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« Bâtir des ponts plutôt que des murs » : le sénateur Al Zaibak fait le point sur sa carrière au Parlement et dans l’entrepreneuriat

Un homme portant un costume, une cravate et des lunettes pose à côté d’un drapeau canadien.

Mohammad Al Zaibak à l’âge de 5 mois. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Ingénieur, entrepreneur et parlementaire, le sénateur Mohammad Al Zaibak a appris à appréhender la création de liens sous différents angles.

À l’approche de son départ à la retraite, prévu le 9 août 2026, le sénateur de l’Ontario s’est entretenu avec SenCAplus au sujet d’une carrière qui l’a mené d’un océan à l’autre et au sein de diverses communautés.

Vous êtes né et avez grandi en Syrie. Comment était votre enfance?

J’ai la chance d’avoir grandi à Damas, considérée comme la plus ancienne ville du monde habitée sans interruption. Je suis né et j’ai grandi au cœur de la vieille ville, non loin de la rue biblique appelée la « rue Droite ». Même si la crainte de l’instabilité politique et de la guerre était toujours présente, j’ai eu une enfance très heureuse. Le tissu social était extraordinaire; les quartiers formaient de grandes familles où tout le monde veillait les uns sur les autres. Presque chaque maison avait un arbre à jasmin, et l’odeur vous suivait partout.

Mes parents nous ont élevés dans l’amour et le respect d’autrui, et ils m’ont transmis un credo que j’ai gardé toute ma vie : « Fais le bien et jette-le à la mer. » Fais le bien sans attendre en retour, et aie confiance que les récompenses viendront d’elles-mêmes.

Vous et votre famille vous êtes installés à Toronto il y a plus de 30 ans. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer au Canada?
Aîné d’une fratrie de huit enfants, Mohammad Al Zaibak, âgé de cinq ans, à droite, pose avec sa sœur Mona et son frère Abdullah, en Syrie. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

J’avais obtenu mon diplôme en génie des télécommunications à l’Université d’Alexandrie, en Égypte, puis j’ai déménagé en Arabie saoudite, où j’ai travaillé pour une grande entreprise internationale de télécommunications, avant de créer ma propre entreprise avec des partenaires saoudiens. En plus de mettre en œuvre d’importants projets de production et de transport d’électricité, j’ai également mis en place la coentreprise internationale qui a construit la chaussée du roi Fahd reliant Bahreïn à l’Arabie saoudite. Je suis ensuite allé à la Harvard Business School pour terminer des études de cadres et, pendant ce temps, j’ai eu l’occasion de visiter le Canada.

À mesure que mes enfants grandissaient, j’ai commencé à chercher le meilleur endroit pour les élever : un pays multiculturel et ouvert, où ils auraient des occasions d’avenir. À 37 ans, j’ai déraciné ma jeune famille et nous avons pris un nouveau départ au Canada, car j’étais convaincu que ce pays offrait à mes enfants l’avenir le plus prometteur. Ils m’en sont tous reconnaissants. J’avais raison.

Quelques années après votre déménagement à Toronto, vous avez fondé Teranet, qui gère et exploite aujourd’hui le système d’enregistrement électronique du registre foncier de l’Ontario. Comment avez-vous réussi à trouver vos marques en tant que nouvel arrivant et à bâtir une entreprise prospère?
Jeune étudiant en génie des télécommunications, Mohammad Al Zaibak descend les marches de la faculté d’ingénierie de l’Université d’Alexandrie, en Égypte. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Quand je suis arrivé au Canada, en 1987, mon instinct m’a poussé à faire ici ce que j’avais fait en Arabie saoudite : construire quelque chose.

