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Vu de l’extérieur : La mise en œuvre de la Loi sur le cannabis et ses effets sur les peuples autochtones

Les Premières Nations n’ont pas profité des possibilités économiques découlant de la légalisation du cannabis, le gouvernement fédéral ayant ignoré les appels des Premières Nations qui souhaitaient que la possession, la vente et la distribution de cette substance relèvent de leur compétence.

Résumé

En 2022, le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones (le comité) s’est penché sur la mise en œuvre de la Loi sur le cannabis et les effets de la légalisation de cette substance sur les peuples autochtones. Il cherchait également à mieux comprendre les mesures prises par le gouvernement du Canada pour donner suite aux recommandations contenues dans son rapport de 2018 sur la teneur du projet de loi sur le cannabis.

Le comité a constaté qu’un grand nombre des questions pressantes soulevées par les témoins avant la légalisation du cannabis n’étaient toujours pas réglées. Le rapport contient 13 recommandations à l’intention du gouvernement du Canada et du Comité d’experts. La plupart reposent sur les témoignages des membres des Premières Nations, puisque le comité n’a pas pu entendre beaucoup de témoins inuits et métis en raison de la pandémie de COVID-19. Le comité reconnaît toutefois qu’il est essentiel de connaître les vues des Inuits et des Métis sur la question du cannabis et encourage le Comité d’experts à consulter ces groupes.

Les Premières Nations doivent être autorisées par la législation fédérale à posséder, à vendre et à distribuer du cannabis. Elles veulent être en mesure de faire appliquer les lois à ce sujet sur leurs territoires. Pour cela, il faut augmenter le financement et la formation des services de police des Premières Nations.

En outre, en ce qui concerne la vente et la distribution de cannabis, certaines Premières Nations n’ont aucun moyen de participer au marché du cannabis. Elles veulent en faire partie, pour s’assurer que la distribution du cannabis répond aux besoins de leurs communautés.

Un cadre de partage des produits de la taxe d’accise avec les Premières Nations devrait être élaboré afin d’assurer une meilleure distribution de ces recettes. Les régimes d’octroi de permis pour le cannabis doivent être revus de manière à accroître le nombre d’entreprises autochtones autorisées à produire du cannabis.

Il importe d’effectuer des recherches pour bien comprendre les effets de la légalisation du cannabis sur la santé des peuples autochtones, notamment des jeunes et des femmes. Les communautés autochtones devraient s’approprier cette recherche et en utiliser les résultats pour orienter l’éducation et les approches en matière de santé publique.

Enfin, le comité prie instamment le Comité d’experts chargé d’examiner le cadre législatif relatif au cannabis d’examiner les recommandations contenues dans le présent rapport en consultant les différents peuples et organismes autochtones.

Recommandations

RECOMMANDATION 1

Que le Comité d’experts mène des consultations approfondies et propose des solutions aux problèmes soulevés par les peuples autochtones en ce qui concerne la compétence en la matière, l’application de la loi, l’équité et l’inclusion au sein de l’industrie, de même que la santé mentale et la toxicomanie; et que des fonds soient mis à la disposition des peuples autochtones au cours de ce processus.


RECOMMANDATION 2

Que le ministre de la Santé présente au Parlement un projet de loi visant à modifier la Loi sur le cannabis pour permettre aux Premières Nations de réglementer la possession, la vente et la distribution de cannabis sur leurs terres.


RECOMMANDATION 3

Que le gouvernement du Canada organise une rencontre entre des Premières Nations et les gouvernements fédéral, provinciaux, territoriaux dans un esprit de coopération et de collaboration afin de régler les problèmes de compétence et de permettre ainsi aux Premières Nations de prendre la place qui leur est due sur le marché du cannabis.


RECOMMANDATION 4

Que le gouvernement du Canada, lors de l’élaboration de mesures législatives relatives aux services de police des Premières Nations et en collaboration avec les provinces et les territoires ainsi que les gouvernements des Premières Nations, établisse des mécanismes législatifs pour permettre l’application des règlements des bandes et autres lois concernant le cannabis par tous les services de police et veiller à ce que les infractions puissent faire, dans les faits, l’objet d’enquêtes et de poursuites.


RECOMMANDATION 5

Que le gouvernement du Canada veille en outre à ce que les communautés autochtones aient accès à un financement adéquat pour les services de police et l’application des règlements des bandes sur le cannabis.


