La sénatrice McPhedran prend sa retraite après avoir passé dix ans à « faire découvrir le Sénat aux jeunes, et les jeunes au Sénat »

En 1981, bien avant de siéger à la Chambre rouge, la sénatrice Marilou McPhedran était une militante sur la Colline du Parlement, où elle a codirigé plus de 1 000 femmes venues de partout au pays dans une campagne pour l’égalité des droits entre les sexes.
Le mouvement populaire, connu sous le nom de Comité spécial des femmes canadiennes sur la Constitution, a réussi à obtenir l’inscription de l’égalité des droits pour les femmes dans la Charte canadienne des droits et libertés. La sénatrice McPhedran a été nommée à l’Ordre du Canada pour son rôle de premier plan dans cette campagne et a continué de défendre les droits de la personne et la justice tout au long de sa carrière dans les domaines juridique, éducatif et sans but lucratif.
À l’approche de son départ à la retraite le 22 juillet 2026, la sénatrice McPhedran revient sur son engagement inébranlable et sa carrière de dix ans à la Chambre haute, où elle a poursuivi son combat pour les droits de la personne, les jeunes et la justice.
Vous avez été la première fille à occuper le rôle de présidente de votre école secondaire et la première femme à devenir présidente étudiante de l’Université de Winnipeg. En quoi ces expériences ont-elles façonné vos orientations politiques et guidé votre parcours vers le Sénat?
Même avant l’école secondaire, je me souviens qu’en 2e année, la directrice m’a fait venir dans son bureau parce que nous préparions le spectacle de Noël et que certains des élèves plus âgés se plaignaient que je donnais des ordres. La directrice m’a regardé et m’a dit : « Tu es une leader et tu pourrais devenir première ministre un jour, mais tu dois apprendre à demander aux autres de collaborer avec toi ». Éventuellement, j’ai appris à être un peu plus diplomate.
Marilou McPhedran prend la parole lors de la Conférence ad hoc sur les femmes et la Constitution, sur la Colline du Parlement en février 1981. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran rencontre des participants du Forum pour jeunes Canadiens sur la Colline du Parlement en 2018.
En tant que première fille élue présidente de mon école secondaire, j’ai dirigé l’école avec quelques amies. Nous formions un petit groupe très privilégié. Plus tard, lorsque je travaillais comme avocate, j’ai rencontré une femme originaire de ma ville qui a fini par me parler des abus qu’elle avait subis en grandissant. Elle m’a fait voir sous un tout autre jour la réalité de mon éducation. J’ai peu à peu commencé à prendre conscience de tous les privilèges dont je bénéficiais.
Puis j’ai vécu une expérience formatrice en tant que première présidente étudiante de l’Université de Winnipeg. Un membre de l’exécutif avait fait quelque chose que j’estimais être mal, mais tout le monde a convenu que nous devions le défendre au nom de la solidarité ministérielle. J’en ai été profondément déchirée. Ce fut une expérience d’apprentissage très puissante qui a influencé presque tous les choix que j’ai faits durant ma carrière imprévisible, y compris ma décision de siéger en tant que sénatrice non affiliée.
On peut probablement dire sans se tromper que c’est généralement moi qui me mets dans le pétrin, qui pose des questions ou qui agace les leaders. Je pense que cela est grandement attribuable à ce que j’ai vécu lorsque j’étais une présidente étudiante de 19 ans ayant commis l’erreur de ne pas suivre sa forte intuition.
Comment êtes-vous devenue passionnée par les droits de la personne?
À l’université, j’ai été consternée d’apprendre qu’en tant que jeune femme, je n’avais pas le droit à la contraception. Cela m’a rendue furieuse, alors je me suis impliquée dans un groupe de défense du droit à l’avortement. Nous n’appelions pas cela un droit de la personne, mais c’était essentiellement cela : le droit des femmes de contrôler leur corps. J’avais grandi en pensant que j’avais déjà ce droit. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à comprendre que des systèmes sont en place dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la justice qui me limitaient en tant qu’être humain.
Puis, lorsque je suis entrée à la faculté de droit, j’ai rencontré un groupe d’étudiantes qui travaillaient à la création du premier centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle au Canada. Je me suis profondément investi dans cela et ce fut une période charnière pour moi. Encore une fois, nous n’utilisions pas l’expression « droits de la personne ». Nous parlions d’une aide aux femmes pour survivre à ce qui était manifestement un système juridique profondément sexiste et misogyne.
