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Rencontre avec la sénatrice Amina Gerba

La sénatrice Gerba se tient dans son bureau.

Ayant émigré du Cameroun il y a presque 40 ans, la sénatrice Amina Gerba a toujours gardé son pays d’origine, et l’Afrique dans son ensemble, au cœur de son travail d’entrepreneure et de sénatrice.

Avant sa nomination à la Chambre rouge, elle a fondé plusieurs entreprises, dont une usine de produits cosmétiques à base de beurre de karité africain. Elle a également ouvert son propre cabinet d’experts-conseils et un organisme à but non lucratif pour aider à établir des partenariats entre des entreprises nord-américaines et africaines. Considérée comme une pionnière de l’industrie des soins corporels et capillaires au Québec, et comme un pont économique entre le Canada et l’Afrique, elle a reçu plusieurs prix pour son travail au pays et à l’étranger.

La sénatrice Gerba a parlé avec SenCAplus à propos de ses racines camerounaises et de l’importance qu’elle accorde aux relations entre le Canada et l’Afrique.

Vous avez grandi au Cameroun au sein d’une famille de 19 enfants, et vous êtes la seule fille de votre famille à avoir fréquenté l’école. Comment votre enfance a-t-elle façonné la personne que vous êtes devenue?

Je suis née à Bafia, un petit village du Cameroun, dans une famille nombreuse et croyante de 19 enfants, dont six filles seulement. Mes parents étaient cultivateurs. Mon père avait des plantations de café et de cacao, et ma mère vendait des produits de son champ, tels que des arachides et du maïs. Je l’accompagnais au marché chaque vendredi pour les vendre. Cette enfance m’a inculqué le sens du partage et de la solidarité.

Mon père ne croyait pas à l’éducation des filles, et j’étais destinée à un mariage précoce. Mais à l’âge de six ans, ma cousine m’a prise sous son aile et m’a permis d’aller à l’école. Ce geste a changé ma vie. Je suis sortie d’un milieu où l’on n’avait pas d’eau, pas d’électricité – on n’avait rien – pour aller à l’école. Cela m’a appris la résilience, la valeur de l’éducation et l’importance de se battre pour ses droits.

Ces leçons m’accompagnent encore aujourd’hui dans mon rôle de sénatrice, où je défends l’accès à l’éducation et l’autonomisation des femmes.

Originaire du Cameroun, la sénatrice Amina Gerba a été la seule fille de sa famille à fréquenter l’école. Elle exprime aujourd’hui sa gratitude envers sa cousine, qu’elle considère comme une seconde mère, pour lui avoir offert la chance de recevoir une éducation formelle. Les deux femmes sont photographiées ici le jour du mariage de la sénatrice. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)
Originaire du Cameroun, la sénatrice Amina Gerba a été la seule fille de sa famille à fréquenter l’école. Elle exprime aujourd’hui sa gratitude envers sa cousine, qu’elle considère comme une seconde mère, pour lui avoir offert la chance de recevoir une éducation formelle. Les deux femmes sont photographiées ici le jour du mariage de la sénatrice. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

La sénatrice Gerba (la petite fille vers la droite qui est debout et porte un chapeau) au Cameroun avec sa famille élargie. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba (la petite fille vers la droite qui est debout et porte un chapeau) au Cameroun avec sa famille élargie. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

Qu’est-ce qui vous a amenée à immigrer au Canada en 1986, et qu’est-ce qui vous incite à y rester depuis près de 40 ans?

Je suis arrivée au Canada avec mon mari, qui avait obtenu une bourse de l’Agence canadienne de développement international pour poursuivre ses études à Montréal. Il m’a encouragée à retourner à l’école, au cégep, pour reprendre mes études collégiales que j’avais interrompues après la naissance de notre premier enfant. Ce retour aux études, entourée de jeunes, m’a poussée à sortir de ma zone de confort.

