Le nouveau processus d’approvisionnement militaire du Canada transformera les Forces armées : sénatrice Marty Deacon

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L’approvisionnement n’est pas un mot que la population canadienne associe souvent à la rapidité. Pourtant, les récents changements apportés au processus d’approvisionnement militaire se sont succédé à un rythme soutenu, ce qui rend difficile le fait de suivre les annonces concernant de nouveaux organismes et de nouvelles stratégies.
Tous ces changements sont, pour le moins, encourageants. Les précédents gouvernements étaient devenus complaisants et, sans doute, négligents à l’égard des besoins des Forces armées canadiennes (FAC). Les derniers événements ont tiré le gouvernement actuel de cette complaisance, et l’ont obligé à prendre l’approvisionnement militaire au sérieux, rapidement.
D’emblée, le gouvernement actuel, de concert avec nos alliés de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), s’est engagé à consacrer 5 % du produit intérieur brut (PIB) à la défense d’ici 2035. En effet, le budget de 2025 propose d’octroyer 81,8 milliards de dollars sur cinq ans, selon la comptabilité de caisse, aux FAC. Étant donné que le premier ministre est issu du secteur privé, je suis certaine que ce n’était pas son objectif de fixer des cibles de dépenses avant de bien connaitre les besoins, mais il devait envoyer un message à nos alliés : nous prenons la défense collective au sérieux.
Cet objectif du PIB s’accompagne toutefois d’un risque très élevé. En fixant une telle cible accompagnée d’une échéance, les projets deviennent vulnérables au gaspillage et à la surqualité : des coûts plus élevés pour satisfaire des cibles de dépenses nationales et des économies locales particulières. Une telle situation est particulièrement préoccupante étant donné que le gouvernement a lié une si grande partie de cette stratégie d’approvisionnement à des retombées économiques dans le cadre de sa Stratégie industrielle de défense, ayant une cible fixée à 70 % d’approvisionnement national.
La Stratégie industrielle de défense a été bien accueillie par l’industrie, qui la voit comme l’initiative très attendue dont le Canada avait besoin, une preuve qu’il prend au sérieux le développement de son potentiel industriel. Toutefois, cette stratégie risque de promettre trop de retombées économiques à la population canadienne. En réalité, les FAC ont de nombreux besoins urgents que notre potentiel industriel ne peut pas encore produire; le gouvernement devra donc s’approvisionner ailleurs. Il ne s’approvisionnera pas auprès d’entreprises nationales et, bien que des investissements équivalents dollar pour dollar au Canada soient souhaités et même encouragés, le gouvernement doit expliquer à la population canadienne et à ses alliés de l’OTAN que les achats sont effectués en gardant d’abord à l’esprit les besoins de défense, et non les besoins économiques.
Un élément essentiel à cet égard sera, bien sûr, l’Agence de l’investissement pour la défense (AID). Si elle s’engage à être totalement transparente, l’AID peut rationaliser l’approvisionnement tout en expliquant à la population les achats. Pour l’instant, l’Agence de l’investissement pour la défense ne couvre que les achats de plus de 100 millions de dollars, soit environ 10 % de l’approvisionnement militaire prévu. Pour ce qui est des 90 % restants qui ne sont pas couverts par l’AID, les dirigeants doivent déléguer le pouvoir décisionnel sur les projets de moindre envergure au sein de la fonction publique, afin d’éliminer les obstacles à l’approvisionnement que nous avons constatés par le passé.
Ironiquement, ce sont les achats de ces 90 % qui permettront au gouvernement d’atteindre, ou presque, sa cible « Acheter canadien » et de favoriser le développement de notre industrie nationale. Mais, historiquement, le ministère de la Défense nationale n’a pas réussi à l’atteindre.
De nombreuses petites et moyennes entreprises canadiennes de l’industrie de la défense vendent leurs produits à nos alliés, mais pas au gouvernement fédéral, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. C’est auprès de ces entreprises que le Canada peut acheter canadien immédiatement; les achats auprès de ces entreprises nous permettront réellement d’accroître nos domaines d’expertise nationaux. À l’heure actuelle, la majorité de ces achats ne dépasseront pas le seuil de dépenses couvert par l’AID. Ils sont pourtant essentiels si nous voulons atteindre cette cible nationale de 70 %.
Le Canada s’engage dans un processus d’approvisionnement qui s’étendra sur des décennies et qui transformera les FAC; un tel processus survivra assurément à tout gouvernement. Afin d’assurer la continuité du processus malgré les parlements à venir, il est essentiel que le gouvernement communique que ces achats visent d’abord et avant tout à permettre aux FAC de projeter leurs capacités à l’étranger tout en protégeant la population canadienne au pays, et non à stimuler l’emploi.
Une politique industrielle est un moyen d’atteindre une fin, et non une fin en soi. Grâce à des communications claires et à la transparence, je suis convaincue que la voie que nous avons empruntée permettra de renouveler les FAC afin qu’elles soient prêtes à faire face aux menaces du 21e siècle.
La sénatrice Marty Deacon représente l’Ontario. Elle est présidente du Comité sénatorial de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants et membre du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international.
