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Les six grandes banques sont responsables de l’absence de vigueur du TSX : sénateur Colin Deacon

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À l’échelle mondiale, l’activité des introductions en bourse (IPO) est en déclin et le nombre de sociétés cotées diminue. Au Canada, les marchés privés ne compensent pas suffisamment la diminution du capital public, ce qui accentue la fuite à l’étranger de la valeur commerciale des idées.

La concurrence limitée sur les marchés des capitaux, la concentration du pouvoir de marché entre nos plus grandes institutions financières et leur approche homogène de la gestion des risques ont miné la capacité du Canada à financer et à retenir les innovations. Après avoir collaboré avec J. Ari Pandes (en anglais seulement), un professeur de finance à l’Université de Calgary qui étudie cette question depuis des années, nous avons conclu que cette concentration peut être inversée grâce à des mesures et à des incitatifs ciblés qui permettraient d’élargir l’accès au capital-risque pour investir dans notre économie.

Cette période de concentration du pouvoir a commencé après la modification peu remarquée de la Loi sur les banques en 1987 qui a permis aux banques commerciales d’entrer dans le domaine du courtage en valeurs mobilières. Dès juillet 1988, les six grandes banques à charte du Canada avaient soit lancé, soit acquis une banque d’investissement. En l’espace de quelques années, le Canada est passé d’un marché ne comptant aucun souscripteur d’actions publiques appartenant à une banque à un marché dominé par ceux-ci. Ce faisant, les marchés des capitaux ont perdu une grande partie de l’expertise spécialisée, axée sur les régions et spécifique à chaque industrie que les souscripteurs indépendants fournissaient depuis longtemps.

Des données recueillies de 1993 à 2024 montrent que les six grandes banques ont dirigé en moyenne environ 60 % des souscriptions d’actions publiques sur le TSX — y compris les introductions en bourse et les émissions subséquentes — atteignant un sommet impressionnant de 80 %.

Cette transformation rapide a fondamentalement remodelé les marchés des capitaux canadiens. Ce qui était autrefois un paysage diversifié de concurrents contrôlés par leurs employés est devenu hautement concentré, les six grandes banques dominant à la fois le crédit et la souscription. Parmi les concurrents disparus figurent des acteurs audacieux comme Gordon Capital, qui a inventé la souscription de type « prise ferme » au début des années 1980 et a surpassé les courtiers en placement établis en réduisant les frais et en permettant aux entreprises de lever des capitaux plus rapidement et avec plus de certitude. En conséquence, les émetteurs plus petits se sont retrouvés avec moins d’options, moins de soutien et des couts plus élevés pour accéder aux marchés publics.

Les conséquences sont encore plus marquées d’un point de vue général. En 1986, le TSX a accueilli 84 introductions en bourse d’entreprises en exploitation. Au début des années 2000, ce nombre a baissé à 35 par an en moyenne et, entre 2001 et 2024, à seulement 13 par an. Enfin, une seule introduction en bourse d’une entreprise en exploitation a eu lieu au cours de chacune des trois dernières années.

Cette baisse remarquable a fortement contribué à faire diminuer le nombre d’entreprises en exploitation cotées au TSX. Entre 2002 et 2024, leur nombre a baissé de près de la moitié. À la fin de 2024, les entreprises en exploitation ne représentaient plus que 37 % de l’ensemble des inscriptions au TSX. Comme l’un d’entre nous l’a déjà écrit, il n’y a pas un facteur unique qui explique ce déclin, mais l’écosystème de plus en plus homogène et étroit est sans doute un élément majeur.

Pendant ce temps, l’économie mondiale s’est tournée vers les actifs incorporels, lesquels représentaient récemment 90 % de la valeur marchande des sociétés du S&P 500. À l’inverse, les politiques économiques et d’investissement du Canada, ainsi que le secteur des investissements dominé par les six grandes banques, restent centrés sur les industries physiques et les services financiers, plutôt que sur le soutien à la propriété intellectuelle, aux jeunes entreprises technologiques et aux infrastructures numériques qui sont la source de la prospérité moderne.

Ainsi, les actions technologiques ne représentent qu’environ 10 % de la valeur marchande du S&P/TSX, tandis que les industries liées aux actifs physiques en constituent près de 50 % et les services financiers, plus de 30 %. Cette différence illustre à quel point le Canada n’arrive pas à favoriser le secteur technologique en pleine effervescence, malgré la demande mondiale pour des entreprises innovantes. Par conséquent, les principales entreprises technologiques canadiennes choisissent souvent de quitter le pays pour se faire coter aux États-Unis ou se font acquérir par des entités étrangères.

De plus, la concentration sur le secteur financier a solidement ancré les avantages réglementaires et les protections de marché qui empêchent l’émergence de nouveaux acteurs et une concurrence équitable. Bien que les récentes modifications à la Loi sur la concurrence visent à limiter une monopolisation accrue, il faut davantage de mesures. Par exemple, la réglementation bancaire canadienne accorde aux banques d’importance systémique des avantages particuliers qui sont fondés uniquement sur leur taille, ce qui les protège de la concurrence. Les institutions financières plus petites, axées sur le client et avancées technologiquement, sont quant à elles régulièrement désavantagées.