Après la naissance de nos trois autres enfants, nous avons décidé de rester au Canada pour leur offrir davantage de possibilités. Le Canada m’a offert des opportunités, mais aussi des défis. C’est ici que j’ai pu bâtir mes entreprises, m’impliquer dans la communauté et siéger au Sénat. Qui l’aurait cru!

Vous avez été nommée au Sénat en 2021. Comment votre expérience d’entrepreneure influence-t-elle votre travail au Sénat?

Au Sénat, je porte avec conviction les dossiers liés à l’inclusion, à la prospérité économique et au soutien des petites et moyennes entreprises. Je m’attache aussi à mettre en lumière la contribution des entrepreneurs issus de la diversité.

Au fil de mes 25 années d’expérience entrepreneuriale, j’ai eu le privilège de rencontrer des entrepreneures et entrepreneurs remarquables, tant ici qu’en Afrique. J’ai fondé plusieurs entreprises et, en 2003, j’ai lancé le Forum Africa, devenu Forum Afrique Expansion en 2017, avec une idée simple mais essentielle : rappeler que l’Afrique n’est pas un pays, mais un continent composé de 54 nations.

Le Canada devait saisir ces opportunités commerciales, car nous voyions la menace que représentait notre principal partenaire, les États-Unis. Toutefois, l’Afrique demeure marginale dans les échanges commerciaux canadiens.

La sénatrice Gerba a grandi dans une famille de 19 enfants. On la voit ici avec cinq de ses frères et sœurs. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba a grandi dans une famille de 19 enfants. On la voit ici avec cinq de ses frères et sœurs. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

La sénatrice Gerba avec son mari, Malam Gerba, et leurs enfants Ali, Aïcha, Habi et Kiari. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba avec son mari, Malam Gerba, et leurs enfants Ali, Aïcha, Habi et Kiari. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

La sénatrice Gerba s’entretient avec des participants de la Simulation du Sénat lors de la soirée de réseautage à l’édifice du Sénat du Canada le 8 mai 2025.La sénatrice Gerba s’entretient avec des participants de la Simulation du Sénat lors de la soirée de réseautage à l’édifice du Sénat du Canada le 8 mai 2025.

En tant que sénatrice, comment pouvez-vous encourager le renforcement des partenariats entre le Canada et l’Afrique?

Comme je l’ai souligné dans mon premier discours, l’Afrique est un continent jeune, dynamique, riche de ses ressources naturelles, humaines et culturelles. Elle compte plus de 1,5 milliard d’habitants, dont une classe moyenne émergente de plus de 330 millions de personnes – autant de consommateurs et de partenaires économiques potentiels. Le Canada y jouit d’une excellente réputation : les Africains apprécient profondément notre pays, notamment parce qu’il n’a jamais été une puissance coloniale sur le continent. À cela s’ajoutent des atouts importants, comme notre bilinguisme, qui facilite les échanges avec de nombreux pays africains.

En tant que sénatrice, je milite aussi pour que le Canada diversifie ses relations économiques, notamment en soutenant des initiatives comme la création d’un conseil des affaires Canada-Afrique. Je souhaite que nos politiques publiques reconnaissent pleinement l’ampleur du potentiel africain. C’est une vision que je défends avec conviction au Sénat et auprès des décideurs.

Avec la sénatrice Salma Ataullahjan, au centre, et l’ancienne sénatrice Mobina S. B. Jaffer, à droite, la sénatrice Gerba tient un exemplaire du rapport du Comité sénatorial des droits de la personne sur l’islamophobie au Canada, publié en 2023.Salma Ataullahjan, au centre, et l’ancienne sénatrice Mobina S. B. Jaffer, à droite, la sénatrice Gerba tient un exemplaire du  rapport du Comité sénatorial des droits de la personne sur l’islamophobie au Canada, publié en 2023.

La sénatrice Gerba participe à une causerie avec une journaliste en herbe du Collège Saint-Joseph de Hull à Gatineau (Québec) en 2023.La sénatrice Gerba participe à une causerie avec une journaliste en herbe du Collège Saint-Joseph de Hull à Gatineau (Québec) en 2023.

