Le secteur énergétique extracôtier florissant de Terre-Neuve-et-Labrador

ST. JOHN’S (T.-N.-L.) — Les touristes peuvent embrasser la morue sur Water Street, mais St. John’s demeure une ville d’énergie.
Là où le poisson dominait autrefois l’économie locale, la capitale de Terre-Neuve-et-Labrador abrite désormais un secteur énergétique extracôtier qui injecte des revenus, des emplois et des possibilités dans l’ensemble de la province. Le pétrole extracôtier a représenté 14 % du PIB réel de la province en 2023, et le nouveau projet envisagé de Bay du Nord pourrait faire grimper la production de façon importante.
Avec encore au moins trois décennies de production pétrolière extracôtière possibles sous le plancher océanique, le Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles a entrepris une mission d’étude sur le Rocher en mars 2026 afin de mieux comprendre l’industrie et ses contributions à la santé financière de la province et du Canada, ainsi qu’à la sécurité énergétique du Canada.
« Je voulais que mes collègues constatent de leurs propres yeux que Terre-Neuve-et-Labrador possède un secteur pétrolier de premier ordre, parmi les meilleurs au monde », a déclaré le sénateur David Wells, membre du comité, représentant la province à la Chambre haute, et ancien directeur général adjoint et membre du conseil d’administration de l’organisme de réglementation de l’industrie pétrolière extracôtière du Canada.
« C’est différent à Terre-Neuve-et-Labrador. »
Le pétrole extracôtier de Terre-Neuve-et-Labrador provient de quatre sites situés à environ 300 kilomètres à l’est de St. John’s. Les premières grandes découvertes de pétrole remontent à 1979, mais des différends fédéraux-provinciaux sur la propriété et la gouvernance ont retardé la production. L’Accord atlantique Canada – Terre-Neuve a finalement été conclu en 1985 pour régler ces questions, et en 1997, le projet Hibernia a commencé à produire du pétrole brut.
Le sénateur David Wells prend une pause de la mission d’étude pour faire une entrevue avec un journaliste de NTV.
Depuis, l’exploration se poursuit. Les compagnies pétrolières forent le fond marin afin de prélever un échantillon de carotte, à la recherche de ce que l’on appelle des « indices » de pétrole. Certaines de ces carottes de sondage sont conservées au Centre d’entreposage et de recherche (en anglais seulement), à St. John’s, où l’air rappelle celui d’un atelier mécanique et où les sénateurs ont eu l’occasion d’examiner des échantillons à la main et au microscope.
Lorsqu’une zone commerciale est repérée, les installations de production fixes ou flottantes sont déplacées en mer afin de forer le plancher océanique, utilisant la pression pour extraire le pétrole des roches poreuses et l’injecter dans des pétroliers.
L’ampleur des opérations est difficile à concevoir : c’est pourquoi le comité a effectué un trajet d’une heure et demie en autobus jusqu’au chantier de fabrication de Bull Arm (en anglais seulement), où certaines de ces plateformes fixes géantes ont été construites. Les sénateurs paraissaient minuscules face à ces structures imposantes conçues pour résister à la houle, aux vents violents et même aux icebergs.
Newdock (en anglais seulement), un chantier maritime de St. John’s, dessert un large éventail d’équipements extracôtiers, allant des navires de pêche jusqu’aux navires de la Garde côtière et de la Marine. Sa cale sèche, en bois, date de la fin du XIXe siècle, ce qui en fait une installation à la fois historique et hautement spécialisée. Les sénateurs ont appris que l’installation, dont deux Premières Nations détiennent une participation, prévoit doubler sa capacité d’entretien des navires.
Le sénateur Daryl S. Fridhandler observe le chantier de Bull Arm, où la structure gravitaire Hibernia a été construite. Il a déclaré que sa visite à Bull Arm lui a donné l’impression de vivre des « retrouvailles », lui qui avait participé au projet Hibernia en tant qu’avocat spécialisé dans le secteur de l’énergie.
Le sénateur Réjean Aucoin tient une carotte de sondage tachée de pétrole au Centre d’entreposage et de recherche.
Des échantillons de pétrole comme celui-ci, provenant du champ pétrolifère Hibernia, sont conservés dans des bocaux Mason étiquetés.
Les projets d’expansion de Newdock sont liés au projet Bay du Nord (en anglais seulement), un développement situé à environ 500 kilomètres au large et à une profondeur de 600 à 1 200 mètres, qui pourrait générer des milliards de dollars de revenus et des milliers d’emplois, ainsi qu’environ un milliard de barils de pétrole. Le géant norvégien de l’énergie Equinor n’a pas encore pris de décision finale; celle-ci étant attendue en 2027. Si le projet se concrétise, la production de pétrole pourrait commencer en 2031.