RECOMMANDATION 6

Que la Gendarmerie royale du Canada réserve des places aux agents des services de police des Premières Nations afin qu’ils puissent suivre le programme d’experts en reconnaissance des drogues, et que Sécurité publique Canada accorde des fonds supplémentaires à ces services de police à l’appui de ce travail.


RECOMMANDATION 7

Que Finances Canada travaille avec les Premières Nations pour trouver des options en vue de l’élaboration d’un régime de partage de la taxe d’accise dans le cadre des discussions sur la taxe de vente sur le carburant, l’alcool, le cannabis et le tabac.


RECOMMANDATION 8

Que Finances Canada et Services aux Autochtones Canada travaillent avec les collectivités des Premières Nations afin de trouver des moyens de mettre en place une agence dirigée par les Premières Nations qui facilite la participation de ces dernières au marché du cannabis.


RECOMMANDATION 9

Que Santé Canada et l’Agence du revenu du Canada travaillent avec les peuples et les collectivités autochtones afin de passer en revue les processus de demande pour toutes les licences relatives au cannabis et qu’ils rendent compte de leurs conclusions au comité d’ici décembre 2023.


RECOMMANDATION 10

Que Services aux Autochtones Canada étende la couverture du Programme des services de santé non assurés au cannabis à des fins médicinales.


RECOMMANDATION 11

Que le gouvernement du Canada travaille avec les producteurs de cannabis pour veiller à ce que le cannabis puisse être couvert par le Programme des services de santé non assurés de Services aux Autochtones Canada.


RECOMMANDATION 12

Que Santé Canada et Services aux Autochtones Canada travaillent de concert avec les peuples et les collectivités autochtones afin de mettre sur pied et de financer une stratégie de recherche sur le cannabis et ses effets sur les peuples et collectivités autochtones.


RECOMMANDATION 13

Que Santé Canada et Services aux Autochtones Canada accordent des fonds pour la création et la mise à jour de produits d’information de santé publique sur le cannabis gérés par les Autochtones.


Communiqué de presse

Ottawa – Les Premières Nations n’ont pas profité des possibilités économiques découlant de la légalisation du cannabis, le gouvernement fédéral ayant ignoré les appels des Premières Nations qui souhaitaient que la possession, la vente et la distribution de cette substance relèvent de leur compétence, a déclaré le Comité sénatorial des peuples autochtones dans un rapport publié le mercredi 14 juin 2023.

Le rapport du comité vise à contribuer au travail du comité d’experts chargé d’évaluer la mise en œuvre de la Loi sur le cannabis. Le comité espère que le comité d’experts travaillera avec les peuples autochtones, les organisations et les gouvernements pour résoudre les problèmes mentionnés dans le rapport.

Le comité a constaté que de nombreux problèmes relevés par les Premières Nations avant la légalisation du cannabis n’ont pas été résolus. Par exemple, le gouvernement fédéral a le pouvoir exclusif de réglementer les questions relatives aux Premières Nations et à leurs terres de réserve. En 2018, alors que le Parlement débattait de la Loi sur le cannabis, les représentants des Premières Nations ont fait valoir que la reconnaissance de leur compétence en matière de réglementation, de vente et de distribution du cannabis était un élément essentiel de leur droit inhérent à l’autonomie gouvernementale et qu’elle garantirait leur pleine participation aux possibilités économiques que la légalisation devait offrir. Le gouvernement fédéral les a plutôt abandonnés aux caprices des provinces et des territoires, dont certains n’ont même pas répondu aux demandes d’accords de production, de vente et de distribution de cannabis formulées par les Premières Nations, les excluant ainsi du marché du cannabis.

Par conséquent, le comité recommande au ministre de la Santé de présenter un projet de loi visant à modifier la Loi sur le cannabis afin de permettre aux Premières Nations de réglementer la possession, la vente et la distribution de cannabis sur leurs terres. Il recommande également d’augmenter le financement destiné au maintien de l’ordre et à l’application des lois sur le cannabis des Premières Nations, de même que le financement et la formation des services de police des Premières Nations. Ces recommandations font partie des 13 recommandations contenues dans le rapport qui visent à corriger les oublis qui ont une fois de plus laissé les peuples des Premières Nations à l’écart.

