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La diminution et la dégradation des sols feront grimper les prix alimentaires : sénateur Black

Le sénateur Rob Black parle lors de sa visite à une ferme.

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Tandis que la population canadienne subit les effets de la hausse du prix des aliments, les politiciens ne font que chercher des boucs émissaires.

Est-ce la taxe sur le carbone? Le changement climatique? Les géants de l’alimentation qui s’en mettent plein les poches?

Tout ce jeu de pointage de doigts cache en fait un problème grave.

Les sols — cette terre essentielle sous nos pieds — se font de plus en plus rares, diminuant en quantité et en qualité, ce qui aura des conséquences désastreuses sur le prix des aliments ou sur notre approvisionnement alimentaire si nous ne prenons pas ce problème au sérieux.

C’est l’une des conclusions les plus alarmantes d’une récente étude sénatoriale sur la santé des sols du Canada.

En ma qualité de président du Comité sénatorial de l’agriculture et des forêts, qui a entrepris cette étude, j’ai entendu des témoignages clairs et convaincants indiquant que la santé des sols est menacée.

Dans chaque région du Canada, on constate la dégradation des sols et la perte de terres agricoles; à elle seule, la superficie des terres agricoles a diminué de 8 % entre 2001 et 2021. Si les avancées scientifiques en matière de gestion des sols et de pratiques agricoles permettent de maintenir la croissance du rendement des cultures, ces techniques masquent également le fait qu’une ressource cruciale est en train de s’épuiser rapidement.

En Colombie-Britannique, par exemple, l’eau de l’océan remonte plus en amont dans le delta fertile du fleuve Fraser, ce qui a pour effet de saliniser les sols et de les rendre moins productifs. De plus, des précipitations plus intenses qu’avant contribuent à l’érosion des sols. Sans compter que les périodes prolongées de hautes eaux réduisent le temps que les agriculteurs peuvent passer dans leurs champs, ce qui entraîne un compactage du sol, lequel réduit l’espace disponible pour l’eau et l’air.

Pendant ce temps, en Ontario, on constate une diminution de la matière organique du sol, qui contribue à fournir des nutriments aux plantes. La même chose se produit également au Québec et dans les provinces de l’Atlantique.

Et ce phénomène ne se limite pas au Canada. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estime que plus de 30 % des sols de la planète sont déjà dégradés.

Dans son livre The Third Plate, le chef new-yorkais Dan Barber raconte avoir goûté des carottes « incroyablement délicieuses ».  Ces carottes se sont avérées avoir une teneur en sucre exceptionnellement élevée. Les analyses ont révélé la présence d’huiles, d’acides aminés et de protéines saines provenant d’un sol riche en nutriments et en micro-organismes.

Il a ensuite testé une carotte de sa cuisine. Aucun sucre n’a pu être détecté.

Cette carotte, quoique biologique, avait été cultivée dans un sol sablonneux et pauvre en nutriments, avec seulement de l’eau et de l’engrais. Les producteurs ont nourri la carotte, mais ils n’ont pas nourri le sol, a écrit M. Barber.

Les efforts d’un grand chef pour trouver une carotte plus sucrée peuvent sembler très éloignés de la réalité vécue par les Canadiens qui luttent pour se nourrir, mais il y a ici une importante leçon de santé publique à tirer.

Barber décrit une étude entreprise en 1942 par le pionnier William Albrecht, spécialiste des sols, qui a eu accès aux registres militaires du Missouri. Il a constaté que les hommes originaires de régions couvertes de sols délavés étaient plus susceptibles d’être inaptes et rejetés pour servir dans l’armée, tandis que les hommes originaires du nord-ouest et de ses sols plus riches en minéraux étaient deux fois moins susceptibles d’être rejetés.

Il s’agissait d’une corrélation puissante entre des sols sains et des corps sains.

« Parmi les avantages sociétaux de sols sains, notons une eau plus propre, une biodiversité accrue et une réduction des menaces d’inondations », a expliqué Duane Thompson au comité.

« De plus, les agriculteurs profitent d’une productivité accrue, d’une plus grande résilience face au changement climatique, d’une responsabilité moindre dans la détérioration de l’environnement et d’une meilleure rentabilité globale. Les consommateurs, quant à eux, bénéficient d’une plus grande sécurité alimentaire, de préoccupations environnementales moindres et d’aliments plus sains et plus riches en nutriments ».

La convocation de Galen Weston au Parlement est peut-être du grand théâtre, mais ce n’est pas de la bonne gouvernance.

Les recommandations de notre rapport montrent ce qu’il faudrait faire pour assurer la stabilité, l’abondance et l’abordabilité de l’approvisionnement alimentaire. Les 25 recommandations comprennent des crédits d’impôt fédéraux pour les agriculteurs, les éleveurs et les cultivateurs qui ont adopté, ou sont en train d’adopter, des innovations et des technologies qui favorisent la santé des sols. Nous recommandons également que le gouvernement du Canada collabore avec les provinces et les territoires afin d’appuyer l’élaboration d’un consensus sur la façon de mesurer, de rendre compte et de vérifier la santé des sols.


Le sénateur Rob Black est un fervent défenseur de l’agriculture et il préside le Comité sénatorial de l’agriculture et des forêts. Il représente l’Ontario au Sénat du Canada.