Le gouvernement de l’Ontario avait la vision d’informatiser et de moderniser son système d’enregistrement du registre foncier en partenariat avec le secteur privé, alors j’ai été invité à me joindre à un groupe de technologues, de scientifiques et d’experts pour élaborer un modèle d’affaires et diriger le groupe. Le gouvernement a décidé de lancer un appel d’offres public pour ce projet. La concurrence était féroce. Nous étions une petite entreprise en démarrage qui rivalisait avec un groupe redoutable de grandes entreprises pour obtenir le contrat. Après trois ans d’appels d’offres et de négociations intenses, nous avons conclu l’un des premiers partenariats public-privé de l’Ontario. Notre créativité et notre modèle d’affaires fondé sur un partage équitable des risques et des bénéfices, ainsi que la confiance envers notre système gouvernemental, nous ont donné l’avantage décisif.

La difficulté n’a jamais résidé dans la technologie; il s’agissait plutôt de rapprocher un consortium d’entreprises concurrentes et d’aligner leurs intérêts avec ceux du gouvernement et des parties prenantes. Nous avons fait du registre foncier de l’Ontario l’un des systèmes les plus sophistiqués au monde et créé des milliers d’emplois spécialisés.

Avec le recul, je me rends compte que je construisais déjà des ponts avant même de savoir que cela deviendrait le fil conducteur de ma vie.

Mohammad Al Zaibak était étudiant à la Harvard Business School en 1985. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)Mohammad Al Zaibak était étudiant à la Harvard Business School en 1985. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Quelques années seulement après son arrivée au Canada, Mohammad Al Zaibak, à gauche, a fondé Teranet, qui est devenu l’exploitant du système d’enregistrement électronique du registre foncier de l’Ontario. On le voit ici en train de signer l’entente avec des représentants du gouvernement de l’Ontario. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)Quelques années seulement après son arrivée au Canada, Mohammad Al Zaibak, à gauche, a fondé Teranet, qui est devenu l’exploitant du système d’enregistrement électronique du registre foncier de l’Ontario. On le voit ici en train de signer l’entente avec des représentants du gouvernement de l’Ontario. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Vous avez cofondé Lifeline Syria à la suite de la crise des réfugiés syriens, en 2015. Parlez-nous un peu plus de votre travail au sein de cet organisme.
Des amis et des membres de la famille du sénateur Al Zaibak, dont l’ancien premier ministre Joe Clark, debout à sa gauche, assistent à la cérémonie d’assermentation de ce dernier, le 6 février 2024. Également présents sur la photo, de gauche à droite : Nafisah Chowdhury, Ruba El-Sayegh, Karl Tabbakh, Roula El-Rifai, Evva Massey, Jana Al Zaibak, Mona Al Zaibak, Najla Al Zaibak, Rami Alhamad, Leen Al Zaibak, Michael Henry, Eugene Henry, Charlotte Chummar, Noble Chummar et Dean Henry. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Lorsque le Canada a ouvert ses portes au parrainage privé de réfugiés syriens en 2015, certains d’entre nous, dont l’ancienne sénatrice Ratna Omidvar, ont fondé Lifeline Syria afin de mobiliser les Canadiens à cette cause. Notre objectif était d’accueillir 1 000 réfugiés en deux ans. La générosité des Canadiens a dépassé nos attentes : 1 200 Syriens ont été parrainés en l’espace de 15 mois. C’est devenu un chapitre de notre histoire récente dont nous pouvons être fiers, qui a contribué à la construction de notre nation. Près de 100 000 Syriens se sont installés au Canada depuis 2015 et la plupart d’entre eux sont désormais citoyens canadiens.

Un souvenir me revient particulièrement à l’esprit. Juste avant minuit, le 10 décembre 2015, un aéronef des Forces armées canadiennes a atterri à l’aéroport Pearson, transportant 163 Syriens. Le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, attendait de les accueillir, aux côtés de la première ministre de l’Ontario de l’époque, Kathleen Wynne, et du maire de Toronto de l’époque, John Tory. Il leur a dit : « Vous êtes maintenant en sécurité chez vous. » Ils sont arrivés en tant que réfugiés et sont sortis du terminal en tant que résidents permanents. Ces mots ont laissé une empreinte dans mon cœur. Je serai toujours reconnaissant envers le Canada.