En bref

  • L’article 151.1 de la Loi sur le cannabis prévoit un examen de la loi et de son administration, notamment en ce qui concerne ses effets sur les peuples et les communautés autochtones. Le comité d’experts a entrepris ce travail; il publiera ses conclusions et formulera des recommandations au gouvernement fédéral dans un prochain rapport.
  • Seul un petit nombre d’entreprises appartenant ou affiliées aux Premières Nations ont reçu des licences commerciales de cannabis du gouvernement fédéral. Le comité craint que les entreprises autochtones ne soient confrontées à des obstacles supplémentaires et recommande de revoir le processus de demande fédéral.
  • Le comité a appris qu’il manque de données sur la santé concernant la consommation de cannabis des Premières Nations, des Inuits et des Métis depuis la légalisation, notamment en ce qui concerne ses effets sur les jeunes et les femmes enceintes. Il recommande au gouvernement fédéral de collaborer avec les peuples et les communautés autochtones afin d’établir et de financer une stratégie de recherche sur le cannabis et ses effets.

Citations

« Il est décevant d’être une fois de plus obligé d’essayer de corriger des oublis qui auraient pu être évités si le gouvernement fédéral avait écouté les Premières Nations dès le début. Dans un esprit de réconciliation, le gouvernement doit promouvoir, plutôt qu’entraver, la participation pleine et égale de nos peuples et de nos communautés à l’économie. »

– Sénateur Brian Francis, président du comité

« Nous sommes convaincus que le comité d’experts tiendra compte de nos recommandations pour pallier les insuffisances du processus de consultation fédéral. Les peuples des Premières Nations méritent de profiter des possibilités offertes à tous les Canadiens. »

– Sénateur David M. Arnot, vice-président du comité

« Les effets sur la santé de la consommation de cannabis dans les communautés du Nord sont toujours un sujet qui me préoccupe. Le gouvernement fédéral s’est engagé à financer la construction du centre de rétablissement du Nunavut et à collaborer avec des partenaires pour financer le soutien communautaire qui offrira un traitement adapté sur le plan culturel de la toxicomanie et des traumatismes. Nous nous attendons à ce que le gouvernement respecte cet engagement. »

– Sénateur Dennis Patterson, membre du Sous-comité du programme et de la procédure

Liens connexes

Pour plus de renseignements :

Jérémie Spadafora
Agent de communications | Sénat du Canada
343-550-6111 | jeremie.spadafora@sen.parl.gc.ca

Multimédia


Le sénateur Brian Francis, président du comité, discute du rapport du Comité sénatorial des peuples autochtones sur la mise en œuvre de la Loi sur le cannabis et ses effets sur les peuples autochtones lors d’une conférence de presse.


La sénatrice Michèle Audette et les sénateurs Brian Francis, centre, et David M. Arnot parlent du rapport du Comité sénatorial des peuples autochtones sur la mise en œuvre de la Loi sur le cannabis et ses effets sur les peuples autochtones lors d’une conférence de presse.


La sénatrice Michèle Audette et les sénateurs Brian Francis, centre, et David M. Arnot présentent une copie du rapport du Comité sénatorial des peuples autochtones, « Vu de l’extérieur : La mise en œuvre de la Loi sur le cannabis et ses effets sur les peuples autochtones », rendu public le mercredi 14 juin 2023.

Les sénateurs qui ont participé à cette étude

Brian Francis

Brian Francis
GPS - Île-du-Prince-Édouard

David M. Arnot

David M. Arnot
GSI - Saskatchewan

Michèle Audette

Michèle Audette
GPS - Québec (De Salaberry)

Mary Coyle

Mary Coyle
GSI - Nouvelle-Écosse (Antigonish)

Margo Greenwood

Margo Greenwood
GSI - Colombie-Britannique

Nancy J. Hartling

Nancy J. Hartling
GSI - Nouveau-Brunswick

Patti LaBoucane-Benson

Patti LaBoucane-Benson
BRG - Alberta

Yonah Martin

Yonah Martin
C - Colombie-Britannique

Dennis Glen Patterson

Dennis Glen Patterson
GSC - Nunavut

Donald Neil Plett

Donald Neil Plett
C - Manitoba (Landmark)

Karen Sorensen

Karen Sorensen
GPS - Alberta

Scott Tannas

Scott Tannas
GSC - Alberta

Membres d’office du comité : L’honorable Marc Gold et/ou l’honorable Patti LaBoucane-Benson, L’honorable Donald Neil Plett et/ou l’honorable Yonah Martin

Autres sénateurs ayant participé à l’étude : L’honorable Gwen Boniface, L’honorable Bev Busson, L’honorable Daniel Christmas, L’honorable Sandra M. Lovelace Nicholas, L’honorable Ratna Omidvar, L’honorable Kim Pate

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