Cet article a été publié le 19 novembre 2024 dans le journal Vancouver Sun (en anglais seulement).

Tandis que la population canadienne subit les effets de la hausse du prix des aliments, les politiciens ne font que chercher des boucs émissaires.

Est-ce la taxe sur le carbone? Le changement climatique? Les géants de l’alimentation qui s’en mettent plein les poches?

Tout ce jeu de pointage de doigts cache en fait un problème grave.

Les sols — cette terre essentielle sous nos pieds — se font de plus en plus rares, diminuant en quantité et en qualité, ce qui aura des conséquences désastreuses sur le prix des aliments ou sur notre approvisionnement alimentaire si nous ne prenons pas ce problème au sérieux.

C’est l’une des conclusions les plus alarmantes d’une récente étude sénatoriale sur la santé des sols du Canada.

En ma qualité de président du Comité sénatorial de l’agriculture et des forêts, qui a entrepris cette étude, j’ai entendu des témoignages clairs et convaincants indiquant que la santé des sols est menacée.

Dans chaque région du Canada, on constate la dégradation des sols et la perte de terres agricoles; à elle seule, la superficie des terres agricoles a diminué de 8 % entre 2001 et 2021. Si les avancées scientifiques en matière de gestion des sols et de pratiques agricoles permettent de maintenir la croissance du rendement des cultures, ces techniques masquent également le fait qu’une ressource cruciale est en train de s’épuiser rapidement.

En Colombie-Britannique, par exemple, l’eau de l’océan remonte plus en amont dans le delta fertile du fleuve Fraser, ce qui a pour effet de saliniser les sols et de les rendre moins productifs. De plus, des précipitations plus intenses qu’avant contribuent à l’érosion des sols. Sans compter que les périodes prolongées de hautes eaux réduisent le temps que les agriculteurs peuvent passer dans leurs champs, ce qui entraîne un compactage du sol, lequel réduit l’espace disponible pour l’eau et l’air.

Pendant ce temps, en Ontario, on constate une diminution de la matière organique du sol, qui contribue à fournir des nutriments aux plantes. La même chose se produit également au Québec et dans les provinces de l’Atlantique.

Et ce phénomène ne se limite pas au Canada. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estime que plus de 30 % des sols de la planète sont déjà dégradés.

Dans son livre The Third Plate, le chef new-yorkais Dan Barber raconte avoir goûté des carottes « incroyablement délicieuses ».  Ces carottes se sont avérées avoir une teneur en sucre exceptionnellement élevée. Les analyses ont révélé la présence d’huiles, d’acides aminés et de protéines saines provenant d’un sol riche en nutriments et en micro-organismes.

Il a ensuite testé une carotte de sa cuisine. Aucun sucre n’a pu être détecté.

Cette carotte, quoique biologique, avait été cultivée dans un sol sablonneux et pauvre en nutriments, avec seulement de l’eau et de l’engrais. Les producteurs ont nourri la carotte, mais ils n’ont pas nourri le sol, a écrit M. Barber.

Les efforts d’un grand chef pour trouver une carotte plus sucrée peuvent sembler très éloignés de la réalité vécue par les Canadiens qui luttent pour se nourrir, mais il y a ici une importante leçon de santé publique à tirer.

Barber décrit une étude entreprise en 1942 par le pionnier William Albrecht, spécialiste des sols, qui a eu accès aux registres militaires du Missouri. Il a constaté que les hommes originaires de régions couvertes de sols délavés étaient plus susceptibles d’être inaptes et rejetés pour servir dans l’armée, tandis que les hommes originaires du nord-ouest et de ses sols plus riches en minéraux étaient deux fois moins susceptibles d’être rejetés.

Il s’agissait d’une corrélation puissante entre des sols sains et des corps sains.

« Parmi les avantages sociétaux de sols sains, notons une eau plus propre, une biodiversité accrue et une réduction des menaces d’inondations », a expliqué Duane Thompson au comité.

« De plus, les agriculteurs profitent d’une productivité accrue, d’une plus grande résilience face au changement climatique, d’une responsabilité moindre dans la détérioration de l’environnement et d’une meilleure rentabilité globale. Les consommateurs, quant à eux, bénéficient d’une plus grande sécurité alimentaire, de préoccupations environnementales moindres et d’aliments plus sains et plus riches en nutriments ».

La convocation de Galen Weston au Parlement est peut-être du grand théâtre, mais ce n’est pas de la bonne gouvernance.

Les recommandations de notre rapport montrent ce qu’il faudrait faire pour assurer la stabilité, l’abondance et l’abordabilité de l’approvisionnement alimentaire. Les 25 recommandations comprennent des crédits d’impôt fédéraux pour les agriculteurs, les éleveurs et les cultivateurs qui ont adopté, ou sont en train d’adopter, des innovations et des technologies qui favorisent la santé des sols. Nous recommandons également que le gouvernement du Canada collabore avec les provinces et les territoires afin d’appuyer l’élaboration d’un consensus sur la façon de mesurer, de rendre compte et de vérifier la santé des sols.


Le sénateur Rob Black est un fervent défenseur de l’agriculture et il préside le Comité sénatorial de l’agriculture et des forêts. Il représente l’Ontario au Sénat du Canada.

Cet article a été publié le 19 novembre 2024 dans le journal Vancouver Sun (en anglais seulement).

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