En tant que vice-président du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international, le sénateur Al Zaibak participe, le 5 avril 2025, à une réunion avec une délégation égyptienne en visite, composée notamment d’Ahmed Abdallah Ibrahim Hafez, ambassadeur de la République arabe d’Égypte, et de Sameh Aboul-Enein, secrétaire d’État aux Affaires étrangères chargé des États-Unis, du Canada et des Amériques.En tant que membre du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international, le sénateur Al Zaibak organise et copréside, le 5 avril 2025, une réunion avec une délégation égyptienne en visite, composée notamment d’Ahmed Abdallah Ibrahim Hafez, ambassadeur de la République arabe d’Égypte, et de Sameh Aboul-Enein, secrétaire d’État aux Affaires étrangères chargé des États-Unis, du Canada et des Amériques.

Vous avez été nommé à la Chambre rouge en 2024. Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir sénateur?
Le sénateur Al Zaibak, troisième à partir de la droite à la table d’honneur, organise un dîner en l’honneur d’une délégation des Émirats arabes unis au Rideau Club, le 12 juin 2026. L’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, et le ministre du Développement international, Ahmed Hussen, figurent également sur la photo. (Crédit photo : Sarah Sharpe et le Conseil d’affaires Canada-UAE)

Je souhaitais rendre au Canada ce qu’il nous avait apporté, à ma famille et à moi. En tant que premier sénateur d’origine syro-arabe, ma nomination au Sénat m’a permis de jouer un rôle déterminant dans la promotion du respect et de la compréhension mutuels, et d’inciter d’autres personnes à suivre mon exemple. J’ai toujours eu à cœur d’impliquer les communautés arabes et musulmanes du Canada dans tous les aspects de notre société : économiques, culturels, sociaux et politiques. J’espère avoir fait la différence en représentant ces communautés et en agissant dans l’intérêt de ma province et de mon pays.

Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier au Sénat?

J’avais un programme législatif très ambitieux, mais la Loi sur le Mois du patrimoine arabe est l’une de mes plus grandes fiertés. Ce projet de loi reconnaît les contributions de la communauté canado-arabe au Canada, au cours des 140 dernières années, et plus encore. Aujourd’hui, plus d’un million de Canadiens d’origine arabe vivent dans ce pays.

Je me suis également efforcé de développer les partenariats commerciaux et d’investissement du Canada avec le monde arabe, un bloc économique de 500 millions de personnes réparties dans 22 pays. Cela représente plus de 6 % de la population mondiale et 4,5 % de l’économie mondiale; pourtant, le volume des échanges commerciaux du Canada avec le monde arabe est inférieur à 1 % de notre commerce international.

J’espère que nous sommes désormais sur la bonne voie, grâce aux efforts de notre gouvernement pour diversifier et développer notre commerce international.

Le sénateur Al Zaibak, au centre, a reçu les ambassadeurs arabes lors d’une visite au Sénat, le 30 juin 2026. Sur la photo, de gauche à droite, figurent les ambassadeurs de l’Irak, du Koweït, de la Libye, du Liban, de la Mauritanie, du Yémen, du Maroc, de la Palestine, du Qatar, de la Jordanie et de l’Égypte. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)Le sénateur Al Zaibak, au centre, a reçu les ambassadeurs arabes lors d’une visite au Sénat, le 30 juin 2026. Sur la photo, de gauche à droite, figurent les ambassadeurs de l’Irak, du Koweït, de la Libye, du Liban, de la Mauritanie, du Yémen, du Maroc, de la Palestine, du Qatar, de la Jordanie et de l’Égypte. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Vous avez occupé le poste de vice-président du Comité sénatorial de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants (SECD) ainsi que du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international (AEFA). De quel travail au sein de ces comités êtes-vous le plus fier?
En tant que coprésident du Groupe interparlementaire Canada-Arabie saoudite, le sénateur Al Zaibak, assis, deuxième à partir de la gauche, préside la réunion inaugurale du groupe le 31 octobre 2025. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Je chérirai mon travail au sein de ces comités, ainsi que mes collègues, plus que presque tout. Au comité des affaires étrangères, nous avons débattu des grandes questions de notre époque : la guerre en Ukraine, la tragédie à Gaza, les conflits dans d’autres régions, la place du Canada dans un monde en pleine tourmente et la façon dont nous développons et diversifions nos échanges commerciaux.