Pour rétablir la compétitivité économique du Canada, les décideurs politiques doivent s’attaquer à l’influence démesurée que les six grandes banques ont acquise sur l’investissement et la formation de capital. Avant, les courtiers en valeurs mobilières indépendants prenaient des risques et stimulaient la croissance. La concentration a limité la diversité de concurrents et, par conséquent, l’accès des entrepreneurs au capital, freinant ainsi l’innovation dans les secteurs clés. Des réformes plus profondes et coordonnées avec tous les paliers de gouvernement sont nécessaires. Il faut abandonner les politiques industrielles qui favorisent les acteurs en place et éliminer la réglementation excessive qui consolide les oligopoles afin de créer de véritables incitatifs pour permettre aux entreprises canadiennes de croître et de chercher du capital sur les marchés publics au pays.

Des incitatifs ciblés, comme les scissions d’actions de filiales non imposables, peuvent encourager la déconcentration du secteur financier. L’allocation de crédits d’impôt sur les actions ou l’adoption d’un modèle inspiré du fructueux plan d’investissement dans les entreprises du Royaume-Uni pourraient catalyser les investissements régionaux et favoriser la création d’entreprises novatrices et de nouveaux concurrents. De plus, les actions accréditives, proposées dans le programme électoral du premier ministre Mark Carney, pourraient permettre l’arrivée de nouveaux flux de capitaux dans le secteur des actifs incorporels. Il faut de l’audace et de la créativité pour améliorer les réserves de capital-risque, adopter de nouvelles approches en gestion des risques et combattre l’enracinement du statu quo qui a progressivement érodé les marchés des capitaux canadiens.

L’économie canadienne n’est pas condamnée au déclin – elle se trouve simplement à un carrefour. Il est temps de rééquilibrer notre système financier, non pas en affaiblissant nos banques, mais en s’assurant que les entrepreneurs, les investisseurs et les innovateurs de partout au pays ont accès au capital nécessaire pour se développer. Le Canada possède le talent, la créativité et les ressources dont il a besoin pour prospérer dans l’économie moderne, mais cela exige de repenser les structures qui ont miné la concurrence, l’innovation et l’investissement des entreprises – et qui ont trop souvent forcé nos innovateurs à aller chercher du financement ailleurs.


Le sénateur Colin Deacon représente la Nouvelle-Écosse.

Cet article a été publié le 12 juin 2025 dans The Globe and Mail (en anglais seulement).

À l’échelle mondiale, l’activité des introductions en bourse (IPO) est en déclin et le nombre de sociétés cotées diminue. Au Canada, les marchés privés ne compensent pas suffisamment la diminution du capital public, ce qui accentue la fuite à l’étranger de la valeur commerciale des idées.

La concurrence limitée sur les marchés des capitaux, la concentration du pouvoir de marché entre nos plus grandes institutions financières et leur approche homogène de la gestion des risques ont miné la capacité du Canada à financer et à retenir les innovations. Après avoir collaboré avec J. Ari Pandes (en anglais seulement), un professeur de finance à l’Université de Calgary qui étudie cette question depuis des années, nous avons conclu que cette concentration peut être inversée grâce à des mesures et à des incitatifs ciblés qui permettraient d’élargir l’accès au capital-risque pour investir dans notre économie.

Cette période de concentration du pouvoir a commencé après la modification peu remarquée de la Loi sur les banques en 1987 qui a permis aux banques commerciales d’entrer dans le domaine du courtage en valeurs mobilières. Dès juillet 1988, les six grandes banques à charte du Canada avaient soit lancé, soit acquis une banque d’investissement. En l’espace de quelques années, le Canada est passé d’un marché ne comptant aucun souscripteur d’actions publiques appartenant à une banque à un marché dominé par ceux-ci. Ce faisant, les marchés des capitaux ont perdu une grande partie de l’expertise spécialisée, axée sur les régions et spécifique à chaque industrie que les souscripteurs indépendants fournissaient depuis longtemps.

Des données recueillies de 1993 à 2024 montrent que les six grandes banques ont dirigé en moyenne environ 60 % des souscriptions d’actions publiques sur le TSX — y compris les introductions en bourse et les émissions subséquentes — atteignant un sommet impressionnant de 80 %.

Cette transformation rapide a fondamentalement remodelé les marchés des capitaux canadiens. Ce qui était autrefois un paysage diversifié de concurrents contrôlés par leurs employés est devenu hautement concentré, les six grandes banques dominant à la fois le crédit et la souscription. Parmi les concurrents disparus figurent des acteurs audacieux comme Gordon Capital, qui a inventé la souscription de type « prise ferme » au début des années 1980 et a surpassé les courtiers en placement établis en réduisant les frais et en permettant aux entreprises de lever des capitaux plus rapidement et avec plus de certitude. En conséquence, les émetteurs plus petits se sont retrouvés avec moins d’options, moins de soutien et des couts plus élevés pour accéder aux marchés publics.