Qui vous a transmis le désir de participer à la vie publique?

Ma mère, commerçante au marché de Bafia, m’a appris très tôt que le travail est la clé de l’autonomie. Ma cousine, autodidacte et féministe avant l’heure, m’a transmis une conviction tout aussi essentielle : l’éducation est le levier le plus puissant pour se construire un avenir.

Ces modèles m’ont façonnée. Mon engagement communautaire et entrepreneurial m’a naturellement conduite vers la vie publique. Aujourd’hui, au Sénat, je poursuis la même mission que dans ma « vie d’avant » – soutenir, ouvrir des portes, créer des opportunités – mais avec un impact élargi et une portée nationale.

Vous avez quatre enfants adultes qui sont des entrepreneurs. Que leur avez-vous appris sur l’esprit d’entreprise pendant leur enfance?

Mes enfants ont grandi en observant les réalités de l’entrepreneuriat, notamment les sacrifices, les nuits blanches, les défis financiers, mais aussi les petites et grandes victoires. Ils m’ont toujours vue travailler, donc je leur ai transmis le gout du travail. De plus, ils savent qu’être Noir ou une personne racisée dans ce pays implique de travailler deux fois plus. Il n’y a pas d’autre solution.

Je les ai toujours encouragés à croire en leurs rêves, à suivre leur passion, à apprendre de leurs échecs et à bâtir avec résilience. Depuis leur plus jeune âge, on leur a toujours dit : « Pourquoi pas? » Tout est possible, mais il faut oser.

En tant que membre du Comité sénatorial des droits de la personne, vous avez étudié les répercussions de l’islamophobie sur les communautés musulmanes au Canada. Quel est l’élément le plus important que vous avez retenu de ce rapport?

Ce rapport a révélé l’ampleur des impacts invisibles de l’islamophobie, tels que l’anxiété, l’exclusion, les obstacles à l’emploi et le sentiment d’insécurité. Il a également mis en lumière les discriminations systémiques qui persistent et l’urgence de répondre à ces problèmes par des politiques publiques inclusives et courageuses.

Ce travail m’a profondément marquée. Il m’a permis de mieux comprendre l’intersectionnalité, notamment les réalités vécues par les femmes musulmanes – encore plus pour les femmes musulmanes noires, les musulmans des communautés 2ELGBTQI+ – et de renforcer mon engagement contre toutes les formes de discrimination.

En tant que sénatrice, mon rôle est de représenter les minorités, en portant leurs voix et en sensibilisant mes collègues aux enjeux qui touchent nos communautés. C’est un rôle qui me permet de proposer des solutions concrètes pour construire une société plus juste.

La sénatrice Gerba prend la parole lors d’un gala du Réseau des ingénieurs camerounais du Canada, le 19 octobre 2024. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba prend la parole lors d’un gala du Réseau des ingénieurs camerounais du Canada, le 19 octobre 2024. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

La sénatrice Gerba rencontre Oprah Winfrey lors d’un événement au Centre Bell à Montréal en avril 2013. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba rencontre Oprah Winfrey lors d’un événement au Centre Bell à Montréal en avril 2013. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

Vous avez également siégé au Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international ainsi qu’au Comité sénatorial des langues officielles, pour n’en citer que quelques-uns. Quels autres comités ou travaux législatifs revêtent une importance à vos yeux?

L’étude sur la crise mondiale des déplacements forcés menée par le Comité sénatorial des droits de la personne m’a particulièrement marquée. Si le Canada ne met pas en place des politiques qui permettent d’atténuer ces mouvements à la source, cela nous touchera directement. Si nous voulons avoir un impact dans le monde, nous devons trouver des solutions à ces défis.

Je suis très fière de siéger au comité des affaires étrangères, qui a mené une étude historique sur la place du Canada en Afrique et vient de publier un rapport proposant 21 recommandations ambitieuses pour renforcer notre présence économique, diplomatique et stratégique sur le continent.