Vous avez cofondé le Comité spécial des femmes canadiennes sur la Constitution, un groupe de « ad hockeuses », qui s’est rendu à Ottawa en 1981 pour militer en faveur de l’inclusion de l’égalité des droits des femmes dans la Charte canadienne des droits et libertés. Comment vous êtes-vous impliquée dans ce mouvement?
En 2018, la sénatrice McPhedran rencontre un témoin lors d’une mission d’étude à Winnipeg, entreprise par le Comité sénatorial des peuples autochtones dans le cadre d’une étude sur la relation entre le Canada et les Premières Nations, les Inuits et les Métis.
À l’époque, les Américaines tentaient également de modifier leur constitution pour y inclure l’égalité des droits. Il suffisait de regarder au sud de la frontière pour comprendre quelles seraient les conséquences si nous n’obtenions pas un article solide sur l’égalité des sexes dans la nouvelle Charte des droits.
La sénatrice McPhedran prend la parole lors des célébrations du 40e anniversaire du Fonds d’action et d’éducation juridique pour les femmes, une organisation qu’elle a cofondée pour assurer l’égalité substantielle entre les sexes après la création de la Charte canadienne des droits et libertés. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran étreint le designer winnipegois Lennard Taylor lors de l’événement Experience Manitoba Art Live (vivre l’art manitobain en direct) en 2017, qu’elle a organisé dans le cadre de sa campagne pour « faire découvrir le Sénat aux jeunes et les jeunes au Sénat ».
J’ai commencé à assister aux réunions de différentes organisations avec plusieurs activistes qui étaient toutes unies par un but principal : renforcer les droits des femmes dans la Charte. Cela a donné naissance à un mouvement improvisé, sans leadership, sans budget ni personnel, mais je suis devenue une leader. Le gouvernement ne voulait absolument pas avoir affaire à nous et continuait de penser que nous partirions. Cependant, grâce à un petit groupe de parlementaires alliés, nous avons pu avoir accès à la Colline du Parlement.
J’ai rédigé plusieurs articles* sur la garantie d’égalité entre les sexes prévue à l’article 28 de la Charte et sur le trilogue constitutionnel qui ont été publiés dans des revues universitaires, car j’ai pris conscience que cette mobilisation sociale massive était en train d’être occultée de l’histoire officielle du Canada, ce qui est généralement le sort réservé aux réalisations des femmes.
Comme je l’ai dit dans la Chambre du Sénat, l’article 28 est un exemple de trilogue constitutionnel entre le gouvernement, les tribunaux et la population qui prouve que la Charte n’était pas simplement le résultat d’un compromis entre politiciens. De nombreuses modifications clés à la Charte ont été proposées par des citoyens militants de la société civile et c’est la confiance des citoyens qui finit par soutenir ou défaire les gouvernements.
*« Creating Trialogue: Women’s Constitutional Activism in Canada », Canadian Woman Studies (2006), vol. 25 ; « A Truer Story: Constitutional Trialogue », Supreme Court Law Review (2007) ; « Trialogue for Lived Rights: Canadian Women’s Constitutional Activism in the Era of Patriation », Constitutional Democracy: The 150th Anniversary Celebration (2017) (tous ces textes sont en anglais seulement)
Lorsque vous avez été nommée au Sénat en 2016, vous avez promis de « faire découvrir le Sénat aux jeunes et les jeunes au Sénat ». Pourquoi les jeunes étaient-ils votre priorité à la Chambre haute?
En tant que doyenne du Global College de l’Université de Winnipeg, je repérais les élèves étoiles du secondaire pour qu’ils viennent à l’université. J’ai fini par accueillir des étudiants de première année incroyables dont je suis encore très proche. Cette période en tant qu’éducatrice a complètement renforcé pour moi l’importance de l’engagement des jeunes dans les droits de la personne. Je voyais constamment des étudiants brillants, dévoués et accomplis qui réussissaient bien dans le programme. Cela m’a permis de réaliser à quel point il est crucial pour une démocratie que les jeunes soient mobilisés.