Au Comité de la sécurité nationale et de la défense, j’ai compris que la sécurité de ce pays n’est jamais une question partisane; c’est une responsabilité nationale. C’était enrichissant de siéger à ces tables et d’échanger avec des témoins et des sénateurs de tous les groupes. Alors que mon mandat touche à sa fin, je confie à mes collègues compétents une série de notes d’orientation et d’études liées à mes travaux au sein des comités SECD et AEFA, afin qu’ils puissent les faire avancer.

Vous avez siégé au sein du Groupe d’amitié parlementaire Canada-Qatar, fondé et coprésidé le Groupe interparlementaire Canada-Arabie saoudite, et commencé à mettre en place un groupe d’amitié parlementaire Canada-Syrie. Qu’avez-vous appris sur la diplomatie parlementaire?

La diplomatie parlementaire repose sur une conviction simple : le dialogue entre les peuples n’est jamais vain. À travers mon travail au sein de ces groupes, j’ai cherché à bâtir des ponts qui perdurent au-delà de toute réunion ponctuelle.

J’ai appris que la confiance se construit en personne. Coprésider une réunion informelle du Comité des affaires étrangères avec des parlementaires et des représentants gouvernementaux égyptiens en visite; accueillir des ambassadeurs arabes au Sénat; accueillir une délégation d’entreprises des Émirats arabes unis, ici à Ottawa; ces conversations ouvrent des portes que les canaux officiels seuls ne peuvent pas ouvrir.

Le sénateur Al Zaibak, sa famille et l’huissier du bâton noir, J. Greg Peters, assistent à la réception soulignant le départ à la retraite du sénateur, à l’édifice du Sénat du Canada, le 11 juin 2026. De gauche à droite : Khaled Malas, Jana Al Zaibak, Leen Al Zaibak, Najla Al Zaibak, le sénateur Al Zaibak, Dean Henry, M. Peters, Michael Henry, Mona Al Zaibak, Omar Al Zaibak et Lara Barazi. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)Le sénateur Al Zaibak, sa famille et l’huissier du bâton noir, J. Greg Peters, assistent à la réception soulignant le départ à la retraite du sénateur, à l’édifice du Sénat du Canada, le 11 juin 2026. De gauche à droite : Khaled Malas, Jana Al Zaibak, Leen Al Zaibak, Najla Al Zaibak, le sénateur Al Zaibak, Dean Henry, M. Peters, Michael Henry, Mona Al Zaibak, Omar Al Zaibak et Lara Barazi. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Enfin, y a-t-il quelque chose qui vous a surpris au Sénat?

Les amitiés et la collégialité entre sénateurs de toutes allégeances politiques. Les Canadiens ont tendance à voir le Sénat à travers le prisme du débat et du désaccord. Ce qu’ils ne voient pas, c’est la profondeur intellectuelle de ces débats ou le savoir-faire législatif et administratif qui permet au Parlement de fonctionner. Je pense qu’il faudrait sensibiliser davantage le public au travail du Sénat.

Quels sont vos projets pour la suite?

Eh bien, je ne vois pas la fin de mon mandat au Sénat comme un départ à la retraite, mais plutôt comme un changement de siège. Je continuerai à faire ce que j’ai toujours fait : bâtir des ponts plutôt que des murs – mais désormais depuis l’extérieur de la Chambre.

Je continuerai de faire valoir que le Canada devrait saisir les occasions stratégiques en matière de commerce et d’investissement avec le monde arabe. Je resterai fidèle au credo que mes parents m’ont transmis : « Fais le bien et jette-le à la mer ».

Mais surtout, j’ai hâte de passer du temps avec ma femme, mes enfants et mes petits-enfants, ceux qui donnent véritablement tout son sens à ma vie.


Regardez les hommages rendus au sénateur Mohammad Al Zaibak et son discours d’adieu dans la Chambre.

