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PERSONNALITÉS
Rencontre avec la poète officielle du Parlement : Louise Bernice Halfe — Sky Dancer
19 mai 2021

Louise Bernice Halfe – Sky Dancer est devenue la neuvième poète officielle du Parlement le 1er janvier 2021 pour un mandat de deux ans. (Crédit photo : Bibliothèque du Parlement)

Louise Bernice Halfe – Sky Dancer est devenue la neuvième poète officielle du Parlement le 1er janvier 2021 pour un mandat de deux ans. (Crédit photo : Bibliothèque du Parlement)

Louise Bernice Halfe – Sky Dancer est devenue la poète officielle du Parlement du Canada le 1er janvier 2021. Neuvième poète à occuper ce poste, Mme Halfe succède à Georgette LeBlanc, dont le mandat de deux ans a pris fin le 31 décembre 2019.

Née à Two Hills, en Alberta, Mme Halfe a grandi dans la réserve de Saddle Lake et a fréquenté le pensionnat de Blue Quills. Elle est titulaire d’un baccalauréat en travail social — et de diplômes honorifiques en lettres de l’Université Wilfrid-Laurier, l’Université de Saskatchewan et l’Université Mount Royal — et elle a déjà occupé le poste de deuxième poète officiel de la Saskatchewan. Parmi les ouvrages publiés par Mme Halfe, on compte Bear Bones and Feathers (1994), Blue Marrow (2004), The Crooked Good (2007) et Burning in this Midnight Dream (2016), pour lesquels elle a reçu de nombreux prix et éloges. Sôhkêyihta, publié en 2018, est un recueil de poèmes choisis. Le dernier ouvrage de Mme Halfe, awâsis – kinky and dishevelled, est paru en avril 2021.

Félicitations, Mme Halfe, pour votre nomination au poste de poète officielle du Parlement. Pourquoi assumer ce nouveau poste? Qu’espérez-vous accomplir au cours de votre mandat de deux ans?

On m’a demandé deux fois par le passé si j’acceptais que des gens soumettent ma candidature et j’ai toujours refusé. J’aime mon anonymat relatif. Néanmoins, quand une troisième personne m’a fait la même demande et que j’en ai parlé à mon mari, il m’a dit : « Mais qu’est-ce que tu as à perdre? » Je me suis dit : « Eh bien, il a raison. Qu’est-ce que j’ai à perdre? J’ai 68 ans... Mon avenir est plus court que mon passé. Je ferais bien d’accepter! » C’est donc à ce moment-là que j’ai décidé d’accepter la proposition de ma nomination, puis le poste.

Qu’est-ce que j’espère réaliser? Cette année, mon but est de mettre en évidence autant de poètes autochtones que possible dans chaque province du Canada. Mon but pour l’an prochain sera de présenter d’autres auteurs de groupes minoritaires. Comme j’ai une formation en travail social, j’ai entretenu au fil des ans de nombreuses relations croisées avec des personnes d’horizons variés.

Votre recueil de poèmes, Burning in this Midnight Dream, est né des émotions et des souvenirs que vous avez vécus et évoqués, en tant que survivante du régime des pensionnats, pendant les travaux de la Commission de vérité et de réconciliation. Pensez-vous que votre nomination au poste de poète officielle représente un pas en avant vers la réconciliation des Canadiens avec les peuples autochtones?

Je pense que cela contribuera à faire évoluer ce processus à l’avenir.

J’aimerais vous raconter une analogie. Dans notre histoire de la création, le petit rat musqué plonge profondément, très profondément au fond de l’eau, pour y prélever un peu de terre afin de pouvoir créer le monde. Il revient à la surface, plus mort que vif, en serrant très fort une poignée de terre. Burning in this Midnight Dream, en gros, c’était ça, pour moi.

Quand et comment avez-vous été attirée par l’écriture de la poésie? Avez-vous construit votre trame, ou adopté une alternance de codes, entre le cri et l’anglais dans vos poèmes dès le tout début?