Je suis également membre du Comité des pêches et des océans, du Groupe canado-africain du Sénat et du Caucus des parlementaires noirs, et j’ai auparavant été membre du Comité des finances nationales.

Ces espaces me permettent de défendre des enjeux qui me sont chers : l’inclusion économique, l’entrepreneuriat des minorités, la lutte contre les discriminations, le rapprochement entre les peuples et la reconnaissance de l’immigration comme moteur de prospérité.

Vous participez activement à S’ENgage, le programme jeunesse du Sénat. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent s’engager en politique?

Osez! Sortez de votre zone de confort. Formez-vous, informez-vous, entourez-vous de personnes bienveillantes. Votre voix compte. Votre unicité est une force. Ne laissez jamais le syndrome de l’imposteur vous freiner. Vous avez votre place, et vous avez le droit de rêver grand.

La politique est un domaine où l’on peut transformer des vies, mais il faut y entrer avec conviction, résilience et intégrité. Le Canada a besoin de votre énergie, de vos idées et de votre engagement.

Qu’espérez-vous accomplir d’autre en tant que sénatrice?

J’ai trois priorités au Sénat. Tout d’abord, je veux renforcer les relations Canada-Afrique pour que le Canada s’engage activement et investisse réellement en Afrique.

Ma deuxième priorité est mon projet de loi S-215 qui désignerait le mois de novembre comme le Mois national de l’immigration, afin de célébrer les immigrants et de sensibiliser la population à leur importance.

Ma troisième priorité est l’accès aux marchés publics pour les entrepreneurs noirs.

Dans l’ensemble, j’espère que le Canada deviendra un modèle mondial d’innovation, de solidarité et de justice sociale. Je souhaite aussi que notre pays conclue un partenariat structurant et mutuellement bénéfique avec la Zone de libre-échange continentale africaine, appelée à devenir le plus grand marché du monde.

Rencontre avec la sénatrice Amina Gerba

La sénatrice Gerba se tient dans son bureau.

Ayant émigré du Cameroun il y a presque 40 ans, la sénatrice Amina Gerba a toujours gardé son pays d’origine, et l’Afrique dans son ensemble, au cœur de son travail d’entrepreneure et de sénatrice.

Avant sa nomination à la Chambre rouge, elle a fondé plusieurs entreprises, dont une usine de produits cosmétiques à base de beurre de karité africain. Elle a également ouvert son propre cabinet d’experts-conseils et un organisme à but non lucratif pour aider à établir des partenariats entre des entreprises nord-américaines et africaines. Considérée comme une pionnière de l’industrie des soins corporels et capillaires au Québec, et comme un pont économique entre le Canada et l’Afrique, elle a reçu plusieurs prix pour son travail au pays et à l’étranger.

La sénatrice Gerba a parlé avec SenCAplus à propos de ses racines camerounaises et de l’importance qu’elle accorde aux relations entre le Canada et l’Afrique.

Vous avez grandi au Cameroun au sein d’une famille de 19 enfants, et vous êtes la seule fille de votre famille à avoir fréquenté l’école. Comment votre enfance a-t-elle façonné la personne que vous êtes devenue?

Je suis née à Bafia, un petit village du Cameroun, dans une famille nombreuse et croyante de 19 enfants, dont six filles seulement. Mes parents étaient cultivateurs. Mon père avait des plantations de café et de cacao, et ma mère vendait des produits de son champ, tels que des arachides et du maïs. Je l’accompagnais au marché chaque vendredi pour les vendre. Cette enfance m’a inculqué le sens du partage et de la solidarité.

Mon père ne croyait pas à l’éducation des filles, et j’étais destinée à un mariage précoce. Mais à l’âge de six ans, ma cousine m’a prise sous son aile et m’a permis d’aller à l’école. Ce geste a changé ma vie. Je suis sortie d’un milieu où l’on n’avait pas d’eau, pas d’électricité – on n’avait rien – pour aller à l’école. Cela m’a appris la résilience, la valeur de l’éducation et l’importance de se battre pour ses droits.