« Bâtir des ponts plutôt que des murs » : le sénateur Al Zaibak fait le point sur sa carrière au Parlement et dans l’entrepreneuriat

Un homme portant un costume, une cravate et des lunettes pose à côté d’un drapeau canadien.

Mohammad Al Zaibak à l’âge de 5 mois. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Ingénieur, entrepreneur et parlementaire, le sénateur Mohammad Al Zaibak a appris à appréhender la création de liens sous différents angles.

À l’approche de son départ à la retraite, prévu le 9 août 2026, le sénateur de l’Ontario s’est entretenu avec SenCAplus au sujet d’une carrière qui l’a mené d’un océan à l’autre et au sein de diverses communautés.

Vous êtes né et avez grandi en Syrie. Comment était votre enfance?

J’ai la chance d’avoir grandi à Damas, considérée comme la plus ancienne ville du monde habitée sans interruption. Je suis né et j’ai grandi au cœur de la vieille ville, non loin de la rue biblique appelée la « rue Droite ». Même si la crainte de l’instabilité politique et de la guerre était toujours présente, j’ai eu une enfance très heureuse. Le tissu social était extraordinaire; les quartiers formaient de grandes familles où tout le monde veillait les uns sur les autres. Presque chaque maison avait un arbre à jasmin, et l’odeur vous suivait partout.

Mes parents nous ont élevés dans l’amour et le respect d’autrui, et ils m’ont transmis un credo que j’ai gardé toute ma vie : « Fais le bien et jette-le à la mer. » Fais le bien sans attendre en retour, et aie confiance que les récompenses viendront d’elles-mêmes.

Vous et votre famille vous êtes installés à Toronto il y a plus de 30 ans. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer au Canada?
Aîné d’une fratrie de huit enfants, Mohammad Al Zaibak, âgé de cinq ans, à droite, pose avec sa sœur Mona et son frère Abdullah, en Syrie. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

J’avais obtenu mon diplôme en génie des télécommunications à l’Université d’Alexandrie, en Égypte, puis j’ai déménagé en Arabie saoudite, où j’ai travaillé pour une grande entreprise internationale de télécommunications, avant de créer ma propre entreprise avec des partenaires saoudiens. En plus de mettre en œuvre d’importants projets de production et de transport d’électricité, j’ai également mis en place la coentreprise internationale qui a construit la chaussée du roi Fahd reliant Bahreïn à l’Arabie saoudite. Je suis ensuite allé à la Harvard Business School pour terminer des études de cadres et, pendant ce temps, j’ai eu l’occasion de visiter le Canada.

À mesure que mes enfants grandissaient, j’ai commencé à chercher le meilleur endroit pour les élever : un pays multiculturel et ouvert, où ils auraient des occasions d’avenir. À 37 ans, j’ai déraciné ma jeune famille et nous avons pris un nouveau départ au Canada, car j’étais convaincu que ce pays offrait à mes enfants l’avenir le plus prometteur. Ils m’en sont tous reconnaissants. J’avais raison.

Quelques années après votre déménagement à Toronto, vous avez fondé Teranet, qui gère et exploite aujourd’hui le système d’enregistrement électronique du registre foncier de l’Ontario. Comment avez-vous réussi à trouver vos marques en tant que nouvel arrivant et à bâtir une entreprise prospère?
Jeune étudiant en génie des télécommunications, Mohammad Al Zaibak descend les marches de la faculté d’ingénierie de l’Université d’Alexandrie, en Égypte. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Quand je suis arrivé au Canada, en 1987, mon instinct m’a poussé à faire ici ce que j’avais fait en Arabie saoudite : construire quelque chose.

Le gouvernement de l’Ontario avait la vision d’informatiser et de moderniser son système d’enregistrement du registre foncier en partenariat avec le secteur privé, alors j’ai été invité à me joindre à un groupe de technologues, de scientifiques et d’experts pour élaborer un modèle d’affaires et diriger le groupe. Le gouvernement a décidé de lancer un appel d’offres public pour ce projet. La concurrence était féroce. Nous étions une petite entreprise en démarrage qui rivalisait avec un groupe redoutable de grandes entreprises pour obtenir le contrat. Après trois ans d’appels d’offres et de négociations intenses, nous avons conclu l’un des premiers partenariats public-privé de l’Ontario. Notre créativité et notre modèle d’affaires fondé sur un partage équitable des risques et des bénéfices, ainsi que la confiance envers notre système gouvernemental, nous ont donné l’avantage décisif.