Lorsque j’ai été nommée au Sénat en novembre 2016, j’ai créé un groupe consultatif des jeunes composé d’anciens étudiants et d’anciens assistants de recherche. Ils ont créé un ordre du jour parlementaire sur lequel je me suis appuyée tout au long de mes dix années au Sénat. Ce programme comprenait l’élargissement du droit de vote aux jeunes de 16 et 17 ans, la création d’un groupe consultatif des jeunes national et l’organisation de « fêtes » au Sénat afin de rapprocher les parlementaires et la société civile.
En parlant de ce premier point de votre programme, votre projet de loi sur le vote à seize ans a récemment été rejeté au Sénat. Quelle est la prochaine étape pour cette initiative?
Le projet de loi a été rejeté par trois voix. Nous aurions pu gagner, mais nous avons fait une erreur dans notre décompte, et j’en assume la responsabilité. Par contre, ce projet de loi découle d’une campagne nationale qui va bien au-delà de mon bureau. En fait, les jeunes francophones ont été les premiers à exprimer la nécessité d’élargir le droit de vote aux jeunes de 16 et 17 ans.
J’ai le cœur brisé, mais je ne perds pas espoir parce que ce mouvement se poursuivra. En effet, au cours de mes derniers jours à la Chambre rouge, les sénateurs ont adopté ma motion autorisant le Comité sénatorial des droits de la personne à se pencher sur les questions d’inclusion démocratique et de résilience, notamment l’élargissement du droit de vote garanti par la Charte.
Il a fallu 30 ans pour changer deux mots dans l’hymne national du Canada et cela ne serait jamais arrivé sans une succession de sénatrices. Quelqu’un d’autre va reprendre le flambeau.
Par l’entremise de votre Loi contre la rétribution du silence, vous souhaitez interdire l’utilisation de fonds publics pour les accords de non-divulgation. Qu’est-ce qui vous a inspiré à présenter ce projet de loi au Sénat?
Dans les années 1990, lorsque j’exerçais dans une clinique d’aide juridique, j’ai côtoyé des survivantes d’abus, de harcèlement et de discrimination. J’ai également présidé trois enquêtes sur les abus sexuels commis envers des patients. Lorsqu’on travaille sur ce genre de dossiers, on comprend très rapidement que les institutions feront presque n’importe quoi pour se protéger elles-mêmes et leurs membres, y compris en recourant à des accords de non-divulgation.
Je considère mon projet de loi comme un moyen de sensibiliser les gens à cet enjeu. Je crois fermement que les projets de loi peuvent être de puissants outils de sensibilisation, même s’ils ont peu de chances d’être adoptés à ce moment-là. Il y a une valeur intrinsèque à présenter un projet de loi qui traite d’une injustice, surtout lorsque certaines personnes, loin de la Colline du Parlement, ont formé une coalition autour de cette question. Le projet de loi devient alors leur source d’inspiration.
Quels sont vos projets pour la suite?
Je n’en ai aucune idée. Je n’ai jamais été en mesure de prédire correctement mon parcours professionnel. Toutefois, je ne suis pas inquiète parce que je suis féministe et les féministes ne prennent jamais leur retraite.
Regardez les hommages rendus à la sénatrice Marilou McPhedran et son discours d’adieu dans la Chambre du Sénat.
La sénatrice McPhedran avec ses enfants, Jonathan et David, qu’elle remercie de l’avoir encouragée à poser sa candidature au Sénat. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran rencontre l’honorable Shirin Sharmin Chaudhury, Présidente du Jatiya Sangsad (le Parlement du Bangladesh) à Dhaka, en 2019. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran anime le groupe de discussion Perspectives des sénateurs mettant en vedette son collègue, le sénateur David M. Arnot, lors du Forum des enseignantes et des enseignants sur la démocratie parlementaire canadienne de 2024 à la Chambre du Sénat. (Crédit photo : Bibliothèque du Parlement)
Dans le cadre de la Simulation du Sénat de 2025, la sénatrice McPhedran comparait en tant que témoin expert lors de la simulation d’une réunion de comité.

La sénatrice McPhedran rencontre le Conseil canadien des jeunes féministes, ses conseillers nationaux chargés de la jeunesse, le 11 juillet 2026. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran se tient dans son bureau du Sénat, d’où elle a une vue sur le Monument commémoratif de guerre du Canada et le Château Laurier.