Ces leçons m’accompagnent encore aujourd’hui dans mon rôle de sénatrice, où je défends l’accès à l’éducation et l’autonomisation des femmes.

Originaire du Cameroun, la sénatrice Amina Gerba a été la seule fille de sa famille à fréquenter l’école. Elle exprime aujourd’hui sa gratitude envers sa cousine, qu’elle considère comme une seconde mère, pour lui avoir offert la chance de recevoir une éducation formelle. Les deux femmes sont photographiées ici le jour du mariage de la sénatrice. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)
Originaire du Cameroun, la sénatrice Amina Gerba a été la seule fille de sa famille à fréquenter l’école. Elle exprime aujourd’hui sa gratitude envers sa cousine, qu’elle considère comme une seconde mère, pour lui avoir offert la chance de recevoir une éducation formelle. Les deux femmes sont photographiées ici le jour du mariage de la sénatrice. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

La sénatrice Gerba (la petite fille vers la droite qui est debout et porte un chapeau) au Cameroun avec sa famille élargie. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba (la petite fille vers la droite qui est debout et porte un chapeau) au Cameroun avec sa famille élargie. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

Qu’est-ce qui vous a amenée à immigrer au Canada en 1986, et qu’est-ce qui vous incite à y rester depuis près de 40 ans?

Je suis arrivée au Canada avec mon mari, qui avait obtenu une bourse de l’Agence canadienne de développement international pour poursuivre ses études à Montréal. Il m’a encouragée à retourner à l’école, au cégep, pour reprendre mes études collégiales que j’avais interrompues après la naissance de notre premier enfant. Ce retour aux études, entourée de jeunes, m’a poussée à sortir de ma zone de confort.

Après la naissance de nos trois autres enfants, nous avons décidé de rester au Canada pour leur offrir davantage de possibilités. Le Canada m’a offert des opportunités, mais aussi des défis. C’est ici que j’ai pu bâtir mes entreprises, m’impliquer dans la communauté et siéger au Sénat. Qui l’aurait cru!

Vous avez été nommée au Sénat en 2021. Comment votre expérience d’entrepreneure influence-t-elle votre travail au Sénat?

Au Sénat, je porte avec conviction les dossiers liés à l’inclusion, à la prospérité économique et au soutien des petites et moyennes entreprises. Je m’attache aussi à mettre en lumière la contribution des entrepreneurs issus de la diversité.

Au fil de mes 25 années d’expérience entrepreneuriale, j’ai eu le privilège de rencontrer des entrepreneures et entrepreneurs remarquables, tant ici qu’en Afrique. J’ai fondé plusieurs entreprises et, en 2003, j’ai lancé le Forum Africa, devenu Forum Afrique Expansion en 2017, avec une idée simple mais essentielle : rappeler que l’Afrique n’est pas un pays, mais un continent composé de 54 nations.

Le Canada devait saisir ces opportunités commerciales, car nous voyions la menace que représentait notre principal partenaire, les États-Unis. Toutefois, l’Afrique demeure marginale dans les échanges commerciaux canadiens.

La sénatrice Gerba a grandi dans une famille de 19 enfants. On la voit ici avec cinq de ses frères et sœurs. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba a grandi dans une famille de 19 enfants. On la voit ici avec cinq de ses frères et sœurs. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

La sénatrice Gerba avec son mari, Malam Gerba, et leurs enfants Ali, Aïcha, Habi et Kiari. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba avec son mari, Malam Gerba, et leurs enfants Ali, Aïcha, Habi et Kiari. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

La sénatrice Gerba s’entretient avec des participants de la Simulation du Sénat lors de la soirée de réseautage à l’édifice du Sénat du Canada le 8 mai 2025.La sénatrice Gerba s’entretient avec des participants de la Simulation du Sénat lors de la soirée de réseautage à l’édifice du Sénat du Canada le 8 mai 2025.