La difficulté n’a jamais résidé dans la technologie; il s’agissait plutôt de rapprocher un consortium d’entreprises concurrentes et d’aligner leurs intérêts avec ceux du gouvernement et des parties prenantes. Nous avons fait du registre foncier de l’Ontario l’un des systèmes les plus sophistiqués au monde et créé des milliers d’emplois spécialisés.

Avec le recul, je me rends compte que je construisais déjà des ponts avant même de savoir que cela deviendrait le fil conducteur de ma vie.

Mohammad Al Zaibak était étudiant à la Harvard Business School en 1985. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)Mohammad Al Zaibak était étudiant à la Harvard Business School en 1985. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Quelques années seulement après son arrivée au Canada, Mohammad Al Zaibak, à gauche, a fondé Teranet, qui est devenu l’exploitant du système d’enregistrement électronique du registre foncier de l’Ontario. On le voit ici en train de signer l’entente avec des représentants du gouvernement de l’Ontario. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)Quelques années seulement après son arrivée au Canada, Mohammad Al Zaibak, à gauche, a fondé Teranet, qui est devenu l’exploitant du système d’enregistrement électronique du registre foncier de l’Ontario. On le voit ici en train de signer l’entente avec des représentants du gouvernement de l’Ontario. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Vous avez cofondé Lifeline Syria à la suite de la crise des réfugiés syriens, en 2015. Parlez-nous un peu plus de votre travail au sein de cet organisme.
Des amis et des membres de la famille du sénateur Al Zaibak, dont l’ancien premier ministre Joe Clark, debout à sa gauche, assistent à la cérémonie d’assermentation de ce dernier, le 6 février 2024. Également présents sur la photo, de gauche à droite : Nafisah Chowdhury, Ruba El-Sayegh, Karl Tabbakh, Roula El-Rifai, Evva Massey, Jana Al Zaibak, Mona Al Zaibak, Najla Al Zaibak, Rami Alhamad, Leen Al Zaibak, Michael Henry, Eugene Henry, Charlotte Chummar, Noble Chummar et Dean Henry. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Lorsque le Canada a ouvert ses portes au parrainage privé de réfugiés syriens en 2015, certains d’entre nous, dont l’ancienne sénatrice Ratna Omidvar, ont fondé Lifeline Syria afin de mobiliser les Canadiens à cette cause. Notre objectif était d’accueillir 1 000 réfugiés en deux ans. La générosité des Canadiens a dépassé nos attentes : 1 200 Syriens ont été parrainés en l’espace de 15 mois. C’est devenu un chapitre de notre histoire récente dont nous pouvons être fiers, qui a contribué à la construction de notre nation. Près de 100 000 Syriens se sont installés au Canada depuis 2015 et la plupart d’entre eux sont désormais citoyens canadiens.

Un souvenir me revient particulièrement à l’esprit. Juste avant minuit, le 10 décembre 2015, un aéronef des Forces armées canadiennes a atterri à l’aéroport Pearson, transportant 163 Syriens. Le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, attendait de les accueillir, aux côtés de la première ministre de l’Ontario de l’époque, Kathleen Wynne, et du maire de Toronto de l’époque, John Tory. Il leur a dit : « Vous êtes maintenant en sécurité chez vous. » Ils sont arrivés en tant que réfugiés et sont sortis du terminal en tant que résidents permanents. Ces mots ont laissé une empreinte dans mon cœur. Je serai toujours reconnaissant envers le Canada.