L’enthousiasme local entourant Bay du Nord était palpable, compte tenu des retombées potentielles. Les marchés de l’énergie demeurent toutefois incertains. Tandis qu’une grande partie du pétrole de Terre-Neuve-et-Labrador trouve des acheteurs enthousiastes en Europe et aux États-Unis, le Canada pourrait bientôt chercher à mieux exploiter une vaste ressource pétrolière nationale, si les infrastructures nécessaires sont mises en place.
Le pétrole produit, un brut léger à faible teneur en soufre, est généralement envoyé vers une raffinerie du Nord de la France (détenue, paradoxalement, par une entreprise de Terre-Neuve-et-Labrador), avant qu’une partie du produit ne soit raffinée puis réexpédiée au Canada. Le projet Bay du Nord pourrait-il relancer la capacité de raffinage au Canada? La question est déjà soulevée.
La sénatrice Julie Miville-Dechêne et le sénateur David Wells échangent un sourire lors d’une séance d’information au port d’Argentia, un port industriel qui espère bénéficier de retombées si le projet Bay du Nord se concrétise.
Le sénateur Todd Lewis réfléchit à une question lors d’une rencontre avec le maire de St. John’s.
Les membres du comité ont également visité des installations de formation et de sécurité de calibre mondial à Terre-Neuve-et-Labrador, issues en partie des leçons tirées d’événements tragiques.
L’Ocean Ranger (en anglais seulement), une plateforme extracôtière autopropulsée transportant 84 personnes à son bord, a été prise dans une violente tempête hivernale le 14 février 1982. Des vagues de plus de dix mètres de hauteur ont frappé la structure. À 1 h du matin le lendemain, la plateforme gîtait, et les travailleurs se dirigeaient vers les canots de sauvetage.
Malgré l’arrivée de deux navires à proximité du site de l’Ocean Ranger, la tempête a rendu tout sauvetage impossible. Personne n’a survécu.
C’est dans ce contexte que les sénateurs ont visité RelyOn (en anglais seulement), à Mount Pearl, un centre de formation en sécurité et en survie extracôtière. Ils ont assisté à une simulation d’amerrissage forcé d’hélicoptère, illustrant l’ampleur d’une catastrophe maritime.
La sénatrice Joan Kingston, présidente du comité, manœuvre un navire au simulateur du Marine Institute.
Le comité a également pris les commandes d’une plateforme pétrolière au Centre de simulation marine du Marine Institute (en anglais seulement), une installation dont la reconstitution de l’environnement océanique est si précise que certains sénateurs ont ressenti un léger mal de mer lorsque le simulateur à sembler tanguer.
Même si le travail sera toujours exigeant, ces installations de formation contribuent à assurer une plus grande sécurité aux nouvelles générations de travailleurs, partout dans le monde.
RelyOn dispose d’un simulateur d’entraînement conçu pour préparer les passagers à évacuer un hélicoptère ayant amerri en mer. Cette formation est obligatoire pour toute personne qui souhaite travailler sur un site extracôtier.
Les équipes et les fournitures sont transportées vers les plateformes pétrolières à bord des appareils Sikorsky S-92 de la flotte de Cougar Helicopters. Les sénateurs ont appris que certains de ces appareils, pourtant anciens, ont été remis à neuf à de nombreuses reprises, au point qu’aucun composant d’origine ne subsiste – et c’est une bonne chose!
Que Bay du Nord se concrétise ou non, St. John’s demeure une ville d’énergie. D’importantes réserves de pétrole attendent encore leur extraction à Hibernia, à Terra Nova, à White Rose, à West White Rose et à Hebron, et elles se vendent au prix du Brent, plus élevé que celui du Western Canadian Select issu des sables bitumineux.
Un certain scepticisme demeure toutefois. Des chercheurs de l’Université Memorial de Terre‑Neuve‑et‑Labrador et des environnementalistes ont exprimé leurs préoccupations écologiques lors d’une rencontre avec les sénateurs. Un membre du comité a également noté la proximité étroite entre les portefeuilles de l’Environnement et de l’Énergie au sein du gouvernement provincial. Néanmoins, le pétrole est présent, et l’attitude générale envers l’industrie demeure positive.
