions ouvrir des canaux entre les jeunes Canadiens et les grands projets avant le début de la phase de construction. Au moins 12 mois avant le lancement d’un projet, le gouvernement devrait soutenir des partenariats entre les employeurs, les écoles secondaires, les collèges, les communautés autochtones et les organisations locales afin d’offrir des visites sur place rémunérées, des placements professionnels, des programmes de préparation à la formation d’apprenti et des renseignements clairs sur les carrières qui sont créées.
Voilà comment une annonce de projet d’infrastructure devient un moteur de création d’emplois. Et aussi comment on fait en sorte que « bâtir le Canada » veuille dire plus que de l’acier et du béton.
Une jeune personne qui passe du chômage à une carrière dans les métiers spécialisés ne fait pas que profiter d’une occasion qui s’offre à elle. C’est aussi, pour le Canada, une personne de plus qui devient un contribuable, un consommateur, un propriétaire, un parent, un entrepreneur, un membre de la communauté et même un futur employeur en puissance.
Voilà un investissement qui donne des résultats exponentiels.
C’est une fenêtre incroyable qui s’ouvre pour le Canada. Nous pouvons construire des ports, des mines, des réseaux énergétiques et des logements. Nous pouvons bâtir l’infrastructure physique qui sera le pilier du pays pour les 100 prochaines années. Toutefois, nous devons aussi bâtir la génération qui va concevoir, construire, faire fonctionner et améliorer cette infrastructure.
La meilleure stratégie pour bâtir le Canada ferait les deux.
La sénatrice Farah Mohamed représente l’Ontario au Sénat.
Cet article a été publié le 7 octobre 2026 dans The Hill Times (en anglais seulement).