En tant que sénatrice, comment pouvez-vous encourager le renforcement des partenariats entre le Canada et l’Afrique?

Comme je l’ai souligné dans mon premier discours, l’Afrique est un continent jeune, dynamique, riche de ses ressources naturelles, humaines et culturelles. Elle compte plus de 1,5 milliard d’habitants, dont une classe moyenne émergente de plus de 330 millions de personnes – autant de consommateurs et de partenaires économiques potentiels. Le Canada y jouit d’une excellente réputation : les Africains apprécient profondément notre pays, notamment parce qu’il n’a jamais été une puissance coloniale sur le continent. À cela s’ajoutent des atouts importants, comme notre bilinguisme, qui facilite les échanges avec de nombreux pays africains.

En tant que sénatrice, je milite aussi pour que le Canada diversifie ses relations économiques, notamment en soutenant des initiatives comme la création d’un conseil des affaires Canada-Afrique. Je souhaite que nos politiques publiques reconnaissent pleinement l’ampleur du potentiel africain. C’est une vision que je défends avec conviction au Sénat et auprès des décideurs.

Avec la sénatrice Salma Ataullahjan, au centre, et l’ancienne sénatrice Mobina S. B. Jaffer, à droite, la sénatrice Gerba tient un exemplaire du rapport du Comité sénatorial des droits de la personne sur l’islamophobie au Canada, publié en 2023.Salma Ataullahjan, au centre, et l’ancienne sénatrice Mobina S. B. Jaffer, à droite, la sénatrice Gerba tient un exemplaire du  rapport du Comité sénatorial des droits de la personne sur l’islamophobie au Canada, publié en 2023.

La sénatrice Gerba participe à une causerie avec une journaliste en herbe du Collège Saint-Joseph de Hull à Gatineau (Québec) en 2023.La sénatrice Gerba participe à une causerie avec une journaliste en herbe du Collège Saint-Joseph de Hull à Gatineau (Québec) en 2023.

Qui vous a transmis le désir de participer à la vie publique?

Ma mère, commerçante au marché de Bafia, m’a appris très tôt que le travail est la clé de l’autonomie. Ma cousine, autodidacte et féministe avant l’heure, m’a transmis une conviction tout aussi essentielle : l’éducation est le levier le plus puissant pour se construire un avenir.

Ces modèles m’ont façonnée. Mon engagement communautaire et entrepreneurial m’a naturellement conduite vers la vie publique. Aujourd’hui, au Sénat, je poursuis la même mission que dans ma « vie d’avant » – soutenir, ouvrir des portes, créer des opportunités – mais avec un impact élargi et une portée nationale.

Vous avez quatre enfants adultes qui sont des entrepreneurs. Que leur avez-vous appris sur l’esprit d’entreprise pendant leur enfance?

Mes enfants ont grandi en observant les réalités de l’entrepreneuriat, notamment les sacrifices, les nuits blanches, les défis financiers, mais aussi les petites et grandes victoires. Ils m’ont toujours vue travailler, donc je leur ai transmis le gout du travail. De plus, ils savent qu’être Noir ou une personne racisée dans ce pays implique de travailler deux fois plus. Il n’y a pas d’autre solution.

Je les ai toujours encouragés à croire en leurs rêves, à suivre leur passion, à apprendre de leurs échecs et à bâtir avec résilience. Depuis leur plus jeune âge, on leur a toujours dit : « Pourquoi pas? » Tout est possible, mais il faut oser.

En tant que membre du Comité sénatorial des droits de la personne, vous avez étudié les répercussions de l’islamophobie sur les communautés musulmanes au Canada. Quel est l’élément le plus important que vous avez retenu de ce rapport?

Ce rapport a révélé l’ampleur des impacts invisibles de l’islamophobie, tels que l’anxiété, l’exclusion, les obstacles à l’emploi et le sentiment d’insécurité. Il a également mis en lumière les discriminations systémiques qui persistent et l’urgence de répondre à ces problèmes par des politiques publiques inclusives et courageuses.