Les membres du comité analyseront les observations issues de la mission d’étude ainsi que les témoignages recueillis à Ottawa, avant de rédiger leur rapport sur le secteur énergétique extracôtier de Terre-Neuve-et-Labrador.
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Là où le poisson dominait autrefois l’économie locale, la capitale de Terre-Neuve-et-Labrador abrite désormais un secteur énergétique extracôtier qui injecte des revenus, des emplois et des possibilités dans l’ensemble de la province. Le pétrole extracôtier a représenté 14 % du PIB réel de la province en 2023, et le nouveau projet envisagé de Bay du Nord pourrait faire grimper la production de façon importante.
Avec encore au moins trois décennies de production pétrolière extracôtière possibles sous le plancher océanique, le Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles a entrepris une mission d’étude sur le Rocher en mars 2026 afin de mieux comprendre l’industrie et ses contributions à la santé financière de la province et du Canada, ainsi qu’à la sécurité énergétique du Canada.
« Je voulais que mes collègues constatent de leurs propres yeux que Terre-Neuve-et-Labrador possède un secteur pétrolier de premier ordre, parmi les meilleurs au monde », a déclaré le sénateur David Wells, membre du comité, représentant la province à la Chambre haute, et ancien directeur général adjoint et membre du conseil d’administration de l’organisme de réglementation de l’industrie pétrolière extracôtière du Canada.
« C’est différent à Terre-Neuve-et-Labrador. »
Le pétrole extracôtier de Terre-Neuve-et-Labrador provient de quatre sites situés à environ 300 kilomètres à l’est de St. John’s. Les premières grandes découvertes de pétrole remontent à 1979, mais des différends fédéraux-provinciaux sur la propriété et la gouvernance ont retardé la production. L’Accord atlantique Canada – Terre-Neuve a finalement été conclu en 1985 pour régler ces questions, et en 1997, le projet Hibernia a commencé à produire du pétrole brut.
Le sénateur David Wells prend une pause de la mission d’étude pour faire une entrevue avec un journaliste de NTV.
Depuis, l’exploration se poursuit. Les compagnies pétrolières forent le fond marin afin de prélever un échantillon de carotte, à la recherche de ce que l’on appelle des « indices » de pétrole. Certaines de ces carottes de sondage sont conservées au Centre d’entreposage et de recherche (en anglais seulement), à St. John’s, où l’air rappelle celui d’un atelier mécanique et où les sénateurs ont eu l’occasion d’examiner des échantillons à la main et au microscope.
Lorsqu’une zone commerciale est repérée, les installations de production fixes ou flottantes sont déplacées en mer afin de forer le plancher océanique, utilisant la pression pour extraire le pétrole des roches poreuses et l’injecter dans des pétroliers.
L’ampleur des opérations est difficile à concevoir : c’est pourquoi le comité a effectué un trajet d’une heure et demie en autobus jusqu’au chantier de fabrication de Bull Arm (en anglais seulement), où certaines de ces plateformes fixes géantes ont été construites. Les sénateurs paraissaient minuscules face à ces structures imposantes conçues pour résister à la houle, aux vents violents et même aux icebergs.
Newdock (en anglais seulement), un chantier maritime de St. John’s, dessert un large éventail d’équipements extracôtiers, allant des navires de pêche jusqu’aux navires de la Garde côtière et de la Marine. Sa cale sèche, en bois, date de la fin du XIXe siècle, ce qui en fait une installation à la fois historique et hautement spécialisée. Les sénateurs ont appris que l’installation, dont deux Premières Nations détiennent une participation, prévoit doubler sa capacité d’entretien des navires.
Le sénateur Daryl S. Fridhandler observe le chantier de Bull Arm, où la structure gravitaire Hibernia a été construite. Il a déclaré que sa visite à Bull Arm lui a donné l’impression de vivre des « retrouvailles », lui qui avait participé au projet Hibernia en tant qu’avocat spécialisé dans le secteur de l’énergie.
Le sénateur Réjean Aucoin tient une carotte de sondage tachée de pétrole au Centre d’entreposage et de recherche.
Des échantillons de pétrole comme celui-ci, provenant du champ pétrolifère Hibernia, sont conservés dans des bocaux Mason étiquetés.
Les projets d’expansion de Newdock sont liés au projet Bay du Nord (en anglais seulement), un développement situé à environ 500 kilomètres au large et à une profondeur de 600 à 1 200 mètres, qui pourrait générer des milliards de dollars de revenus et des milliers d’emplois, ainsi qu’environ un milliard de barils de pétrole. Le géant norvégien de l’énergie Equinor n’a pas encore pris de décision finale; celle-ci étant attendue en 2027. Si le projet se concrétise, la production de pétrole pourrait commencer en 2031.