Cet article a été publié dans The Hill Times le 25 mai 2026 (en anglais seulement).
L’approvisionnement n’est pas un mot que la population canadienne associe souvent à la rapidité. Pourtant, les récents changements apportés au processus d’approvisionnement militaire se sont succédé à un rythme soutenu, ce qui rend difficile le fait de suivre les annonces concernant de nouveaux organismes et de nouvelles stratégies.
Tous ces changements sont, pour le moins, encourageants. Les précédents gouvernements étaient devenus complaisants et, sans doute, négligents à l’égard des besoins des Forces armées canadiennes (FAC). Les derniers événements ont tiré le gouvernement actuel de cette complaisance, et l’ont obligé à prendre l’approvisionnement militaire au sérieux, rapidement.
D’emblée, le gouvernement actuel, de concert avec nos alliés de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), s’est engagé à consacrer 5 % du produit intérieur brut (PIB) à la défense d’ici 2035. En effet, le budget de 2025 propose d’octroyer 81,8 milliards de dollars sur cinq ans, selon la comptabilité de caisse, aux FAC. Étant donné que le premier ministre est issu du secteur privé, je suis certaine que ce n’était pas son objectif de fixer des cibles de dépenses avant de bien connaitre les besoins, mais il devait envoyer un message à nos alliés : nous prenons la défense collective au sérieux.
Cet objectif du PIB s’accompagne toutefois d’un risque très élevé. En fixant une telle cible accompagnée d’une échéance, les projets deviennent vulnérables au gaspillage et à la surqualité : des coûts plus élevés pour satisfaire des cibles de dépenses nationales et des économies locales particulières. Une telle situation est particulièrement préoccupante étant donné que le gouvernement a lié une si grande partie de cette stratégie d’approvisionnement à des retombées économiques dans le cadre de sa Stratégie industrielle de défense, ayant une cible fixée à 70 % d’approvisionnement national.
La Stratégie industrielle de défense a été bien accueillie par l’industrie, qui la voit comme l’initiative très attendue dont le Canada avait besoin, une preuve qu’il prend au sérieux le développement de son potentiel industriel. Toutefois, cette stratégie risque de promettre trop de retombées économiques à la population canadienne. En réalité, les FAC ont de nombreux besoins urgents que notre potentiel industriel ne peut pas encore produire; le gouvernement devra donc s’approvisionner ailleurs. Il ne s’approvisionnera pas auprès d’entreprises nationales et, bien que des investissements équivalents dollar pour dollar au Canada soient souhaités et même encouragés, le gouvernement doit expliquer à la population canadienne et à ses alliés de l’OTAN que les achats sont effectués en gardant d’abord à l’esprit les besoins de défense, et non les besoins économiques.
Un élément essentiel à cet égard sera, bien sûr, l’Agence de l’investissement pour la défense (AID). Si elle s’engage à être totalement transparente, l’AID peut rationaliser l’approvisionnement tout en expliquant à la population les achats. Pour l’instant, l’Agence de l’investissement pour la défense ne couvre que les achats de plus de 100 millions de dollars, soit environ 10 % de l’approvisionnement militaire prévu. Pour ce qui est des 90 % restants qui ne sont pas couverts par l’AID, les dirigeants doivent déléguer le pouvoir décisionnel sur les projets de moindre envergure au sein de la fonction publique, afin d’éliminer les obstacles à l’approvisionnement que nous avons constatés par le passé.
Ironiquement, ce sont les achats de ces 90 % qui permettront au gouvernement d’atteindre, ou presque, sa cible « Acheter canadien » et de favoriser le développement de notre industrie nationale. Mais, historiquement, le ministère de la Défense nationale n’a pas réussi à l’atteindre.
De nombreuses petites et moyennes entreprises canadiennes de l’industrie de la défense vendent leurs produits à nos alliés, mais pas au gouvernement fédéral, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. C’est auprès de ces entreprises que le Canada peut acheter canadien immédiatement; les achats auprès de ces entreprises nous permettront réellement d’accroître nos domaines d’expertise nationaux. À l’heure actuelle, la majorité de ces achats ne dépasseront pas le seuil de dépenses couvert par l’AID. Ils sont pourtant essentiels si nous voulons atteindre cette cible nationale de 70 %.
Le Canada s’engage dans un processus d’approvisionnement qui s’étendra sur des décennies et qui transformera les FAC; un tel processus survivra assurément à tout gouvernement. Afin d’assurer la continuité du processus malgré les parlements à venir, il est essentiel que le gouvernement communique que ces achats visent d’abord et avant tout à permettre aux FAC de projeter leurs capacités à l’étranger tout en protégeant la population canadienne au pays, et non à stimuler l’emploi.
Une politique industrielle est un moyen d’atteindre une fin, et non une fin en soi. Grâce à des communications claires et à la transparence, je suis convaincue que la voie que nous avons empruntée permettra de renouveler les FAC afin qu’elles soient prêtes à faire face aux menaces du 21e siècle.
La sénatrice Marty Deacon représente l’Ontario. Elle est présidente du Comité sénatorial de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants et membre du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international.
Cet article a été publié dans The Hill Times le 25 mai 2026 (en anglais seulement).