En tant que vice-président du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international, le sénateur Al Zaibak participe, le 5 avril 2025, à une réunion avec une délégation égyptienne en visite, composée notamment d’Ahmed Abdallah Ibrahim Hafez, ambassadeur de la République arabe d’Égypte, et de Sameh Aboul-Enein, secrétaire d’État aux Affaires étrangères chargé des États-Unis, du Canada et des Amériques.En tant que membre du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international, le sénateur Al Zaibak organise et copréside, le 5 avril 2025, une réunion avec une délégation égyptienne en visite, composée notamment d’Ahmed Abdallah Ibrahim Hafez, ambassadeur de la République arabe d’Égypte, et de Sameh Aboul-Enein, secrétaire d’État aux Affaires étrangères chargé des États-Unis, du Canada et des Amériques.

Vous avez été nommé à la Chambre rouge en 2024. Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir sénateur?
Le sénateur Al Zaibak, troisième à partir de la droite à la table d’honneur, organise un dîner en l’honneur d’une délégation des Émirats arabes unis au Rideau Club, le 12 juin 2026. L’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, et le ministre du Développement international, Ahmed Hussen, figurent également sur la photo. (Crédit photo : Sarah Sharpe et le Conseil d’affaires Canada-UAE)

Je souhaitais rendre au Canada ce qu’il nous avait apporté, à ma famille et à moi. En tant que premier sénateur d’origine syro-arabe, ma nomination au Sénat m’a permis de jouer un rôle déterminant dans la promotion du respect et de la compréhension mutuels, et d’inciter d’autres personnes à suivre mon exemple. J’ai toujours eu à cœur d’impliquer les communautés arabes et musulmanes du Canada dans tous les aspects de notre société : économiques, culturels, sociaux et politiques. J’espère avoir fait la différence en représentant ces communautés et en agissant dans l’intérêt de ma province et de mon pays.

Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier au Sénat?

J’avais un programme législatif très ambitieux, mais la Loi sur le Mois du patrimoine arabe est l’une de mes plus grandes fiertés. Ce projet de loi reconnaît les contributions de la communauté canado-arabe au Canada, au cours des 140 dernières années, et plus encore. Aujourd’hui, plus d’un million de Canadiens d’origine arabe vivent dans ce pays.

Je me suis également efforcé de développer les partenariats commerciaux et d’investissement du Canada avec le monde arabe, un bloc économique de 500 millions de personnes réparties dans 22 pays. Cela représente plus de 6 % de la population mondiale et 4,5 % de l’économie mondiale; pourtant, le volume des échanges commerciaux du Canada avec le monde arabe est inférieur à 1 % de notre commerce international.

J’espère que nous sommes désormais sur la bonne voie, grâce aux efforts de notre gouvernement pour diversifier et développer notre commerce international.

Le sénateur Al Zaibak, au centre, a reçu les ambassadeurs arabes lors d’une visite au Sénat, le 30 juin 2026. Sur la photo, de gauche à droite, figurent les ambassadeurs de l’Irak, du Koweït, de la Libye, du Liban, de la Mauritanie, du Yémen, du Maroc, de la Palestine, du Qatar, de la Jordanie et de l’Égypte. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)Le sénateur Al Zaibak, au centre, a reçu les ambassadeurs arabes lors d’une visite au Sénat, le 30 juin 2026. Sur la photo, de gauche à droite, figurent les ambassadeurs de l’Irak, du Koweït, de la Libye, du Liban, de la Mauritanie, du Yémen, du Maroc, de la Palestine, du Qatar, de la Jordanie et de l’Égypte. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Vous avez occupé le poste de vice-président du Comité sénatorial de la sécurité nationale, de la défense et des anciens combattants (SECD) ainsi que du Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international (AEFA). De quel travail au sein de ces comités êtes-vous le plus fier?
En tant que coprésident du Groupe interparlementaire Canada-Arabie saoudite, le sénateur Al Zaibak, assis, deuxième à partir de la gauche, préside la réunion inaugurale du groupe le 31 octobre 2025. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Je chérirai mon travail au sein de ces comités, ainsi que mes collègues, plus que presque tout. Au comité des affaires étrangères, nous avons débattu des grandes questions de notre époque : la guerre en Ukraine, la tragédie à Gaza, les conflits dans d’autres régions, la place du Canada dans un monde en pleine tourmente et la façon dont nous développons et diversifions nos échanges commerciaux.