J’ai commencé à écrire quand j’avais 16 ans. C’était de la poésie, sauf que je ne savais pas à l’époque que c’était de la poésie. J’ai mis ça de côté, puis j’ai recommencé à écrire au début de la trentaine, il me semble. Je n’avais pas l’intention de devenir une poète; je tenais simplement un journal et ça a évolué. La poésie s’est présentée comme ça et je l’ai acceptée. C’était la façon dont je devais écrire et je devais suivre cette voie. J’ai essayé d’autres genres, mais j’ai réalisé que je n’étais pas très douée pour ça. La poésie est ma passion.

« L’alternance de codes », ça ne vient pas de moi, parce que je ne pensais même pas à ce que je faisais pendant que j’écrivais. Pendant l’écriture de mon premier livre, je n’ai pas pensé à ça. Au fur et à mesure que j’avançais dans ma carrière d’écrivaine, j’ai réfléchi aux écrivains grand public qui écrivent et insèrent des phrases ou des paragraphes dans leurs textes et ne proposent pas de traduction. Je me suis dit : « Eh bien, si c’est assez bon pour eux, je peux le faire aussi. » C’est là que j’ai commencé à insérer ma langue crie dans mon écriture.

Pourquoi est-ce important pour vous d’inclure à la fois le cri et l’anglais dans vos écrits?

Plusieurs choses — d’abord la préservation de la langue. L’anglais n’est pas ma langue maternelle. Lorsque je suis allée au pensionnat, je parlais uniquement en langue crie; j’ai dû apprendre une autre langue qui m’était complètement étrangère.

Et... ça brise la glace, le fait d’apprendre comment s’exprimer dans une autre langue. Lors de mes voyages à l’étranger, je demandais aux gens de me montrer des mots dans leur langue. Ce n’était pas pour me moquer d’eux; je voulais simplement apprécier l’essence de leurs origines. C’est honorable de faire cela, de faire cet effort et d’élargir cet intérêt. Cela ouvre aussi le dialogue, je pense.

En plus d’être une écrivaine accomplie, vous êtes également une travailleuse sociale diplômée. Comment cette expérience et cette expertise influencent-elles votre poésie et votre écriture?

Je suis titulaire d’un baccalauréat en travail social et j’ai suivi une formation de deux ans en toxicomanie. J’ai aussi animé des ateliers. Ce que j’ai découvert, c’est que mon travail social s’est conjugué à de nombreux aspects de ma vie, non seulement avec les enfants appréhendés avec lesquels je travaille, mais aussi avec les aînés qui travaillent avec ces enfants dans les services sociaux et au sein de leur famille. Je travaille également avec des étudiants en tant qu’aînée en résidence et j’y apporte ma formation en travail social et mon travail comme écrivaine aussi, ce qui m’amène parfois à leur demander : « Est-ce que cela vous dérange si j’écris cette histoire? Ce sera une fiction, ce sera poétique, et aucun nom ne sera divulgué. » Je tisse également ma poésie à partir d’aspects de leur histoire.

Nommez un poème ou un poète que, selon vous, tous les parlementaires, et les Canadiens, devraient prendre le temps de lire, et pourquoi?

Eh bien, il y a beaucoup de poètes, mais l’un de ceux dont j’aimerais mentionner le nom aujourd’hui est Armand Garnet Ruffo, et son livre, The Thunderbird Poems. Il y traite de ses entretiens et de ses interactions avec Norval Morriseau, un grand peintre autochtone, anishinaabe. Il a développé une belle relation avec cet homme avant d’écrire son histoire dans The Thunderbird Poems. C’est magnifiquement écrit et c’est puissant. Armand écrit depuis très, très longtemps et je pense qu’il mérite d’être mieux connu dans ce pays.

Quels conseils donneriez-vous à un aspirant poète?

Lisez, lisez, lisez, lisez! Utilisez un dictionnaire comme si c’était la Bible. Et écrivez, écrivez, écrivez, écrivez — tous les jours! Ne faites pas attention à votre critique intérieur.