Ce travail m’a profondément marquée. Il m’a permis de mieux comprendre l’intersectionnalité, notamment les réalités vécues par les femmes musulmanes – encore plus pour les femmes musulmanes noires, les musulmans des communautés 2ELGBTQI+ – et de renforcer mon engagement contre toutes les formes de discrimination.

En tant que sénatrice, mon rôle est de représenter les minorités, en portant leurs voix et en sensibilisant mes collègues aux enjeux qui touchent nos communautés. C’est un rôle qui me permet de proposer des solutions concrètes pour construire une société plus juste.

La sénatrice Gerba prend la parole lors d’un gala du Réseau des ingénieurs camerounais du Canada, le 19 octobre 2024. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba prend la parole lors d’un gala du Réseau des ingénieurs camerounais du Canada, le 19 octobre 2024. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

La sénatrice Gerba rencontre Oprah Winfrey lors d’un événement au Centre Bell à Montréal en avril 2013. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)La sénatrice Gerba rencontre Oprah Winfrey lors d’un événement au Centre Bell à Montréal en avril 2013. (Crédit photo : Bureau de la sénatrice Amina Gerba)

Vous avez également siégé au Comité sénatorial des affaires étrangères et du commerce international ainsi qu’au Comité sénatorial des langues officielles, pour n’en citer que quelques-uns. Quels autres comités ou travaux législatifs revêtent une importance à vos yeux?

L’étude sur la crise mondiale des déplacements forcés menée par le Comité sénatorial des droits de la personne m’a particulièrement marquée. Si le Canada ne met pas en place des politiques qui permettent d’atténuer ces mouvements à la source, cela nous touchera directement. Si nous voulons avoir un impact dans le monde, nous devons trouver des solutions à ces défis.

Je suis très fière de siéger au comité des affaires étrangères, qui a mené une étude historique sur la place du Canada en Afrique et vient de publier un rapport proposant 21 recommandations ambitieuses pour renforcer notre présence économique, diplomatique et stratégique sur le continent.

Je suis également membre du Comité des pêches et des océans, du Groupe canado-africain du Sénat et du Caucus des parlementaires noirs, et j’ai auparavant été membre du Comité des finances nationales.

Ces espaces me permettent de défendre des enjeux qui me sont chers : l’inclusion économique, l’entrepreneuriat des minorités, la lutte contre les discriminations, le rapprochement entre les peuples et la reconnaissance de l’immigration comme moteur de prospérité.

Vous participez activement à S’ENgage, le programme jeunesse du Sénat. Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent s’engager en politique?

Osez! Sortez de votre zone de confort. Formez-vous, informez-vous, entourez-vous de personnes bienveillantes. Votre voix compte. Votre unicité est une force. Ne laissez jamais le syndrome de l’imposteur vous freiner. Vous avez votre place, et vous avez le droit de rêver grand.

La politique est un domaine où l’on peut transformer des vies, mais il faut y entrer avec conviction, résilience et intégrité. Le Canada a besoin de votre énergie, de vos idées et de votre engagement.

Qu’espérez-vous accomplir d’autre en tant que sénatrice?

J’ai trois priorités au Sénat. Tout d’abord, je veux renforcer les relations Canada-Afrique pour que le Canada s’engage activement et investisse réellement en Afrique.

Ma deuxième priorité est mon projet de loi S-215 qui désignerait le mois de novembre comme le Mois national de l’immigration, afin de célébrer les immigrants et de sensibiliser la population à leur importance.

Ma troisième priorité est l’accès aux marchés publics pour les entrepreneurs noirs.

Dans l’ensemble, j’espère que le Canada deviendra un modèle mondial d’innovation, de solidarité et de justice sociale. Je souhaite aussi que notre pays conclue un partenariat structurant et mutuellement bénéfique avec la Zone de libre-échange continentale africaine, appelée à devenir le plus grand marché du monde.

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