Articles connexes
Étiquettes
Nouvelles des comités
La sénatrice McPhedran prend sa retraite après avoir passé dix ans à « faire découvrir le Sénat aux jeunes, et les jeunes au Sénat »

En 1981, bien avant de siéger à la Chambre rouge, la sénatrice Marilou McPhedran était une militante sur la Colline du Parlement, où elle a codirigé plus de 1 000 femmes venues de partout au pays dans une campagne pour l’égalité des droits entre les sexes.
Le mouvement populaire, connu sous le nom de Comité spécial des femmes canadiennes sur la Constitution, a réussi à obtenir l’inscription de l’égalité des droits pour les femmes dans la Charte canadienne des droits et libertés. La sénatrice McPhedran a été nommée à l’Ordre du Canada pour son rôle de premier plan dans cette campagne et a continué de défendre les droits de la personne et la justice tout au long de sa carrière dans les domaines juridique, éducatif et sans but lucratif.
À l’approche de son départ à la retraite le 22 juillet 2026, la sénatrice McPhedran revient sur son engagement inébranlable et sa carrière de dix ans à la Chambre haute, où elle a poursuivi son combat pour les droits de la personne, les jeunes et la justice.
Vous avez été la première fille à occuper le rôle de présidente de votre école secondaire et la première femme à devenir présidente étudiante de l’Université de Winnipeg. En quoi ces expériences ont-elles façonné vos orientations politiques et guidé votre parcours vers le Sénat?
Même avant l’école secondaire, je me souviens qu’en 2e année, la directrice m’a fait venir dans son bureau parce que nous préparions le spectacle de Noël et que certains des élèves plus âgés se plaignaient que je donnais des ordres. La directrice m’a regardé et m’a dit : « Tu es une leader et tu pourrais devenir première ministre un jour, mais tu dois apprendre à demander aux autres de collaborer avec toi ». Éventuellement, j’ai appris à être un peu plus diplomate.
Marilou McPhedran prend la parole lors de la Conférence ad hoc sur les femmes et la Constitution, sur la Colline du Parlement en février 1981. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran rencontre des participants du Forum pour jeunes Canadiens sur la Colline du Parlement en 2018.
En tant que première fille élue présidente de mon école secondaire, j’ai dirigé l’école avec quelques amies. Nous formions un petit groupe très privilégié. Plus tard, lorsque je travaillais comme avocate, j’ai rencontré une femme originaire de ma ville qui a fini par me parler des abus qu’elle avait subis en grandissant. Elle m’a fait voir sous un tout autre jour la réalité de mon éducation. J’ai peu à peu commencé à prendre conscience de tous les privilèges dont je bénéficiais.
Puis j’ai vécu une expérience formatrice en tant que première présidente étudiante de l’Université de Winnipeg. Un membre de l’exécutif avait fait quelque chose que j’estimais être mal, mais tout le monde a convenu que nous devions le défendre au nom de la solidarité ministérielle. J’en ai été profondément déchirée. Ce fut une expérience d’apprentissage très puissante qui a influencé presque tous les choix que j’ai faits durant ma carrière imprévisible, y compris ma décision de siéger en tant que sénatrice non affiliée.
On peut probablement dire sans se tromper que c’est généralement moi qui me mets dans le pétrin, qui pose des questions ou qui agace les leaders. Je pense que cela est grandement attribuable à ce que j’ai vécu lorsque j’étais une présidente étudiante de 19 ans ayant commis l’erreur de ne pas suivre sa forte intuition.
Comment êtes-vous devenue passionnée par les droits de la personne?
À l’université, j’ai été consternée d’apprendre qu’en tant que jeune femme, je n’avais pas le droit à la contraception. Cela m’a rendue furieuse, alors je me suis impliquée dans un groupe de défense du droit à l’avortement. Nous n’appelions pas cela un droit de la personne, mais c’était essentiellement cela : le droit des femmes de contrôler leur corps. J’avais grandi en pensant que j’avais déjà ce droit. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à comprendre que des systèmes sont en place dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la justice qui me limitaient en tant qu’être humain.
Puis, lorsque je suis entrée à la faculté de droit, j’ai rencontré un groupe d’étudiantes qui travaillaient à la création du premier centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle au Canada. Je me suis profondément investi dans cela et ce fut une période charnière pour moi. Encore une fois, nous n’utilisions pas l’expression « droits de la personne ». Nous parlions d’une aide aux femmes pour survivre à ce qui était manifestement un système juridique profondément sexiste et misogyne.