Au Comité de la sécurité nationale et de la défense, j’ai compris que la sécurité de ce pays n’est jamais une question partisane; c’est une responsabilité nationale. C’était enrichissant de siéger à ces tables et d’échanger avec des témoins et des sénateurs de tous les groupes. Alors que mon mandat touche à sa fin, je confie à mes collègues compétents une série de notes d’orientation et d’études liées à mes travaux au sein des comités SECD et AEFA, afin qu’ils puissent les faire avancer.

Vous avez siégé au sein du Groupe d’amitié parlementaire Canada-Qatar, fondé et coprésidé le Groupe interparlementaire Canada-Arabie saoudite, et commencé à mettre en place un groupe d’amitié parlementaire Canada-Syrie. Qu’avez-vous appris sur la diplomatie parlementaire?

La diplomatie parlementaire repose sur une conviction simple : le dialogue entre les peuples n’est jamais vain. À travers mon travail au sein de ces groupes, j’ai cherché à bâtir des ponts qui perdurent au-delà de toute réunion ponctuelle.

J’ai appris que la confiance se construit en personne. Coprésider une réunion informelle du Comité des affaires étrangères avec des parlementaires et des représentants gouvernementaux égyptiens en visite; accueillir des ambassadeurs arabes au Sénat; accueillir une délégation d’entreprises des Émirats arabes unis, ici à Ottawa; ces conversations ouvrent des portes que les canaux officiels seuls ne peuvent pas ouvrir.

Le sénateur Al Zaibak, sa famille et l’huissier du bâton noir, J. Greg Peters, assistent à la réception soulignant le départ à la retraite du sénateur, à l’édifice du Sénat du Canada, le 11 juin 2026. De gauche à droite : Khaled Malas, Jana Al Zaibak, Leen Al Zaibak, Najla Al Zaibak, le sénateur Al Zaibak, Dean Henry, M. Peters, Michael Henry, Mona Al Zaibak, Omar Al Zaibak et Lara Barazi. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)Le sénateur Al Zaibak, sa famille et l’huissier du bâton noir, J. Greg Peters, assistent à la réception soulignant le départ à la retraite du sénateur, à l’édifice du Sénat du Canada, le 11 juin 2026. De gauche à droite : Khaled Malas, Jana Al Zaibak, Leen Al Zaibak, Najla Al Zaibak, le sénateur Al Zaibak, Dean Henry, M. Peters, Michael Henry, Mona Al Zaibak, Omar Al Zaibak et Lara Barazi. (Crédit photo : Bureau du sénateur Mohammad Al Zaibak)

Enfin, y a-t-il quelque chose qui vous a surpris au Sénat?

Les amitiés et la collégialité entre sénateurs de toutes allégeances politiques. Les Canadiens ont tendance à voir le Sénat à travers le prisme du débat et du désaccord. Ce qu’ils ne voient pas, c’est la profondeur intellectuelle de ces débats ou le savoir-faire législatif et administratif qui permet au Parlement de fonctionner. Je pense qu’il faudrait sensibiliser davantage le public au travail du Sénat.

Quels sont vos projets pour la suite?

Eh bien, je ne vois pas la fin de mon mandat au Sénat comme un départ à la retraite, mais plutôt comme un changement de siège. Je continuerai à faire ce que j’ai toujours fait : bâtir des ponts plutôt que des murs – mais désormais depuis l’extérieur de la Chambre.

Je continuerai de faire valoir que le Canada devrait saisir les occasions stratégiques en matière de commerce et d’investissement avec le monde arabe. Je resterai fidèle au credo que mes parents m’ont transmis : « Fais le bien et jette-le à la mer ».

Mais surtout, j’ai hâte de passer du temps avec ma femme, mes enfants et mes petits-enfants, ceux qui donnent véritablement tout son sens à ma vie.


Regardez les hommages rendus au sénateur Mohammad Al Zaibak et son discours d’adieu dans la Chambre.

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