L’enthousiasme local entourant Bay du Nord était palpable, compte tenu des retombées potentielles. Les marchés de l’énergie demeurent toutefois incertains. Tandis qu’une grande partie du pétrole de Terre-Neuve-et-Labrador trouve des acheteurs enthousiastes en Europe et aux États-Unis, le Canada pourrait bientôt chercher à mieux exploiter une vaste ressource pétrolière nationale, si les infrastructures nécessaires sont mises en place.
Le pétrole produit, un brut léger à faible teneur en soufre, est généralement envoyé vers une raffinerie du Nord de la France (détenue, paradoxalement, par une entreprise de Terre-Neuve-et-Labrador), avant qu’une partie du produit ne soit raffinée puis réexpédiée au Canada. Le projet Bay du Nord pourrait-il relancer la capacité de raffinage au Canada? La question est déjà soulevée.
La sénatrice Julie Miville-Dechêne et le sénateur David Wells échangent un sourire lors d’une séance d’information au port d’Argentia, un port industriel qui espère bénéficier de retombées si le projet Bay du Nord se concrétise.
Le sénateur Todd Lewis réfléchit à une question lors d’une rencontre avec le maire de St. John’s.
Les membres du comité ont également visité des installations de formation et de sécurité de calibre mondial à Terre-Neuve-et-Labrador, issues en partie des leçons tirées d’événements tragiques.
L’Ocean Ranger (en anglais seulement), une plateforme extracôtière autopropulsée transportant 84 personnes à son bord, a été prise dans une violente tempête hivernale le 14 février 1982. Des vagues de plus de dix mètres de hauteur ont frappé la structure. À 1 h du matin le lendemain, la plateforme gîtait, et les travailleurs se dirigeaient vers les canots de sauvetage.
Malgré l’arrivée de deux navires à proximité du site de l’Ocean Ranger, la tempête a rendu tout sauvetage impossible. Personne n’a survécu.
C’est dans ce contexte que les sénateurs ont visité RelyOn (en anglais seulement), à Mount Pearl, un centre de formation en sécurité et en survie extracôtière. Ils ont assisté à une simulation d’amerrissage forcé d’hélicoptère, illustrant l’ampleur d’une catastrophe maritime.
La sénatrice Joan Kingston, présidente du comité, manœuvre un navire au simulateur du Marine Institute.
Le comité a également pris les commandes d’une plateforme pétrolière au Centre de simulation marine du Marine Institute (en anglais seulement), une installation dont la reconstitution de l’environnement océanique est si précise que certains sénateurs ont ressenti un léger mal de mer lorsque le simulateur à sembler tanguer.
Même si le travail sera toujours exigeant, ces installations de formation contribuent à assurer une plus grande sécurité aux nouvelles générations de travailleurs, partout dans le monde.
RelyOn dispose d’un simulateur d’entraînement conçu pour préparer les passagers à évacuer un hélicoptère ayant amerri en mer. Cette formation est obligatoire pour toute personne qui souhaite travailler sur un site extracôtier.
Les équipes et les fournitures sont transportées vers les plateformes pétrolières à bord des appareils Sikorsky S-92 de la flotte de Cougar Helicopters. Les sénateurs ont appris que certains de ces appareils, pourtant anciens, ont été remis à neuf à de nombreuses reprises, au point qu’aucun composant d’origine ne subsiste – et c’est une bonne chose!
Que Bay du Nord se concrétise ou non, St. John’s demeure une ville d’énergie. D’importantes réserves de pétrole attendent encore leur extraction à Hibernia, à Terra Nova, à White Rose, à West White Rose et à Hebron, et elles se vendent au prix du Brent, plus élevé que celui du Western Canadian Select issu des sables bitumineux.
Un certain scepticisme demeure toutefois. Des chercheurs de l’Université Memorial de Terre‑Neuve‑et‑Labrador et des environnementalistes ont exprimé leurs préoccupations écologiques lors d’une rencontre avec les sénateurs. Un membre du comité a également noté la proximité étroite entre les portefeuilles de l’Environnement et de l’Énergie au sein du gouvernement provincial. Néanmoins, le pétrole est présent, et l’attitude générale envers l’industrie demeure positive.
Les membres du comité analyseront les observations issues de la mission d’étude ainsi que les témoignages recueillis à Ottawa, avant de rédiger leur rapport sur le secteur énergétique extracôtier de Terre-Neuve-et-Labrador.