Vous avez cofondé le Comité spécial des femmes canadiennes sur la Constitution, un groupe de « ad hockeuses », qui s’est rendu à Ottawa en 1981 pour militer en faveur de l’inclusion de l’égalité des droits des femmes dans la Charte canadienne des droits et libertés. Comment vous êtes-vous impliquée dans ce mouvement?
En 2018, la sénatrice McPhedran rencontre un témoin lors d’une mission d’étude à Winnipeg, entreprise par le Comité sénatorial des peuples autochtones dans le cadre d’une étude sur la relation entre le Canada et les Premières Nations, les Inuits et les Métis.
À l’époque, les Américaines tentaient également de modifier leur constitution pour y inclure l’égalité des droits. Il suffisait de regarder au sud de la frontière pour comprendre quelles seraient les conséquences si nous n’obtenions pas un article solide sur l’égalité des sexes dans la nouvelle Charte des droits.
La sénatrice McPhedran prend la parole lors des célébrations du 40e anniversaire du Fonds d’action et d’éducation juridique pour les femmes, une organisation qu’elle a cofondée pour assurer l’égalité substantielle entre les sexes après la création de la Charte canadienne des droits et libertés. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran étreint le designer winnipegois Lennard Taylor lors de l’événement Experience Manitoba Art Live (vivre l’art manitobain en direct) en 2017, qu’elle a organisé dans le cadre de sa campagne pour « faire découvrir le Sénat aux jeunes et les jeunes au Sénat ».
J’ai commencé à assister aux réunions de différentes organisations avec plusieurs activistes qui étaient toutes unies par un but principal : renforcer les droits des femmes dans la Charte. Cela a donné naissance à un mouvement improvisé, sans leadership, sans budget ni personnel, mais je suis devenue une leader. Le gouvernement ne voulait absolument pas avoir affaire à nous et continuait de penser que nous partirions. Cependant, grâce à un petit groupe de parlementaires alliés, nous avons pu avoir accès à la Colline du Parlement.
J’ai rédigé plusieurs articles* sur la garantie d’égalité entre les sexes prévue à l’article 28 de la Charte et sur le trilogue constitutionnel qui ont été publiés dans des revues universitaires, car j’ai pris conscience que cette mobilisation sociale massive était en train d’être occultée de l’histoire officielle du Canada, ce qui est généralement le sort réservé aux réalisations des femmes.
Comme je l’ai dit dans la Chambre du Sénat, l’article 28 est un exemple de trilogue constitutionnel entre le gouvernement, les tribunaux et la population qui prouve que la Charte n’était pas simplement le résultat d’un compromis entre politiciens. De nombreuses modifications clés à la Charte ont été proposées par des citoyens militants de la société civile et c’est la confiance des citoyens qui finit par soutenir ou défaire les gouvernements.
*« Creating Trialogue: Women’s Constitutional Activism in Canada », Canadian Woman Studies (2006), vol. 25 ; « A Truer Story: Constitutional Trialogue », Supreme Court Law Review (2007) ; « Trialogue for Lived Rights: Canadian Women’s Constitutional Activism in the Era of Patriation », Constitutional Democracy: The 150th Anniversary Celebration (2017) (tous ces textes sont en anglais seulement)
Lorsque vous avez été nommée au Sénat en 2016, vous avez promis de « faire découvrir le Sénat aux jeunes et les jeunes au Sénat ». Pourquoi les jeunes étaient-ils votre priorité à la Chambre haute?
En tant que doyenne du Global College de l’Université de Winnipeg, je repérais les élèves étoiles du secondaire pour qu’ils viennent à l’université. J’ai fini par accueillir des étudiants de première année incroyables dont je suis encore très proche. Cette période en tant qu’éducatrice a complètement renforcé pour moi l’importance de l’engagement des jeunes dans les droits de la personne. Je voyais constamment des étudiants brillants, dévoués et accomplis qui réussissaient bien dans le programme. Cela m’a permis de réaliser à quel point il est crucial pour une démocratie que les jeunes soient mobilisés.