Les conséquences sont encore plus marquées d’un point de vue général. En 1986, le TSX a accueilli 84 introductions en bourse d’entreprises en exploitation. Au début des années 2000, ce nombre a baissé à 35 par an en moyenne et, entre 2001 et 2024, à seulement 13 par an. Enfin, une seule introduction en bourse d’une entreprise en exploitation a eu lieu au cours de chacune des trois dernières années.

Cette baisse remarquable a fortement contribué à faire diminuer le nombre d’entreprises en exploitation cotées au TSX. Entre 2002 et 2024, leur nombre a baissé de près de la moitié. À la fin de 2024, les entreprises en exploitation ne représentaient plus que 37 % de l’ensemble des inscriptions au TSX. Comme l’un d’entre nous l’a déjà écrit, il n’y a pas un facteur unique qui explique ce déclin, mais l’écosystème de plus en plus homogène et étroit est sans doute un élément majeur.

Pendant ce temps, l’économie mondiale s’est tournée vers les actifs incorporels, lesquels représentaient récemment 90 % de la valeur marchande des sociétés du S&P 500. À l’inverse, les politiques économiques et d’investissement du Canada, ainsi que le secteur des investissements dominé par les six grandes banques, restent centrés sur les industries physiques et les services financiers, plutôt que sur le soutien à la propriété intellectuelle, aux jeunes entreprises technologiques et aux infrastructures numériques qui sont la source de la prospérité moderne.

Ainsi, les actions technologiques ne représentent qu’environ 10 % de la valeur marchande du S&P/TSX, tandis que les industries liées aux actifs physiques en constituent près de 50 % et les services financiers, plus de 30 %. Cette différence illustre à quel point le Canada n’arrive pas à favoriser le secteur technologique en pleine effervescence, malgré la demande mondiale pour des entreprises innovantes. Par conséquent, les principales entreprises technologiques canadiennes choisissent souvent de quitter le pays pour se faire coter aux États-Unis ou se font acquérir par des entités étrangères.

De plus, la concentration sur le secteur financier a solidement ancré les avantages réglementaires et les protections de marché qui empêchent l’émergence de nouveaux acteurs et une concurrence équitable. Bien que les récentes modifications à la Loi sur la concurrence visent à limiter une monopolisation accrue, il faut davantage de mesures. Par exemple, la réglementation bancaire canadienne accorde aux banques d’importance systémique des avantages particuliers qui sont fondés uniquement sur leur taille, ce qui les protège de la concurrence. Les institutions financières plus petites, axées sur le client et avancées technologiquement, sont quant à elles régulièrement désavantagées.

Pour rétablir la compétitivité économique du Canada, les décideurs politiques doivent s’attaquer à l’influence démesurée que les six grandes banques ont acquise sur l’investissement et la formation de capital. Avant, les courtiers en valeurs mobilières indépendants prenaient des risques et stimulaient la croissance. La concentration a limité la diversité de concurrents et, par conséquent, l’accès des entrepreneurs au capital, freinant ainsi l’innovation dans les secteurs clés. Des réformes plus profondes et coordonnées avec tous les paliers de gouvernement sont nécessaires. Il faut abandonner les politiques industrielles qui favorisent les acteurs en place et éliminer la réglementation excessive qui consolide les oligopoles afin de créer de véritables incitatifs pour permettre aux entreprises canadiennes de croître et de chercher du capital sur les marchés publics au pays.

Des incitatifs ciblés, comme les scissions d’actions de filiales non imposables, peuvent encourager la déconcentration du secteur financier. L’allocation de crédits d’impôt sur les actions ou l’adoption d’un modèle inspiré du fructueux plan d’investissement dans les entreprises du Royaume-Uni pourraient catalyser les investissements régionaux et favoriser la création d’entreprises novatrices et de nouveaux concurrents. De plus, les actions accréditives, proposées dans le programme électoral du premier ministre Mark Carney, pourraient permettre l’arrivée de nouveaux flux de capitaux dans le secteur des actifs incorporels. Il faut de l’audace et de la créativité pour améliorer les réserves de capital-risque, adopter de nouvelles approches en gestion des risques et combattre l’enracinement du statu quo qui a progressivement érodé les marchés des capitaux canadiens.

L’économie canadienne n’est pas condamnée au déclin – elle se trouve simplement à un carrefour. Il est temps de rééquilibrer notre système financier, non pas en affaiblissant nos banques, mais en s’assurant que les entrepreneurs, les investisseurs et les innovateurs de partout au pays ont accès au capital nécessaire pour se développer. Le Canada possède le talent, la créativité et les ressources dont il a besoin pour prospérer dans l’économie moderne, mais cela exige de repenser les structures qui ont miné la concurrence, l’innovation et l’investissement des entreprises – et qui ont trop souvent forcé nos innovateurs à aller chercher du financement ailleurs.


Le sénateur Colin Deacon représente la Nouvelle-Écosse.

Cet article a été publié le 12 juin 2025 dans The Globe and Mail (en anglais seulement).

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