Lorsque j’ai été nommée au Sénat en novembre 2016, j’ai créé un groupe consultatif des jeunes composé d’anciens étudiants et d’anciens assistants de recherche. Ils ont créé un ordre du jour parlementaire sur lequel je me suis appuyée tout au long de mes dix années au Sénat. Ce programme comprenait l’élargissement du droit de vote aux jeunes de 16 et 17 ans, la création d’un groupe consultatif des jeunes national et l’organisation de « fêtes » au Sénat afin de rapprocher les parlementaires et la société civile.
En parlant de ce premier point de votre programme, votre projet de loi sur le vote à seize ans a récemment été rejeté au Sénat. Quelle est la prochaine étape pour cette initiative?
Le projet de loi a été rejeté par trois voix. Nous aurions pu gagner, mais nous avons fait une erreur dans notre décompte, et j’en assume la responsabilité. Par contre, ce projet de loi découle d’une campagne nationale qui va bien au-delà de mon bureau. En fait, les jeunes francophones ont été les premiers à exprimer la nécessité d’élargir le droit de vote aux jeunes de 16 et 17 ans.
J’ai le cœur brisé, mais je ne perds pas espoir parce que ce mouvement se poursuivra. En effet, au cours de mes derniers jours à la Chambre rouge, les sénateurs ont adopté ma motion autorisant le Comité sénatorial des droits de la personne à se pencher sur les questions d’inclusion démocratique et de résilience, notamment l’élargissement du droit de vote garanti par la Charte.
Il a fallu 30 ans pour changer deux mots dans l’hymne national du Canada et cela ne serait jamais arrivé sans une succession de sénatrices. Quelqu’un d’autre va reprendre le flambeau.
Par l’entremise de votre Loi contre la rétribution du silence, vous souhaitez interdire l’utilisation de fonds publics pour les accords de non-divulgation. Qu’est-ce qui vous a inspiré à présenter ce projet de loi au Sénat?
Dans les années 1990, lorsque j’exerçais dans une clinique d’aide juridique, j’ai côtoyé des survivantes d’abus, de harcèlement et de discrimination. J’ai également présidé trois enquêtes sur les abus sexuels commis envers des patients. Lorsqu’on travaille sur ce genre de dossiers, on comprend très rapidement que les institutions feront presque n’importe quoi pour se protéger elles-mêmes et leurs membres, y compris en recourant à des accords de non-divulgation.
Je considère mon projet de loi comme un moyen de sensibiliser les gens à cet enjeu. Je crois fermement que les projets de loi peuvent être de puissants outils de sensibilisation, même s’ils ont peu de chances d’être adoptés à ce moment-là. Il y a une valeur intrinsèque à présenter un projet de loi qui traite d’une injustice, surtout lorsque certaines personnes, loin de la Colline du Parlement, ont formé une coalition autour de cette question. Le projet de loi devient alors leur source d’inspiration.
Quels sont vos projets pour la suite?
Je n’en ai aucune idée. Je n’ai jamais été en mesure de prédire correctement mon parcours professionnel. Toutefois, je ne suis pas inquiète parce que je suis féministe et les féministes ne prennent jamais leur retraite.
Regardez les hommages rendus à la sénatrice Marilou McPhedran et son discours d’adieu dans la Chambre du Sénat.
La sénatrice McPhedran avec ses enfants, Jonathan et David, qu’elle remercie de l’avoir encouragée à poser sa candidature au Sénat. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran rencontre l’honorable Shirin Sharmin Chaudhury, Présidente du Jatiya Sangsad (le Parlement du Bangladesh) à Dhaka, en 2019. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran anime le groupe de discussion Perspectives des sénateurs mettant en vedette son collègue, le sénateur David M. Arnot, lors du Forum des enseignantes et des enseignants sur la démocratie parlementaire canadienne de 2024 à la Chambre du Sénat. (Crédit photo : Bibliothèque du Parlement)
Dans le cadre de la Simulation du Sénat de 2025, la sénatrice McPhedran comparait en tant que témoin expert lors de la simulation d’une réunion de comité.

La sénatrice McPhedran rencontre le Conseil canadien des jeunes féministes, ses conseillers nationaux chargés de la jeunesse, le 11 juillet 2026. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Marilou McPhedran)
La sénatrice McPhedran se tient dans son bureau du Sénat, d’où elle a une vue sur le Monument commémoratif de guerre du Canada et le Château Laurier.